Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Paul Morand (Préfacier, etc.)
> Anne-Marie Meininger (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070316262
Éditeur : Gallimard (2004)


Note moyenne : 3.69/5 (sur 816 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
«Oui, la première femme que l'on rencontre avec les illusions de la jeunesse est quelque chose de saint et de sacré.» Balzac en fit l'expérience. Il imagine son roman comme une confession. Félix de Vandenesse raconte, avant de l'épouser, ses amours passées à la comtesse... > Voir plus
Lire un extrait Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (34)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par gouelan, le 08 avril 2015

    gouelan
    Félix, à cinq ans, « s'envolait dans une étoile ». À cette étoile, il pouvait confier ses secrets, ses blessures d'enfant mal aimé, subissant la froideur d'une mère, le manque d'affection de ses frères et soeurs et les privations répétées. Etre aimant et sensible, il se réfugie dans les études.
    Jusqu'au jour où cette étoile, il va la rencontrer à un bal. C'est le début de son idylle avec Me de Mortsauf.
    Parti se reposer à la campagne, dans une vallée où coule l'Indre, il va revoir cette femme céleste, pénétrant son âme de rêveur, faisant de son rêve une réalité.
    Son étoile va devenir « le lys de la vallée ». Femme- eau, amour inaccessible, pur et chaste. Me de Mortsauf est une femme plus âgée que lui, mariée et mère de deux enfants.
    Entre son mari tyrannique et ses enfants fragiles, elle ne vit que de souffrance et d'amertume.
    À la fois femme forte et fragile, elle ne peut assouvir sa passion pour le jeune Félix. Elle ne peut que lui apporter sa tendresse maternelle et ses conseils pour faire de lui un homme du monde. Elle aspire à une relation sincère, profonde et spirituelle.
    Félix est un jeune homme encore naïf, frustré par cette relation qui le dévore. Il a envie de s'élancer vers le monde, de découvrir ses mystères.
    Rencontrant alors une femme- feu, il va se brûler les ailes. Aucune femme ne pourra rivaliser avec son lys de la vallée, pour laquelle il composait des « poèmes de fleurs » et avec laquelle son âme s'était tellement emmêlée, que personne ne pourrait défaire ce lien.
    Dans un dernier sursaut, la passion va triompher, mais trop tard hélas et de façon si éphémère. Si le jeune Félix avait su cueillir ce lys de la vallée avant qu'il ne se fane, la passion aurait peut –être gagné le combat sur la vertu. La nature est éphémère, il ne faut pas la faire attendre.
    Lequel des deux personnages est le plus malheureux ? Celui qui se meure de jalousie et d'abandon en regrettant de ne pas avoir osé vivre, comme si la souffrance était un devoir, une vertu. Ou celui qui portera à jamais le remords de ses maladresses de jeune homme ignorant et impatient, le poids de la culpabilité.
    J'ai surtout aimé, dans ce roman les descriptions poétiques de la nature, libre et sublime, et la puissance des métaphores florales. L'opposition entre la nature qui invite à l'amour et la passion, et la société qui y met des barrières, des contraintes, des interdits, tels que le mariage, la vertu, la religion.


    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          3 44         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par michfred, le 15 août 2015

