'aime beaucoup les romanciers irlandais, de Jennifer Jonhston à Keith Rigdway en passant par Joseph O Connor. Ils ont une capacité à tisser des mélodrames remplis de mystère où l'on sent affleurer les fantomes et les secrets de L'Irlande du passé, avec souvent le poids de la religion en toile de fond.
Parmi ces auteurs, je ne connaissais jusqu'à présent que de nom le romancier poète dramaturge
Dermot Bolger , pourtant reconnu immense auteur dans son pays natal.
Bolger avait déjà écrit en 1993 une première version de ce roman,
Une seconde vie, et il a tenu, (il l'explique les raisons dans une préface très émouvante) en rédditer une nouvelle version quelque peu aménagée éditée chez Joëlle Losfeld.
Une seconde vie a pour toile de fond un thème qui m'avait beaucoup marqué dans une autre oeuvre, mais cinématographique celle ci, celle du film de Peter Mullan « Magdalene sisters ». Dans ce roman, on retrouve ainsi, avec la même émotion, l'histoire de ces adolescentes irlandaises brisées et humiliées, dont le malheur se répercuta sur les générations suivantes. Les jeunes irlandaises, qui avaient le malheur de tomber enceinte, étaient envoyées dans des couvents loin des regards des voisins. Les pauvres filles étaient maltraitées et devaient travailler dur malgré leur état.
L'une de ses filles a du se séparer de son enfant à la nassaince, et c'est cet enfant, Sean Blake, dont on va suivre le cheminement intérie et sa quête pour retrouver sa mère . Ce n'est qu'àprès avoir été déclaré cliniquement mort à la suite d'une grave collision ( le tout début du livre) , ce photographe quadragénaire marié et père d'un petit garçon remet en question son existence - présent et passé -, s'éloigne de sa femme et part en quête de ses racines: adopté alors qu'il était nourrisson, il n'a jamais cherché jusque-là à connaître sa véritable mère, et savoir qui elle était lui paraît soudain vital.
Une seconde vie est l'histoire, quasi psychanalytique, de la recherche d'un double passé enfoui: passé d'un homme et passé d'un pays. L'accident à la suite duquel il a connu un instant la mort est pour le héros comme un électrochoc: les souvenirs de l'amour de ses parents adoptifs ne lui suffisent plus, ni la tendresse impuissante de sa femme, à qui il n'a jamais dit qu'il était un enfant adopté, et à laquelle il sait qu'il ne parviendra pas à le dire tant que lui-même n'aura pas appris la vérité sur sa naissance. Cette seconde vie qui lui a été donnée doit avoir un sens : la quête de son identité.
Le livre a donc une matière riche et dense, et si toutes les pistes ne sont pas forcément toutes exploitées comme on aimerait,
Dermot Bolger explore les liens de filiation dans son dernier livre avec beaucoup de justesse et d'émotion.
Un roman émouvant, parfois même bouleversant et qui raconte une Irlande dure où le poids d'une société respectable et d'une église intransigeante brisent la vie des jeunes filles devenues filles-mères. le livre essaie de résoudre la question de savoir en quoi nos origines nous définissent lorsqu'on a été abandonné ?, et les réponses qu'il apporte sont plutot pertinentes.
Et au cours de ses recherches, Sean découvre une Irlande enfouie qu'il ne connaissait pas, une Irlande dans laquelle les superstitions, les préjugés soigneusement entretenus pas l'Église sont restés, jusque dans les années 1960, une source d'oppression. Toute la société irlandaise est touchée : cela se ressent tant dans les recherches qu'effectuent Sean que dans sa propre histoire personnelle qui se construit peu à peu et rattrape les ombres du passé.
Bref, un bien beau livre et encore une belle illustration de la grande santé des romanciers irlandais.
Lien : http://www.baz-art.org/archives/2012/01/28/25943657.html