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> Maurice Bardèche (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253003867
Éditeur : LGF - Livre de Poche (1972)


Note moyenne : 3.6/5 (sur 231 notes) Ajouter à mes livres

Dans la ville de Saumur vit modestement la famille Grandet : le père ex-tonnelier devenu richissime après de fructueuses spéculations, son épouse, sa fille Eugénie et Nanon la servante. Ces trois femmes vivent sous la terrible coupe d... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 14 décembre 2007

    Woland
    A mon avis, "Eugénie Grandet" est l'un des plus grands romans de son auteur. D'abord en raison du père Grandet, qui s'égale ici à l'Harpagon de Molière dans tout ce que ce personnage a de sinistre et d'épouvantable. Ensuite parce que la destinée d'Eugénie atteint à la grandeur par l'implacable cruauté qui est son lot.
    L'action se déroule à Saumur - donc, en province - où les Grandet constituent l'une des plus riches fortunes de la ville grâce aux spéculations en tous genres (c'est-à-dire souvent à la limite du légal) du chef de famille, Félix. Celui-ci ne semble vivre que pour son argent et tyrannise sa femme, sa fille, Eugénie et leur servante, Nanon, rognant sur tout, vérifiant tout vingt fois plutôt qu'une et entassant, entassant, entassant ...
    A vingt-trois ans et à une époque où la Sainte-Catherine n'était pas un vain mot, Eugénie n'est pas encore mariée bien que sa dot soit convoitée pour leur fils par les meilleures familles de Saumur. Les Cruchot (aucun rapport avec l'adjudant du même nom Wink ) et les Grassins accourent d'ailleurs au bal que le père Grandet s'est tout de même décidé à donner pour son anniversaire.
    Un troisième larron entre alors en scène, Charles, le cousin d'Eugénie. Il arrive de Paris porteur d'une lettre de son père pour Grandet, lettre dans laquelle le malheureux annonce que, traqué par ses créanciers et devenu insolvable, il préfère se suicider. Il recommande évidemment son fils à la bonté de Félix Grandet mais ... Mais le lecteur a déjà compris qu'il aurait gagné à le recommander à un mur.
    Tandis que le père Grandet, absolument insensible à la tragédie qui le frappe, révèle au jeune homme la mort de son père, Eugénie, qui trouve son cousin bien différent des jeunes gens auxquels elle est accoutumée, décide secrètement de l'aider à recouvrer sa fortune. Pour financer son départ pour les Indes, elle lui remet l'intégralité des pièces de collection dont, chaque année, lui fait don son père.
    Après avoir offert en retour à Eugénie un nécessaire de toilette en or ayant appartenu à ses parents et non sans force larmes, apitoiements et grands serments, Charles quitte Saumur pour s'embarquer. Eugénie retourne à son train-train qui, le 1er janvier 1820, se voit très gravement troublé par l'explosion de fureur du père Grandet, découvrant que les cadeaux faits à sa fille ont disparu.
    Comme la jeune fille refuse d'expliquer l'usage qu'elle en a fait, Grandet l'enferme dans sa chambre avec interdiction d'en sortir. Eugénie tient bon mais sa mère, minée par le chagrin et la vie qu'elle mène depuis si longtemps, tombe malade. Elle trouve cependant la force de laisser sa fortune personnelle à la seule Eugénie. Ce que voyant, le père Grandet préfère se réconcilier avec sa fille. Au reste, il parviendra, deux ans plus tard, à la faire renoncer à son héritage ...
    Le temps passe, nous sommes en 1822, année de la mort de Mme Grandet. Eugénie demeure aux côtés de son père qui, sentant lui-même arrriver la Camarde, se décide à mettre sa fille au courant de ses affaires. Ne ratez pas la scène de l'agonie de Félix Grandet : sans jeu de mots, elle vaut son pesant d'or.
    Pendant huit ans - le père Grandet meurt en 1827 - Eugénie n'a pas reçu un seul signe de Charles. Mais quand elle entre en possession de la fortune de son père, il se manifeste enfin. C'est hélas ! pour lui avouer qu'il a fait un mariage d'argent. Eugénie se résigne alors à conclure de son côté un mariage blanc avec Cruchot de Bonfons, beaucoup plus âgé qu'elle.
    Devenue veuve, elle reviendra vivre dans l'ancienne maison paternelle où elle reprendra le train-train de jadis, seule avec les fantômes de ses espoirs perdus.
    Il est difficile de faire plus triste. Difficile aussi d'égaler Balzac dans sa peinture de cette vie morne, étouffante, abrutissante où les rares moments de bonheur ne semblent surgir que pour mieux se faire regretter de ceux qu'ils illuminent trop fugitivement. La fièvre des avares est ici examinée, disséquée, passée au crible du microscope littéraire avec une minutie et une vérité qui laisseront toujours pantois ceux qui, dans leur famille ou leur entourage, ont connu des avatars du père Grandet. Les caractères secondaires sont peints avec autant de force que les rôles-clefs et le style se libère des lourdeurs habituelles.
    Mais le tour de force de Balzac, dans ce roman, c'est peut-être d'inciter son lecteur à se poser la question suivante : et si, malgré tout ce qu'on peut lui reprocher - et on peut beaucoup - le père Grandet n'avait pas eu raison quant à la véritable nature de son neveu ? ... ;o)
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par chartel, le 12 septembre 2007