    michfred
    Le Lys dans la vallée est le roman de la contention, de l'inhibition et de la frustration.
    Dès les premières mesures.
    L'enfance et l'adolescence tristes de Félix -le mal nommé- s'étiolent dans la froideur et l'indifférence maternelles: la première frustration est celle de l'amour premier, celui qui ouvre la porte à tous les autres, l'amour maternel.
    Aussi quand il rencontre, à un bal, Blanche de Mortsauf, femme (mal) mariée, timide, et provinciale, leur découverte mutuelle se fait d'extraordinaire façon: un « parfum de femme » vient d'abord toucher les sens du jeune Félix, lové sur une banquette, comme un enfant que sa mère y aurait oublié. Ragaillardi par cette fragrance sensuelle, Félix se retourne : ce ne sont ni des yeux ni un visage qui donnent une forme à l’objet de son trouble , mais un dos, des épaules, un décolleté plantureux dans lequel son regard gourmand plonge et au ..sein duquel il enfouit bientôt son visage éperdu, sans un mot! Surprise, bouleversée, attendrie, madame de Mortsauf ne sait comment accueillir –et repousser - cet assaut : est-ce celui d'un jeune homme débordé par ses sens ou celui d'un enfant perdu? C'est en femme, en reine offensée, qu'elle réagit en s'écriant "Monsieur?" donnant ainsi à Félix le statut d'homme qu'il désirait violemment, mais la mère en elle choisit l’enfant, et la femme est touchée au plus profond..
    Ce "raptus" amoureux donnera le ton à tout leur amour: fringale violente et mutisme torturé, audace et rétention, sensualité et maternage...
    Félix et Blanche sont amenés à se revoir, à se désirer, à s'interdire tout autre licence, comme si toute leur libido s’était donné libre cours une fois pour toutes dans cette première rencontre, dos à dos..
    Blanche est mariée à un homme cruel et peu aimable, elle est mère aussi, et bardée de devoirs conjugaux, familiaux, religieux…
    Félix laisse alors sa sensualité s'exprimer avec une miss anglaise fort décomplexée. Blanche en souffre, dévorée d'une jalousie sans nom qui la ronge et la détruit. Félix commence sa vie quand elle l’achève mais il sera toujours marqué au fer par son premier amour, si incomplet fût-il, amour inoubliable, pur comme le lys de cette vallée de Touraine dont Blanche était le plus beau fleuron.
    C’est un livre que j’ai lu trop tôt pour l’apprécier : le romantisme échevelé de cet amour chaste et tourmenté a très vite agacé l’adolescente que j’étais. Il me fallait des audaces plus stendhaliennes –Mathilde de la Môle coupant ses cheveux, Julien saisissant la main de Madame de Rênal sur le coup de dix heures, Madame de Rênal tirant sur Julien : voilà ce qui me faisait vibrer ! Les atermoiements et scrupules de Blanche, les transports muets de Félix avaient le don de m’énerver..
    Puis un professeur exceptionnel, Gérard Gengembre, spécialiste de Balzac, et auteur d’une excellente monographie , m’a fait relire, découvrir et adorer ce livre complexe.
    Je lui ai depuis trouvé des audaces, insoupçonnées à la première lecture- la scène de première rencontre, atypique et insensée, aurait dû me mettre la puce à l’oreille pourtant.
    La maladie de Blanche dit assez clairement, pour un roman réputé puritain et romantique, les dégâts, sur le corps, des désirs insatisfaits. Le désir féminin y est exploré avec une rare pénétration…mais le tout est délicatement masqué par un emballage romantique de bon ton.
    L’immaturité affective et sexuelle de Félix, privé de mère et qui se cherche autant une maman qu’une maîtresse, fait penser à celle de Jean-Jacques (Rousseau), autre enfant sans mère, qui trouva dans Madame de Warens une douce association des deux, la mère et l’amante, accomplit sous son patronage une éducation sentimentale accélérée et fit souffrir terriblement celle qu’il appelait « Maman » avec toutes ses fredaines de petit animal gourmand …
    Le roman est aussi, on le sait, une transposition de la vie de Balzac, petit garçon doté d’une mère mondaine et peu attentive, qui chercha des mères de substitution dans toutes ses compagnes, à commencer par Laure de Berny , son premier amour, et eut même à la fin de sa trop courte vie, une amante épistolaire , Eve Hanska, ce qui est le comble de l’amour platonique et du goût exacerbé pour la distance -Eve était polonaise- et pour la lenteur -les postes du XIXème siècle n’avaient pas l’instantanéité de Facebook ou des courriels d’aujourd’hui… distance et lenteur qu’il considérait sûrement comme des aphrodisiaques puissants comme le montrent leurs lettres torrides et leur mariage…alors qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés !
    Un livre plein comme un œuf de signes et de sens ..pas si « liliaques » ni élégiaques que cela !
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          6 34         Page de la critique

