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> Paul Morand (Préfacier, etc.)
> Anne-Marie Meininger (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070316262
Éditeur : Gallimard (2004)


Note moyenne : 3.68/5 (sur 790 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
«Oui, la première femme que l'on rencontre avec les illusions de la jeunesse est quelque chose de saint et de sacré.» Balzac en fit l'expérience. Il imagine son roman comme une confession. Félix de Vandenesse raconte, avant de l'épouser, ses amours passées à la comtesse... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par gouelan, le 08 avril 2015

    gouelan
    Félix, à cinq ans, « s'envolait dans une étoile ». À cette étoile, il pouvait confier ses secrets, ses blessures d'enfant mal aimé, subissant la froideur d'une mère, le manque d'affection de ses frères et soeurs et les privations répétées. Etre aimant et sensible, il se réfugie dans les études.
    Jusqu'au jour où cette étoile, il va la rencontrer à un bal. C'est le début de son idylle avec Me de Mortsauf.
    Parti se reposer à la campagne, dans une vallée où coule l'Indre, il va revoir cette femme céleste, pénétrant son âme de rêveur, faisant de son rêve une réalité.
    Son étoile va devenir « le lys de la vallée ». Femme- eau, amour inaccessible, pur et chaste. Me de Mortsauf est une femme plus âgée que lui, mariée et mère de deux enfants.
    Entre son mari tyrannique et ses enfants fragiles, elle ne vit que de souffrance et d'amertume.
    À la fois femme forte et fragile, elle ne peut assouvir sa passion pour le jeune Félix. Elle ne peut que lui apporter sa tendresse maternelle et ses conseils pour faire de lui un homme du monde. Elle aspire à une relation sincère, profonde et spirituelle.
    Félix est un jeune homme encore naïf, frustré par cette relation qui le dévore. Il a envie de s'élancer vers le monde, de découvrir ses mystères.
    Rencontrant alors une femme- feu, il va se brûler les ailes. Aucune femme ne pourra rivaliser avec son lys de la vallée, pour laquelle il composait des « poèmes de fleurs » et avec laquelle son âme s'était tellement emmêlée, que personne ne pourrait défaire ce lien.
    Dans un dernier sursaut, la passion va triompher, mais trop tard hélas et de façon si éphémère. Si le jeune Félix avait su cueillir ce lys de la vallée avant qu'il ne se fane, la passion aurait peut –être gagné le combat sur la vertu. La nature est éphémère, il ne faut pas la faire attendre.
    Lequel des deux personnages est le plus malheureux ? Celui qui se meure de jalousie et d'abandon en regrettant de ne pas avoir osé vivre, comme si la souffrance était un devoir, une vertu. Ou celui qui portera à jamais le remords de ses maladresses de jeune homme ignorant et impatient, le poids de la culpabilité.
    J'ai surtout aimé, dans ce roman les descriptions poétiques de la nature, libre et sublime, et la puissance des métaphores florales. L'opposition entre la nature qui invite à l'amour et la passion, et la société qui y met des barrières, des contraintes, des interdits, tels que le mariage, la vertu, la religion.


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    • Livres 4.00/5
    Par claudine42, le 05 février 2015

    claudine42
    Félix de Vandenesse, un jeune aristocrate, a vécu une enfance et une adolescence des plus difficiles: né après un frère, qui a pris toute l'affection dont était capable la mère, et une soeur, il n'y a plus de place à prendre dans le coeur maternel. Aussi, passe-t-il son temps entre rêveries et sarcasmes, entre désir d'être aimé et les tristes pensions où la famille l'envoie étudier.

