> Géraldine d' Amico (Traducteur)

ISBN : 2264023589
Éditeur : 10-18 (1999)


Note moyenne : 3.12/5 (sur 24 notes) Ajouter à mes livres
Dès ses premières velléités littéraires, Martin Amis a sans doute eu pour ambition de quitter l'ombre de son père, Kingsley Amis, lui-même écrivain de renom. La Flèche du temps démontre avec quel talent il accède au... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par LiliGalipette, le 06 mai 2010

    LiliGalipette
    Roman de Martin Amis.
    Tod Friendly se réveille d'une douloureuse agonie. Et voilà que tout recule: sa vie, le temps, le monde. L'univers a enclenché la marche arrière. Tod rajeunit, retrouve l'usage et la maîtrise de son corps, il retourne sur les pas de sa jeunesse avec tous ses souvenirs de vieillesse. Mais étrangement, le personnage change. le vieil homme débonnaire qui offrait des jouets aux enfants devient un homme avide de conquêtes féminines. Il devient surtout un homme aux multiples visages et multiples noms. Tod Friendly cache un secret et il en prend connaissance en même temps que le lecteur.
    La narration prend aux tripes! Et ce n'est pas qu'une image... le narrateur est une voix qui semble intérieure voire supérieure à Tod, tout en étant la sienne. du "je" qu'utilise la voix narratrice, on passe au "nous" qui inclut le narrateur et Tod, et au "il" qui n'est que Tod. Pas de règle dans les changements. D'un paragraphe à l'autre, la voix se fait polyphonique ou désincarnée. La voix narratrice est Tod, mais le phénomène de distanciation est tel qu'on croit entendre la voix d'un frère siamois qui ne lâcherait pas Tod d'une semelle. "Parasite ou passager, je voyage avec lui." (p.96)
    Le narrateur s'adresse au lecteur, il livre un témoignage crédule sur la marche du temps et la vie de Tod. Il est intimement lié à Tod, mais impossible d'en savoir davantage sur lui. Il est là, et il semble se demander, autant que nous, pourquoi et comment. Tod ignore son existence. "Nous sommes ensemble dans cette histoire, absolument, mais il est trop seul, ce n'est pas bien. Son isolement est total. Parce qu'il ne sait pas que je suis ici." (p. 26) "C'est sûrement le hasard qui m'a accroché comme ça à Tod mais il ne doit pas savoir que je suis ici. Et je me sens seul..." (p. 47)
    La voix narratrice se fait juge, amie, philosophe, moralisatrice. Elle exprime tous les sentiments que Tod n'exprime pas. Tod agit: c'est un homme à femmes, un médecin, un aventurier. Tod est dans l'action mais les émotions et l'introspection sont l'oeuvre de la voix narratrice.
    Tod Friendly est un homme au passé trouble qui se cache derrière des identités diverses: John Young, Hamilton de Souza ou Odilo Unverdorben, il est insaisissable. À mesure qu'on découvre son passé et sa jeunesse, il semble se redessiner. Ce que l'on a lu devient autre. Et Tod Friendly, dont le nom dispose si aisément à la sympathie devient peu à peu moins amène.
    Le secret du personnage principal se dévoile par bribes. Tod, à mesure qu'il remonte vers sa jeunesse, est assailli de rêves troubles et horrifiques. On se doute qu'il y a de l'horreur et de l'innommable dans son passé, mais lui même ne le sait pas. "Il voyage vers son secret. [...] Ce sera mauvais. Ce sera mauvais et incompréhensible. Mais j'apprendrai une chose (et cette certitude me réconforte), je saurai à quel point son secret est mauvais. Je connaîtrai la nature de l'offense. Je sais déjà ceci. Je sais que c'est lié aux ordures et à la merde et que ça tombe à un mauvais moment." (p. 96) Ce secret, quel est-il? Je n'en dirai pas davantage ici, d'abord parce qu'un secret ne se révèle pas et surtout parce que j'en ai déjà trop dit...
