ISBN : 2070394395
Éditeur : Gallimard (1996)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 16 notes) Ajouter à mes livres
Tu dis n'importe quoi, c'est tellement agréable, d'ailleurs n'importe quoi, ce n'est jamais n'importe quoi: tu es là, tu passes d'une chambre à l'autre, tu parles toute seule, et voilà ce que tu entends lorsque tu parles toute seule, de la chambre rouge à la chambre jau... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(1)

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par Yuko, le 06 décembre 2011

    Yuko
    Isabelle Bruges fait partie de ces livres qu'on ne referme jamais tout à fait... Il s'immisce en nous comme un souffle de vie, nous laisse songeur, révolté, rêveur... Les mots délicatement déposés sur nos coeurs nous enveloppent d'une douceur feutrée... Magnifique Isabelle, femme avant d'être petite fille, miraculée de la vie, sauvée par une charmante sorcière, une grand-mère et son lion, un attachant Saint-Bernard.
    Un miracle parmi l'impossible, un espoir de vie qui devient une vie toute entière...
    Une oeuvre poétique fascinante pour un auteur qui n'a de cesse de m'étonner par la sincérité de son écriture et sa puissance narrative. Venez à la rencontre d'Isabelle, ses secrets cachés au creux d'un cerisier, son existence sauvée des ravages par les mots... ses attentes d'amoureuse. Une rencontre comme on en fait peu, tissée de mots et de sentiments uniques pour un tableau magnifique !

    Lien : http://art-enciel.over-blog.com/article-isabelle-bruges-de-christian..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (7 votes positifs)

> voir toutes (6)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par mandarine43, le 28 juillet 2011

    [ Incipit ]

    La pluie arrive vers les sept heures du soir. D'abord hésitante, quelques gouttes sur le pare-brise, quelques trouées de clarté dans la saleté des vitres — pas de quoi mettre en route les essuie-glace. Anne et Isabelle somnolent sur la banquette arrière. Adrien est, comme toujours sur les photos, assis entre les deux soeurs. Un feu follet va et vient dans ses yeux, une lueur d'amusement. Le sommeil des grandes filles le rassure. Il ne peut rien arriver de mauvais, quand ceux qui nous aiment ont cédé au sommeil. S'ils dorment c'est après s'être assurés que rien d'effroyable ne pouvait nous atteindre, et, d'ailleurs, leur repos n'est pas une absence — plutôt comme une flamme qui diminue d'intensité, sans jamais s'étouffer. Adrien regarde droit devant lui, entre le père et la mère. L'autoroute est déserte. La vitesse de la voiture égalise le paysage. Ce sont les mêmes champs depuis maintenant deux heures. Les mêmes collines au loin. Le paysage est immobile. La vitesse annule les circonstances, les lieux. La vitesse va droit à l'essentiel. De la terre au ciel qui glisse sur la terre. Du bleu marine de l'autoroute au ciel bleu fauve. Un insecte s'écrase sur le pare-brise. Un ange qui perd ses ailes. Un ange sans joie, une tache de sang brun. Adrien le regarde. Il compte les secondes, jusqu'à l'arrivée d'une goutte d'eau sur le petit cadavre. Si je parviens à dix, je me marie avec Isabelle.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Yuko, le 06 décembre 2011

    Elle se penche sur la vieille dame, donne un baisé glacé sur les tempes tièdes, se redresse avec une souplesse de jeune-fille, sort en courant, on l'attend à l'autre bout du pays. Personne ne l'a vue. Personne n'a remarqué la visiteuse sauf un enfant qui bondit de son lit, s'approche d'Eglantine et demande, partagé entre l'effroi et la curiosité : "où tu es, où tu es, où tu vas, qu'est-ce que tu fais, réponds-moi, où tu es" - à celle qui, pour la seule fois de sa vie, est toute entière là, délivrée du désir, de l'attente, du songe, délivrée d'elle-même, reposant dans le berceau de draps blancs, inerte, souriante.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Yuko, le 06 décembre 2011