    • Livres 3.00/5
    Par ibon, le 18 décembre 2014

    ibon
    Au menu de l'ogre Balzac: lui-même ou la vie amoureuse de Félix de Vandenesse. Cette histoire est fortement inspirée de ses propres jeunes années apprend-on dans la préface. Enfance et adolescence y sont définies comme essentiellement douloureuses- car le petit être est délaissé par sa mère -et cela ne présage rien de bon pour la suite.
    En général je ne suis pas fan des descriptions minutieuses de certains de ses romans mais, oh surprise ici, on est dès le début happé dans le récit. Au passage, cela n'enlève rien à la qualité des phrases. Comme celle-ci:
    "Quel poète nous dira les douleurs de l'enfant dont les lèvres sucent un sein amer, et dont les sourires sont réprimés par le feu dévorant d'un oeil sévère?"
    Phrases poétiques à souhait et lourdes de sens. Quant à l'enfance du petit Félix, comme il nous la rapporte, elle ne sera donc qu'un souvenir douloureux .
    Pourtant, alors que la France est agitée par les derniers soubresauts napoléoniens, une rencontre va éclairer sa vie: la rencontre, lors d'un bal, avec Henriette de Mortsauf. Mais elle a trente ans, et lui vingt, et surtout elle est mariée, deux enfants, et n'est pas prête à céder aux élans romantiques de ce jeune homme, bien qu'elle recherche sa compagnie.
    Après cette illumination dans la vie de Félix, un jeu d'approche puis de séduction s'installe. Et là je reconnais n'avoir pas bien goûté cette installation, qui dure une bonne centaine de pages, jusqu'à l'arrivée d'une tierce personne qui met un peu plus de piquant dans l'histoire.
    Par contre, la fin est intense et somptueuse avec l'agonie d'un des personnages qui résonne comme la fin d'un idéal et une sanction terribles pas seulement pour celles qui ont approché Félix de Vandenesse mais aussi pour lui.

    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 37         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par claudine42, le 05 février 2015

    claudine42
    Félix de Vandenesse, un jeune aristocrate, a vécu une enfance et une adolescence des plus difficiles: né après un frère, qui a pris toute l'affection dont était capable la mère, et une soeur, il n'y a plus de place à prendre dans le coeur maternel. Aussi, passe-t-il son temps entre rêveries et sarcasmes, entre désir d'être aimé et les tristes pensions où la famille l'envoie étudier.

    Une morne existence scande ses jours gris jusqu'au jour où, lors d'un bal, donné en l'honneur du duc d'Angoulême, à Tours, il rencontre une femme qui le subjugue au point de lui faire perdre toute mesure: il lui baise avec passion les épaules... ce qui fait rougir et fuir la belle dame. Qui est cette céleste inconnue? Un concours de circonstance heureux, amène Félix à séjourner à Frapesle, chez les Chessel, amis de sa mère, où il rencontre enfin celle qui l'enchante depuis le fameux bal.
    Commence alors une douce, longue et romantique histoire d'amour platonique, entre Félix, à peine sorti de l'adolescence, et Henriette de Mortsauf. Chaque jour voit grandir l'attachement, quasi maternel, de ces deux êtres malmenés par la vie: Félix, englué dans une enfance solitaire et triste, et Henriette, mariée très jeune à un homme déjà vieux, mère de deux enfants souffreteux, épouse d'un hypocondriaque persécuteur et égoïste. La vallée de l'Indre devient le cadre idyllique d'un amour éthéré au creux duquel deux amants vertueux épousent leurs souffrances, leurs peurs et leurs espérances: les vergers, les bois et les landes offrent mille et un bouquets au fil des saisons, messagers délicats d'un lien amoureux des plus purs (d'ailleurs, Mme de Mortsauf ne tient-elle pas à considérer Félix comme son enfant, afin de pouvoir l'aimer sans offenser son serment d'épouse!), le parc et les allées somptueuses ombragées, les lieux de tendres confidences et de mains maintes fois baisées avec passion. Cependant, la belle harmonie s'avère n'être pas éternelle...
    'ai aimé la construction intéressante du roman: une longue lettre de Félix à une femme qu'il aime, Nathalie de Manerville, dont la réponse est d'une savoureuse ironie, Balzac montre qu'il a un grand humour et peu d'illusions sur la nature humaine.

