ISBN : 2070400786
Éditeur : Gallimard (1996)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
A travers les visages de Baptiste, Adrien et Miette représentants douloureux du monde paysan, Pierre Bergounioux offre l'évocation bouleversante d'un monde silencieux à jamais enfui.

4ème de couverture :
Le haut plateau granitique du Limousin fut l... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par jcfvc, le 26 octobre 2009

    jcfvc
    Il m'est difficile de parler de Miette sans le mettre en parallèle avec l'oeuvre de deux autres auteurs limousins.
    Il s'agit de "Miette", par Pierre Bergounioux, corrèzien lui aussi, comme Bergounioux, et de "Vies Minuscules", par Pierre Michon, qui est creusois.
    Apparemment les trois écrivains se connaissent, mais n'appartiennent pas à une "école" ou à un mouvement littéraire plus ou moins provincial, comme l'école dite "de Brive". En tout cas, leur écriture n'a rien de "provincialiste" au sens péjoratif où ce courant est parfois considéré -à tort - en France. En tout cas, si l'on entend par provincialiste une littérature exhaltant le terroir, une France profonde dans laquelle il faudrait chercher des modèles de comportements vertueux, on est loin de ce tableau idyllique dans les trois livres en question. Non que les personnages d'origine paysanne aient des comportements amoraux ou soient corrompus, bien au contraire parfois. Mais il semblerait que le terroir, enferme plus qu'il ne libère, empêche les êtres de se réaliser, de s'épanouir. Il y a bien chez certains, une noblesse de comportement à l'intérieur de leur communauté, mais il y a aussi une résignation à être enchaîné par le lieu où ils sont nés et ont vécu.
    Bergounioux est né à Brive. Comme Millet, il est rapidement monté à Paris. Il est prof de lettres modernes en banlieue et sculpteur... Sa pratique professionnelle et ses prises de position le situent à gauche.
    Millet gagne sa vie de ses romans et de son travail chez Gallimard. C'est lui qui a conseillé à l'éditeur de publier les Bienveillantes, après avoir lu les 300 premières pages seulement et alors que le futur Goncourt avait été refusé par plusieurs maisons d'édition. Quelqu'un qui a un tel flair de lecteur ne peut pas être totalement nul...... Il est plutôt conservateur, passéiste, voire carrément réac diront certains. Il énerve en effet beaucoup de gens par sa posture de dandy, de dernier Mohican de la belle langue française.
    Michon est originaire de la Creuse. Il fut Mao en 68. Il a fait des études à Clermont, a appartenu à une communauté qui rêvait de changer le monde en inventant un théâtre révolutionnaire, avant de sombrer dans l'alcoolisme, puis de se quasi clochardiser, selon ses propres dires. L'une de mes amies l'a connu lorsqu'elle était étudiante à Clermont......... Elle s'en souvient comme d'un garçon torturé, complexé, conscient du manque d'attraction qu'il exerçait sur les femmes......
    En tout cas, les trois compères nous parlent d'une d'une époque pas si lointaine et pourtant à jamais révolue, d'un monde paysan ayant subi une rupture qualitative dans ses modes de vie , comme s'il s'agissait d'une "civilisation" disparue en moins de trente ans, englouti par les vagues modernistes des trente glorieuses.. Bergounioux fait remonter ce début de la fin à plus tôt, et le dit admirablement à propos des bouleversements sociaux et économiques qui allaient causer la première guerre mondiale: "C'est 1910. le temps monte des plaines. Il s'insinue dans les vallons, gravit les pentes comme un ruisseau remontant à la source, l'éveillant. Il infiltre l'arène pâle, esquisse les lointains. La guerre précipite son cours...."
    Ce qui m'interpelle à la lecture des ces trois écrivains, c'est :
    - La proximité du style. La phrase se fait (se veut diront ceux qui n'apprécient pas..) Proustienne. Par ces détours et circonvolutions, cette syntaxe tente de rendre, je crois, l'immobilité ou plutôt le caractère cyclique du temps dans lequel évoluent les personnages, avant que leur société rurale ne soit emportée par le maelstrom linéaire de l'Histoire.
    - le fait que les Trois auteurs s'intéressent à la vie des petites gens des hauteurs de la Marche et du plateau de Millevaches, scandée par des événements, gestes et attitudes immémoriaux, se dupliquant à l'identique, depuis toujours. Chez bergounioux, pourtant non soupçonnable de sympathie pour des thèses neo-racistes, ls types humains et les faciès semblent être façonnés par le paysage et le climat, dans le granit qui brise le soc des charrues et condamne les êtres à un sort de serf sur leur propre sol.
