Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

ISBN : 2070305058
Éditeur : Gallimard (2006)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 41 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Quand il arrive à Castelnau, un village au fin fond de la Dordogne, tout près de Lascaux, le narrateur a vingt ans. C'est son premier poste. Derrière le rideau gris des pluies de septembre, entre deux dictées, le jeune instituteur s'abandonne aux rêves les plus violents... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (8)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par horline, le 12 avril 2011

    horline
    Il y a des textes dont la beauté enivrante exonère de toute intrigue construite sur une suite millimétrée d'évènements, des textes dont le style absorbe de manière voluptueuse l'histoire. La Grande Beune de P. Michon en fait assurément partie.
    La Grande Beune n'est pas un roman, c'est une fable. Une fable qui déploie tous les rêves charnels d'un jeune instituteur muté pour son premier poste à Castelnau, village isolé, figé dans le temps, coincé entre les grottes de Lascaux et La Grande Beune qui crache des pêches miraculeuses. Dans cette campagne vivotant au rythme de ses habitants, le jeune instituteur se consume de désir pour Yvonne, la buraliste.
    C'est ce désir que P. Michon déploie tout au long de l'œuvre ; un désir fou, brutal, animal qui obsède le narrateur. « Au milieu des galops de pluie » et de l'épais brouillard, l'auteur nous plonge dans un désir envahissant qui pare la rivière, la forêt et même les grottes préhistoriques d'une sensualité rare : c'est ainsi que, sur « les lèvres de la falaise », le narrateur s'égare dans ses rêveries en regardant « en bas La Grande Beune couler dans son trou ».
    Tout est bestial, à l'image des peintures rupestres recouvrant les parois des grottes.
    C'est une œuvre qui n'a rien de conventionnel.
    Avec une écriture complexe mais mélodieuse, P. Michon fait de cette œuvre, certes une exaltation de la sensualité, mais qui n'obéit à aucun code du romanesque. On se laisse embarquer dans les divagations du narrateur en abandonnant tout repère. Les émotions primaires du narrateur bousculent la trame du récit et rendent même toute intrigue superflue.
    Avec des phrases qui s'étirent toute en longueur jusqu'à épuiser le souffle, le rythme se décline en un style tout en représentation, visuel : une écriture faite d'entrelacs qui ne cessent de se croiser et s'enchevêtrer. Une écriture qui aurait pu faire écho aux peintures rupestres recouvrant les parois des grottes préhistoriques, mais la poésie de Michon est autrement plus lumineuse.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 12         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 11 janvier 2008

    chartel
    La Grande Beune, de Pierre Michon, est la troisième œuvre de cet auteur qui m'aura particulièrement marqué par le rythme long et lent de sa prose, comme s'il respectait le temps naturel des journées passées à travailler la terre. Après les alentours de Guéret de Les Vies Minuscules, Pierre Michon nous emmène dans une région très proche, le Périgord, nous donnant à voir un instant de vie d'un jeune instituteur récemment muté dans les environs de Lascaux, dans ce territoire chargé de mythes tracés sur les parois pierreuses d'une célèbre grotte. Il s'agit bien d'un instant de vie car beaucoup de mystères, de non-dits, persistent dans cette histoire qui ne dit rien du passé de ce narrateur, ni de son devenir.
    L'univers, l'essence et la nature de cette région croisent l'histoire des personnages du cru, offrant des portraits remarquables où l'instinct ancestral du chasseur et du pêcheur hérité de l'Homme de Cro-magnon se prolonge dans le quotidien de ces hommes aux pieds bien campés dans leur sol.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 4         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par MarianneL, le 26 avril 2013