    "J'ai juste l'impression que le film est en train de passer à l'envers." (p. 18) Voilà à quoi ressemble la vie de Tod et la course du temps. Tod se réveille à l'hôpital, c'est-à-dire qu'il revient sur les pas de sa propre mort. Il ne semble pas exister d'évènement déclencheur. le monde tourne ainsi, à l'envers. Mais pour avoir conscience de la marche arrière, il faut bien avoir conscience de la marche avant. Et voilà qui est si étrange et si réussi dans ce texte. le narrateur raconte en toute innocence tous les processus d'une vie, mais à l'envers, et sans que ça le choque, ou si peu. Les rares prises de conscience dont il bénéficie sont des anomalies. "J'ai déjà remarqué bien sûr que la plupart des conversations seraient beaucoup plus compréhensibles qui on les repassait à l'envers." (p. 80) Dans le monde de Tod, une rencontre se termine avant de s'être produite, on passe aux toilettes avant d'avoir mangé, on roule en marche arrière, les bébés remontent dans le sein de leur mère et les conversations commencent par "au revoir". le lecteur doit se livrer à une gymnastique particulière. Mais lire les dialogues tels qu'ils sont imprimés est surprenant: il ont un sens!
    Alors, on pourrait croire que tout va mal. Mais si les bonnes choses vont à l'envers et s'annulent, les mauvaises font de même. Ainsi les blessures guérissent puisqu'elles n'ont pas lieu, les lettres brûlées surgissent du feu et les miroirs brisés reprennent leur place sur le mur. De même, l'horreur la plus terrible n'épouvante plus puisqu'elle n'a plus lieu et que tout concourt à l'annuler.
    La Flèche du temps est une notion liée à la thermodynamique. L'auteur joue avec les notions fondamentales de la physique en proposant un récit qui met en scène l'histoire et l'Histoire. C'est comme à l'école quand il fallait tracer une frise chronologique, mais dans l'autre sens. Ce qui compte, ce n'est pas plus le résultat, mais les causes. Au début du livre, Tod se plaît sous le gouvernement de Reagan. Puis il trouve sa place au sein des militants qui protestent contre la guerre du Viet-Nam. L'assassinat de JFK et les premiers pas sur la Lune sont des évènements majeurs, mais bien peu considérés par le narrateur qui constate plutôt que la sécurité obtenue par les surveillances ultra-développées des nouvelles technologies fait défaut. Avec lucidité, il déplore le recul du progrès et des avancées technologiques.
    Ce livre se lit facilement et avec curiosité. L'histoire m'a rappelé celle de Benjamin Button, écrite par Francis Scott Fitzgerald (Oubliez le film, il est trop cul-cul!) Voilà un texte qui fait réfléchir sur la responsabilité humaine. L'Histoire relue à l'envers, annulée par les bons soins d'une horloge temporelle farfelue, devient moins laide. Les grandes horreurs de ce siècle tombent dans l'oubli d'une conscience qui ne les a jamais formées. Enfin, l'auteur décompose avec brio les petites habitudes de notre quotidien, et l'humour se fait féroce dans la description des scènes les plus intimes de la vie privée. Bref, un texte à lire absolument!


