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ISBN : 2253175374
Éditeur : Le Livre de Poche (2014)


Note moyenne : 3.41/5 (sur 22 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
« J’ai commencé ce livre il y a un peu plus de vingt ans. Je l’ai abandonné et l’ai repris à plusieurs reprises. L’idée d’écrire quelque chose sur Marcel Duchamp m’obsédait mais je n’ai pas su pendant longtemps quelle forme cela devait prendre. Je commençais un chapitre... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par patatipatata, le 10 septembre 2012

    patatipatata
    Serge Bramly, en fin stratège, nous fera lanterner pendant un bon tiers du livre en nous faisant passer... et repasser, la silhouette de Duchamp devant les yeux, comme on agite un chiffon rouge, distillant les informations au compte-gouttes. Mais alors me direz-vous, que raconte l'auteur pendant tout ce temps où il nous fait languir ?
    Il nous raconte en contre-champ le contexte historique, dans lequel évoluait l'artiste pendant ses trois semaines de transit forcées au Maroc, dans l'attente du bateau qui le mènera en Amérique... nous plaçant ainsi malicieusement dans la même position d'attente. Ah ! le farceur !
    D'ailleurs n'y tenant plus, on va moissonner ailleurs, sur internet les renseignements qui tardent tant à venir, pour s'apercevoir en souriant que la narratrice du livre a eu la même démarche que nous. Car l'oeuvre de Duchamp «ne se laisse entrevoir que dans sa fréquentation, il faut la «contempler d'un oeil, de près, durant beaucoup plus d'une heure» pour déblayer le terrain et permettre à l'auteur de positionner sur l'échiquier les pièces qui vont nous entraîner dans un jeu de mise en abîme, aux multiples combinaisons.
    Et quand on fait cette trouvaille : que l'un des personnages, historien d'art, s'appelle Tobie Vidal, que l'anagramme de Tobie = boite, et qu'associée à Vidal cela donne la boite vide, nous comprenons que l'auteur nous convie à entrer dans le jeu. Egratignant au passage la nombreuse littérature parfois discutable au sujet de l'artiste car «Personne ne vient à bout de Duchamp, parce que Duchamp c'est le silence et le vide, le vertige de l'infra-mince, l'absence et le gouffre. Il va vous obnubiler, ça deviendra votre idée fixe, votre névrose».
    Pour ceux qui auraient la crainte de ne voir en ce livre qu'un «casse-tête», ce qu'il est au bon sens du terme pour les esprits espiègles et joueurs, des boites, il y en aura beaucoup d'autres à ouvrir et elles sont loin d'être vides, comme la boite à souvenirs de l'auteur dans laquelle est contenue toute sa tendresse.
    J'ai pris un immense plaisir à lire ce livre. J'ai appris beaucoup de choses et pas seulement celles que j'étais venues chercher. Mais la plus grande réussite de l'auteur est de nous inciter à découvrir sans complexe l'oeuvre d'un artiste qui a influencé et révolutionné les pratiques artistiques en faisant basculer l'art moderne vers l'art contemporain.
    «L'art, et surtout l'art contemporain n'est pas dans ce que l'on voit, la toile accrochée au mur, l'objet trônant sur son socle. Il n'est pas purement rétinien. Il doit aussi intéresser la matière grise, notre appétit de compréhension. le plaisir ne vient qu'en partie des couleurs et des formes. Duchamp disait: l'art est d'abord dans la lacune.»
    Serge Bramly aura la générosité à la fin du livre de nous donner les clés de l'Eden, mais pas toutes, à nous de trouver celle du Paradis. «Il estimait en avoir assez dit pour que nous complétions sa pensée à notre guise, quitte à ce que nous la déformions ou nous en écartions, avec toutes les boursouflures, tous les enrichissements et les appauvrissements que cela suppose, c'est tout à fait dans son esprit.»
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    • Livres 5.00/5
    Par Marinebramly, le 16 septembre 2012

    Marinebramly
    Avis rédigé par Emily

    « Première sélection pour le GoncourtPrintemps barbare, Hector Tobar »
    Orchidée fixe, Serge Bramly
    8 Septembre 2012 par Emily
    A mi-chemin entre le roman et la biographie, Orchidée fixe revient sur l'interlude marocain de la vie de Marcel Duchamp, célèbre pour ses œuvres d'art insolites et parfois hermétiques, car difficiles d'interprétation. Orchidée fixe a été récemment annoncé dans la liste des Goncourables. Raison de plus pour se plonger dans cette belle histoire, même si l'œuvre de Marcel Duchamp vous est inconnue.