    - le fait que les trois écrivains tentent, à leur manière, de rendre compte de la difficulté qu'ont les êtres nés dans ces "hauts" inhospitaliers, mêmes ceux qui ont fait des études, à s'arracher à la tourbe, au milieu confiné de leur naissance, qui condamne les hommes (et surtout les femmes...) à inscrire leur vie dans le rayon limité du hameau qui les a vus naître, ou à y retourner inexorablement, après leurs aventures, leurs études ou à la fin de leur vie, comme la plupart des personnages principaux, qui ne peuvent s'arracher à leur terre, ne serait-ce que par la pensée. On peut avoir l'impression, en lisant ces Oeuvres parallèles, que ces contrées austères, influencent le style de ceux qui les décrivent. Pas d'envolées lyriques à la Pourrat sur les monts du Forez ou la chaîne des Puy ici. Ces sommets lumineux et majestueux , que les protagonistes aperçoivent parfois au loin, sont porteurs, eux, d'un espoir d'échapper au cercle étroit dans lequel s'inscrit leur petite vie. Les plateaux limousins ou creusois, plantés d'alignements sombres et réguliers de résineux destinés à la coupe, semblent induire une vision pessimiste du monde chez les êtres peuplant leurs écrits. (il faudrait dire les ombres, à l'instar de Millet) C'est un peu comme si le même regret nostalgique de huis-clos culturel, de cloaque familial et social étouffant, qui a pourtant opprimé les enfants et adolescents, les jeunes hommes et femmes qu'ils furent, hantait leurs souvenirs, suintait dans les détours méandreux de l'écriture..
    Certains personnages arrivent bien à fuir définitvement, mais cette extraction est toujours douloureuse, jamais vraiment bénéfique, ni pour eux, ni pour leur entourage. C'est le caspour la mère du narrateur de Millet, qui fait le malheur de son fils en allant vivre à la ville, en quittant le père et en abandonnant son petit à ses tantes, le lais sant pour toujours ressasser, sa rancoeur d'enfant mal aimé. C'est aussi le cas d' Adrien dans "Miette", qui va travailler à la RATP à Paris pendant quarante ans, mais qui revient finir ses jours au village, abandonné de sa femme, sans enfants. C'est enfin le sort du personnage de la première des nouvelles du recueil de Michon (André Dufourneau), qui part en Afrique, pour devenir quelqu'un, ne plus être un paysan, une ombre parmi d'autres ombres, ou faire fortune (comme Rimbaud, le modèle inaccessible de Michon. Pour l'auteur de Vies Minuscules, l'exil n'et pas géographique. Il réside dans l'écriture. De Dufourneau, qui est une sorte de Rimbaud presque illettré, on dit au village qu'il a pu être tué par les noirs dont il exploitait la sueur pour devenir un monsieur. On dirait que les autochtones, en en faisant un bouc émissaire sacrifié symboliquement par la rumeur, est coupable d'avoir déserté le village, d'avoir trahi la communauté en s'éloignant. Il en va de même parfois, pour les écrivains, qui osent partir pour mieux parler ensuite de leur terre natale, pour la peindre sans concession. Comme Rimbaud de sa ville et de son square et de ses bourgeois. On pense aussi à Pierre Jourde qui fut agressé, physiquement lui, et pas seulement symboliquement, caillassé par les gens du village du Puy de Dôme dont il est question dans son livre Pays perdu, pour avoir eu la plume trop cruelle à l'égard des habitants du plateau du Cézalier..
    - On retrouve la même vision tragique de la destinée chez ces trois romanciers, la même que chez un Duneton, lui aussi corrézien (tiens tiens, un autre !!). Dans ses romans (Le monument par exemple, sur la grande guerre..) et dans des écrits plus biographiques ou pédagogiques, il parle aussi très bien de sa condition d'enfant de paysan qui ne peut, malgré ses succès scolaires, se sentir en harmonie avec les citadins et les bourgeois, tous ceux qui parlaient le français à la maison, qu'il coitoiera ensuite dans sa vie d'adulte, de prof, d'écrivain...
    Je me dis d'ailleurs qu'il serait peut-être intéressant d'aller voir du côté de Giraudoux (autre limousin...) pour vérifier si ces thèmes apparaissent chez lui.
    Je ne me souviens pas avoir rencontré de telles problématiques chez l'auteur de Siegfried et le Limousin, mais il y a si longtemps, et à l'époque, j'étais bête et peu préoccupé de la disparition des modes de vie ruraux.............et de la nostalgie qui pouvait étreindre les "croûlants" à l'idée que leur monde disparaissait........
    Enfin et surtout, ces Trois auteurs m'émeuvent car j'ai des aïeux creusois, j'ai vécu ces atmosphères d'après-guerre dans la campagne du centre de la France, je connais ces paysages pour les avoir parcouru avec ma famille en allant rendre visite à des parents proches ou éloignés. Quand on a passé ses vacances de toussaint dans la Creuse, dans un hameau perdu du côté d'auzances, dans une ferme glaciale habitée par un oncle veuf et sa soeur aveugle, bigote et radoteuse, on s'identifie facilement aux narrateurs des trois romans qui décrivent ce monde déclinant, en train de disparaître.
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    • Livres 3.00/5
    Par IzaBzh, le 06 octobre 2011

