- Monsieur l'abbé, je voudrais vous dire quelque chose, articulai-je avec difficulté.Il leva vers moi des yeux attentifs.- Voilà. Je suis flambée.- Vous êtes flambée ?. - Oui. Je me convertis. Je suis à vos ordres. Morin parut consterné…. - Vous êtes peut-être un peu tr... > voir plus
C'est sa récente disparition qui m'a incité à lire le roman probablement le plus populaire de Béatrix Beck, "Léon Morin, prêtre", prix Goncourt 1952. L'histoire d'une rencontre entre une jeune veuve à l'athéisme prononcé et un prêtre plus proche du communisme que du conservatisme droitier de la France de Vichy. La réussite du roman réside, selon moi, dans la transcription - souvent sous forme de dialogues – d'une relation pleine d'ambiguïtés entre cette femme ne pouvant plus se contenter d'une existence sans repères et cet homme, spirituel mais non dogmatique, religieux mais confronté au doute et au scepticisme. Chacun cherche chez l'autre une réponse à ses incertitudes. Un roman qui se nourrit des grands auteurs chrétiens de la littérature française des débuts du XXe siècle.
De même qu’enfant, j’étouffais ma toux et qu’elle finissait cependant par éclater, affreuse, devant ma mère, de même, aujourd’hui, la conversion, longtemps retenue, rompait les digues. Barny avait une attaque. J’étais victime d’un mal aussi grave que l’aliénation mentale. Pourtant, mes facultés demeuraient intactes. J’assistais, je procédais à mon inhumation. J’essayai de trouver quelque appui dans la parole de Claudel : "Ce n’est pas l’affaire de l’estomac de comprendre la nourriture, mais de la digérer". Il y a des chrétiens heureux, qui mènent une vie normale, me dis-je. Mais je restai insensible à mes consolations : entrer dans l’Eglise, c’était m’emmurer vive. Accablée de honte, je me souvins d’une phrase entendue autrefois : "Il n’y a plus que des invertis ou des convertis".