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/05/06/17799807.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Zazette97, le 27 juillet 2010

    Zazette97
    "La Flèche du temps" est un roman de l'écrivain britannique Martin Amis, paru en 1991.
    Alors qu'il était plongé dans un sommeil pressenti comme éternel, Tod Friendly réintègre le monde des vivants, affublé d'une conscience présentée comme indépendante de lui et qui s'exprime à travers la voix du narrateur.
    Loin de continuer son chemin de vie, Tod revit chaque moment de son existence.
    Et d'aventure en aventure, de train en train, de port en port comme dirait l'autre, il apparaît sous différentes identités, accumule les conquêtes féminines, exerce étrangement son métier de médecin, traverse la vie en sens inverse avec une telle nonchalance qu'on se demande quel est son secret...
    Si tout comme ce fut mon cas, vous vous demandez si cette histoire est un remake de "L'étrange histoire de Benjamin Button", autant vous le dire tout de suite, la réponse est non.
    Tous les événements vécus par Tod Friendly ont déjà eu lieu même si le personnage ne semble pas s'en apercevoir. Seul sa conscience en est avisée mais elle ne peut entrer en contact avec lui.
    Partie de ce constat, il m'a donc fallu intégrer un monde particulier doté d'une logique propre et plus complexe qu'il n'y paraît.
    Dans ce récit, La Flèche du temps a rebroussé chemin ce qui implique que les conséquences sont devenues les causes et que certaines situations du quotidien sont revisitées de façon plus ou moins cocasse...
    Mais au-delà d'une suite de situations peu banales, j'ai également été confrontée à un personnage qui, contrairement à ce que son nom le laisse croire, ne s'est absolument pas attiré ma sympathie. Tod Friendly semble mener une vie tracée d'avance (logique me direz-vous) et se montre à ce point passif qu'il se voit réduit à un pantin officiant dans le théâtre d'une existence solitaire.
    Je me suis d'autant moins prise d'affection pour ce personnage qu'il affiche un mode de vie "aseptisé" (que j'attribuais à son métier) et une attitude totalement insensible, notamment envers la gente féminine.
    Heureusement que sa conscience était là pour remettre les pendules à l'heure si je puis dire et que j'ai pu trouver en elle l'écho de ma propre incompréhension.
    Sans cela je crois que je serais restée bloquée dans un autre continuum espace temps où ce roman n'aurait sans doute pas été achevé.
    L'histoire se décline en trois parties et pour en comprendre le fin mot, il faut pouvoir traverser le premier morceau en acceptant de se laisser balader par l'auteur.
    Vu le peu de temps dont je dispose pour lire, ce roman a du se satisfaire d'une lecture morcellée, ce qui m'a amenée plusieurs fois à déplacer mon marque-page d'avant en arrière (ou d'arrière en avant, tout dépend du point de vue envisagé) au risque de perdre le fil de l'histoire.
    Ce n'est qu'arrivée à la seconde partie que j'ai enfin pu situer l'époque à laquelle vivait Tod, découvrir les mystères entourant l'homme et mieux saisir les causes de son comportement (sans pour autant l'excuser).
    Même si je dois reconnaître à ce roman un concept original, ingénieux même, qui donne lieu à de multiples clins d'oeil et éclairages à l'Histoire, à des situations justes bien que contraires à la normale, le tout décliné dans un ton qui fait souvent froid dans le dos, certains passages nébuleux (surtout dans la première partie) m'ont toutefois laissé quelques réserves.
    "La Flèche du temps" est un roman à tenter à condition de bénéficier d'un peu de temps devant soi et d'avoir les nerfs solides car la seconde partie est loin d'être piquée des vers.

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2010/06/la-fleche-du-temps-martin-..
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    • Livres 2.00/5
    Par yokai, le 06 novembre 2011

    yokai
    La Flèche du temps est une expression qui a été employée par Eddington pour désigner la perception par l'être humain du sens ou de la direction de l'écoulement du temps. C'est tout le principe de ce livre que d'en inverser le cours. Martin Amis a imaginé raconter la vie d'un homme à l'envers, de son lit de mort à sa naissance. Il ne s'est pas contenté de raconter les évènements dans l'ordre chronologique inverse mais a poussé le concept assez loin en narrant toutes les actions comme on pourrait les voir dans un film projeté à l'envers. On ne paie pas avant de repartir avec ses courses du magasin mais on les apporte au magasin et l'on reçoit de l'argent en échange. Sans déflorer l'histoire, il s'avère que l'homme en question n'a pas un passé ou un futur - selon le point de vue - très glorieux. C'est le moins que l'on puisse dire.
    Le procédé de narration qui est la grande originalité du livre nuit beaucoup à la lecture. Il force le lecteur à une gymnastique intellectuelle permanente qui, de drôle et originale au début, devient vite assez pénible. L'autre originalité du livre réside dans le positionnement du narrateur. Il est parfois détaché du personnage (il), parfois plus proche (nous) et parfois se confond avec lui (je). C'est au travers du narrateur uniquement que se réalise l'introspection car le personnage ne semble pas ressentir d'émotion, il agit et le narrateur l'observe et commente.
    Les évènements sont racontés d'une manière hachée, les phrases s'enchaînent en un flot continu, ce qui rend la lecture peu agréable. Enfin l'ambiance du livre est assez pesante - c'est voulu -, on sent bien tout le poids du secret. En conclusion, l'idée et le sujet sont intéressants mais le résultat n'a pas atteint son objectif. Je n'ai pas pris de plaisir à la lecture de ce livre qui reste tout de même une curiosité littéraire et une contribution à la dénonciation des crimes odieux qui ont été commis par des hommes tels que celui dont il est question dans ce roman.
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 20 décembre 2007