    MarianneL
    En 1961, le narrateur est nommé dans son premier poste d'instituteur, à 20 ans, dans le Périgord, tout près du site de Lascaux, sur la rivière La Grande Beune. En allant acheter ses cigarettes au village, il devient fou de désir pour Yvonne, la buraliste, une reine sensuelle et blanche comme le lait.
    « Je ne crois guère aux beautés qui peu à peu se révèlent, pour peu qu'on les invente ; seules m'emportent les apparitions. Celle-ci me mit à l' instant d'abominables pensées dans le sang. C'est peu dire que c'était un beau morceau. Elle était grande et blanche, c'était du lait. »
    Yvonne est déjà prise, par un homme qui la maltraite.
    « La Grande Beune » est une histoire de désir violent et animal, désir de chasseur prenant la forme d'un récit mythologique et archaïque. La géographie des lieux, les paysages débordent de cette sensualité qui habite les protagonistes, «la lèvre de la falaise en bas de quoi coule la Beune, la Grande», «les combes où rien ne se voyait que le ciel, des haltes secrètes sous des hêtres» ; et la préhistoire est omniprésente dans ce récit, résonnant comme un retour à l'origine du monde.
    « Les bois se remplirent du cri lamentable des loups se gorgeant d'une belle victime qui vous est chère ; ce bâton en travers d'épaules me parut propre à d'autres proies : j'y crus voir garrotté sous des nylons froids que la posture troussait, au lieu du poil roux celui, tout noir et cru, moussant aux cuisses épaisses de cette garce. Je courais tout à fait, j'en avais le prétexte ; des joncs se brisaient sous mes pieds ; l'air à mes oreilles m'étourdissait ; sortie du bois par une sente infime, toute droite et peut-être effrayante comme Ysengrin le connétable, âpre comme sa louve, elle était là à deux pas de moi debout, telle qu'en courant j'aurais pu la heurter. Elle me parut géante. Je m'arrêtai court."
    Un texte bref et magnifique. Un jaillissement.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 0         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par gigi55, le 11 octobre 2009

    gigi55
    En quelques pages, dans un langue superbe, Pierre Michon donne à ressentir en profondeur un pays (le Périgord) des personnages (le narrateur jeune instituteur nouvellement nommé, Hélène, son aubergiste, Yvonne, belle comme une reine, Jean le pêcheur,) des sentiments doux et violents qui se déploient sur un terre ou le souvenir des hommes de Cro-Magnon et des rennes qu'ils chassaient n'est pas encore éteint.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 1         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par brigetoun, le 23 décembre 2009

    brigetoun
    le jeune maître dans une école de campagne, le monde dur, écarté. Dans ce monde il y a aussi une formidable hotesse et le tout est l'écrin ou la source d'une des plus belles célébrations de la beauté et du désir que j'ai lues.
    78 pages dégustées

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la critique


Critiques presse (1)


  • Lexpress , le 22 août 2011
    Dans un court roman inspiré par un affluent de la Vézère, Pierre Michon a saisi la poésie d'une terre encore hantée par les animaux de Lascaux.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

> voir toutes (7)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par horline, le 12 avril 2011

    Je ne crois guère aux beautés qui peu à peu se révèlent, pour peu qu’on les invente ; seules m’emportent les apparitions. Celle-ci me mit à l’instant d’abominables pensées dans le sang. C’est peu dire que c’était un beau morceau. Elle était grande et blanche, c’était du lait. C’était large et riche comme Là-Haut les houris, vaste mais étranglé, avec une taille serrée ; si les bêtes ont un regard qui ne dément par leur corps, c’était une bête ; si les reines ont une façon à elles de porter sur la colonne d’un cou une tête pleine mais pure, clémente mais fatale, c’était la reine. Ce visage royal était nu comme un ventre : là-dedans les yeux très clairs qu’ont miraculeusement des brunes à peau blanche, cette blondeur secrète sous le poil corbeau, cette énigme que rien, si d’aventure vous possédez ces femmes, ni les robes soulevées, ni les cris, ne dénoue. Elle avait entre trente et quarante ans. Tout en elle était connaissance du plaisir, celui sans doute qu’on entend d’habitude, mais celui aussi qu’elle dispensait à tous, à elle-même, à rien quand elle était seule et ne se voyait plus, seulement en posant là le gras de ses doigts, en tournant un peu la tête et alors les sequins d’or qu’elle avait aux oreilles touchaient sa joue, en vous regardant ou en regardant ailleurs, et ce plaisir était vif comme une plaie ; elle savait cela ; elle portait cela avec vaillance, avec passion. Allons, on ne peut en parler ; non, ça n’est pas né de l’argile : c’est comme le battement furieux de milliers d’ailes en tempête et il n’y a pas pourtant de matière plus comble, plus lourde, plus enferrée dans son poids. Le poids de ce mi-corps somme toute gracile en dépit de l’évasement des seins était considérable. Des paquets de cigarettes bien rangés derrière elle l’auréolaient. Je ne voyais pas sa jupe ; c’était pourtant là derrière le comptoir, démesuré, insoulevable.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la citation

