Quel étrange ouvrage. On sait que
Balzac nous a habitué à toucher à tous les genres, mais là, c'est vraiment un registre où l'on ne l'attend pas, à savoir une sorte de catalogue comique à la façon des bouquins de Desproges comme le Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis ou du Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis. Et le pire, c'est que
Balzac est très bon dans ce registre et sait nous fait rire.
Cet ouvrage est organisé de façon symétrique, deux préfaces de l'auteur, 36 chapitres décrivant des mesquineries diverses, 18 misères pour l'homme, dépeint sous les traits d'un Adolphe quelconque, archétype du gros bourgeois inintéressant et sans finesse de vue, 18 vexations pour sa femme Caroline, symbolisant la bougresse machiavélique intéressée par tout ce qui brille. La première partie (concernant l'homme) est plus comique, plus caustique que la seconde, plus "analytique", même si ce terme fait assez scientifique de nos jours, ce qui n'est pas du tout le cas ici. Ainsi donc, par cette pseudo symétrie de construction,
Balzac n'en fait pas moins clairement passer son petit message bien misogyne "pour vivre heureux, vivons sans femme". Néanmoins, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il y a une certaine justesse dans les situations décrites et qu'on peut reprocher beaucoup de choses à
Balzac, mais certainement pas de ne pas être un observateur affuté des mœurs de son époque, et même, soyons fou, un véritable éthologiste humain. le fardeau de la femme étant, selon lui, plutôt la lourdeur de son mari que d'autres travers moins glorieux.
Balzac met l'accent sur les désillusions successives du protagoniste vis-à-vis de son conjoint à mesure que le temps passe dans le couple.
Un livre donc bien plaisant, léger et drôle, fait de petits chapitres courts, relatant les mille désillusions qui attendent le marié ou la mariée.
En revanche, je suis très, très réservée sur l'intérêt des dessins de
Cabu (que j'aime pourtant par ailleurs) car ils sont très datés (façon années 80) et n'apportent, selon moi, rien, mais ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.