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> Félicien Marceau (Préfacier, etc.)
> Thierry Bodin (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070409341
Éditeur : Gallimard (1999)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.61/5 (sur 2283 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
La maison Vauquer est une pension parisienne où se côtoient des résidents que tout oppose, et pourtant inexorablement liés : Rastignac, un jeune étudiant en droit, le Père Goriot, un ancien fabriquant de vermicelles, ou encore le mystérieux Vautrin. Tous ont leurs secrets et leurs faiblesses. Rastignac, obsédé par la haute société, délaisse ses études pour tenter de s’y faire intégrer. Vautrin cache une étrange cicatrice et un passé douloureux. Le Père Goriot s’est ruiné ses filles, indignes par leur honte de leur père. La maison Vauquer s’apparente alors à une peinture de cette époque, un cliché de personnages aussi différents qu’unis, criants de vérité, acteurs d’une comédie humaine.
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 12 septembre 2012

    Nastasia-B
    Qu'est-ce qui n'a pas été dit, écrit, filmé, dessiné, radiodiffusé sur Le Père Goriot, en particulier, et sur Balzac, en général ? Réponse : à peu près rien.
    Mais s'il est vrai que parmi cet amas épais et hétérogène tout a probablement été dit et bien dit, tout le monde, moi la première — moi surtout — n'a probablement pas lu le monceau impressionnant d'avis ou de critiques littéraires qui ont été laissés à son sujet.
    Alors je ne ferai très certainement que répéter ce que d'autres auront dit bien avant moi et de bien meilleure façon que je ne saurais le faire. Excusez-moi pour cette somme de mauvaises redites.
    En premier lieu, première redite, qu'il s'agit d'un très bon roman et que c'est une bonne porte d'entrée pour s'en aller frétiller dans l'immense testament littéraire que nous a laissé le bon Honoré et qui se nomme La Comédie Humaine. Néanmoins, je tiens à souligner que manifestement trop de lycéens ont eu à " subir " ce roman à un âge où, selon toute vraisemblance, ils n'étaient pas prêts à goûter toute la saveur du vécu et le cruel réalisme qui émane de cette pièce maîtresse lorsqu'on le lit quelques années plus tard.
    Je vais donc clairement vous dire que si j'avais à faire découvrir Balzac à quelques jeunes personnes, je ne choisirais sans doute pas ce roman comme première approche. Passé la trentaine, pourquoi pas, même s'il va sans dire qu'on est apte à jouir de toute la saveur de cette œuvre bien avant trente ans, je suis fermement convaincue qu'il réclame à la fois vécu et investissement dans sa lecture, deux choses qui ne sont pas monnaie courante à un âge précoce.
    Ensuite, deuxième redite, que toutes les clefs d'écriture qui sont propres à Honoré de Balzac se retrouvent ici : la description première (celle qui rebute souvent les néophytes) un peu comme le ferait un peintre qui soignerait particulièrement son décor avant d'entamer la figure centrale de sa toile, ensuite, la mesquinerie ou la loupe focalisée sur les défauts de ses personnages souvent très haut ou très bas en couleur, puis le ton ironique, sarcastique, cynique, caustique, désabusé avec lequel l'auteur nous raconte ses histoires, viennent ensuite les accélérations, les montées en puissance de l'intrigue, les coups de projecteur sur le passé d'un personnage que l'on croit bien connaître (les fameux éclairages rétrospectifs dont parle Proust), puis les sortes de tonnerres ou de descentes aux enfers du final.
    Enfin, vous étonnerais-je en prétextant que le père Goriot n'est probablement pas le personnage principal de ce roman même s'il en est la morale de la fable ? Vous recommanderais-je le savoureux verbe du truculent Vautrin alias..., vous découvrirez qui, et de sa vision du monde ? Oui, "le monde selon Vautrin" vaut vraiment le détour. Alors, bon séjour en immersion dans le noir Paris du début XIXème siècle.
    Juste pour la route et pour parfaire mon content de redites, quelques mots de l'intrigue au cas où vous ne la connaîtriez pas.
    Eugène de Rastignac, jeune étudiant débarque de sa province à Paris dans le but de s'y faire un nom et une situation. Malheureusement pour lui, même si la famille possède le lustre de la particule, si utile dans le grand monde, elle ne lui procure pas de rentrées d'argent suffisantes au train qu'il convient d'afficher à Paris lorsqu'on aspire à devenir un dandy.
    Le père Goriot, quant à lui, pour son plus grand malheur a deux filles. Deux filles qu'il aime mieux que lui-même, deux filles pour lesquelles il sacrifierait sa vie, deux filles belles comme l'aurore... et ingrates comme le sont les belles filles roturières qui se veulent du grand monde.
    Notre brave père Goriot, commerçant prospère, ne recule donc devant aucun sacrifice financier susceptible de lui attirer "l'affection" de ses deux vénales progénitures...
    Voici Honoré de Balzac dans tout sa splendeur et sa misère, lui le courtisan désabusé et parfois vindicatif, lui le magicien, l'inventeur du roman moderne, lui le génial observateur de cet étrange animal qu'on nomme "l'humain", lui, l'un de mes auteurs fétiches, mais ce n'est là qu'un fort misérable avis, un parmi pléthore d'autres et d'autre carrure et d'autre facture, autant dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par Under_The_Moon, le 21 janvier 2013