    Woland
    Titre original : "Times Arrow or The Nature of the Offense"
    Traduction : Géraldine d'Amico
    J'ignore si vous connaissez ou pas cet auteur que j'ai découvert quant à moi avec "Poupées crevées", un roman d'un humour féroce.
    Je viens de tomber sur un livre du même auteur, "La Flèche du temps" que j'ai dû acheter l'an dernier et qui était demeuré dans mes piles de livres "à lire." Il faut dire que, même en 10/18, il est très mince ... et que je commence toujours par les gros livres.
    C'est une histoire curieuse qui conte la vie d'un Allemand (évidemment nazi) qui devra fuir les Alliés, se réfugiera aux USA où il terminera sa vie. Vous me direz que c'est très banal et que le sujet a été traité et ... épuisé.
    Mais Amis le traite à l'envers, en commençant par la mort du personnage qui, à la fin du roman (donc, quand il s'apprête à rentrer dans le ventre de sa mère), se rend compte (avec horreur) que la "flèche du temps" vient de repartir, mais cette fois-ci dans le bon sens.
    Quand j'écris que le personnage se rend compte de tout, ce n'est pas tout à fait exact. le récit est ou bien celui d'un schizophrène, ou bien celui d'une âme qui se retrouverait coincée avec une autre dans un seul et même corps.
    Une curiosité, vraiment. J'avoue ne pas l'avoir lâché du début jusqu'à la fin. ;o)
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    • Livres 3.00/5
    Par IreneAdler, le 10 février 2012

    IreneAdler
    Nous rencontrons notre héros alors qu'il est un vieil homme, voire un très vieil homme. Il vit aux Etats-Unis et cherche à comprendre le sens de sa vie. Commence alors pour le personnage et le lecteur un voyage dans le temps, depuis le moment de la rencontre jusqu'à sa prime enfance. Où nous découvrons qu'ile st un médecin nazi en fuite.
    Un tour de force. Réussir à remonter toute la vie d'un homme, tout en restant cohérent et lisible, c'est fort. Il retse que ce roman est tout de même assez difficile à lire et à appréhender le récit étant en rupture constante. Et nous avons plus l'hbitude de lire un récit chronologiquement.
    Une Expérience de lecture.
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Citations et extraits

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  • Par Reka, le 03 juin 2010

    Nous venions de bousiller deux adolescents. Leurs mères les avaient amenés. Elles s’étaient immédiatement enfuies quand nous nous étions mis au travail, elles avaient juste eu le temps de nous voir méthodiquement défaire le bandes imbibées de sang. Nous avons enlevé les points de suture et couvert les garçons de sang. Je me souviens que Witney a habilement fiché une flèche d’arbalète dans la tête de l’un des garçons tandis que j’enfonçais des tessons de verre brun dans les cheveux de l’autre. (p. 122)
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  • Par Reka, le 03 juin 2010

    Les taxis jaunes, voilà un système imbattable. Ils sont toujours là quand on en a besoin, même sous la pluie ou quand les théâtres ferment. Ils vous paient immédiatement, sans poser de questions. Ils savent toujours où vous allez. Ils sont formidables. Pas étonnant qu'après, on reste là, pendant des heures, à leur dire au revoir de la main, pour les saluer eux et leur excellent service. Les rues sont pleines de gens le bras levé, trempés, fatigués, qui remercient les taxis jaunes. (p.97)
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  • Par Reka, le 03 juin 2010

    Tod Friendly crée les choses. Il se met à réparer et remettre en état comme un fou. Il s’empare de morceaux de bois ou de sangles et d’un seul coup par terre, d’un seul impact, il crée une chaise de cuisine. D’un seul coup de pied violent, habile et douloureux, il efface une concavité profonde dans le flanc du réfrigérateur. D’un seul coup de tête, il colmate une fissure dans le miroir de la salle de bains, soigne aussi la zébrure qui empire sur son propre front flétri, puis reste à se regarder en clignant des yeux. (p. 84)
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