    IzaBzh
    Un roman extrêmement âpre, sans dialogues, avec si peu d'amour, qui raconte des histoires de mariages forcés, de vies conformes à ce qui en est attendu. La terre est vivante, dure, elle asservit les hommes. Pas de joli roman sur les fleurs et les petits oiseaux, la terre est acide, le climat rude, les arbres ne sont là que par la volonté des hommes et dans un but précis. Ceux qui parviennent à quitter la terre finissent par revenir, happés et repris.
    Cette vie difficile ne connaît aucune pose, aucune relâche, on tombe même "comme une pierre, dans un sommeil sans rêves", avant de repartir au travail.
    Je n'ai pas eu l'impression que les personnages bavardaient ou même se parlaient, le seul mot qui revient et qui retrace une idée de dialogue est "non".
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    • Livres 4.00/5
    Par brigetoun, le 14 avril 2010

    brigetoun
    Livre bourgounissime, il y a la langue bien sûr, la concision évocatrice et lyrique, il y a le thème du heurt temporel et de la façon dont ces campagnes ont été propulsées de leur sommeil affairé dans la modernité. Il y a le regard précis et pourtant tendre sur des personnages qui sont d'autant plus évidents qu'en partie mystérieux. Il y a le souci de transmettre
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Citations et extraits

