Je pense l'avoir déjà écrit:
L'ADVERSAIRE, ce roman d'
Emmanuel CARRERE, m'avait profondément marqué. Je crois aussi que c'est depuis ce temps-là que j'ai réalisé à quel point on peut ne pas sortir totalement indemne après une lecture. Questions, confiance en autrui, connaissance humaine, doutes, sont autant d'énigmes qui rejaillissent après certaines immersions littéraires.
Le doit-on à certains auteurs ou aux histoires sensibles qui y sont décrites?
Bref, l'affaire Jean-Claude ROMAND a suscité en moi une question de base. Pourquoi ne pas dire, une interrogation sur l'identité de chaque personne, au cœur de la crise, au sens originel du terme?
Et mes recherches ont abouti sur un ouvrage de
Claude ARNAUD, intitulé: «Qui dis-je en nous?» Ce romancier est surtout connu pour être un essayiste, un critique, mais après avoir lu son œuvre, je lui attribuerais volontiers la plume de fin psychanalyste, même s'il n'en détient pas officiellement le titre. Pourquoi? Peut-être parce qu'il a su m'éclairer et décoder en langage clair ce que la déviance humaine a parfois l'impossibilité de fournir comme explications aux comportements et aux motivations qui s'y rattachent. Tout ceci paraît aussi compliqué que la question qu'on se pose.
Pourquoi la position flatteuse que ce Monsieur ROMAND s'attribuait, était-elle nécessaire pour qu'il s'accepte avant d'offrir cette même image à ses proches? Ce statut social était-il son unique condition de vie? Peut-être se persuadait-il enfin que rien dans sa mythomanie n'était mensonge? Si c'est ça, c'est évidemment là où le bât blesse.
Claude ARNAUD pose la question fondamentale: «Etre pour qui?», il poursuit: «Le mensonge était parvenu à engendrer un être à part entière- une sorte de golem auto piloté … il était devenu l'état le plus sûr de sa pseudo-personnalité …. Ventriloqué par son mensonge, ce mari qui adorait faire plaisir se résolut à interrompre le rêve éveillé dans lequel il faisait vivre son entourage». On connaît malheureusement la suite de cette horrible histoire, le but de l'auteur n'étant pas ici de disséquer le drame dans toute son horreur, mais plutôt d'expliquer les rouages de la personnalité de ROMAND avant son passage à l'acte.
«Qui dis-je en nous?», un livre avec de vraies réponses. L'affaire ROMAND n'est pas sa seule analyse, C ARNAUD nous offre la lumière de la compréhension à d'autres cas extrêmes.
Ce livre se situe à l'intersection de la psychanalyse, la philosophie et la littérature, il est immensément riche.