    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 33         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par MissLeo, le 21 novembre 2012

    MissLeo
    J'avais lu le lys dans la vallée adolescente, mais je n'en avais absolument aucun souvenir ! Ma préférence allait alors à Flaubert ou Zola, que je lisais avec un réel plaisir, quand Balzac relevait plus de l'obligation culturelle (bac de français oblige). C'est donc avec un oeil neuf que j'ai redécouvert presque vingt ans après ce formidable roman, publié en 1835 et 1836, dans la série des "Etudes de moeurs". Ce dernier appartient aux "Scènes de la vie de province", qui évoquent "l'âge des passions, des calculs, des intérêts et de l'ambition". Balzac écrivit le lys dans la vallée à 36 ans, en se basant sur sa propre expérience, à savoir son amour de jeunesse pour Mme de Berny, dont l'intrigue et le personnage de Mme de Mortsauf sont largement inspirés. le récit prend la forme d'une longue confession, Félix s'adressant à sa maîtresse, la comtesse Natalie de Manerville, à qui il raconte son enfance malheureuse, avant d'évoquer dans les moindres détails sa passion pour la délicate Henriette. le roman se termine sur la brève réponse de la fameuse Natalie, qui offre une superbe conclusion au récit. J'ai aimé cette construction originale.
    L'oeuvre a déjà été copieusement disséquée par ailleurs, et je ne souhaite pas me livrer à un exercice trop scolaire d'analyse de texte. Je me contenterai donc d'évoquer mon ressenti. le lys dans la vallée est un très beau roman sur la passion amoureuse, sur la frustration générée par un amour purement platonique et intellectuel, que Balzac oppose à l'amour sensuel. Ce conflit permanent est au coeur du récit, qui analyse avec beaucoup de justesse les comportements de Félix et de Mme de Mortsauf, embarqués malgré eux dans une idylle impossible. Balzac excelle à disséquer le sentiment amoureux, et l'on est frappé par la pertinence de ses observations.
    On retrouve également la marque de fabrique de l'auteur, sous la forme de quelques passages purement descriptifs, certes magnifiques, mais souvent très trop longs. le paysage et la nature occupent une place de choix, magnifiés par le regard amoureux de Félix. La campagne sensuelle et voluptueuse que découvre le jeune homme est inspirée du château de Saché, où vécut Balzac. Ce dernier en retranscrit parfaitement l'ambiance bucolique, au travers de quelques évocations champêtres au caractère hautement poétique (j'ai été sensible aux nombreuses métaphores fruitières et florales utilisées par l'auteur, qui donnent une vision particulièrement attirante de cette vallée gorgée de soleil).
    "La renaissance de madame de Mortsauf fut naturelle, comme les effets du mois de mai sur les prairies, comme ceux du soleil et de l'onde sur les fleurs abattues."
    La force du roman réside, on l'a dit, dans l'étude de caractères pleine de finesse à laquelle se livre Balzac, lequel nous réserve quelques scènes d'une puissance rare (je pense bien sûr à la dernière rencontre de Félix et d'Henriette, moment sublimement tragique). On peut ne pas adhérer au propos, très ancré dans son époque, mais la prose de l'auteur n'en demeure pas moins d'une force saisissante : c'est beau, et je reconnais m'être totalement laissée emporter par l'histoire.
    Venons en maintenant au lys, symbole de pureté, qu'incarne la très vertueuse comtesse de Mortsauf. La vie n'est pas tendre pour cette jeune femme mal mariée, dont la beauté et la fraîcheur s'étiolent inexorablement. Henriette est un personnage stoïque, fidèle à son devoir de mère et d'épouse, qui se consume d'amour pour Félix, qu'elle prétend aimer comme un fils et finit par prendre sous son aile protectrice, alors même qu'elle brûle pour lui d'une passion inassouvie. Lorsque Felix, métamorphosé en dandy, entame une liaison charnelle avec la très superficielle duchesse de Dudley, Henriette tombe dans un puits sans fond, et réalise subitement que sa vie n'aura été qu'un long mensonge. Un destin à la fois tragique et pathétique pour cette femme de caractère, sainte sacrifiée sur l'autel de la passion, dont on notera cependant l'ambiguité : elle ne veut pas céder à Félix, mais maintient le jeune homme en son pouvoir, en jouant pour lui le rôle d'une mère de substitution. Il est donc difficile de s'attacher complètement à Henriette, et il semble finalement assez naturel que Félix la "trahisse" pour assouvir ses besoins.
    Bien sûr, les grands discours de Mme de Morsauf sur l'amour et le sacrifice peuvent aujourd'hui sembler un peu désuets, et la prose De Balzac possède parfois un côté excessif et grandiloquent (les défauts de ses qualités, en quelque sorte). Je retiendrai néanmoins la force extraordinaire qui se dégage de cette histoire, laquelle dépeint merveilleusement le sentiment amoureux. Il n'est pas impossible que je lise d'autres romans de la Comédie Humaine dans un futur proche.

