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ISBN : 2070377504
Éditeur : Gallimard


Note moyenne : 4.21/5 (sur 292 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
La première fois qu'il a vu Bérénice, Aurélien l'a trouvée franchement laide, irrité de l'insistance qu'on met à les réunir. Cependant il s'éprendra d'elle, retrouvant dans son visage l'Inconnue de la Seine, cette noyée dont le moulage célèbre perpétue le sourire énigma... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par tamara29, le 14 février 2015

    tamara29
    « Aurélien » est un roman d'amour mais il est surtout un roman sur l'amour et les difficultés d'aimer. Sur l'amour impossible.
    Dans le Paris des années vingt, encore meurtri par la première guerre mondiale, baigné dans une ambiance artistique (Montmartre, des peintres comme Picasso, Monet, des écrivains, des musiciens et le jazz), autour de la relation principale entre Aurélien et Bérénice, d'autres personnages vont se croiser, s'aimer, se désaimer.
    C'est pour Aragon l'occasion dans ce roman de nous faire nous interroger sur ce que c'est qu'« aimer », sur ce qui fait qu'on est et/ou qu'on tombe amoureux.
    Qu'est ce qui nous fait nous éprendre de quelqu'un plutôt que d'un autre ? Avec cette conscience des défauts (beauté, caractères, différence sociale) de cet autre qui ne nous auraient pas attirés normalement, de manière rationnelle ? Mais l'amour, bien sûr, n'est pas rationnel car ''l'amour a ses raisons que la raison ignore''.
    Se laisse-t-on croire qu'on aime l'autre alors que ce n'est peut-être que le besoin de ressentir une émotion, l'envie d'aimer ? Aime-t-on l'autre juste parce qu'on a envie d'être aimé(e) en retour ? Aime-t-on l'image que l'on se fait de l'autre, ce qu'il représente à nos yeux et non pas ce qu'il est véritablement ? (la cristallisation de Stendhal : ''en un mot, il suffit de penser à une perfection pour la voir dans ce qu'on aime''.)
    Par l'entremise de la relation entre Aurélien et Bérénice, Louis Aragon nous expose tout le cheminement amoureux, décortiquant les étapes, les paliers, et analyse avec justesse tous les sentiments et actes qui peuvent en découler. de la naissance De l'amour, de ces moments de bien-être, de félicité aux pires souffrances.
    La première fois qu'Aurélien voit Bérénice, il n'y prête presque pas garde, la trouvant mal apprêtée, provinciale, peu jolie. La construction de cet amour n'est donc pas ici « telle une évidence », induite par une attirance physique classique. Plus complexe ou retors, c'est son entourage qui sera le déclencheur de son attention pour elle : son ami, Edmond, avec qui il a fait la guerre, lui parle de Bérénice -sa cousine- et lui fait maintes fois sous-entendre (pour servir ses propres intérêts) que celle-ci est attirée par lui, et fait germer ainsi son intérêt pour elle, telle une chrysalide qui, peu à peu, va se transformer en véritable passion. Sans parler peut-être aussi d'une sorte de défi personnel de se faire aimer d'une femme mariée.
    Tout l'amour avec un grand A et ses variantes sont présents, interprétés par les différents personnages du roman : la femme qui n'est plus dans la fleur de l'âge et qui cherche encore à séduire. La femme fatale. le mari infidèle qui reste avec sa femme pour son argent ou le statut social. Celle qui aime l'autre parce que celui-ci la repousse ou ne l'aime pas (''Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis''). le désir physique avec les filles de joie. L'asservissement ou l'acceptation des infidélités du conjoint, jusqu'à s'en faire mépriser (le mari médecin de Rose Melrose ou encore le mari pharmacien de Bérénice). L'amour interdit (avec Bérénice).
    Ce roman n'est pas un roman à l'eau de rose, les deux personnages principaux ne sont pas forcément ni beaux ni sans défauts. Et ils ne marièrent pas et n'eurent pas beaucoup d'enfants.
    Parce que, si Aragon nous montre les instants de bonheur : les étincelles dans les yeux, le sourire aux lèvres toute la journée, les petits papillons dans le ventre (Ahhh, ''vertige De l'amour'')…, il sait tout autant nous rappeler, si besoin est, qu'il y a tous les autres moments plus douloureux, toutes les affres quasi obligatoires autour De l'amour.
    Celui qui rend jaloux. Celui qui rend fou (''Aimer à perdre la raison...''). Cette passion vécue qui fait mal, qui nous malmène, nous enferme, nous plonge dans la tristesse et la dépression. Ces lieux où l'on erre dans l'espoir de croiser l'être aimé. Cette envie de mourir pour l'absence de l'autre, du non-amour de l'autre. Cette attente perpétuelle d'un message, d'un appel, d'une entrevue. le silence qui ronge.
    L'auteur décrypte aussi tous les effets, les causes et conséquences : les émois, les emballements, les égarements, les actes manqués, les quiproquos, les mensonges qu'on dit même pour plaire à l'autre, les attentes, les bleus à l'âme, les états d'âme, les mille réflexions qu'on se ressasse, les tourments, les accès de rage, les excès de violence, les vengeances, les espoirs, les actions dans lesquelles on se jette pour fuir et oublier l'autre… et quelques retrouvailles.
    L'amour dans tous ses états. L'amour et tous ses sortilèges.
    Aragon n'est pas toujours tendre avec ses personnages comme l'amour ne l'est pas toujours. Il nous les présente sous un éclairage parfois trop cru tels que nous sommes, quelquefois menteurs, calculateurs, pas forcément désirables ou attirants.
    Certes, j'ai trouvé certains passages un peu longs et peut-être inutiles. Mais, Aragon n'est pas seulement un merveilleux poète, c'est aussi un auteur qui nous narre et décrit parfaitement les relations amoureuses et on sait bien, même en ce jour un peu spécial, que ''les histoires d'amour finissent mal, en général''. Même après sa rencontre avec Elsa, considère-t-il toujours qu' ''il n'y a pas d'amour heureux'' ?
    Personnellement, Aragon m'a fait revivre certaines de mes relations, par des flashs, pour un simple mot, pour un simple état lié à l'amour.
    Mais, plutôt que d'en ressasser encore les imperfections, les erreurs et les peines, parce qu'à force d'avoir répété sans cesse le mot « amour », j'ai envie de finir ce billet par une note plus naïve et inconsciente, par un oubli de la raison et du discernement. Se laisser aller, accepter de lâcher prise, s'ouvrir à l'autre, se laisser emporter, vibrer, ressentir, jusqu'à en oublier tous les risques, les souffrances encourus, parce que ''la vie ne vaut d'être vécue sans amour''…
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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 03 juillet 2009