    Orchidée fixe est le récit de la rencontre d'une famille de Tel-Aviv d'origine française et d'un Américain féru d'art. Autrefois, en 1942, le patriarche de la famille a côtoyé l'artiste Marcel Duchamp, lorsque celui-ci a quitté la France occupée pour les États-Unis, en passant par le Maroc, car les liaisons vers l'Amérique étaient alors coupées en France. S'entrelacent alors le récit du grand-père d'un passé désormais lointain mais pourtant tellement proche et un présent où la passion de l'art réunit la narratrice et le professeur américain venu interroger son grand-père.
    Il n'est pas aisé d'écrire sur ce très beau texte où le lecteur est davantage touché par des impressions et des scènes que par l'histoire à proprement dite. La force d'évocation du récit rend chaque mot beaucoup plus réel, et des paysages entiers surgissent dans l'esprit du lecteur, qui a l'impression de voir la côte marocaine telle que la voit Duchamp en arrivant à Casablanca ou encore les parties de cartes endiablées de l'arrière-grand-père Zafrani. Ces souvenirs sont certes romancés, mais ils ont pourtant un poids tangible, et une réalité très visuelle. L'on est alors immergé dans le Casablanca des années 40, avec tous les enjeux que cela entraîne : la guerre semble pourtant bien lointaine, vue du Maroc, mais ne peut être oubliée.
    Servie par une écriture toute en subtilité et en puissance, l'histoire de Marcel Duchamp et son amitié avec René Zafrani n'est pas très romanesque et on ne croule pas sous les scènes d'action. Cet intermède marocain imaginé est surtout une rencontre, une amitié. Orchidée fixe se lit pour la beauté du texte, et non pour le romanesque. L'estime que porte l'auteur à Marcel Duchamp est touchante et donne envie au lecteur de découvrir l'œuvre d'un homme qu'il a cru apprendre à connaître au fil du récit.
    Récit solaire, Orchidée fixe est probablement la lecture idéale en ce début de mois de septembre, afin de se transporter en pensée à Tel-Aviv, aux États-Unis et au Maroc. En somme, les vacances ne sont pas tout à fait terminées !
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    • Livres 5.00/5
    Par Marinebramly, le 16 septembre 2012

    Marinebramly
    Serge Bramly a reçu le prix Interallié 2008 pour «Le premier principe, Le second principe».
    Il a une écriture agréable, plaisante à lire (ça se dit ça d'une écriture ? bon, ben moi je le dis). Il écrit bien quoi. Donc si il écrit bien ben y'a des chances que le lecteur lise bien aussi, prenne de plaisir à lire.
    Ce dernier roman est une parenthèse.
    Il fait partie de la première liste des ouvrages sélectionnés pour le prix Goncourt 2012.
    Le titre «Orchidée fixe» est un calembour emprunté aux Notes de l'artiste.
    « J'ai commencé ce livre il y a un peu plus de vingt ans. Je l'ai abandonné et l'ai repris à plusieurs reprises. L'idée d'écrire quelque chose sur Marcel Duchamp m'obsédait mais je n'ai pas su pendant longtemps quelle forme cela devait prendre.»
    Marcel Duchamp (oui c'est bien de lui qu'il s'agit, le célèbre Marcel Duchamp, oui celui qui a exposé le fameux urinoir, oui mais pas que…) va passer un peu moins de trois semaines, en 1942, à Casablanca.
    Une parenthèse entre Paris et l'Amérique.
    Avis rédigé par Cripure
    Il a cinquante-cinq ans. Encore inconnu en Europe, déjà célèbre en Amérique.
    C'est Nina qui écrit.
    Un récit dans le récit.
    Son grand-père et son arrière-grand-père ont connu Marcel Duchamp.
    C'est le grand-père qui raconte.
    C'est Nina qui écoute.
    Le professeur américian Tobie Vidal veut écrire une biographie «monumentale» de Marcel Duchamp.
    C'est le grand-père qui raconte.
    C'est Nina et Vidal qui écoutent.
    Elle va écrire un roman. Il va écrire une biographie.
    Peut-être aussi Nina et Tobie vont-ils s'aimer : à vous de lire !
    «Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous.» écrivait Eluard.
    Le hasard cher aux surréalistes.
    Marcel Duchamp est une légende.
    Mystérieux, peu causant, joueur d'échecs passionné.
    «Il aurait rendu son dernier souffle en lisant aux toilettes quelque loufoquerie d'Alphonse Allais
    Il dort dans une baignoire.
    «Il enfilait deux pantalons, deux chemises l'une sur l'autre, sa veste par-dessus, glissait des chaussettes de rechange dans une poche, la brosse à dents dans l'autre, auprès de l'échiquier pliant.»
    L'artiste n'aimait pas s'encombrer de valise.
    On se promène au bras et aux mots de l'espiègle Nina à Casablanca, à Tel-Aviv, dans le Colorado et c'est pas du tout désagréable, ma foi, ma foi de lecteur.
    Aujourd'hui tout le monde se réclame de Marcel Duchamp.
    Il n'en demandait pas tant…
    Regardez son tableau intitulé «Nu descendant un escalier» : magnifique !
    «L'art a le don de mettre au jour les ruines que chacun de nous porte en lui. Il creuse des strates profondes, remue des gravats, balaie la poussière qui voile le regard et relève des vestiges dont on se demande alors s'ils ne sont pas les bribes d'une existence hors du temps, déjà vécue ou que l'on s'apprête à vivre.»
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    • Livres 3.00/5
    Par val-m-les-livres, le 11 novembre 2012