    Une morne existence scande ses jours gris jusqu'au jour où, lors d'un bal, donné en l'honneur du duc d'Angoulême, à Tours, il rencontre une femme qui le subjugue au point de lui faire perdre toute mesure: il lui baise avec passion les épaules... ce qui fait rougir et fuir la belle dame. Qui est cette céleste inconnue? Un concours de circonstance heureux, amène Félix à séjourner à Frapesle, chez les Chessel, amis de sa mère, où il rencontre enfin celle qui l'enchante depuis le fameux bal.
    Commence alors une douce, longue et romantique histoire d'amour platonique, entre Félix, à peine sorti de l'adolescence, et Henriette de Mortsauf. Chaque jour voit grandir l'attachement, quasi maternel, de ces deux êtres malmenés par la vie: Félix, englué dans une enfance solitaire et triste, et Henriette, mariée très jeune à un homme déjà vieux, mère de deux enfants souffreteux, épouse d'un hypocondriaque persécuteur et égoïste. La vallée de l'Indre devient le cadre idyllique d'un amour éthéré au creux duquel deux amants vertueux épousent leurs souffrances, leurs peurs et leurs espérances: les vergers, les bois et les landes offrent mille et un bouquets au fil des saisons, messagers délicats d'un lien amoureux des plus purs (d'ailleurs, Mme de Mortsauf ne tient-elle pas à considérer Félix comme son enfant, afin de pouvoir l'aimer sans offenser son serment d'épouse!), le parc et les allées somptueuses ombragées, les lieux de tendres confidences et de mains maintes fois baisées avec passion. Cependant, la belle harmonie s'avère n'être pas éternelle...
    'ai aimé la construction intéressante du roman: une longue lettre de Félix à une femme qu'il aime, Nathalie de Manerville, dont la réponse est d'une savoureuse ironie, Balzac montre qu'il a un grand humour et peu d'illusions sur la nature humaine.

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    • Livres 3.00/5
    Par ibon, le 18 décembre 2014

    ibon
    Au menu de l'ogre Balzac: lui-même ou la vie amoureuse de Félix de Vandenesse. Cette histoire est fortement inspirée de ses propres jeunes années apprend-on dans la préface. Enfance et adolescence y sont définies comme essentiellement douloureuses- car le petit être est délaissé par sa mère -et cela ne présage rien de bon pour la suite.
    En général je ne suis pas fan des descriptions minutieuses de certains de ses romans mais, oh surprise ici, on est dès le début happé dans le récit. Au passage, cela n'enlève rien à la qualité des phrases. Comme celle-ci:
    "Quel poète nous dira les douleurs de l'enfant dont les lèvres sucent un sein amer, et dont les sourires sont réprimés par le feu dévorant d'un oeil sévère?"
    Phrases poétiques à souhait et lourdes de sens. Quant à l'enfance du petit Félix, comme il nous la rapporte, elle ne sera donc qu'un souvenir douloureux .
    Pourtant, alors que la France est agitée par les derniers soubresauts napoléoniens, une rencontre va éclairer sa vie: la rencontre, lors d'un bal, avec Henriette de Mortsauf. Mais elle a trente ans, et lui vingt, et surtout elle est mariée, deux enfants, et n'est pas prête à céder aux élans romantiques de ce jeune homme, bien qu'elle recherche sa compagnie.
    Après cette illumination dans la vie de Félix, un jeu d'approche puis de séduction s'installe. Et là je reconnais n'avoir pas bien goûté cette installation, qui dure une bonne centaine de pages, jusqu'à l'arrivée d'une tierce personne qui met un peu plus de piquant dans l'histoire.
    Par contre, la fin est intense et somptueuse avec l'agonie d'un des personnages qui résonne comme la fin d'un idéal et une sanction terribles pas seulement pour celles qui ont approché Félix de Vandenesse mais aussi pour lui.

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    • Livres 4.00/5
    Par MissLeo, le 21 novembre 2012

