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ISBN : 2070305058
Éditeur : Gallimard (2006)


Note moyenne : 3.95/5 (sur 56 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Quand il arrive à Castelnau, un village au fin fond de la Dordogne, tout près de Lascaux, le narrateur a vingt ans. C'est son premier poste. Derrière le rideau gris des pluies de septembre, entre deux dictées, le jeune instituteur s'abandonne aux rêves les plus violents... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par horline, le 12 avril 2011

    horline
    Il y a des textes dont la beauté enivrante exonère de toute intrigue construite sur une suite millimétrée d'évènements, des textes dont le style absorbe de manière voluptueuse l'histoire. La Grande Beune de P. Michon en fait assurément partie.
    La Grande Beune n'est pas un roman, c'est une fable. Une fable qui déploie tous les rêves charnels d'un jeune instituteur muté pour son premier poste à Castelnau, village isolé, figé dans le temps, coincé entre les grottes de Lascaux et La Grande Beune qui crache des pêches miraculeuses. Dans cette campagne vivotant au rythme de ses habitants, le jeune instituteur se consume de désir pour Yvonne, la buraliste.
    C'est ce désir que P. Michon déploie tout au long de l'œuvre ; un désir fou, brutal, animal qui obsède le narrateur. « Au milieu des galops de pluie » et de l'épais brouillard, l'auteur nous plonge dans un désir envahissant qui pare la rivière, la forêt et même les grottes préhistoriques d'une sensualité rare : c'est ainsi que, sur « les lèvres de la falaise », le narrateur s'égare dans ses rêveries en regardant « en bas La Grande Beune couler dans son trou ».
    Tout est bestial, à l'image des peintures rupestres recouvrant les parois des grottes.
    C'est une œuvre qui n'a rien de conventionnel.
    Avec une écriture complexe mais mélodieuse, P. Michon fait de cette œuvre, certes une exaltation de la sensualité, mais qui n'obéit à aucun code du romanesque. On se laisse embarquer dans les divagations du narrateur en abandonnant tout repère. Les émotions primaires du narrateur bousculent la trame du récit et rendent même toute intrigue superflue.
    Avec des phrases qui s'étirent toute en longueur jusqu'à épuiser le souffle, le rythme se décline en un style tout en représentation, visuel : une écriture faite d'entrelacs qui ne cessent de se croiser et s'enchevêtrer. Une écriture qui aurait pu faire écho aux peintures rupestres recouvrant les parois des grottes préhistoriques, mais la poésie de Michon est autrement plus lumineuse.
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    • Livres 4.00/5
    Par Loutre_des_Rivieres, le 02 août 2012

    Loutre_des_Rivieres
    Le style d'écriture de Pierre Michon est foisonnant, les phrases son longues, le vocabulaire est abondant, érudit, et précis. Ce style sert merveilleusement l'histoire dont il est question. Dans les années 60, un jeune instituteur fraîchement diplômé, débarque dans un petit village, bercés par les eaux du fleuve de La Grande Beune ,afin d'honorer son premier poste. Il rencontre des yeux , une merveilleuse créature, en la personne de la jeune buraliste du village, qui l'obsède inlassablement. Cependant, le roman est court, et heureusement, car les phrases longues de l'auteur sont parfois difficile à ingérer... malgré leur qualité certaine. Absolument à lire mais quand on se sent en forme!!
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 11 janvier 2008

    chartel
    La Grande Beune, de Pierre Michon, est la troisième œuvre de cet auteur qui m'aura particulièrement marqué par le rythme long et lent de sa prose, comme s'il respectait le temps naturel des journées passées à travailler la terre. Après les alentours de Guéret de Les Vies Minuscules, Pierre Michon nous emmène dans une région très proche, le Périgord, nous donnant à voir un instant de vie d'un jeune instituteur récemment muté dans les environs de Lascaux, dans ce territoire chargé de mythes tracés sur les parois pierreuses d'une célèbre grotte. Il s'agit bien d'un instant de vie car beaucoup de mystères, de non-dits, persistent dans cette histoire qui ne dit rien du passé de ce narrateur, ni de son devenir.
    L'univers, l'essence et la nature de cette région croisent l'histoire des personnages du cru, offrant des portraits remarquables où l'instinct ancestral du chasseur et du pêcheur hérité de l'Homme de Cro-magnon se prolonge dans le quotidien de ces hommes aux pieds bien campés dans leur sol.
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    • Livres 5.00/5
    Par Charybde7, le 26 avril 2013