    Under_The_Moon
    C'est toujours avec émotion que je regarde mon exemplaire du Père Goriot sur mes étagères.
    Ce roman a été mon premier vrai coup de coeur pour un classique. Non pas que je n'en avais pas lu avant, c'est juste que celui là a été une révélation !
    C'était à la fin de ma 4ème (ok ça date!), j'étais l'une des seules à avoir lu et apprécié Eugénie Grandet et quelques mois après j'ai vu ce livre du même auteur et je me suis dit "pourquoi pas!".
    Et là, dès que j'ai ouvert le livre... Je ne voulais plus le lâcher ! A tel point que je l'ai dévoré en 2 jours ! le sort de ce père si gentil et si dévoué à ses 2 filles qui se révèleront êtres ingrates, des vraies pestes ! Et qui, pire encore, abandonneront leur pauvre père à son sort alors que lui ne cessera jamais de les aimer.
    Maintenant que je suis devenue adulte, quand j'ouvre des pages au hasard, l'histoire prend encore une autre dimension. Je ne suis plus une adolescente dans le délire "les adultes sont tous nuls et personne ne me comprend", et ce personnage de père me touche encore plus qu'il y a 14 ou 15 ans maintenant.
    Libre à chacun d'en penser ce qu'il voudra, mais il me semble que c'est à ce genre de "détails" qu'on reconnaît un grand livre !
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    • Livres 5.00/5
    Par juliette2a, le 15 août 2013

    juliette2a
    Le Père Goriot est une oeuvre grandiose.
    Ce roman est avant tout un grand cri d'amour, paternel certes, mais un amour sublime que porte Joachim Goriot à ses deux filles, Delphine de Nucingen et Anastasie de Restaud. J'ai été émerveillée par ce père si pauvre, logeant dans une misérable pension chez Madame Vauquer, mais, qui, pour le bonheur de ses filles, se sacrifiera jusqu'à la fin de sa vie...Quel homme ! J'ai rencontré peu de personnages aussi généreux (mais le mot est trop faible) que ce bon Père Goriot...
    Toutefois, Balzac nous dépeint également, à travers les portraits plus ou moins satiriques de ses personnages, le Paris du début du XIXème, glorieux, mais également corrompu par l'argent.
    Dans cette ville animée par les scandales financiers ou familiaux, nous suivons le jeune Eugène de Rastignac, étudiant en droit et locataire de la maison Vauquer, sorte de Bel-Ami, qui, par le biais des femmes, veut faire son chemin. J'ai beaucoup aimé ce personnage, finalement le seul qui restera fidèle au Père Goriot jusqu'à la fin, attachant et qui se bat contre l'injustice de ce monde.
    Ce qui m'a le plus marquée dans ce merveilleux roman, c'est le décalage entre la richesse des demoiselles Goriot et leur entourage, superficiel et égoïste, et la pauvreté qui règne dans la pension Vauquer, autour de ses pensionnaires (Le Père Goriot, bien sûr, mais aussi Eugène ou encore Victorine Taillefer, abandonnée par son père). La fin est d'ailleurs désespérante au plus haut point. Seul l'ambition de Rastignac, afin de venger son ami Goriot, constitue une lueur d'espoir dans une société ravagée par la haine et le mensonge...
    Ainsi, je ne peux que m'incliner devant le talent De Balzac, démontré dans ce premier roman de "La comédie humaine", fresque inoubliable, et, bien évidemment, immense Oeuvre de la littérature française...
    Magistral !
    A lire !!
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    • Livres 5.00/5
    Par Cosaque, le 05 novembre 2014