    val-m-les-livres
    Nous sommes dans les années 40. le peintre normand Marcel Duchamp s'arrête pour quelques semaines au Maroc et il va séjourner chez l'arrière grand-père de notre narratrice. Lorsque Tobie Vidal, universitaire américain qui souhaite écrire un essai sur le peintre en y incluant cette période marocaine, prend contact avec le grand-père de la narratrice, et se rend lui-même au Maroc, c'est une boîte de Pandore qui va s'ouvrir. A la fois fenêtre sur l'oeuvre de Marcel Duchamp dont je ne connaissais rien, et sur le début des années 40 au Maroc, époque où, comme dans de nombreux autres endroits, il ne faisait pas bon être juif.
    Second roman de la sélection du Goncourt à évoquer guerre et résistance, c'est bien le seul point commun que l'on peut trouver avec le terroriste noir. Ici, la lecture est fluide, la chronologie bien claire et on ressent bien l'excitation ressentie par cet universitaire américain qui espère découvrir des croquis inédits. Les réflexions sur l'art sont aussi intéressantes et surtout sur notre ressenti par rapport à certaines oeuvres et au moment où on les découvre. Mais ce roman manque sans doute de prodondeur. Et comme toujours avec ce mélange de fiction et de réalité, le mélange, pourtant assez clairement défini, ne m'a pas enthousiasmée.

    Lien : http://vallit.canalblog.com/archives/2012/11/11/25318829.html#comments
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    • Livres 4.00/5
    Par NadaDAOU, le 27 septembre 2012

    NadaDAOU
    Orchidée fixe ou idée fixe?
    Un livre intéressant de Serge Bramly qui marie l'art contemporain aux effluves artistiques de la littérature, nous amenant ici à faire une critique d'une critique!

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Critiques presse (2)


  • LaLibreBelgique , le 25 septembre 2012
    Un beau roman de passion, d’art, de vie, dans le sillage d’un artiste qui a rappelé que dans l’art, l’idée prévaut sur la création, que l’art est d’abord "cosa mentale" comme le disait déjà Léonard de Vinci.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • LePoint , le 19 juillet 2012
    Une histoire de passion, de rencontre, "de milieux et d'époques qui se croisent dans une longue suite de causes et d'effets". L'émouvante déclaration d'amour, surtout, et d'estime du disciple à l'endroit de son maître.
    Lire la critique sur le site : LePoint

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Citations et extraits

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  • Par Marinebramly, le 19 juillet 2012


    Découvrez un extrait d'Orchidée fixe :

    Une prodigieuse envie de fuir, dès la première seconde. Il se sentait en prison alors qu’aucune porte ne fermait à clef, que les petites portes latérales ne possédaient même pas de serrure.

