Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique



> Paul Morand (Préfacier, etc.)
> Anne-Marie Meininger (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070316262
Éditeur : Gallimard (2004)


Note moyenne : 3.7/5 (sur 616 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Enfin, tu l'as deviné, Nathalie, et peut-être vaut-il mieux que tu saches tout: oui, ma vie est dominée par un fantôme, il se dessine vaguement au moindre mot qui le provoque, il s'agite souvent de lui-même au-dessus de moi. J'ai d'imposants souvenirs ensevelis au fond ... > voir plus
Lire un extrait Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (20)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par MissLeo, le 21 novembre 2012

    MissLeo
    J'avais lu Le Lys dans la vallée adolescente, mais je n'en avais absolument aucun souvenir ! Ma préférence allait alors à Flaubert ou Zola, que je lisais avec un réel plaisir, quand Balzac relevait plus de l'obligation culturelle (bac de français oblige). C'est donc avec un oeil neuf que j'ai redécouvert presque vingt ans après ce formidable roman, publié en 1835 et 1836, dans la série des "Etudes de moeurs". Ce dernier appartient aux "Scènes de la vie de province", qui évoquent "l'âge des passions, des calculs, des intérêts et de l'ambition". Balzac écrivit Le Lys dans la vallée à 36 ans, en se basant sur sa propre expérience, à savoir son amour de jeunesse pour Mme de Berny, dont l'intrigue et le personnage de Mme de Mortsauf sont largement inspirés. le récit prend la forme d'une longue confession, Félix s'adressant à sa maîtresse, la comtesse Natalie de Manerville, à qui il raconte son enfance malheureuse, avant d'évoquer dans les moindres détails sa passion pour la délicate Henriette. le roman se termine sur la brève réponse de la fameuse Natalie, qui offre une superbe conclusion au récit. J'ai aimé cette construction originale.
    L'oeuvre a déjà été copieusement disséquée par ailleurs, et je ne souhaite pas me livrer à un exercice trop scolaire d'analyse de texte. Je me contenterai donc d'évoquer mon ressenti. Le Lys dans la vallée est un très beau roman sur la passion amoureuse, sur la frustration générée par un amour purement platonique et intellectuel, que Balzac oppose à l'amour sensuel. Ce conflit permanent est au coeur du récit, qui analyse avec beaucoup de justesse les comportements de Félix et de Mme de Mortsauf, embarqués malgré eux dans une idylle impossible. Balzac excelle à disséquer le sentiment amoureux, et l'on est frappé par la pertinence de ses observations.
    On retrouve également la marque de fabrique de l'auteur, sous la forme de quelques passages purement descriptifs, certes magnifiques, mais souvent très trop longs. le paysage et la nature occupent une place de choix, magnifiés par le regard amoureux de Félix. La campagne sensuelle et voluptueuse que découvre le jeune homme est inspirée du château de Saché, où vécut Balzac. Ce dernier en retranscrit parfaitement l'ambiance bucolique, au travers de quelques évocations champêtres au caractère hautement poétique (j'ai été sensible aux nombreuses métaphores fruitières et florales utilisées par l'auteur, qui donnent une vision particulièrement attirante de cette vallée gorgée de soleil).
    "La renaissance de madame de Mortsauf fut naturelle, comme les effets du mois de mai sur les prairies, comme ceux du soleil et de l'onde sur les fleurs abattues."
    La force du roman réside, on l'a dit, dans l'étude de caractères pleine de finesse à laquelle se livre Balzac, lequel nous réserve quelques scènes d'une puissance rare (je pense bien sûr à la dernière rencontre de Félix et d'Henriette, moment sublimement tragique). On peut ne pas adhérer au propos, très ancré dans son époque, mais la prose de l'auteur n'en demeure pas moins d'une force saisissante : c'est beau, et je reconnais m'être totalement laissée emporter par l'histoire.
    Venons en maintenant au lys, symbole de pureté, qu'incarne la très vertueuse comtesse de Mortsauf. La vie n'est pas tendre pour cette jeune femme mal mariée, dont la beauté et la fraîcheur s'étiolent inexorablement. Henriette est un personnage stoïque, fidèle à son devoir de mère et d'épouse, qui se consume d'amour pour Félix, qu'elle prétend aimer comme un fils et finit par prendre sous son aile protectrice, alors même qu'elle brûle pour lui d'une passion inassouvie. Lorsque Felix, métamorphosé en dandy, entame une liaison charnelle avec la très superficielle duchesse de Dudley, Henriette tombe dans un puits sans fond, et réalise subitement que sa vie n'aura été qu'un long mensonge. Un destin à la fois tragique et pathétique pour cette femme de caractère, sainte sacrifiée sur l'autel de la passion, dont on notera cependant l'ambiguité : elle ne veut pas céder à Félix, mais maintient le jeune homme en son pouvoir, en jouant pour lui le rôle d'une mère de substitution. Il est donc difficile de s'attacher complètement à Henriette, et il semble finalement assez naturel que Félix la "trahisse" pour assouvir ses besoins.
    Bien sûr, les grands discours de Mme de Morsauf sur l'amour et le sacrifice peuvent aujourd'hui sembler un peu désuets, et la prose De Balzac possède parfois un côté excessif et grandiloquent (les défauts de ses qualités, en quelque sorte). Je retiendrai néanmoins la force extraordinaire qui se dégage de cette histoire, laquelle dépeint merveilleusement le sentiment amoureux. Il n'est pas impossible que je lise d'autres romans de La comédie humaine dans un futur proche.