    Cosaque
    Balzac est pour moi une découverte relativement récente. Bien sûr je connaissais son nom, mais il se noyait dans la masse des écrivains français du XIXe siècle, de plus j'avais tendance à le confondre avec Zola ; je ne sais pas pourquoi, sans doute à cause du Z. L'aspect misérabiliste du XIXe siècle, justement traité par Zola, avec son cortège de malheurs sociaux : la mine, l'alcool, la prostitution, les maladies, la prison... me rebutait. Je préférais les récits fantastiques d'un Edgar Allan Poe ou ceux d'un Ernest Theodore Amadeus Hoffmann. C'est justement par ce dernier que je suis venu à Balzac, ayant appris qu'il avait écrit des nouvelles dans le genre d'Hoffmann. J'étais curieux de les lire, car Balzac reconnaissait une dette littéraire à Hoffmann. Je fus immédiatement séduit, les nouvelles De Balzac sont certes moins foisonnantes que celles d'Hoffmann, en revanche les personnages sont dotés d'une énergie souterraine, (pulsions, désir, fantasme) si puissante qu'ils en deviennent inquiétants, il y a une part très sombre dans les personnages balzaciens.

    Le père Goriot est le troisième des grands romans De Balzac que j'ai lu, et ça y est je suis devenu balzacodépendant, je vais me procurer et lire tout ce qu'il a écrit (ce qui devrait m'occuper pendant un certain temps, car son œuvre est pléthorique). Dans ce roman on retrouve la problématique de la réussite sociale du jeune provincial à la capitale. Réussite qui passe par la cooptation d'un certain milieu parisien, dans lequel l'argent, la condition sociale et le sexe sont les éléments moteurs.
    Je ne vais pas me livrer à une étude complète de ce roman, d'abord parce que je n'en suis pas forcément capable ensuite parce qu'il doit y en avoir beaucoup de disponibles. Non, je vais me borner à exposer les éléments qui m'ont marqué, donc quelque chose de partielle.
    Ce sont les personnages de Vautrin et de Goriot qui m'ont particulièrement intéressé. Tous deux sont habités par des volontés puissantes. Vautrin apparaît comme diabolique tant il semble être au courant de tout de ce qui se dit, se fait et même se pense à Paris, de plus il est pourvu d'une force physique peu commune. Il y a dans ce personnage quelque chose qui tient du fauve : magnifique et fascinant, mais tellement dangereux. D'autant plus, lorsqu'il se prend d'affection pour quelqu'un, ce qui est le cas du jeune de Rastignac qui ne parvient pas à se dégager d'une sollicitude quelque peu encombrante. Cet aspect méphistophélique de Vautrin est accentué parce que nous avons affaire là à un bagnard en cavale, donc un être que la société cherche à éliminer. Or non seulement elle n'y parvient pas mais Vautrin la défie et s'en moque. Ainsi la scène de l'arrestation est l'occasion de voir mis à nu les influx qui agitent ce personnage, c'est à une sorte de phénomène physique auquel nous assistons. Un coup de matraque sur la tête de Vautrin en fait tomber la perruque qui révèle le roux de ses cheveux, et c'est Collin, dit trompe la mort qui nous apparaît. D'un bond il est sur la table et menace ceux qui l'ont trahi, sa physionomie est telle que l'assistance stupéfaite est pétrifiée de terreur. La rougeur de sa chevelure se répand à sa figure, il se comprime sur lui-même, la concentration d'énergie est telle qu'une conflagration paraît inévitable. Mais au lieu de l'explosion attendue, c'est un sourire qui fleurit aux lèvres de Collin, il est suffisamment maître de lui pour canaliser les énergies colossales qui circulent en lui. C'est avec sérénité, presque avec douceur qu'il demande qu'on lui passe les menottes, son départ apparaît comme de sa propre initiative, la maréchaussée n'est plus qu'une escorte : plus qu'à un adieu c'est à un au revoir auquel nous assistons. Ainsi cette arrestation qui devait sonner le glas des agissements de Collin/Vautrin en consacre son pouvoir.
    Le père Goriot lui, s'enfonce dans la déchéance financière, mental et physique. Alors qu'il est l'archétype de personnage honnête il est universellement méprisé, alors que Vautrin fait l'unanimité. Goriot semble être la figure christique antinomique de celle de Vautrin, si ce n'est que le père Goriot limite son sens du sacrifice qu'à deux objets uniques, ses deux filles. Je pense que nous avons plutôt là un cas pathologique comme la littérature en a produit (voir certains personnages des pièces de Molière : Harpagon ou Argan ou encore ceux de Shakespeare : Macbeth, Othello). Car plus ses deux filles révèlent le mépris qu'elles ont de leur père, et plus celui-ci se saigne pour les aider à mener leurs projets à bien, même ceux qui consistent à violer les valeurs morales. Ainsi il facilitera l'aménagement de l'amant (au sens d'une liaison extra-conjugale) de l'une d'elles afin qu'elle puisse en jouir selon son bon plaisir. Quelques mots d'affection suffisent à le dédommager de ses efforts, la relation totalement asymétrique entre lui et ses filles, mais gare à qui s'aviserait de le lui révéler, car il s'expose à une haine et une violence inattendues de la part de cet être si humble. le père Goriot qui se veut si effacé et soumis est capable d'une brutalité et d'une force physique inattendues. Cependant ces démonstrations de force épuisent son fluide vital, contrairement à Vautrin pour qui elle n'était que l'expression superficielle d'une puissance interne. Chaque action qu'il fait pour ses filles le mène vers le dépérissement et sa conclusion logique, la mort. Aveuglé par son obsession il ne voit pas venir sa fin, ou peut-être la recherche-t-il ? La scène de l'agonie du père Goriot est d'une théâtralité en diable. Il semble atteint d'une commotion cérébrale : sa monomanie lui aurait ravagé le cerveau. Sa fin est une alternance de prise de conscience du fait que ses filles l'abandonnent seul à son sort et d'une culpabilité mal définie qui le pousse vers plus de mortifications. Tour à tour il les maudit, les excuse et s'accuse. Il crie, soupire, se redresse, serre sur son cœur le médaillon qui contient les cheveux de ses tendres filles, enfin bref nous avons là une scène mélodramatique comme on ose plus en faire ; ce qui est un tort, car cela nous obligerait à sortir un peu de notre quant à soi de peuple trop bien nourri. Il semble qu'il y ait des adaptations cinématographiques qui ont été faites, je ne les ai pas vu, j'aimerais bien voir de quelle manière a été traitée cette séquence d'agonie, il me paraît difficile de passer à côté.