    chartel
    J'ai retrouvé dans "Eugénie Grandet" les longues descriptions méthodiques et les interminables énumérations des objets, costumes et décors de l'action comme dans "Le Père Goriot". A la manière d'une caméra qui avance vers le lieu central de l'action et nous montre le cadre, Eugénie Grandet débute exactement comme "Le Père Goriot". On a l'impression qu'Honoré de Balzac reprend une recette qui fonctionne. L'habillage change, la structure reste. On passe de la pension parisienne où loge Monsieur Goriot à la demeure provinciale des Grandet. Mais la dernière partie du roman change brusquement de rythme. Celui-ci s'accélère. Balzac insère de nombreuses ellipses et on s'aperçoit que les descriptions initiales n'ont plus lieu d'être puisque l'action reste fidèle au même endroit et aux mêmes personnages, la ville de Saumur, les Cruchot et les de Grassins. Tout a été dit dans la première partie du roman et Balzac n'y revient plus. du coup, la pénibilité de lecture que le lecteur a en mémoire se transforme, après coup, en un plaisir masochiste de souffrance rédemptrice.
    J'ai donc pris un réel plaisir de lecture à travers cette œuvre balzacienne, du fait, notamment, de son intérêt sociologique et historique. Il est passionnant de voir et découvrir la vie de sociétés et micro-sociétés au début du XIXe siècle. Cela donne envie de visiter Saumur et sa région pour tenter d'y sentir cette mélancolie qui enveloppe la totalité du paysage local : personnages, mobiliers et immobiliers, éléments naturels et artificiels. Ce tableau historique est une sorte de témoignage des transformations subies par l'Europe occidentale des débuts de la révolution industrielle.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par DamienR, le 16 janvier 2012

    DamienR
    Un classique du XIXè siècle, qui est d'actualité.
    Au premier abord, il s'agit simplement de l'histoire de la relation entre un père à l'avarice monomaniaque et sa fille Eugénie qui souffre de son despotisme. J'ai longtemps poursuivi ma lecture dans l'état d'esprit sur lequel j'étais resté après Manon Lescaut et Fermina Marquez : les personnages féminins donnant leur nom au titre du livre me semblaient finalement dérisoires. Eugénie Grandet me faisait donc d'emblée cette impression-là : un caractère soumis, des activités quotidiennes absolument insignifiantes voire futiles (couture, piété...), le premier amour lié à la fragilité adolescente...
    Mais l'œuvre est bien plus complexe que cela. S'inscrivant dans La comédie humaine, en particulier les "Scènes de la vie de province", on a une peinture des relations intéressées entre les "bonnes" familles. L'argent est au centre de la scène avec l'avarice du père Grandet, mais aussi dans tous les rouages de la société. L'atmosphère provinciale, à cette époque, est glorifiée par la vague romantique, mais Balzac y souligne aussi la mesquinerie, les mœurs ancestrales malades... Et finalement le personnage d'Eugénie dévoile un caractère sublime, romanesque certes, mais qui se démarque nettement de l'époque et qui est intemporel d'une certaine manière.
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 23 août 2011

    brigittelascombe
    Balzac né en 1799 aurait-il connu Freud né en 1856, dans une autre vie ?
    Voilà un roman basé sur une trame psychologique qui nous relate des relations "hors normes" père-fille, celles de Monsieur Félix Grandet, riche tonnelier à Saumur, maire de la ville,acheteur de biens nationaux, qui régente son petit monde à la baguette comme "la grande Nanon qui lui appartient depuis trente cinq ans", agit pour son bien et pense pour eux. Sa fille Eugénie, amoureuse de son cousin Charles "ce pauvre mignon monsieur qui s'en va en mer.Que Dieu le conduise."qui la fera souffrir au point de vouloir mourir, fera les frais de cette possessivité (tout comme sa mère soumise) qui la mettant dans l'impossibilité d'une identification féminine,la mettant en position d'amour et de haine par rapport à la figure paternelle toute puissante et déifiée lui fera rater sa vie de femme et passer à côté du véritable amour.
    Un beau portrait,poignant d'une fille toute simple mais au caractère fort sous une apparente soumission qui se révolte tandis que sa personnalité s'asphyxie, le mythe de l'argent qui peut tout, un drame, une tragédie bourgeoise pathétique,qui s'insère parfaitement dans La comédie humaine,oeuvre majeure d'Honoré de Balzac.
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    • Livres 3.00/5
    Par Sarah_DD, le 04 juin 2008