    LiliGalipette
    Roman de Louis Aragon.
    Aurélien est un jeune rentier oisif qui enchaîne les aventures amoureuses dans le Paris mondain des années 1920. Revenu de la guerre, il déborde d'une énergie dont il ne sait que faire, et il traîne son ennui sur les quais de la seine, entre réceptions, affaires et ateliers d'artistes. Chez son ami Barbentane, il rencontre un jour Bérénice Morel, épouse d'un pharmacien de province, venue prendre du repos et du bon temps dans la capitale. D'abord insensible à la jeune femme, Aurélien va en tomber fou amoureux. Les deux jeunes gens vont partager un amour passionnée qui ne sera jamais consommé: les malentendus, les disputes, le goût d'absolu et les distances vont les éloigner. Après un projet de fuite amoureuse avortée, Bérénice revient à son mari et Aurélien retourne à son ennui. Les deux amants se retrouvent des années plus tard, quand les Allemands envahissent le pays. Entre eux, l'amour refleurit, mais le destin s'acharne.
    D'Aragon, j'aime surtout la poésie surréaliste. Néanmoins, le livre est beau, l'écriture soignée, parfois exubérante. Certaines descriptions feraient pâlir d'envie Balzac et consorts, par leur longueur et leur précision. J'avais beaucoup aimé le téléfilm où Romane Bohringer incarne Bérénice. Après lecture de l'oeuvre, il me semble que le rôle lui convient parfaitement.
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    • Livres 3.00/5
    Par tiph85, le 30 janvier 2015