    La conclusion de ce roman m'a laissé longtemps perplexe. Car enfin, voici un personnage suffisamment intelligent et honnête pour être écoeuré par la vilénie de ces deux femmes, qui ne viendront même pas à l'enterrement de leur père, qui lance un défi au monde social que représente la ville de Paris. Personnellement plutôt que de me confronter avec ce milieu frelaté, je m'en vais et me fais berger dans les Cévennes. Si au moins ce cher Rastignac exprimait par cette phrase dite en regardant la cité de toutes les turpitudes : « À nous deux maintenant ! », le désir de combattre les forces du mal, tel un juge italien la Mafia, mais non, cette déclaration de guerre n'est que le prélude haineux d'un personnage qui va se vouer à sa réussite personnelle. Est-ce que pour Balzac toute réussite sociale n'est que le fruit fielleux de manœuvres serviles, malhonnêtes par lesquelles on perd son âme ?
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 23 février 2015

    Woland
    ISBN : 978-2253085799
    Au zénith du mélodrame et pourtant impérial, criant de vérité avec une telle franchise qu'il n'hésite pas à en frôler les limites de l'inceste, en tous cas mental, sublime de grandeur au plus noir de son désespoir, hérissé çà et là, par la grâce du franc-parler sans pareil d'un Vautrin et de la sottise, à la fois candide et rusée, d'une Mme Vauquer (née de Conflans, s'il vous plaît, Messieurs-Dames : inclinez-vous et applaudissez ! ), d'un humour féroce, tout à fait conscient chez le premier mais absolument ignoré de la seconde même quand elle en fait preuve (tel M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, Mme Vauquer, elle, fait de l'humour dans l'ignorance la plus totale de ce mot ), voici donc que s'avance à notre rencontre celui que l'on tend à considérer comme LE chef-d'oeuvre d'Honoré de Balzac : "Le Père Goriot."
    Regardez-le bien, cet homme timide et modeste, cette âme simple capable de la plus prodigieuse, de la plus généreuse des abnégations, qui s'acharne à rentrer dans le Néant afin que ses filles adorées puissent mieux se prétendre sorties de la cuisse de Jupiter, et qui s'éteint enfin en nous prouvant, dans un suprême éclair de lucidité, que, depuis le début - dix ans maintenant, dix ans d'esclavage et de rejet - il savait que, sous un prétexte ou sous un autre, ni sa Nasie, ni sa Fifine ne l'assisterait à son lit de mort.
    "Le Père Goriot" est de ces oeuvres léonines que l'on ne raconte pas mais que l'on vit - et qui vous habitent à jamais. Certains en trouveront sans doute les premières pages bien lassantes, avec ce goût qu'avait l'auteur pour la description la plus juste et la plus détaillée, surtout lorsque celle-ci concernait ce Paris qu'il aimait et vénérait autant que son héros aime et vénère ses filles. Les autres s'y couleront avec aisance, captivés dès le départ par l'atmosphère de la Pension Vauquer et par cet "écriteau" biscornu qui, par l'ambiguïté (ou la maladresse ?) avec laquelle il est rédigé, suggère l'existence d'un "troisième sexe" que nos féministes actuelles, qui ne brillent guère par leur culture, seraient bien étonnées de découvrir sous la plume de Balzac, ce "macho" bien connu.