    MissLeo
    J'avais lu le lys dans la vallée adolescente, mais je n'en avais absolument aucun souvenir ! Ma préférence allait alors à Flaubert ou Zola, que je lisais avec un réel plaisir, quand Balzac relevait plus de l'obligation culturelle (bac de français oblige). C'est donc avec un oeil neuf que j'ai redécouvert presque vingt ans après ce formidable roman, publié en 1835 et 1836, dans la série des "Etudes de moeurs". Ce dernier appartient aux "Scènes de la vie de province", qui évoquent "l'âge des passions, des calculs, des intérêts et de l'ambition". Balzac écrivit le lys dans la vallée à 36 ans, en se basant sur sa propre expérience, à savoir son amour de jeunesse pour Mme de Berny, dont l'intrigue et le personnage de Mme de Mortsauf sont largement inspirés. le récit prend la forme d'une longue confession, Félix s'adressant à sa maîtresse, la comtesse Natalie de Manerville, à qui il raconte son enfance malheureuse, avant d'évoquer dans les moindres détails sa passion pour la délicate Henriette. le roman se termine sur la brève réponse de la fameuse Natalie, qui offre une superbe conclusion au récit. J'ai aimé cette construction originale.
    L'oeuvre a déjà été copieusement disséquée par ailleurs, et je ne souhaite pas me livrer à un exercice trop scolaire d'analyse de texte. Je me contenterai donc d'évoquer mon ressenti. le lys dans la vallée est un très beau roman sur la passion amoureuse, sur la frustration générée par un amour purement platonique et intellectuel, que Balzac oppose à l'amour sensuel. Ce conflit permanent est au coeur du récit, qui analyse avec beaucoup de justesse les comportements de Félix et de Mme de Mortsauf, embarqués malgré eux dans une idylle impossible. Balzac excelle à disséquer le sentiment amoureux, et l'on est frappé par la pertinence de ses observations.
    On retrouve également la marque de fabrique de l'auteur, sous la forme de quelques passages purement descriptifs, certes magnifiques, mais souvent très trop longs. le paysage et la nature occupent une place de choix, magnifiés par le regard amoureux de Félix. La campagne sensuelle et voluptueuse que découvre le jeune homme est inspirée du château de Saché, où vécut Balzac. Ce dernier en retranscrit parfaitement l'ambiance bucolique, au travers de quelques évocations champêtres au caractère hautement poétique (j'ai été sensible aux nombreuses métaphores fruitières et florales utilisées par l'auteur, qui donnent une vision particulièrement attirante de cette vallée gorgée de soleil).
    "La renaissance de madame de Mortsauf fut naturelle, comme les effets du mois de mai sur les prairies, comme ceux du soleil et de l'onde sur les fleurs abattues."
    La force du roman réside, on l'a dit, dans l'étude de caractères pleine de finesse à laquelle se livre Balzac, lequel nous réserve quelques scènes d'une puissance rare (je pense bien sûr à la dernière rencontre de Félix et d'Henriette, moment sublimement tragique). On peut ne pas adhérer au propos, très ancré dans son époque, mais la prose de l'auteur n'en demeure pas moins d'une force saisissante : c'est beau, et je reconnais m'être totalement laissée emporter par l'histoire.
    Venons en maintenant au lys, symbole de pureté, qu'incarne la très vertueuse comtesse de Mortsauf. La vie n'est pas tendre pour cette jeune femme mal mariée, dont la beauté et la fraîcheur s'étiolent inexorablement. Henriette est un personnage stoïque, fidèle à son devoir de mère et d'épouse, qui se consume d'amour pour Félix, qu'elle prétend aimer comme un fils et finit par prendre sous son aile protectrice, alors même qu'elle brûle pour lui d'une passion inassouvie. Lorsque Felix, métamorphosé en dandy, entame une liaison charnelle avec la très superficielle duchesse de Dudley, Henriette tombe dans un puits sans fond, et réalise subitement que sa vie n'aura été qu'un long mensonge. Un destin à la fois tragique et pathétique pour cette femme de caractère, sainte sacrifiée sur l'autel de la passion, dont on notera cependant l'ambiguité : elle ne veut pas céder à Félix, mais maintient le jeune homme en son pouvoir, en jouant pour lui le rôle d'une mère de substitution. Il est donc difficile de s'attacher complètement à Henriette, et il semble finalement assez naturel que Félix la "trahisse" pour assouvir ses besoins.
    Bien sûr, les grands discours de Mme de Morsauf sur l'amour et le sacrifice peuvent aujourd'hui sembler un peu désuets, et la prose De Balzac possède parfois un côté excessif et grandiloquent (les défauts de ses qualités, en quelque sorte). Je retiendrai néanmoins la force extraordinaire qui se dégage de cette histoire, laquelle dépeint merveilleusement le sentiment amoureux. Il n'est pas impossible que je lise d'autres romans de la Comédie Humaine dans un futur proche.