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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    .../... C’était dans la grande cuisine, le soir du jour de septembre 1978 où Berthe fut enterrée, auprès de son époux, dans la Xaintrie, à cinquante kilomètres de là. Nous étions rentrés et nous commencions à essayer d’admettre qu’elle n’était plus avec nous, que ce serait pareil le lendemain et le surlendemain et après, encore, toujours. Quelqu’un a passé dans le bureau d’où il a rapporté une boîte en carton. Elle contenait, outre quelques images de Berthe appartenant à Jeanne, les photos de ceux qui avaient vécu ici et dont beaucoup avaient disparu. .../...
    Ce qui a surgi, une seconde, de la boîte, celle que j’ai vue, assise, dans une robe, sous la lumière d’un autre âge, c’est celle qui se trouvait à côté de moi, dans la clarté vive de septembre alors que ça ne se pouvait pas. C’était maintenant, l’été, encore, et non plus la saison bistre, l’automne roux, arrêté d’où semblent nous regarder ceux qui ont vécu, posé au commencement de ce siècle. .../...
    On m’a dit son nom, Miette, qui est un diminutif de Marie, et ce qu’elle était. Le reste, je l’aurais deviné tout seul : non seulement la place qu’elle avait occupée dans la procession des âges, avec trois de ses enfants autour d’elle et le dernier, Adrien, sur ses genoux, qui peut avoir un an et permet de dater la photo – 1910 –, mais de quelle manière, cette place, elle l’avait occupée. J’ai rarement vu femme survivre à cette époque, à ses modes, à son éternel crépuscule. Ce qui nous est parvenu, d’elles, ce sont d’informes paquets de linge dans une clarté louche, encombrée de branches peintes, de
    colonnes et de draperies, de pauvres visages écrasés sous d’informes chapeaux armés de pinces et d’épingles. Elle si, tout entière. Elle est belle, singulièrement, mais la beauté aurait succombé au débordement d’étoffes, aux prothèses, à l’oppression qui accablent la moitié de l’humanité d’alors. Ce n’est pas sa longue robe sombre, très simple, ni le fin collier d’or qu’elle porte qui la magnifient, assise, tenant Adrien, avec Lucie, Baptiste et Octavie autour d’elle. C’est le contraire, la force d’âme, la résolution qu’elle a eues, qu’elle incarna qui, littéralement, l’emportent au-delà d’elle-même et l’élèvent dans la grande temporalité.
    Elle mourut dans sa quatre-vingt-onzième année, à l’automne précédent le printemps où je vins officiellement et qu’il faisait beau, presque chaud, déjà, sur les hauteurs. J’ai recueilli, au hasard des conversations, des traits épars que l’image d’elle la montrant pour ce qu’elle fut, farouche et glorieuse, fondit en un bloc solide, sans faille, de détermination. Sa présence, pour être moins saillante que celle d’Adrien ou de Baptiste, avec leurs emblèmes respectifs, les assemblages savants, les écrous sur rondelle ou bien les clous, les térébrantes ferrailles, est d’autant plus manifeste qu’elle touche à des domaines nombreux et parfois inattendus. C’est qu’elle a tissé les couvertures de laine empilées dans les armoires que son grand-père avait lancées, comme des vaisseaux, vers l’éternité, rassemblé dans des caisses les débris métalliques, outils rompus, coins brisés, maillons de chaînes, serrures cassées, cercles de barriques, fragments de fonte, pointes, gonds et pentures, anneaux, tubes, éperons, boucles de ceintures, boutons hémi-sphériques des vareuses militaires, casseroles, clés. Elle badigeonnait tous les ans à l’huile de vidange les herses, charrues et cultivateurs qui ne serviraient plus, récupérait le moindre brin de fil, des morceaux d’étoffe pas plus grands
    que des rustines avec lesquels elle ravaudait ses chaussons, au point que ceux-ci, m’a-t-on dit, ressemblaient, à la fin, au navire des Argonautes. Sa forme, seule, en attestait l’identité après que toutes les planches de sa coque eurent été progressivement remplacées. Dans un coin du grenier, elle avait serré la quenouille, le rouet, le gros peigne à carder qu’elle utilisa jusqu’à ce que la résiliation du bail de fermage la privât du ballot de laine qu’elle touchait aux termes du contrat. Quand ses yeux ne lui permirent plus les travaux d’aiguille, elle se mit à tresser des paniers avec l’osier d’un saule venu à l’angle du grand pré déclive, celui qui se relève à cent kilomètres de distance pour former les monts du Cantal. Elle en fit en si grand nombre que beaucoup sont restés sans emploi et tombent en poussière, accrochés à des clous. Des boîtes de conserve, près du rouet, contenaient les coiffes d’étain de bouteilles de vin. Je suppose qu’il n’en manquait pas une, qu’on aurait pu calculer, au litre près, la quantité de vin bouché versé entre 1901 qu’elle arriva de Rouffiat, à trois kilomètres, et l’automne de 1970. Les métaux non ferreux, le plomb des vieilles canalisations, le cuivre des robinets sont entreposés, séparément, dans d’autres caisses. Des carreaux, dont la plupart sont cassés, s’appuient contre le mur, près des anciens poêles. La théorie complète des postes de radio s’échelonne sur une étagère emmaillotée de fil de fer, au-dessus du tub en zinc et du berceau de cerisier.
    Les habits qu’on portait, pour peu qu’ils fussent encore portables, pendent à des cintres. En dessous, des chaussures racornies sont bourrées de journaux qui parlent du Front Populaire, de Stalingrad et du président Coty. Elle exprimait jusqu’à la dernière goutte l’utilité enclose dans les plus petites bribes. Epluchures et fanes passaient aux lapins, les miettes aux poules qui complétaient comme elles pouvaient cet
    ordinaire spartiate. Elle s’entendait à tirer parti des légumes avariés, des fruits gâtés aussi longtemps qu’ils ne l’étaient pas en totalité.
    Je suppose que c’est elle ou simplement cela, cette disposition qui, jointe, soudée à d’autres, l’avait faite telle, que j’ai surprise, un jour insolite de fin octobre où j’étais revenu, vite, pour prendre du bois.
    Miette, Gallimard,
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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    "Savoir n'est pas nécessaire. D'abord, ça suppose qu'on prenne du recul, qu'on arrête un peu et le temps manque. Il y a trop à faire pour qu'on s'offre le luxe de s'interrompre un seul instant. Les choses sont là, obstinées dans leur nature de choses, corsetées de leurs attributs, rétives, dures, inexorables. Elles ne livrent leur utilité qu'à regret. Elles réclament toute la substance des vies qu'elles soutiennent. Encore le temps dont celles-ci sont faites ne suffit-il pas toujours. Il faut y verser quelque fureur. C'est à ce prix qu'on demeure. (...)