    Par une inspiration qu'on ne peut qualifier que de géniale, en nous faisant prendre pied dès le départ à la Pension Vauquer, l'écrivain nous fait entrer par la grande porte dans son roman. Car la Maison Vauquer contient tout le livre : ses personnages (même ceux qui n'y habitent pas), les sentiments et les émotions qu'il exprime, les faussetés, les tromperies et les trahisons en tous genres, les grandeurs indicibles, incroyables, auxquelles, fascinés, on finit tout de même par croire, les larmes qui éclatent ou qu'on refoule, la course à l'argent, la course au pouvoir, la course aux amants et aux maîtresses ... La chose est si vraie que, à la fin du roman, lorsque les pensionnaires en titre, tous ceux qui, figurants, seconds et premiers rôles, ont "fait" l'histoire, se sont tous égaillés dans la Nature, la maison de Mme Vauquer ressemble à une coquille vide dont l'âme semble bien s'être décidée à suivre dans un monde meilleur celle du Père Goriot.
    Plus de Père Goriot pour subir les railleries et les coups de pied que la lâcheté et la bêtise décochent au bouc émissaire : son corps s'en est allé dans le corbillard des pauvres tandis que son âme se libérait enfin de toutes les douleurs de cette Paternité dont il demeurera, au moins pour Rastignac - et certainement pour nous, lecteurs attentifs - le symbole par excellence. Plus de Vautrin si bon enfant (et si inquiétant aussi) pour lâcher plaisanteries gaillardes et jeux de mots douteux, fredonner les derniers refrains en vogue et mener Maman Vauquer aux Italiens ou à la Gaîté tout en louchant, avec plus ou moins de discrétion, , sur la beauté et la jeunesse, toutes viriles et certainement plus à son goût personnel, d'un Rastignac : on l'a renvoyé à la chiourme d'où il ressortira, n'en doutons pas, parce que Vautrin, ce n'est pas seulement, de son vrai nom, Jacques Collin, c'est surtout "Trompe-la-Mort." Plus de Rastignac non plus, bien sûr, enfin pas tel que nous faisons sa connaissance au tout début : cet Eugène-là, ce coeur tendre et intègre, capable de s'attendrir sur les souffrances de l'humble Goriot, cède peu à peu la place à un jeune homme cynique et sans plus beaucoup d'illusions, qui n'ambitionne plus que de conquérir un monde qu'il sait pourtant corrompu jusqu'aux os et qui, de fait, finira pair de France et nanti de plus de trois-cent-mille livres de rentes. (En fermant les yeux, on peut se dire que les "victoires" de Rastignac vengeront un peu la triste fin du pauvre Goriot). Plus de Victorine Taillefer, la pauvre enfant reniée par un père indigne : la mort brutale de son frère, lors d'un duel concocté par Vautrin, (lequel, en homme avisé, cherchait à convaincre Rastignac de séduire la jeune fille et sa dot pour mieux s'introduire dans "le monde"), vient de la remettre à sa place, avec sa brave tante maternelle, Mme Couture, dans l'hôtel particulier d'un père désormais réduit à l'extrémité de la reconnaître. Plus de Melle Michonneau, la "Vénus du Père-Lachaise" comme la décrivait si méchamment Vautrin : ce Judas femelle a accepté de "donner" Vautrin à la police contre une somme ridicule et, devant l'indignation des locataires (Vautrin fait en général l'unanimité quant à la sympathie qu'il inspire à toutes et à tous, autant dans le roman qu'à l'extérieur de celui-ci ), a dû partir avec armes et bagages, emmenant d'ailleurs dans ses malles son amant supposé, l'imbécile et ridicule Poiret.
    Avec Goriot et son dernier souffle, se sont aussi envolées Anastasie, comtesse de Restaud et Delphine, baronne de Nucingen, ses deux filles, dont le souvenir hantait tellement le pauvre homme que ces gracieuses et narcissiques personnes ne sont jamais aussi présentes qu'à la pension Vauquer, dans les discours de leur père, dans ses imprécations, dans ses revirements, dans ses dernières tendresses. Oh ! elles continuent à vivre, quelque part, dans le "monde" qui les avait volées à leur père mais la première n'a plus de fortune et la seconde ne vivra pas l'amour dont elle rêve avec Rastignac. Cet amant qu'elle a tant aimé usera d'elle avec autant d'insouciance qu'elle s'était elle-même servie de son père et la prendra en fait pour le marchepied qui le mènera dans le monde des affaires, associé au mari, le baron de Nucingen.