    Un classique à redécouvrir !


    Lien : http://leslecturesdeleo.blogspot.fr/2012/11/le-lys-dans-la-vallee-ho..
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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 07 octobre 2011

    Aline1102
    Félix de Vandenesse, jeune homme malheureux et rejeté par ses parents, rencontre, lors d'une soirée, une femme plus âgée que lui, dont il tombe éperdument amoureux. Ce sentiment a des effets néfastes sur ses nerfs, déjà mis à rude épreuve par un séjour dans la demeure de ses parents et Félix se sent fébrile. Sa mère décide alors de l'envoyer à la campagne, pour que le changement d'air le soulage.

    Félix arrive donc chez Monsieur de Chessel qui, par le plus grand des hasards, s'avère être le voisin de Monsieur et Madame de Mortsauf. Cette dernière est en effet "le Lys" de Félix de Vandenesse, cette femme qu'il a rencontré et qu'il aime à en perdre la tête.

    Quelle poésie dans la langue des auteurs romantiques! Pour vous en donner tout de suite un exemple, voici le genre de phrase que l'on peut rencontrer dans ce roman De Balzac: "Les souvenirs des cruelles méditations, des angoisses que m'imposa la parcimonie de ma mère, m'ont inspiré pour les jeunes gens la sainte indulgence de ceux qui, sans avoir failli, sont arrivés sur le bord de l'abîme, comme pour en mesurer la profondeur."

    Les métaphores et euphémismes utilisés pas Balzac pour décrire le sentiment amoureux font du Lys dans la vallée un chef-d'oeuvre de douceur et de luminosité. Car, malgré les malheurs traversés par les personnages principaux, c'est une grande impression de paix et de sérénité qui se dégage de nombreux passages du roman, au cours desquels Félix nous parle de sa bien-aimée Madame de Mortsauf, qu'il appelle Henriette.

    Peut-être le lyrisme De Balzac et l'élégance de son récit sont-ils influencés par son histoire personnelle? Car l'intrigue de ce Lys dans la vallée est très autobiographique. Alors qu'il avait 24 ans, Balzac est tombé amoureux de Madame Laure de Berny, voisine de ses parents. Et Madame de Berny avait quinze ans de plus que Balzac. Cela ne les a pas empêchés de s'aimer pendant plus de dix ans. Il paraît donc presque normal que l'auteur se soit surpassé dans ce récit rendant hommage à son amour perdu et à une époque où il était encore possible de mourir d'amour.

    Une autre façon de décrire les choses, typique elle aussi de ce XIXe siècle, m'a fait passer de bons moments: Monsieur de Mortsauf est atteint d'une maladie mentale, suite aux événements qu'il a vécus pendant la guerre et qui l'ont marqués à vie. Ce brave homme est donc très proche de ce que l'on qualifierait de nos jours de personnalité bipolaire ou hystérique. Et la manière dont Balzac décrit les "crises" de Monsieur de Mortsauf est particulièrement délicieuse: l'auteur en rajoute une couche, puis deux et pourquoi pas trois. L'insistance avec laquelle la maladie de ce pauvre Mortsauf est décrite en devient presque exagérée, on finit par avoir du mal à y croire. Et cette manière d'insister sur les tares héréditaires des personnages, sur leurs faiblesses mentales ou physiques, m'a toujours semblé divertissante (dans un autre genre, j'ai aussi apprécié, dans Dracula, la façon dont les personnages masculins s'évanouissent ou s'écroulent dans un divan pour pleurer. Ça me rappelle Monsieur de Mortsauf et ses accès de rage et de méchanceté).