    Ils roulent à droite, à gauche, selon les obstacles rencontrés. Ils vont le plus vite possible, mais, si vite qu'ils aillent, il y en a une qui les précède sur le chemin, il y en a une qui va d'un pas pressé, si pressé qu'ils ne peuvent la rejoindre quand bien même ils iraient à la vitesse de la lumière. Celle-là est plus rapide que la lumière, celle-là est comme l'ombre - depuis toujours arrivée. Elle entre une demie heure avant eux dans l'hôpital. Elle ne demande pas son chemin, elle sait le numéro de la chambre, d'ailleurs elle est attendue, elle traverse les couloirs, frôle un brancardier, on ne la remarque pas et pourtant chacun s'écarte imperceptiblement à son passage, les rires se font moins fort, les paroles s'éteignent une seconde, juste une seconde, voilà, elle est arrivée. Elle entre sans frapper, jette un coup d'oeil sur la petite fille en train de lire, sourit devant tellement d'enfance, se tourne vers l'autre lit, dévisage celle qui la reconnait, et elle se met au travail, elle donne la dernière touche à son chef d'oeuvre. Elle a modelé le visage d'Eglantine depuis tant d'années, presque un siècle, ravinant la peau desous les yeux, usant légèrement la commissure des lèvres, blanchissant un à un les cheveux, maintenant elle n'a plus grand chose à faire, un détail, une ultime retouche, enlever son manteau noir, le faire passer devant les yeux d'Eglantine, jetre une encre noire dans l'infini du regard, une goutte d'ombre dans la prunelle des yeux et attendre : le regard s'obscurcit, la ténèbre serpente dans les veines, cisaille le souffle, arrive au coeur qu'elle mord d'un seul coup, voilà, du bon travail, pas un cri, pas un mot.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (0 votes positifs)
  • Par Yuko, le 06 décembre 2011

    Isabelle est en miettes dans son sommeil. Elle est éparpillée en dizaine d'Isabelle qui marchent dans le noir, le long des rues de Bruges, ce qui fait qu'au réveil elle n'ouvre pas tout de suite les yeux : elle essaie d'abord de réunir ces filles qui lui ressemblent. Voyons. Il y a celle qui amène Anne au cinéma, et celle qui assiste à la baignade d'Adrien. Celle qui chante au fond du bus, le premier jour de l'école. (...) Il y a encore celle qui tremble de frayeur devant son premier dessin animé (...) Et celle qui gagne un lapin nain à la fête, qu'elle emporte, triomphante, à la mère alitée depuis trois jours. Celle-là, c'est l'Isabelle préférée d'Isabelle, celle qui fait venir un sourire aux lèvres de la mère, un vrai sourire, un sourire sans douleur par dessous, une joie simple devant le lapin affolé, sous les draps, la lumière éternelle d'une mère enfin comme toutes les autres. Et d'autres Isabelle, de tous âges, de toutes robes. Il en manque une pour bien ouvrir les yeux.
    Le bruit de la pluie au dehors la ramène : il manquait celle qui court sur l'autoroute, les yeux humides et l'âme sèche, désespérément sèche.

    > lire la suite
    Citation de qualité ? (0 votes positifs)
  • Par Yuko, le 06 décembre 2011

    Elle revient vers le lit, enfile ses vêtements. Ils sont encore humides. Arrive la voix intérieure, celle qui n'existait pas encore hier, celle qui commente, la voix de Bruges dans Isabelle, la voix de couvent vide et froid : tu as dormi sous les pierres. Maintenant tu t'habilles avec des larmes.
    Citation de qualité ? (0 votes positifs)

> voir toutes (7)

Videos de Christian Bobin

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Christian Bobin

Christian Bobin - Un assassin blanc comme neige .
Christian Bobin vous présente son ouvrage "Un assassin blanc comme neige" aux éditions Gallimard.








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Isabelle Bruges par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (49)

> voir plus

Quiz