    Bianchon, le fidèle étudiant en médecine qui assistera Goriot jusqu'au bout, ne vient à la pension que pour y déjeuner et tout porte à croire que les événements dont il a été le témoin et l'acteur ne lui permettront plus vraiment d'y manger d'un coeur léger. Lui aussi s'envolera ... Comme s'envole Eugène, à qui Mme de Nucingen, mettant à profit la générosité de son père, a offert une superbe garçonnière rue d'Antin.
    Alors, qui reste encore à la Maison Vauquer lorsque s'en vient à tomber le rideau du drame ? La propriétaire, bien sûr, qui en est toujours à regretter son Vautrin. Au passage, Rastignac ayant mis sa montre en gage, la dame n'a rien de plus pressé que de solder là-dessus non seulement le compte du jeune homme mais aussi celui du défunt. Pour le linceul de celui-ci, elle prend vingt francs supplémentaires - tout en ordonnant à sa domestique de se débarrasser en l'affaire de draps "retournés" et donc usés. Et, cerise sur le gâteau, cerise que l'on regarde avec horreur et un franc dégoût, avant la mise en bière, elle ne se gêne pas pour enlever le médaillon d'or que Goriot portait au cou, avec les boucles de cheveux de ses deux filles toutes jeunes. Il faut un Rastignac hors de lui pour faire restituer à la harpie, tout à fait imperméable à l'indignation et à la colère du jeune homme, ce bijou qui était "d'or", tout de même et qui se perdra, assurément, dans la terre grasse et inadéquate du cimetière ...
    Et puis les deux domestiques. La "grosse Sylvie" qui trouve tout de même quelques paroles bonnes et parfaitement désintéressées pour Goriot moribond et Christophe, le valet, qui accompagnera Rastignac au Père-Lachaise en faisant remarquer que M. Goriot était tout de même un bien brave homme.
    Restera aussi Mistigris, le chat de Mme Vauquer. Eh ! oui, la perfection totale n'étant pas de ce monde, il se trouve que l'imperfection du même type est dans le même cas : Mme Vauquer aime son chat, il nous faut faire avec même si la chose nous abasourdit.
    Quant aux "silhouettes" des gendres de Goriot, pourquoi en parler ? Ces messieurs ont été bien contents de prendre les filles et les huit-cent-mille-livres de dot qu'elles leur apportaient chacune mais, pour le reste ... Certes, Anastasie et Delphine trompent leurs époux mais enfin, ceux-ci les trompent tout autant et si Vautrin a connu le bagne, un homme comme Nucingen, avec ses tripotages infâmes, le mérite tout autant que lui. Sinon plus. Car, à la différence de notre "Trompe-la-Mort", Nucingen ne respecte aucun code d'honneur, pas même celui de la pègre.
    Un mot encore sur Mme de Bauséant, la cousine d'Eugène qui l'accueille à Paris. C'est l'une de ces grandes dames - et de ces âmes élevées - que chérissait Balzac. Son histoire se déroule en retrait de l'univers Goriot mais, fût-elle restée dans le monde qu'elle abandonne à la fin du roman, peut-être la destinée de Rastignac se fût-elle entachée de moins de cynisme, peut-être la carapace ne se fût-elle pas autant durcie ...
    Mais à quoi bon continuer ? A mon habitude, j'ai trop écrit - mais Balzac me pardonnerait, c'est certain. Lisez et relisez "Le Père Goriot", faites-lui une bonne petite place bien douillette sur vos étagères, caressez sa reliure régulièrement avec une infinie tendresse, aimez-le et faites-le aimer : ce grand coeur saura, croyez-moi, vous le rendre au centuple. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par LydiaB, le 03 mai 2010