    Un classique à redécouvrir !


    Lien : http://leslecturesdeleo.blogspot.fr/2012/11/le-lys-dans-la-vallee-ho..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 21         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par cmpf, le 20 octobre 2014

    cmpf
    Roman présenté comme épistolaire, ce qui me semble abusif puisqu’il n’y a qu’une seule lettre de 350 pages et une réponse de 4.
    Entre sa première publication et les suivantes, il semble qu’il y ait eu des remaniements. Dès Le lys dans la vallée fini, Balzac en entreprend un autre qui aura pour titre final Le contrat de mariage. L’un racontant des événements enchâssés dans l’autre récit. Ils s’influencent l’un, l’autre. De la même façon sa place dans le classement de la Comédie humaine variera.
    Un jeune noble frustré d’amour depuis son plus jeune âge s’éprend d’une dame croisée à un bal. Par un concours de circonstances heureux, il vient passer plusieurs mois tout près du château de ladite dame. On l’introduit dans la place et il s’installe en voisin assidu. L’amour se développe dans les deux cœurs. Et pendant environ 300 pages, Balzac nous entretient des moindres mouvements de ces deux cœurs. Et de la vie somme toute assez monotone de cette femme mariée et mère de deux enfants maladies, qui ne sort presque jamais de son domaine. De toutes ces peines pour vivre en bonne intelligence avec un mari difficile à aimer, s’occuper de tout, en particulier du domaine qu’elle réforme, en lui laissant croire qu’il dirige et sans jamais lui faire une remarque acide. De celle à peine plus exaltante du jeune homme Félix, qui obtient tout de même un emploi auprès du roi (l’histoire a lieu sous la Restauration) mais revient dès qu’il le peut auprès de sa bien-aimée. Cela pourrait être ennuyeux. Et bien non. C’est admirable. Par la description des sentiments, par le style, par le vocabulaire riche et parfois désuet.
    Curieusement je n’ai pas trouvé ce texte complètement dépassé alors même que les séparations de couple sont communes.
    Pourquoi veut-elle rester fidèle en tout point à ce mari si peu aimable ? Je dis en tout point parce qu’elle cache aussi à ses enfants, à sa domesticité, à ses parents l’égoïsme immense et la fatuité de ce personnage si peu doué et le mal qu’il lui fait en se disant mal aimé, lui si aveugle aux sentiments des autres. Pour ne pas faire de tort à ses enfants, par vertu chrétienne, ou simplement par fidélité à la parole donnée ? Félix, bien que n’obtenant pas de satisfactions sensuelles autres que lui tenir parfois la main continue à l’aimer sans parvenir toutefois à soupçonner tout ce qui se passe en elle.
    En revanche on peut s’interroger sur le besoin qu’il a de raconter plus tard à sa nouvelle maitresse son amour platonique pour celle qu’il nomme le lys dans la vallée. Est-il naïf à ce point ?
    C’est aussi une satire sociale, il y a de façon évidente un reproche fait à l’aristocratie pour laquelle seules comptent les faveurs. Ainsi à l’annonce de la maladie d’Henriette, son père préfèrera, à l’encontre de Félix, rester auprès du roi que se rendre à son chevet.
    Lorsqu’il publie le lys dans la vallée, Balzac vient de décider du retour des personnages. Félix est le frère de Charles de Vandenesse, apparu dans la femme de 30 ans. Et l’on retrouvera Félix dans non seulement Le contrat de mariage, mais aussi Une fille d’Ève.
    Vaut-il la peine d’être lu ? Je pense qu’il peut rebuter les lecteurs avides d’actions. Pour ma part avant de l’avoir tout à fait fini j’ai sorti de son étagère Eugénie Grandet (je n’ai pas les titres cités ci-dessus) afin de l’avoir sous la main, et je le commence à l’instant.

