Cri de la chouette est un roman radicalement différent des deux premiers volets de la trilogie familiale écrite par
Hervé Bazin. Près de vingt-cinq années se sont écoulées entre le premier et le troisième volet. le style, l'ambiance et le décor ont changé. Nous retrouvons Jean Rézaud à l'âge de 48 ans. Il habite désormais au bord de la Marne (Gournay) entouré de ses enfants et de sa seconde épouse (la première étant décédée). Il a coupé les ponts avec les différents membres de sa famille et semble s'être fait une nouvelle existence avec ses propres valeurs, loin de celles inculquées pendant son enfance et qu'il haïssait tant.
Mais cet équilibre, narré en quelques pages seulement, est rompu lorsque Folcoche, c'est-à-dire, Madame mère refait surface sous un prétexte douteux : le décès de sa mère. En réalité, il est bien évidemment très vite question d'héritage. Alors que son fils préféré, Marcel, le seul auquel elle tient vraiment, la trahit en la spoliant, elle décide de se rapprocher de Brasse-Bouillon, dans l'espoir d'être moins seule et de créer une nouvelle alliance.
Grâce à ce nouveau problème d'héritage, le narrateur se rend une nouvelle fois à la Belle Angerie. Tous ses souvenirs d'enfance lui reviennent en pleine figure, tandis qu'il retrouve un lieu dépeuplé, désolé. La Belle Angerie a perdu de sa superbe, même si à l'époque déjà, les lieux étaient médiocrement entretenus. Mais pour ne rien arranger, Madame mère l'a quasi laissée à l'abandon.
Tandis que Folcoche vit parmi la famille de son fils Jean, elle découvre un sentiment qu'elle méconnaissait jusqu'alors : la passion pour la fille de Bertille (sa belle-fille) : Salomé. Mais au lieu de lui témoigner une affection sincère, c'est avec l'argent qu'elle compte l'appâter. N'ayant que peu d'intérêt pour cela, Salomé se tient à distance d'elle pour rester auprès de son amant au grand dam de Madame Mère qui s'effondre.
Elle s'effondre comme s'est effondrée la grande bourgeoisie que Bazin décrivait dans
Vipère au poing. La grande bourgeoisie n'existe plus. Il ne reste que des ruines de la Belle Angerie et l'héritage n'est rien d'autre que de nouvelles trahisons. Quant à l'autorité… elle aussi a complètement disparu. Les valeurs prônées par Madame Mère n'ont pas lieu d'être chez son fils libertaire. L'époque a changé depuis
Vipère au poing. Salomé par exemple vit librement et sans pudeur sa relation avec son amant, ce que ne supporte pas Madame Rézeau, attachée à ses principes, à une certaine France qu'elle voit disparaître.
Il ne pouvait y avoir de suite à cette histoire familiale. Avec la mort du père et de Folcoche, l'histoire prend fin. Chacun des frères trace sa route, se crée sa propre famille. Bazin dans ce dernier volet semble moins révolté, beaucoup plus apaisé. Il dépeint aussi une mère moins acariâtre, plus humaine que dans
Vipère au poing. Certes, elle n'est guère un personnage sympathique, mais pitoyable car seule, abandonnée, flouée par son fils… Surtout, l'on sent que le temps a passé et avec lui les colères et les rancunes. Avec ce livre, Bazin en a définitivement fini avec sa mère. Il peut désormais s'attaquer à d'autres sujets comme la paternité, le mariage, le divorce…
- La lettrine -
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