  • Par horline, le 12 avril 2011

    Quand je sortis, l’éclaircie était au moment de se faire ; le pavé rajeuni luisait, il ne pleuvait plus. Dans la pente vers chez Hélène, vers la Grande Beune, le soleil parut, le ciel s'ouvrit et les arbres blonds s'élancèrent : j’avais dans la gorge, dans les oreilles, quelque chose de plaintif, de puissant comme le cri interminable mais coupé net, modulé, plein de larmes et d’invincible désir, qui fait venir de gorges nocturnes, enchaînées, curieusement libres, le mot honey, dans les blues.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 6         Page de la citation

  • Par brigetoun, le 05 novembre 2011

    On m’avait confié la petite classe, non pas la plus petite mais le cours élémentaire ; ça faisait beaucoup de petits corps semblables ; j’apprenais à les nommer, à les reconnaître, courant sous la pluie vers le trou venteux des préaux, pendant les récréations, tandis que derrière les hautes fenêtres je les observais, et puis tout à coup je ne les voyais plus, rencognés sous un auvent, derrière le corps multiple et cavalier de la pluie. J’étais seul dans la salle d’école. Je regardais sur tout un rang de patères leurs cabans pendus qui fumaient encore des pluies du matin, comme sèchent dans un bivouac les paletots d’une armée naine ; je nommais ainsi ces petites défroques, je les attribuais, avec un peu d’émoi.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la citation

  • Par chartel, le 11 janvier 2008

    Pendant des années innombrables des rennes transhumèrent, qui de l’Atlantique remontaient au printemps vers l’herbe verte de l’Auvergne dans le tonnerre de leurs sabots, leur immense poussière sur l’horizon, leurs andouillers dessus, la tête morne de l’un appuyée sur la croupe de l’autre ; et là, dans le goulet crapuleux que forment s’embrassant la Vézère, les deux Beune, l’Auvézère, on les attendait avec les limandes, des becs de perroquet, des haros ; et les mangeurs de lichens de loin entendaient les tambours, voyaient des feux si c’était la nuit et le jour voyaient la fumée, mais sans dévier ils prenaient vers les tambours, s’étiraient dans les étroitures au bord de l’eau, tremblants.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 1         Page de la citation

  • Par js, le 07 octobre 2011

    On entendit démarrer des mobylettes. La nuit par la porte restée ouverte était trouble, immobile : la pluie galopait ailleurs, il y avait du brouillard maintenant. "C’est Jean le Pêcheur", dit Hélène, avec un petit mouvement de la tête vers ce brouillard où détalaient des moteurs grêles ; son geste était si vague qu’elle aurait pu aussi bien nommer le brouillard. Elle souriait. Ses rides dans ce sourire s’ordonnaient à merveille. Elle ferma sa porte, tripota des interrupteurs, tout s’éteignit, me levant je dormais déjà, j’étais n’importe où, dans des pays où les renards passent dans les rêves, et au cœur du brouillard des poissons qu’on ne voit pas sautent hors de l’eau, y retombent avec un bruit mat, au fin fond de la Dordogne, c’est-à-dire nulle part, en Valachie.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 0         Page de la citation

> voir toutes (17)

Videos de Pierre Michon

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Pierre Michon


Le roi vient quand il veut, Pierre Michon: le Livre de Poche
L'avis de Colette Kerber de la librairie Les Cahiers de Colette (Paris).








Sur Amazon
à partir de :
1,50 € (neuf)
2,82 € (occasion)

   

Faire découvrir La Grande Beune par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Quiz