    Critique faite dans le cadre du challenge ABC 2014 - 2015
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 11         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 07 octobre 2011

    Aline1102
    Félix de Vandenesse, jeune homme malheureux et rejeté par ses parents, rencontre, lors d'une soirée, une femme plus âgée que lui, dont il tombe éperdument amoureux. Ce sentiment a des effets néfastes sur ses nerfs, déjà mis à rude épreuve par un séjour dans la demeure de ses parents et Félix se sent fébrile. Sa mère décide alors de l'envoyer à la campagne, pour que le changement d'air le soulage.

    Félix arrive donc chez Monsieur de Chessel qui, par le plus grand des hasards, s'avère être le voisin de Monsieur et Madame de Mortsauf. Cette dernière est en effet "le Lys" de Félix de Vandenesse, cette femme qu'il a rencontré et qu'il aime à en perdre la tête.

    Quelle poésie dans la langue des auteurs romantiques! Pour vous en donner tout de suite un exemple, voici le genre de phrase que l'on peut rencontrer dans ce roman De Balzac: "Les souvenirs des cruelles méditations, des angoisses que m'imposa la parcimonie de ma mère, m'ont inspiré pour les jeunes gens la sainte indulgence de ceux qui, sans avoir failli, sont arrivés sur le bord de l'abîme, comme pour en mesurer la profondeur."

    Les métaphores et euphémismes utilisés pas Balzac pour décrire le sentiment amoureux font du Lys dans la vallée un chef-d'oeuvre de douceur et de luminosité. Car, malgré les malheurs traversés par les personnages principaux, c'est une grande impression de paix et de sérénité qui se dégage de nombreux passages du roman, au cours desquels Félix nous parle de sa bien-aimée Madame de Mortsauf, qu'il appelle Henriette.

    Peut-être le lyrisme De Balzac et l'élégance de son récit sont-ils influencés par son histoire personnelle? Car l'intrigue de ce Lys dans la vallée est très autobiographique. Alors qu'il avait 24 ans, Balzac est tombé amoureux de Madame Laure de Berny, voisine de ses parents. Et Madame de Berny avait quinze ans de plus que Balzac. Cela ne les a pas empêchés de s'aimer pendant plus de dix ans. Il paraît donc presque normal que l'auteur se soit surpassé dans ce récit rendant hommage à son amour perdu et à une époque où il était encore possible de mourir d'amour.

    Une autre façon de décrire les choses, typique elle aussi de ce XIXe siècle, m'a fait passer de bons moments: Monsieur de Mortsauf est atteint d'une maladie mentale, suite aux événements qu'il a vécus pendant la guerre et qui l'ont marqués à vie. Ce brave homme est donc très proche de ce que l'on qualifierait de nos jours de personnalité bipolaire ou hystérique. Et la manière dont Balzac décrit les "crises" de Monsieur de Mortsauf est particulièrement délicieuse: l'auteur en rajoute une couche, puis deux et pourquoi pas trois. L'insistance avec laquelle la maladie de ce pauvre Mortsauf est décrite en devient presque exagérée, on finit par avoir du mal à y croire. Et cette manière d'insister sur les tares héréditaires des personnages, sur leurs faiblesses mentales ou physiques, m'a toujours semblé divertissante (dans un autre genre, j'ai aussi apprécié, dans Dracula, la façon dont les personnages masculins s'évanouissent ou s'écroulent dans un divan pour pleurer. Ça me rappelle Monsieur de Mortsauf et ses accès de rage et de méchanceté).