    Dans la première partie du roman, quand Monsieur de Mortsauf ne fait pas des siennes, nos deux héros, Félix et Henriette, passent plutôt de bons moments.
    Les malheurs de Félix semblent donc bien terminés: s'il souffre parfois par amour, il parvient à se détacher des mauvais souvenirs de son enfance. D'ailleurs, au cours de la seconde partie du roman, le jeune homme évolue énormément et commence à se faire une place dans le monde et dans les salons les plus importants de la capitale. Mais tout cela se fait grâce au Lys, à la chère Henriette qui, patiemment, attend cette évolution de son jeune ami; c'est elle, en effet, qui veut qu'il devienne un personnage important. Mais, malgré cette vertu du personnage d'Henriette, qui affirme considérer Félix comme son troisième enfant, et lui vouloir le bien qu'elle voudrait pour la chair de sa chair, on ressent une certaine ambiguïté dans sa relation avec notre héros. Elle se confie beaucoup à lui et semble cacher des sentiments plus profonds qu'elle ressentirait pour lui.

    Toujours dans cette seconde partie, Monsieur de Mortsauf semble de plus en plus atteint. Ses crises atteignent des sommets de violence verbale et son épouse en souffre, puisque, bien souvent, c'est à elle qu'il s'en prend. Car Madame de Mortsauf est une femme "moderne": certaine de l'incapacité de son mari à gérer le domaine qu'ils possèdent, elle se lance elle-même dans des travaux de transformation et de modernisation. Et quand ceux-ci ne se passent pas comme prévu, la colère de son mari se déchaîne!

    La troisième partie est la partie la plus douloureuse pour nos deux amoureux. L'envol de Félix ne se passe pas sans mal pour Henriette: le jeune homme commence à attirer les attentions d'autres femmes. le Lys, malade, va se faner, irrémédiablement et la sollicitude d'un Félix et d'un Monsieur de Mortsauf tous deux repentants ne pourra pas le sauver. Cette partie du roman est aussi typique du romantisme, époque durant laquelle amour rimait souvent avec souffrance.

    Mais malgré son déroulement discret et sa fin tragique, ou peut-être à cause d'eux, le Lys dans la vallée reste une merveilleuse histoire d'amour et de passion, entre deux êtres qui, malgré leurs différences, sont devenus tout l'un pour l'autre.
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Citations et extraits

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  • Par Away--x, le 02 août 2015

    Pour beaucoup d'êtres malheureux, demain est un mot vide de sens, et j'étais alors au nombre de ceux qui n'ont aucune foi dans le lendemain ; quand j'avais quelques heures à moi, j'y faisais tenir toute une vie de voluptés.

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  • Par Away--x, le 31 juillet 2015

    Le privilège de la femme que nous aions plus qu'elle ne nous aime est de nous faire oublier à tout propos les règles du bon sens. Pour ne pas voir un pli se former sur vos fronts, pour dissiper la boudeuse expression de vos lèvres que le moindre refus attriste, nous franchissons miraculeusement les distances, nous donnons notre sang, nous dépensons l'avenir.

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  • Par cmpf, le 20 octobre 2014

    À l’époque de la vie où chez les autres hommes les aspérités se fondent et les angles s’émoussent, le caractère du vieux gentilhomme était encore devenu plus agressif que par le passé. Depuis quelques mois, il contredisait pour contredire, sans raison, sans justifier ses opinions ; il demandait le pourquoi de toute chose, s’inquiétait d’un retard ou d’une commission, se mêlait à tout propos des affaires intérieures, et se faisait rendre compte des moindres minuties du ménage de manière à fatiguer sa femme ou ses gens, en ne leur laissant point leur libre arbitre. (…)Tantôt il ne voulait pas de bruit, et quand la comtesse établissait autour de lui un silence absolu, tout à coup il se plaignait d’être comme dans une tombe, il disait qu’il y avait un milieu entre ne pas faire du bruit et le néant de la Trappe. Tantôt il affectait une parfaite indifférence des choses terrestres, la maison entière respirait ; ses enfants jouaient, les travaux ménagers s’accomplissaient sans aucune critique ; soudain au milieu du bruit, il s’écriait lamentablement : ― « On veut me tuer ! » ― Ma chère, s’il s’agissait de vos enfants, vous sauriez bien deviner ce qui les gêne, disait-il à sa femme en aggravant l’injustice de ces paroles par le ton aigre et froid dont il les accompagnait. Il se vêtait et se dévêtait à tout moment, en étudiant les plus légères variations de l’atmosphère, et ne faisait rien sans consulter le baromètre. Malgré les maternelles attentions de sa femme, il ne trouvait aucune nourriture à son goût, car il prétendait avoir un estomac délabré dont les douloureuses digestions lui causaient des insomnies continuelles ; et néanmoins il mangeait, buvait, digérait, dormait avec une perfection que le plus savant médecin aurait admirée. Ses volontés changeantes lassaient les gens de sa maison, qui, routiniers comme le sont tous les domestiques, étaient incapables de se conformer aux exigences de systèmes incessamment contraires. Le comte ordonnait-il de tenir les fenêtres ouvertes sous prétexte que le grand air était désormais nécessaire à sa santé ; quelques jours après, le grand air, ou trop humide ou trop chaud, devenait intolérable ; il grondait alors, il entamait une querelle, et, pour avoir raison, il niait souvent sa consigne antérieure. Ce défaut de mémoire ou cette mauvaise foi lui donnait gain de cause dans toutes les discussions où sa femme essayait de l’opposer à lui-même. L’habitation de Clochegourde était devenue si insupportable que l’abbé de Dominis, homme profondément instruit, avait pris le parti de chercher la résolution de quelques problèmes, et se retranchait dans une distraction affectée. La comtesse n’espérait plus, comme par le passé, pouvoir enfermer dans le cercle de la famille les accès de ces folles colères ; déjà les gens de la maison
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  • Par gouelan, le 07 avril 2015