    Un homme qui se vante de ne jamais changer d'opinion est un homme qui se charge d'aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l'infaillibilité. Il n'y a pas de principes, il n'y a que des événements ; il n'y a pas de lois, il n'y a que des circonstances : l'homme supérieur épouse les événements et les circonstances pour les conduire. S'il y avait des principes et des lois fixes, les peuples n'en changeraient pas comme nous changeons de chemises
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  • Par LydiaB, le 04 mai 2010

    — Tu viens, répondit le vieillard, de me donner un coup de hache sur la tête. Dieu te pardonne, mon enfant ! Tu ne sais pas combien je t’aime si tu l’avais su, tu ne m’aurais pas dit brusquement de semblables choses, surtout si rien n’est désespéré. Qu’est-il donc arrivé de si pressant pour que tu sois venue me chercher ici quand dans quelques instants nous allions être rue d’Artois ?

    — Eh ! mon père, est-on maître de son premier mouvement dans une catastrophe ? je suis folle ! Votre avoué nous a fait découvrir un peu plus tôt le malheur qui sans doute éclatera plus tard. Votre vieille expérience commerciale va nous devenir nécessaire et je suis accourue vous chercher comme on s’accroche à une branche quand on se noie. Lorsque monsieur Derville a vu Nucingen lui opposer mille chicanes, il l’a menacé d’un procès en lui disant que l’autorisation du président du tribunal serait promptement obtenue. Nucingen est venu ce matin chez moi pour me demander si je voulais sa ruine et la mienne. Je lui ai répondu que je ne me connaissais à rien de tout cela, que j’avais une fortune, que je devais être en possession de ma fortune, et que tout ce qui avait rapport à ce démêlé regardait mon avoué, que j’étais de la dernière ignorance et dans l’impossibilité de rien entendre à ce sujet. N’était-ce pas ce que vous m’aviez recommandé de dire ?

    — Bien, répondit le père Goriot.
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  • Par OceaneVincent, le 11 octobre 2014

    Vous qui tenez ce livre d'une main blanche, vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant : Peut-être ceci va m'amuser. Après avoir lu les secrètes infort du Père Goriot, vous dînerez avec appétit en mettent votre insensibilité sur le compte de l'auteur, en le taxant d'exagération, en l'accusant de poésie. Ah ! Sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true.

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  • Par fredho, le 18 janvier 2014

    Depuis le jour où leurs yeux n'ont plus rayonné sur moi, j'ai toujours été en hiver ici; je n'ai plus que des chagrins à dévorer, et je les ai dévorés! J'ai vécu pour être humilié, insulté. Je les aime tant, que j'avalais tous les affronts par lesquels elle me vendaient une pauvre petite jouissance honteuse. Un père se cacher pour voir ses filles! Je leur ai donné ma vie, elles ne me donneront pas une heure aujourd'hui!
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  • Par grisette, le 28 mai 2010

    Une lettre est une âme, elle est un si fidèle écho de la voix qui parle que les esprits délicats la comptent parmi les plus riches trésors de l'amour...

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Romans audio sur You tube, la femme de trente ans, d'Honoré de Balzac, en 15 chapitres, le lien conduit aux chapitres 1 et 2








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