    Un classique à redécouvrir !


    Lien : http://leslecturesdeleo.blogspot.fr/2012/11/le-lys-dans-la-vallee-ho..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 26         Page de la critique

> voir toutes (113)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par cmpf, le 20 octobre 2014

    À l’époque de la vie où chez les autres hommes les aspérités se fondent et les angles s’émoussent, le caractère du vieux gentilhomme était encore devenu plus agressif que par le passé. Depuis quelques mois, il contredisait pour contredire, sans raison, sans justifier ses opinions ; il demandait le pourquoi de toute chose, s’inquiétait d’un retard ou d’une commission, se mêlait à tout propos des affaires intérieures, et se faisait rendre compte des moindres minuties du ménage de manière à fatiguer sa femme ou ses gens, en ne leur laissant point leur libre arbitre. (…)Tantôt il ne voulait pas de bruit, et quand la comtesse établissait autour de lui un silence absolu, tout à coup il se plaignait d’être comme dans une tombe, il disait qu’il y avait un milieu entre ne pas faire du bruit et le néant de la Trappe. Tantôt il affectait une parfaite indifférence des choses terrestres, la maison entière respirait ; ses enfants jouaient, les travaux ménagers s’accomplissaient sans aucune critique ; soudain au milieu du bruit, il s’écriait lamentablement : ― « On veut me tuer ! » ― Ma chère, s’il s’agissait de vos enfants, vous sauriez bien deviner ce qui les gêne, disait-il à sa femme en aggravant l’injustice de ces paroles par le ton aigre et froid dont il les accompagnait. Il se vêtait et se dévêtait à tout moment, en étudiant les plus légères variations de l’atmosphère, et ne faisait rien sans consulter le baromètre. Malgré les maternelles attentions de sa femme, il ne trouvait aucune nourriture à son goût, car il prétendait avoir un estomac délabré dont les douloureuses digestions lui causaient des insomnies continuelles ; et néanmoins il mangeait, buvait, digérait, dormait avec une perfection que le plus savant médecin aurait admirée. Ses volontés changeantes lassaient les gens de sa maison, qui, routiniers comme le sont tous les domestiques, étaient incapables de se conformer aux exigences de systèmes incessamment contraires. Le comte ordonnait-il de tenir les fenêtres ouvertes sous prétexte que le grand air était désormais nécessaire à sa santé ; quelques jours après, le grand air, ou trop humide ou trop chaud, devenait intolérable ; il grondait alors, il entamait une querelle, et, pour avoir raison, il niait souvent sa consigne antérieure. Ce défaut de mémoire ou cette mauvaise foi lui donnait gain de cause dans toutes les discussions où sa femme essayait de l’opposer à lui-même. L’habitation de Clochegourde était devenue si insupportable que l’abbé de Dominis, homme profondément instruit, avait pris le parti de chercher la résolution de quelques problèmes, et se retranchait dans une distraction affectée. La comtesse n’espérait plus, comme par le passé, pouvoir enfermer dans le cercle de la famille les accès de ces folles colères ; déjà les gens de la maison
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 11         Page de la citation