    Dans la première partie du roman, quand Monsieur de Mortsauf ne fait pas des siennes, nos deux héros, Félix et Henriette, passent plutôt de bons moments.
    Les malheurs de Félix semblent donc bien terminés: s'il souffre parfois par amour, il parvient à se détacher des mauvais souvenirs de son enfance. D'ailleurs, au cours de la seconde partie du roman, le jeune homme évolue énormément et commence à se faire une place dans le monde et dans les salons les plus importants de la capitale. Mais tout cela se fait grâce au Lys, à la chère Henriette qui, patiemment, attend cette évolution de son jeune ami; c'est elle, en effet, qui veut qu'il devienne un personnage important. Mais, malgré cette vertu du personnage d'Henriette, qui affirme considérer Félix comme son troisième enfant, et lui vouloir le bien qu'elle voudrait pour la chair de sa chair, on ressent une certaine ambiguïté dans sa relation avec notre héros. Elle se confie beaucoup à lui et semble cacher des sentiments plus profonds qu'elle ressentirait pour lui.

    Toujours dans cette seconde partie, Monsieur de Mortsauf semble de plus en plus atteint. Ses crises atteignent des sommets de violence verbale et son épouse en souffre, puisque, bien souvent, c'est à elle qu'il s'en prend. Car Madame de Mortsauf est une femme "moderne": certaine de l'incapacité de son mari à gérer le domaine qu'ils possèdent, elle se lance elle-même dans des travaux de transformation et de modernisation. Et quand ceux-ci ne se passent pas comme prévu, la colère de son mari se déchaîne!

    La troisième partie est la partie la plus douloureuse pour nos deux amoureux. L'envol de Félix ne se passe pas sans mal pour Henriette: le jeune homme commence à attirer les attentions d'autres femmes. le Lys, malade, va se faner, irrémédiablement et la sollicitude d'un Félix et d'un Monsieur de Mortsauf tous deux repentants ne pourra pas le sauver. Cette partie du roman est aussi typique du romantisme, époque durant laquelle amour rimait souvent avec souffrance.

    Mais malgré son déroulement discret et sa fin tragique, ou peut-être à cause d'eux, Le lys dans la vallée reste une merveilleuse histoire d'amour et de passion, entre deux êtres qui, malgré leurs différences, sont devenus tout l'un pour l'autre.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 8         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par xaviegilbert, le 12 septembre 2010

    xaviegilbert
    Tout simplement un des plus grands romans de la littérature "universelle". Et comme toujours en art : les textes le plus connus le sont le moins, en fait. "Le Lys dans la vallée" n'est pas un roman à l'eau de rose sur les sentiments, et non plus sur "l'amour pur". Quant à ceux qui trouveraient le style pompeux ou les phrases trop longues, un peu d'effort, tout ne peut pas être aussi simple que ce qui se publie aujourd'hui.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 19         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par melusine1701, le 01 mai 2011