    La promiscuité l’oppressait : ces femmes, ces hommes étendus à touche-touche, certains tout habillés sous la fine couverture. Il ne dormait pas. Il y avait des enfants, des bébés, peu par bonheur, et installés loin de lui, derrière des remparts de bagages, mais l’un d’eux, que sa mère berçait en marchant de long en large comme une somnambule, pleurait avec véhémence.

    Tels des rats... La phrase le rongeait, lui remettant en mémoire les jeunes gens menottés, ce couple qu’avaient arrêté les gendarmes. Où les a-t-on conduits ? se demandait Duchamp. Que va-t-on leur faire ? Il était difficile de ne pas y songer (quel sera leur sort ?), de ne pas éprouver cette culpabilité particulière que donne l’impuissance, de ne pas être assailli de doutes, de ne pas remettre ses propres choix en question.

    Les heures passant, cela tournait au cauchemar. Tels des rats : il se figurait un troupeau de rongeurs dans des ténèbres d’égout.

    Des ronflements s’élevaient. Le bébé hurlait. Le vent sifflait sous la voûte.

    De cette mauvaise nuit, il devait garder au réveil, dans la pâleur vaporeuse du matin, un arrière-goût d’incerti­tude et presque d’échec personnel.

    Quel âge avait mon grand-père en 1942 ?

    Il disait tenir les faits de Marcel Duchamp lui-même autant que de son propre père, mon arrière-grand-père Zafrani, et si je buvais ses paroles sur le moment, je me demande avec le recul, aujourd’hui que je reconstitue cette partie de l’histoire, de notre histoire, de mon histoire, pour la coucher noir sur blanc, comment il pouvait se rappeler pareils détails, comment il pouvait connaître les sentiments intimes de Duchamp et les décrire avec un tel luxe de précision, soixante-dix ans plus tard. Il n’en avait jamais fait mention jusque-là. A la maison, personne n’avait jamais parlé de Marcel Duchamp avant que ne nous parvînt d’Amérique la lettre du professeur Tobie Vidal. Marcel Duchamp, je savais à peine qui c’était : un artiste iconoclaste (n’avait-il pas affublé La Joconde de moustaches ?) qu’il était chic de citer à la fac.

    Ma mère ouvrait de grands yeux. Enfoncé dans son fauteuil habituel, dos à la fenêtre, mon grand-père débitait son récit avec l’aplomb de ses quatre-vingt-dix ans, alors qu’il brodait sur la trame ténue de souvenirs dont beaucoup, probablement, n’étaient que les vestiges d’impressions que lui avait communiquées son père. Avocat à la retraite, ancien ténor du barreau, il avait toujours été bon orateur, bon conteur, et il voulait se montrer à la hauteur de sa réputation.

    Le professeur Vidal, ainsi que nous l’appelions alors, avait traversé l’Atlantique et la Méditerranée dans le seul but de lui poser des questions ; il prenait des notes dans un cahier vert à spirale, l’air aussi concentré que s’il interviewait le premier ministre ; il était descendu au Dan, un cinq étoiles les pieds dans l’eau comme disent les dépliants publicitaires ; il appartenait à la prestigieuse Université du Colorado et avait à son actif quantité d’articles et d’ouvrages sur l’art du xxe siècle ; il allait illustrer le nom des Zafrani dans une publication savante ; alors mon grand-père désirait lui en donner pour son argent, quitte à inventer un peu, je suppose.

    Pour sa part, ai-je découvert depuis, Marcel Duchamp ne parlait guère de lui-même. Il avait sûrement ses raisons. C’était son caractère, sa philosophie. Il disait : Il faut prendre les moments difficiles le plus doucement possible.

    L’humeur égale, tous ses amis en conviennent dans les textes que j’ai lus. Personne n’a jamais entendu Duchamp s’api­toyer sur son sort, même dans les périodes de dèche, lorsqu’il se nourrissait de miettes, même malade ; pas une plainte, par exemple, lorsqu’il s’est fait opérer de la prostate dans les dernières années de sa vie : le patient idéal ; d’ailleurs il aurait rendu son dernier souffle en lisant aux toilettes quelque loufoquerie d’Alphonse Allais : allègre jusqu’à l’instant du grand départ. Sur la plupart des photos de lui que j’ai pu voir, il affiche un visage lisse, imperméable, empreint d’une légèreté caustique parfaitement contrôlée. Ses angoisses, ses regrets, s’il en avait, Duchamp les gardait pour lui et je doute qu’il eût jamais ouvert son cœur à mon arrière-grand-père Zafrani, et à plus forte raison à son jeune fils, quelque sympathie qu’il eût éprouvé à leur égard.