  • Par Away--x, le 05 août 2015

    La comtesse avait repris son courage et son front serein ; mais son teint trahissait ses souffrances de la veille, qui étaient calmées sans être éteintes. Elle me dit le soir, en nous promenant dans les feuilles sèches de l'automne qui résonnaient sous nos pas : - La douleur est infinie, la joie a des limites. Mot qui révélait ses souffrances, par la comparaison qu'elle en faisait avec ses félicités fugitives.
    - Ne médisez pas de la vie, lui dis-je : vous ignorez l'amour, et il a des voluptés qui rayonnent jusque dans les cieux.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 31         Page de la citation

  • Par Away--x, le 11 août 2015

    Natalie, depuis ce jour à jamais terrible où je suis entré pour la première fois dans un cimetière en accompagnant les dépouilles de cette noble Henriette, [...] le soleil a été moins chaud et moins lumineux, la nuit plus obscure, le mouvement moins prompt, la pensée plus lourde. Il est des personnes que nous ensevelissons dans la terre, mais il en est de plus particulièrement chéries qui ont eu notre coeur pour linceul, dont le souvenir se mêle chaque jour à nos palpitations ; nous pensons à elles comme nous respirons, elles sont en nous par la douce loi d'une métempsycose propre à l'amour. Une âme est en mon âme. Quand quelque bien est fait par moi, quand une belle parole est dite, cette âme parle, elle agit ; tout ce que je puis avoir de bon émane de cette tombe, comme d'un lys les parfums qui embaument l'atmosphère.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 17         Page de la citation

  • Par Away--x, le 07 août 2015

    Quel comique horrible, quel drame railleur ! j'en fus épouvanté. Plus tard, quand le rideau de la scène sociale se releva pour moi, combien de Mortsauf n'ai-je pas vus, moins les éclairs de loyauté, moins la religion de celui-ci ! Quelle singulière et mordante puissance est celle qui perpétuellement jette au fou un ange, à l'homme d'amour sincère et poétique une femme mauvaise, au petit la grande, et à ce magot une belle et sublime créature ; à la noble Juana le capitaine Diard, de qui vous avez su l'histoire à Bordeaux ; à madame de Beauséant un d'Aguda, à madame d'Aiglemont son mari, au mari d'Espard sa femme? J'ai cherché longtemps le sens de cette énigme, je vous l'avoue. J'ai fouillé bien des mystères, j'ai découvert la raison de plusieurs lous naturelles, le sens de quelques hiéroglyphes divins ; de celui-ci, je ne sais rien, je l'étudie toujours comme une figure du casse-tête indien dont les brames se sont réservé la construction symboliques. Ici le génie du mal est trop visiblement le maître, et je n'ose accuser Dieu.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 12         Page de la citation

  • Par Away--x, le 09 août 2015

    Pour les imaginations ardentes, pour les êtres chez lesquels l'enthousiasme passe dans le sang, le teint d'un pourpre nouvelle, et chez qui la passion prend les formes de la constance, l'absence na-t-elle pas l'effet des supplices qui raffermissent la foi des premiers chrétiens, et leur rendaient Dieu visible? N'existe-t-il pas chez un coeur rempli d'amour des souhaits incessants qui donnent plus de prix aux formes désirées en les faisant entrevoir colorées par le feu des rêves? n'éprouve-t-on pas des irritations qui communiquent le beau de l'idéal aux traits adorés en les changeant de pensées? Le passé, repris souvenir à souvenir, s'agrandit ; l'avenir se meuble d'espérances. Entre deux coeurs où surabondent ces nuages électriques, une première entrevue devient alors comme un bienfaisant orage qui ravive la terre et la féconde en y portant les subites lumières de la foudre.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 14         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
4,79 € (neuf)
3,71 € (occasion)

   

Faire découvrir Le Lys dans la vallée par :

  • Mail
  • Blog

Découvrez la collection Folio

> voir plus

Lecteurs (3274)

> voir plus

Quiz