    melusine1701
    Félix de Vandenesse écrit une longue lettre à sa fiancée, Natalie de Manerville, qui lui demande de lui raconter son passé. Il relate alors une enfance terne, voire malheureuse, auprès de parents qui le dédaignenet et de frères et soeurs qui ne le connaissent pas. Lors d'une soirée, ce jeune homme encore infantile et chétif rencontre une femme qui éveille chez lui une brusque passion. Il apprendra qu'il s'agit de la comtesse Henriette de Morsauf, mère de deux enfants auxquels elle est toute entière consacrée, mariée à un comte lunatique et violent. Véritable modèle de pureté, elle devient le lys qui illumine la vallée où se trouve sa maison et la vie de Félix, qui devient son confident le plus proche.
    J'ai beaucoup apprécié cette lecture. D'acord, on y retrouve les interminables descriptions De Balzac, mais ici, elles sont teintées d'une poésie qui leur ôte toute leur lourdeur. En effet, à l'innocence de l'adolescence qui s'éveille à la passion et à la sensualité se mêle la pureté et l'idéal d'une femme qui apparaît en véritable madone, et le texte balzacien porte à merveille ces envolées lyriques qui font ressentir la prose plus qu'ils ne la donnent à lire. Félix est un personnage attachant, complexe et en pertpétuelle évolution: pathétique en enfant malheureux, touchant en adolescent amoureux qui vénère une femme qui remplit à la fois les rôles d'amante, de mère et de déesse, délicieusement révoltant en homme qui se rabat sur une femme facile lorsque son amour de refuse à lui. Henriette de Morsauf porte son lot de larmes, elle qui subit les crises de colère de son mari par total dévouement pour ses enfants eux-mêmes maladifs, mais qui guide habilement Félix sur le chemin de la réussite dans le monde et qui fait de lui un homme, dans tous les sens du terme (sauf celui qu'il voudrait, bien évidemment). Ce récit d'un amour total et qui pourtant n'arrive pas à se réaliser m'a beaucoup touché, tout particulièrement pour le personnage d'Henriette. Et je garde un souvenir tout particulièrement ému des descriptions des bouquets de fleurs et de leur langage qui ne trompe personne.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 10         Page de la critique

> voir toutes (49)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par cmpf, le 20 octobre 2014

    À l’époque de la vie où chez les autres hommes les aspérités se fondent et les angles s’émoussent, le caractère du vieux gentilhomme était encore devenu plus agressif que par le passé. Depuis quelques mois, il contredisait pour contredire, sans raison, sans justifier ses opinions ; il demandait le pourquoi de toute chose, s’inquiétait d’un retard ou d’une commission, se mêlait à tout propos des affaires intérieures, et se faisait rendre compte des moindres minuties du ménage de manière à fatiguer sa femme ou ses gens, en ne leur laissant point leur libre arbitre. (…)Tantôt il ne voulait pas de bruit, et quand la comtesse établissait autour de lui un silence absolu, tout à coup il se plaignait d’être comme dans une tombe, il disait qu’il y avait un milieu entre ne pas faire du bruit et le néant de la Trappe. Tantôt il affectait une parfaite indifférence des choses terrestres, la maison entière respirait ; ses enfants jouaient, les travaux ménagers s’accomplissaient sans aucune critique ; soudain au milieu du bruit, il s’écriait lamentablement : ― « On veut me tuer ! » ― Ma chère, s’il s’agissait de vos enfants, vous sauriez bien deviner ce qui les gêne, disait-il à sa femme en aggravant l’injustice de ces paroles par le ton aigre et froid dont il les accompagnait. Il se vêtait et se dévêtait à tout moment, en étudiant les plus légères variations de l’atmosphère, et ne faisait rien sans consulter le baromètre. Malgré les maternelles attentions de sa femme, il ne trouvait aucune nourriture à son goût, car il prétendait avoir un estomac délabré dont les douloureuses digestions lui causaient des insomnies continuelles ; et néanmoins il mangeait, buvait, digérait, dormait avec une perfection que le plus savant médecin aurait admirée. Ses volontés changeantes lassaient les gens de sa maison, qui, routiniers comme le sont tous les domestiques, étaient incapables de se conformer aux exigences de systèmes incessamment contraires. Le comte ordonnait-il de tenir les fenêtres ouvertes sous prétexte que le grand air était désormais nécessaire à sa santé ; quelques jours après, le grand air, ou trop humide ou trop chaud, devenait intolérable ; il grondait alors, il entamait une querelle, et, pour avoir raison, il niait souvent sa consigne antérieure. Ce défaut de mémoire ou cette mauvaise foi lui donnait gain de cause dans toutes les discussions où sa femme essayait de l’opposer à lui-même. L’habitation de Clochegourde était devenue si insupportable que l’abbé de Dominis, homme profondément instruit, avait pris le parti de chercher la résolution de quelques problèmes, et se retranchait dans une distraction affectée. La comtesse n’espérait plus, comme par le passé, pouvoir enfermer dans le cercle de la famille les accès de ces folles colères ; déjà les gens de la maison
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la citation