    Charybde7
    En 1961, le narrateur est nommé dans son premier poste d'instituteur, à 20 ans, dans le Périgord, tout près du site de Lascaux, sur la rivière La Grande Beune. En allant acheter ses cigarettes au village, il devient fou de désir pour Yvonne, la buraliste, une reine sensuelle et blanche comme le lait.
    « Je ne crois guère aux beautés qui peu à peu se révèlent, pour peu qu'on les invente ; seules m'emportent les apparitions. Celle-ci me mit à l' instant d'abominables pensées dans le sang. C'est peu dire que c'était un beau morceau. Elle était grande et blanche, c'était du lait. »
    Yvonne est déjà prise, par un homme qui la maltraite.
    « La Grande Beune » est une histoire de désir violent et animal, désir de chasseur prenant la forme d'un récit mythologique et archaïque. La géographie des lieux, les paysages débordent de cette sensualité qui habite les protagonistes, «la lèvre de la falaise en bas de quoi coule la Beune, la Grande», «les combes où rien ne se voyait que le ciel, des haltes secrètes sous des hêtres» ; et la préhistoire est omniprésente dans ce récit, résonnant comme un retour à l'origine du monde.
    « Les bois se remplirent du cri lamentable des loups se gorgeant d'une belle victime qui vous est chère ; ce bâton en travers d'épaules me parut propre à d'autres proies : j'y crus voir garrotté sous des nylons froids que la posture troussait, au lieu du poil roux celui, tout noir et cru, moussant aux cuisses épaisses de cette garce. Je courais tout à fait, j'en avais le prétexte ; des joncs se brisaient sous mes pieds ; l'air à mes oreilles m'étourdissait ; sortie du bois par une sente infime, toute droite et peut-être effrayante comme Ysengrin le connétable, âpre comme sa louve, elle était là à deux pas de moi debout, telle qu'en courant j'aurais pu la heurter. Elle me parut géante. Je m'arrêtai court."
    Un texte bref et magnifique. Un jaillissement.
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    • Livres 4.00/5
    Par eternel, le 18 juillet 2013

    eternel
    Lire Pierre Michon c'est entrer dans l'œil d'un cyclone littéraire où tout est calme et serein alors que dans chaque phrase, expression et mot, on est englouti dans un maelstrom de pensées, d'interrogations, de sentiments.
    En vrac La Grande Beune c'est : tout un décor avec son et images, des détails pointillistes, un délire amoureux, des silences et des gouffres, de la finesse, des allégories, de l'érotisme retenu ou non, des visions, une finesse d'expression, la vie qui s'écoule.
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Critiques presse (1)


  • Lexpress , le 22 août 2011
    Dans un court roman inspiré par un affluent de la Vézère, Pierre Michon a saisi la poésie d'une terre encore hantée par les animaux de Lascaux.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par horline, le 12 avril 2011