    Malicieux, l’humeur égale, je dois en tenir compte dans la version que j’élabore à présent grâce à la masse d’informa­tions que j’ai réunie au cours des derniers mois, d’abord à Beth-Ariela, la grande bibliothèque municipale du boulevard Shaul-Hamelech, puis à l’Helena Rubinstein Art Library, un département du musée voisin, et enfin dans des bibliothèques universitaires lorsque mes recherches sont devenues plus pointues.

    Regardez-le : c’est le matin, il rase les quatre poils qui lui ombrent le visage, maigre et pâle dans son maillot de corps, près des lavabos extérieurs. Le miroir est accroché à un clou. Il s’enduit les joues de savon, dévisse posément son rasoir. Il a acheté à Genève, quelques semaines plus tôt, une machine Siemens pour aiguiser les lames. Il en a même acheté deux, la seconde à l’intention de son ami Henri-Pierre Roché, réfugié dans la Drôme : il la lui a envoyée par la poste peu avant son départ de Marseille. On glisse dans la fente la lame émoussée, puis on tourne la manivelle et l’acier retrouve son tranchant. C’est magique. La machine fait à chaque fois son effet. Les hommes s’extasient, car en France où l’occupant accapare l’acier les lames ne se trouvent qu’au marché noir. On l’observe faire, l’œil brillant, et j’imagine que Duchamp prête volontiers l’ingénieux appareil autour de lui, ne serait-ce que pour éviter d’engager une conversation oiseuse, et que la machine passe ainsi de mains en mains tandis qu’il achève sa toilette.

    Ce jour-là, à en croire mon grand-père, il n’a rien fait d’autre que bâiller aux corneilles et se promener sous les arbres poussiéreux du camp. C’est le lendemain, d’après lui, le lendemain seulement, que Duchamp a découvert l’Éden.

    Le professeur Vidal a noté la date sur une nouvelle page de son cahier : samedi 23 mai 1942. Puis il a inscrit au milieu de la ligne suivante, en lettres capitales, comme un titre de chapitre : L’EDEN. Ecriture régulière, jolies mains. Des doigts comme on en prête aux pianistes. Grands ongles coupés ras. Les veines saillantes, ai-je remarqué, les articulations striées de plis craquelés, de taille décroissante, tels des ronds dans l’eau. Ni bague ni alliance.
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  • Par patatipatata, le 11 septembre 2012

    Au cours du dîner, je l’avais interrogé sur son métier d’historien d’art. Il m’avait questionné en retour sur ma vie, mes études, mais il n’y avait grand-chose à en dire, je n’ai jamais eu de vocation, de sorte que nous avons poursuivi sur le surréalisme, la littérature, les musées, la culture, moi soutenant de mon mieux qu’il y a des choses plus importantes dans l’existence - une partie de volley-ball sur la plage, au coucher de soleil, ne procure-t-elle pas un plaisir plus vif qu’un roman de Tolstoï ou une toile de Picasso? -, lui évoquant des émotions d’un autre type et me faisant valoir que les plaisirs ne comptaient guère si l’on ne pouvait en fixer le souvenir, que l’art est tout à la fois une loupe, un révélateur, une lanterne magique, un facteur de perturbation et une source d’éternité, une malle au trésor, une passerelle tendue au-dessus du vide, une invitation à sortir de soi-même, une terre d’évasion etc.
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  • Par Bibalice, le 20 septembre 2012 Première phrase du livre

    Il venait de Marseille, il allait en Amérique. Il a débarqué à Casablanca, pour une escale qui allait durer un peu moins de trois semaines, le 21 mai 1942. Ça tombait un jeudi, vous pouvez vérifier.

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  • Par Bibalice, le 21 septembre 2012

    Hasard. Quiproquo. Le premier livre que j'ai lu, du moins que je me rappelle avoir lu, lorsque j'avais quatre ans, car j'étais enfant précoce, paraît-il, racontait l'histoire d'un petit tailleur, d'un roi, d'une princesse et d'un terrible dragon.

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  • Par patatipatata, le 03 septembre 2012

    Il n'y a pas de hasard, il n' y a que des rendez-vous - Paul Eluard

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