    tiph85
    En voilà un sacré pavé! Mais je me suis globalement laissée emporter par l'histoire d'amour impossible et ce fameux goût de l'absolu.
    Aurélien fait partie de cette génération d'entre deux guerres, partagée entre les horreurs vécues de 14/18 et reprendre le cours d'une vie classique pendant les années folles.
    J'ai bien aimé l'ambiance de ce Paris des années 20 (les receptions chez les Babentane avec Rose Melrose, la référence à de nombreux artistes de l'époque). Seules les réunions d'anciens combattants m'ont paru très très longues....
    Comme je le disais, on se laisse emporter par les multiples rencontres, les états d'âmes d'Aurélien et de Bérénice et tous ces personnages secondaires qui participent à leur éloignement comme à leur rapprochement.
    Le personnage de Bérénice évolue beaucoup, de la petite provinciale timide, elle devient une femme sûre d'elle, qui expose ses idées politiques (Aragon l'explique par le fait qu'à cette époque, les femmes ont une continuité de vie et de pensée, que n'ont pas pu avoir les hommes qui sont partis, parfois par deux fois au front).
    L'épilogue et l'exode de 1940 est passionnant tant par son dénouement que par l'opinion des personnages sur cet armistice.
    J'ai lu la préface après le livre ce qui m'a permis d'apprécier encore mieux cette œuvre et de comprendre quand et dans quel état d'esprit Aragon l'a écrite.
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    • Livres 5.00/5
    Par Isaya, le 16 février 2014

    Isaya
    Une grande histoire d'amour, torturée, improbable, peuplée de personnages complexes, fragiles, à la fois attachants et détestables, traversée par L Histoire (celle avec un grand H) mortifère du XXe siècle... le tout sublimé par l'écriture poétique et majestueuse d'Aragon. J'ai été transportée !
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  • Par sbrodj, le 18 juin 2011

    sbrodj
    On connaît le grand poète Aragon. "Aurélien" nous prouve qu'il est aussi un des meilleurs romanciers français: une magnifique histoire d'amour improbable traversée par la grande Histoire, de très beaux personnages. Un des plus beaux romans français du 20ème siècle.
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Citations et extraits

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  • Par bohemesvida, le 27 mars 2015

    Il la regarda. Il était là, avec elle, elle attendait qu'il voulût bien... Il rigola. C'est un peu simple, la vie.

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  • Par Matriochka, le 11 novembre 2009

    La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
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  • Par michelekastner, le 13 juin 2012

    Aurélien craignit de ne pas danser assez bien pour elle. Il le lui dit. Elle ferma les yeux. Alors, se penchant sur elle, il la vit pour la première fois. Il régnait sur son visage un sourire de sommeil, vague, irréel, suivant une image intérieure. Ce qu'il y avait de heurté, de disparate en elle, s'était fondu, harmonisé. Portée par la mélodie, abandonnée à son danseur, elle avait enfin son vrai visage, sa bouche enfantine, et l'air, comment dire ? d'une douleur heureuse. Aurélien se répéta qu'il n'avait encore jamais vu cette femme qui venait d'apparaître. Il comprit que ce qui la lui avait cachée, c'étaient ses yeux. Quand elle les avait fermés, elle n'avait plus été protégée par rien, elle s'était montrée elle-même. Ils se rouvrirent plus noirs que jamais, plus animaux qu'Aurélien ne s'en souvenait.
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  • Par tamara29, le 08 février 2015

    Ah, s'il avait pu douter de lui-même, il ne doutait plus de son amour pour Bérénice ! On ne doute pas d'une plaie vive. L'horrible, le casse-tête, c'était ce comportement... Aurélien croyait se calmer, rendre tout plus tolérable, en cherchant à comprendre, en comprenant. Alors il fouillait les ténèbres récentes de ces quelques semaines extraordinaires, de ce qu'il appelait déjà son bonheur, comme si... A quoi cela se réduisait-il pourtant ? A se martyriser la mémoire, à se déchirer le cœur, Leurtillois reconstituait minute à minute cette période déjà close, cette aventure de la brièveté de laquelle il se surprenait toujours émerveillé.
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  • Par Isaya, le 16 février 2014

    Il n'y a peut-être pas au monde de sentiment plus vif, comme le vent au visage, que celui de ce renouveau, qui vient d'avoir dit à une femme : Je vous aime. En même temps, Aurélien retrouve l'estime de lui-même. Il vient de légitimer, mieux que d'excuser, sa vie. Cette flâne, cette irrésolution s'expliquent. Il attendait cette minute. Il lui fallait sa raison d'être. Il avait dû profondément savoir qu'un jour Bérénice viendrait... et elle est venue. Il ne pouvait jusque là orienter cette existence sans risque : il l'eût engagée en dehors de Bérénice. Au fond, le siècle d'Aurélien s'écrit en deux mots : il y avait eu la guerre, et il y avait Bérénice.
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