de la nécessité d'une chambre sans trop de sollicitation extérieure pour qu'accouche la découverte de la puissance de la pensée, de sa nécessité pour qui s'y révèle apte, et donc parler de tout ce qui entoure cette chambre (ou ces, l'allemande amenant à la ou les chambres en Hollande).
Fulgurance de la dizaine de pages qui vont de la Gaulle à la fin de la renaissance, en phrases denses, incisives et harmonieuses, à la simplicité apparente, traçant le jeu des forces (la France carrefour et lieu de rencontre), des climats, des régimes - contestant et reprenant l'idée de l'influence du milieu extérieur sur le fonctionnement de l'intelligence et sa manifestation. Avec une clarté séduisante qui emporte mes timides réticences, parfois, d'inculte méditerranéenne (me justifiant un peu d'être inapte à la philosophie), avec quelques malices.
Et, en bas de la page 29 on en arrive à "Au seuil du dix-septième siècle, ils sont quelques-uns en Europe, donc dans le monde, à porter sur toute chose un regard différent, dessillé. Et ces hommes inévitablement, sont les ressortissants des trois puissances majeures de ce temps, la France, l'Angleterre et l'Espagne de Philippe II, laquelle inclut, pour le coup, les provinces hollandaises..." : Bacon encore trop prisonnier de son rôle officiel,
Baruch Spinoza et, entre eux,
René Descartes. Qui a eu besoin de s'éloigner de la trop grande douceur de vivre de la France (jolies lignes où fait irruption le grand Meaulnes) et de l'absolutisme qui asservit les esprits, de ne pas se tourner vers la splendeur italienne pour se rencogner dans l'hiver des campagnes allemandes ou hollandaises.
Et le texte se focalisant un peu sur lui, le rapide récit le roman qui fut sa vie (me fascine toujours un peu), la vie avec les reîtres mêlée au commerce avec les savants, (et je réalise : commerce comme on disait alors et non négoce - il eut toujours l'aisance suffisante pour que ne compte pas le besoin d'assurer sa survie, et ça fait partie, la naissance, à cette époque, de cette classe, de ce qui a été nécessaire à cette arrivée de la philosophie) avant qu'il se range à son amour de l'étude obstinée, et à la nécessité des chambres - chambres pour s'isoler - et les pages sont pleines de cette étude; son ouverture, l'épanouissement tranquillement consciente de cette pensée. Et puis, dans les dernières pages, Bergounioux élargit de nouveau le champ à ce qui les entoure, ces chambres en Hollande et leur occupant.
Cinquante sept pages prodigieuses et une envie de lire les Méditations et de relire les quelques pages lues en belle découverte il y a tant et tant d'années que je ne saurais plus les chiffrer
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