    Je ne crois guère aux beautés qui peu à peu se révèlent, pour peu qu’on les invente ; seules m’emportent les apparitions. Celle-ci me mit à l’instant d’abominables pensées dans le sang. C’est peu dire que c’était un beau morceau. Elle était grande et blanche, c’était du lait. C’était large et riche comme Là-Haut les houris, vaste mais étranglé, avec une taille serrée ; si les bêtes ont un regard qui ne dément par leur corps, c’était une bête ; si les reines ont une façon à elles de porter sur la colonne d’un cou une tête pleine mais pure, clémente mais fatale, c’était la reine. Ce visage royal était nu comme un ventre : là-dedans les yeux très clairs qu’ont miraculeusement des brunes à peau blanche, cette blondeur secrète sous le poil corbeau, cette énigme que rien, si d’aventure vous possédez ces femmes, ni les robes soulevées, ni les cris, ne dénoue. Elle avait entre trente et quarante ans. Tout en elle était connaissance du plaisir, celui sans doute qu’on entend d’habitude, mais celui aussi qu’elle dispensait à tous, à elle-même, à rien quand elle était seule et ne se voyait plus, seulement en posant là le gras de ses doigts, en tournant un peu la tête et alors les sequins d’or qu’elle avait aux oreilles touchaient sa joue, en vous regardant ou en regardant ailleurs, et ce plaisir était vif comme une plaie ; elle savait cela ; elle portait cela avec vaillance, avec passion. Allons, on ne peut en parler ; non, ça n’est pas né de l’argile : c’est comme le battement furieux de milliers d’ailes en tempête et il n’y a pas pourtant de matière plus comble, plus lourde, plus enferrée dans son poids. Le poids de ce mi-corps somme toute gracile en dépit de l’évasement des seins était considérable. Des paquets de cigarettes bien rangés derrière elle l’auréolaient. Je ne voyais pas sa jupe ; c’était pourtant là derrière le comptoir, démesuré, insoulevable.
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  • Par horline, le 12 avril 2011

    Quand je sortis, l’éclaircie était au moment de se faire ; le pavé rajeuni luisait, il ne pleuvait plus. Dans la pente vers chez Hélène, vers la Grande Beune, le soleil parut, le ciel s'ouvrit et les arbres blonds s'élancèrent : j’avais dans la gorge, dans les oreilles, quelque chose de plaintif, de puissant comme le cri interminable mais coupé net, modulé, plein de larmes et d’invincible désir, qui fait venir de gorges nocturnes, enchaînées, curieusement libres, le mot honey, dans les blues.
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  • Par brigetoun, le 05 novembre 2011

    On m’avait confié la petite classe, non pas la plus petite mais le cours élémentaire ; ça faisait beaucoup de petits corps semblables ; j’apprenais à les nommer, à les reconnaître, courant sous la pluie vers le trou venteux des préaux, pendant les récréations, tandis que derrière les hautes fenêtres je les observais, et puis tout à coup je ne les voyais plus, rencognés sous un auvent, derrière le corps multiple et cavalier de la pluie. J’étais seul dans la salle d’école. Je regardais sur tout un rang de patères leurs cabans pendus qui fumaient encore des pluies du matin, comme sèchent dans un bivouac les paletots d’une armée naine ; je nommais ainsi ces petites défroques, je les attribuais, avec un peu d’émoi.
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  • Par chartel, le 11 janvier 2008

    Pendant des années innombrables des rennes transhumèrent, qui de l’Atlantique remontaient au printemps vers l’herbe verte de l’Auvergne dans le tonnerre de leurs sabots, leur immense poussière sur l’horizon, leurs andouillers dessus, la tête morne de l’un appuyée sur la croupe de l’autre ; et là, dans le goulet crapuleux que forment s’embrassant la Vézère, les deux Beune, l’Auvézère, on les attendait avec les limandes, des becs de perroquet, des haros ; et les mangeurs de lichens de loin entendaient les tambours, voyaient des feux si c’était la nuit et le jour voyaient la fumée, mais sans dévier ils prenaient vers les tambours, s’étiraient dans les étroitures au bord de l’eau, tremblants.
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  • Par eternel, le 11 juillet 2013

    La reine était au bas du pré, haut talonnée comme une grue, nue sous son falbala comme un poisson qu'on écaille. Ses reins bougeaient. Je pensai à ce qui les avait bougés tout à l'heure davantage. Je pensai à son enjouement, à sa cruelle élégance ; à l'orgueil d'être belle; à la honte qui froissait sa voix haut perchée ; à ce qu'était son cri.

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