    Supposons alors qu'ils aient vu ce qu'ils faisaient pour ce que c'était, le troc épuisant de tout leur temps contre la possibilité précaire de rester dans le temps. Eh bien, non seulement ils n'en auraient tiré nul profit mais cette connaissance, ce détachement, pour léger qu'il fût, leur aurait été très préjudiciable en l'absence d'alternative. Parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire que de continuer et qu'il est beaucoup plus facile de le faire sans y penser que de s'y remettre avec la pensée qu'après tout, on pourrait aussi bien arrêter. Aux difficultés habituelles s'ajoure celle, désormais, de repousser l'éventualité que la moindre réflexion éveille aussitôt, la possibilité du contraire, la douceur de ne pas.

    Ils étaient raisonnables autant qu'il est en nous et, même, un petit peu plus qu'on ne croit le devoir. Ils se sont gardés des réflexions inutiles, des nuisibles pensées. Il n'ont pas arrêté, laissé leurs mains pendre, inactives, si ce n'est un dixième de seconde, tous les vingt ans, pour la photographie. Elle les montre tels qu'ils auront été, déterminés, eux-mêmes, sans reste ni réserve, tels que l'heure et l'endroit l'exigeaient depuis trois mille ans." (Pages 26/27)

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  • Par brigetoun, le 14 avril 2010

    Puis la guerre arrive, au sens propre du terme. Elle ne se contente pas d'enlever sans retour les hommes du hameau. Elle s'y présente en personne avec son cliquetis de chenilles, ses soldats bigarrés pareils au couvert végétal, le fracas inouï des canons à tir rapide. Elle s'introduira jusque dans la maison pour s'emparer de Baptiste et tombera sur Miette qui en a vu d'autres.
    Puis elle reflue, emportant son tumulte éphémère, ses machines, abandonnant des chapelets de douilles sur le chemin, un jerrycan gris où Baptiste transporte le mélange de la tronçonneuse à chaîne et, pour Jeanne et pour lui, le fantôme de l'enfançon - Pierre - qu'elle leur a pris.
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  • Par brigetoun, le 14 avril 2010

    Elle ne fut admirable que pour l'avoir accepté après avoir d'abord refusé. La détermination qu'elle opposa aux forces qui écrasaient sa volonté, elle l'employa au service des mêmes forces parce qu'il y a une chose que ce monde, le sien, ne souffrait point et qu'elle n'aurait jamais conçue : de vouloir encore à l'encontre des faits, de préférer le possible anéanti à ce qui était réalité.
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  • Par IzaBzh, le 06 octobre 2011

    Ce fut décidément pour ces hommes et ces femmes - ou cet homme de trente siècles qui eut nom Baptiste et cette femme de trois mille ans qu'on appela Miette, et pour Jeanne, encore, qui était déjà un peu étrangère - un rude baptême, un passage mouvementé que celui qui les conduisit de l'éternité au temps. Ils n'eurent même pas le temps de se retourner, de considérer tout ce qui, à cet instant, se passait à grand bruit, en ce lieu où ils vivaient et mouraient et renaissaient depuis le fond des âges, identiques à eux-mêmes, inchangés, tels que la terre, les choses, sans interruption, les avaient requis.
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Pierre Bergounioux - Carnet de notes : journal 2001-2010 .
Pierre Bergounioux vous présente son ouvrage "Carnet de notes : journal 2001-2010" aux éditions Verdier.http://www.mollat.com/livres/pierre-bergounioux-carnet-notes-2001-2010-9782864326663.htmlNotes de Musique : Sibelius / Sce?nes Historiques #1, Op. 25 - 3. Festivo. Tempo di Bolero








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