    Sarah_DD
    Je ne savais rien de l'histoire avant de commencer. Je devrais faire ça plus souvent, on aborde les classiques avec un autre regard. Pas du tout rasoir, les caractères sont bien plantés, l'histoire a un sens et l'intrigue ne s'embourbe pas. Il reste définitivement plus optimiste (même dans les malheurs). Moins que Dickens quand même, mais plus que Zola.
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Citations et extraits

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  • Par chartel, le 12 septembre 2007

    A l’époque actuelle, plus qu’en aucun autre temps, l’argent domine les lois, la politique et les mœurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d’une vie future sur laquelle l’édifice social est appuyé depuis dix-huit cents ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutée. L’avenir qui nous attendais par delà le requiem, a été transposé dans le présent. Arriver per fas et nefas au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, pétrifier son cœur et se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de biens éternels, est la pensée générale ! pensée d’ailleurs écrite partout, jusque dans les lois, qui demandent au législateur : Que payes-tu ? au lieu de lui dire : Que penses-tu ? Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra la pays ?
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  • Par Couperine, le 04 mai 2010

    Monsieur Grandet jouissait à Saumur d’une réputation dont les causes et les effets ne seront pas entièrement compris par les personnes qui n’ont point, peu ou prou, vécu en province. Monsieur Grandet, encore nommé par certaines gens le père Grandet, mais le nombre de ces vieillards diminuait sensiblement, était en 1789 un maître-tonnelier fort à son aise, sachant lire, écrire et compter. Dès que la République française mit en vente, dans l’arrondissement de Saumur, les biens du clergé, le tonnelier, alors âgé de quarante ans, venait d’épouser la fille d’un riche marchand de planches. Grandet alla, muni de sa fortune liquide et de la dot, muni de deux mille louis d’or, au district, où, moyennant deux cents doubles louis offerts par son beau-père au farouche républicain qui surveillait la vente des domaines nationaux, il eut pour un morceau de pain, légalement, sinon légitimement, les plus beaux vignobles de l’arrondissement, une vieille abbaye et quelques métairies. Les habitants de Saumur étant peu révolutionnaires, le père Grandet passa pour un homme hardi, un républicain, un patriote, pour un esprit qui donnait dans les nouvelles idées, tandis que le tonnelier donnait tout bonnement dans les vignes. Il fut nommé membre de l’administration du district de Saumur, et son influence pacifique s’y fit sentir politiquement et commercialement
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  • Par Frenhofer, le 19 juin 2011

    Monsieur et madame Guillaume Grandet, en satisfaisant toujours les fantaisies de leur fils, en lui donnant tous les plaisirs de la fortune, l'avaient empêché de faire les horribles calculs dont sont plus ou moins coupables, à Paris, la plupart des enfants quand, en présence des jouissances parisiennnes, ils forment des désirs et conçoivent des plans qu'ils voient avec chagrin incessamment ajournés et retardés par la vie de leurs parents. La prodigalité du père alla donc jusqu' à semer dans le coeur de son fils un amour filial vrai, sans arrière-pensée. Néanmoins, Charles était un enfant de Paris, habitué par les moeurs de Paris, par Annette elle-même, à tout calculer, déjà vieillard sous le masque du jeune homme. Il avait reçu l'épouvantable éducation de ce monde où, dans une soirée, il se commet en pensées, en paroles, plus de crimes que la Justice n'en punit aux Cours d'assises, où les bons mots assassinent les plus grandes idées, où l'on ne passe pour fort qu'autant que l' on voit juste; et là, voir juste, c'est ne croire à rien, ni aux sentiments, ni aux hommes, ni même aux événements : on y fait de faux événement. Là, pour voir juste, il faut peser, chaque matin, la bourse d'un ami, savoir se mettre politiquement au-dessus de tout ce qui arrive; provisoirement, ne rien admirer, ni les oeuvres d'art, ni les nobles actions, et donner pour mobile à toute chose l'intérêt personnel. Après mille folies, la grande dame, la belle Annette, forçait Charles à penser gravement; elle lui parlait de sa position future, en lui passant dans les cheveux une main parfumée ; en lui refaisant une boucle, elle lui faisait calculer la vie : elle le féminisait et le matérialisait. Double corruption, mais corruption élégante et fine , de bon goût .
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  • Par kathy, le 10 mars 2010

    Dans la vie morale, aussi bien que dans le vie physique, il existe une aspiration et une respiration : l'âme a besoin d'absorber les sentiments d'une autre âme, de se les assimiler pour les lui restituer plus riches. Sans ce beau phénomène humain, point de vie au coeur, l'air lui manque alors, il souffre et dépérit.
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  • Par chapochapi, le 25 août 2010

    ainsi faisait Eugénie. Elle s'initiait à sa destinée. Sentir, aimer, souffrir, se dévouer, sera toujours le texte de la vie des femmes. Eugénie devait être toute la femme, moins ce qui la console.
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