Qu'est-ce qui n'a pas été dit ou écrit sur "
Le Père Goriot" en particulier et sur
Balzac en général? Réponse: à peu près rien, mais tout le monde n'a pas lu le monceau impressionnant de critiques littéraires qui ont été faites à ce sujet. Alors je ne ferais probablement que répéter ce que d'autres auront dit de meilleure façon que je ne saurais le faire. En premier lieu, qu'il s'agit d'un très bon roman et que c'est une bonne porte d'entrée pour l'immense testament que nous a laissé le bon Honoré. (Néanmoins, trop de lycéens ont eu à "subir" ce roman à un âge où, manifestement, ils n'étaient pas prêts à goûter toute la saveur du vécu et le cruel réalisme qui émane de ce roman lorsqu'on le lit quelques années plus tard). Ensuite, que toutes les clefs d'écriture qui lui sont propres se retrouvent ici: la description première (celle qui rebute souvent les néophytes) un peu comme le ferait un peintre qui soignerait particulièrement son décor avant d'entamer la figure centrale de sa toile, ensuite, la mesquinerie ou la loupe focalisée sur les défauts de ses personnages souvent très haut ou très bas en couleur, puis le ton ironique, sarcastique, cynique, caustique, désabusé avec lequel
Balzac nous raconte ses histoires, viennent ensuite les accélérations, les montées en puissance de l'intrigue, les coups de projecteur sur le passé d'un personnage que l'on croit bien connaître (les fameux éclairages rétrospectifs dont parle
Proust), puis les sortes de tonnerres ou de descentes aux enfers du final. Vous étonnerais-je en disant que
Le Père Goriot n'est probablement pas le personnage principal de ce roman même s'il est la morale de la fable? Vous recommanderais-je le savoureux verbe du truculent Vautrin alias, vous découvrirez qui, et de sa vision du monde? Oui, "le monde selon Vautrin", vaut vraiment le détour. Bon séjour en immersion dans le noir Paris du début XIXè.
Juste pour la route, quelques mots de l'intrigue au cas où vous ne la connaîtriez pas. Eugène de Rastignac, jeune étudiant débarquant de sa province à Paris dans le but de s'y faire un nom et une situation. Malheureusement pour lui, même si la famille possède le lustre de la particule, si utile dans le grand monde, elle ne lui procure pas de rentrées d'argent suffisantes au train qu'il convient d'afficher à Paris lorsqu'on aspire à devenir un dandy.
Le Père Goriot, quant à lui, pour son plus grand malheur à deux filles. Deux filles qu'il aime mieux que lui-même, deux filles pour lesquelles il sacrifierait sa vie, deux filles belles comme l'aurore... et ingrates comme le sont les filles roturières qui se veulent du grand monde.
Le Père Goriot, commerçant prospère ne recule donc devant aucun sacrifice financier susceptible de lui attirer "l'affection" des deux vénales progénitures...