    En effet, toute grande passion pèse si fortement sur notre caractère qu'elle en refoule d'abord les aspérités et comble la place des habitudes qui constituent nos défauts et nos qualités; mais plus tard, chez deux amants bien accoutumés l'un à l'autre, les traits de la physionomie morale reparaissent; tous deux se jugent alors mutuellement, et souvent il se déclare, durant cette réaction du caractère sur la passion des antipathies qui préparent des désunions dont s'arment les gens superficiels pour accuser le cœur humain d'instabilité.
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  • Par gouelan, le 08 avril 2015

    Un soir je la trouvai religieusement pensive devant un coucher de soleil qui rougissait si voluptueusement les cimes en laissant voir la vallée comme un lit, qu’il était impossible de ne pas écouter la voix de cet éternel Cantique des Cantiques par lequel la nature convie ses créatures à l’amour. La jeune fille reprenait-elle des illusions envolées ? la femme souffrait-elle de quelque comparaison secrète ? Je crus voir dans sa pose un abandon profitable aux premiers aveux, et lui dis : — Il est des journées difficiles !
    — Vous avez lu dans mon âme, me dit-elle, mais comment ?
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- Honoré de Balzac,"Eugénie Grandet", le livre de poche -
Tout est grand dans ce célèbre roman, sans que rien ne bouge. Eugénie est une sorte de sainte selon l'homme, toujours fidèle à une même pensée, mais toute naturelle. [...] Au rebours on trouvera dans Eugénie tous les stratagèmes du coeur, et un vrai courage à affronter le terrible homme aux gants de cuir. On a tout dit sur Grandet. On a moins remarqué ce mot de reine, lorsque Eugénie se trouve maîtresse d'une immense fortune et assiégée d'intrigues. Elle répond : Nous verrons cela » comme son père faisait. [...] Ainsi l'âme de Grandet finit par être sauvée. Alain, Propos sur Balzac.

- Victor Hugo, "L'Homme qui rit", Gallimard -
À travers la destinée extraordinaire de Gwynplaine, L'Homme qui rit, Victor Hugo brosse un tableau épique de l'aristocratie anglaise des années 1700. À la fois roman d'aventures, exposé historique et social, drame injouable et poème visionnaire, ce roman est le plus fou de tous ceux de Hugo. C'est aussi le plus riche des obsessions de son auteur. le bateau pris dans la tempête, le pendu servant de vigie, la cabane-théâtre des saltimbanques, les tirades philosophiques d'Ursus, les machinations du traître, la chirurgie monstrueuse, le portrait de la princesse perverse, l'or des palais et le scandale à la chambre des lords sont, plus que des morceaux de bravoure, des morceaux d'anthologie.








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