  • Par cmpf, le 20 octobre 2014

    Sans argent, adieu les soirées. J’avais écrit à ma mère de m’en envoyer ; ma mère me gronda, et ne m’en donna pas pour huit jours. À qui donc en demander ? Et il s’agissait de ma vie ! Je retrouvais donc, au sein de mon premier grand bonheur, les souffrances qui m’avaient assailli partout ; mais à Paris, au collège, à la pension, j’y avais échappé par une pensive abstinence, mon malheur avait été négatif ; à Frapesle il devint actif ; je connus alors l’envie du vol, ces crimes rêvés, ces épouvantables rages qui sillonnent l’âme et que nous devons étouffer sous peine de perdre notre propre estime. Les souvenirs des cruelles méditations, des angoisses que m’imposa la parcimonie de ma mère, m’ont inspiré pour les jeunes gens la sainte indulgence de ceux qui, sans avoir failli, sont arrivés sur le bord de l’abîme comme pour en mesurer la profondeur. Quoique ma probité, nourrie de sueurs froides, se soit fortifiée en ces moments où la vie s’entr’ouvre et laisse voir l’aride gravier de son lit, toutes les fois que la terrible justice humaine a tiré son glaive sur le cou d’un homme, je me suis dit : Les lois pénales ont été faites par des gens qui n’ont pas connu le malheur.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 0         Page de la citation

  • Par Minlinks1, le 20 octobre 2014

    Les lois pénales ont été faites par les gens qui n'ont pas connu le malheur.

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la citation

  • Par ladyoga, le 18 décembre 2013

    Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps ; si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ; au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel, en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Le poumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs. En ce moment, les moulins situés sur les chutes de l’Indre donnaient une voix à cette vallée frémissante, les peupliers se balançaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, les cigales criaient, tout y était mélodie. Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine. Je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la citation

  • Par Cielvariable, le 11 mai 2013

    A quel talent nourri de larmes devrons−nous un jour la plus émouvante élégie, la peinture des tourments subits en silence par les âmes dont les racines tendres encore ne rencontrent que de durs cailloux dans le sol domestique dont les premières frondaisons sont déchirées par des mains haineuses, dont les fleurs sont atteintes par la gelée au moment où elles s’ouvrent ? Quel poète nous dira les douleurs de l’enfant dont les lèvres sucent un sein amer, et dont les sourires sont réprimés par le feu dévorant d’un oeil sévère ? La fiction qui représenterait ces pauvres coeurs opprimés par les êtres placés autour d’eux pour favoriser les développements de leur sensibilité, serait la véritable histoire de ma jeunesse. Quelle vanité pouvais−je blesser, moi nouveau−né ? quelle disgrâce physique ou morale me valait la froideur de ma mère ? étais−je donc l’enfant du devoir, celui dont la naissance est fortuite, ou celui dont la vie est un reproche ? Mis en nourrice à la campagne, oublié par ma famille pendant trois ans, quand je revins à la maison paternelle, j’y comptai pour si peu de chose que j’y subissais la compassion des gens. Je ne connais ni le sentiment, ni l’heureux hasard à l’aide desquels j’ai pu me relever de cette première déchéance : chez moi l’enfant ignore et l’homme ne sait rien. Loin d’adoucir mon sort mon frère et mes deux soeurs s’amusèrent à me faire souffrir. Le pacte en vertu duquel les enfants cachent leurs peccadilles et qui leur apprend déjà l’honneur, fut nul à mon égard ; bien plus je me vis souvent puni pour les fautes de mon frère sans pouvoir réclamer contre cette injustice ; la courtisanerie, en germe chez les enfants, leur conseillait−elle de contribuer aux persécutions qui m’affligeaient pour se ménager les bonnes grâces d’une mère également redoutée par eux ? était−ce un effet de leur penchant à l’imitation ? était−ce besoin d’essayer leurs forces ou manque de pitié ?
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 1         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
4,79 € (neuf)
3,71 € (occasion)

   

Faire découvrir Le Lys dans la vallée par :

  • Mail
  • Blog

Découvrez la collection Folio

> voir plus

Lecteurs (2420)

> voir plus

Quiz