Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

ISBN : 2070360024
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.9/5 (sur 4795 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Condamné à mort, Meursault. Sur une plage algérienne, il a tué un Arabe. À cause du soleil, dira-t-il, parce qu'il faisait chaud. On n'en tirera rien d'autre. Rien ne le fera plus réagir : ni l'annonce de sa condamnation, ni la mort de sa mère, ni les paroles du prêtre ... > voir plus
Lire un extrait Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (229)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 12 janvier 2013

    LydiaB
    Je me rends compte que je n'ai jamais fait de fiche de lecture sur ce livre, voilà qui va être réparé ! C'est en classe de Première que j'ai lu ce livre pour la première fois car il était dans ma liste du bac (quel est le sagouin qui a dit que ça remontait aux calendes grecques ?). Sur le coup, avec ce fameux "Aujourd'hui maman est morte, ou peut-être hier, je ne sais pas", je me suis dit que la lecture allait être difficile... Bien évidemment, je n'avais pas compris sur le moment toute la finesse de cette phrase et je pensais que le sieur Camus s'adonnait à la boisson.

    Trêve de plaisanterie, ce roman met en oeuvre l'absurde, celui de la condition humaine. le personnage, sorte d'anti-héros, prénommé Meursault, est étranger au monde qui l'entoure. Et quiconque ne rentre pas dans le moule se verra rejeté, exclu et pénalisé par la peine ultime, la mort. Voilà qui pourrait résumer un peu l'idée, bien que cela reste complexe.

    Ce qui fait tout le succès de ce roman, c'est d'abord ce personnage qui est également le narrateur. Souvent, le lecteur a de l'empathie lorsqu'un récit est à la première personne. L'autre facette du succès, c'est que ce roman parait simple. Il raconte une histoire somme toute banale, celle d'un homme qui vient à l'enterrement de sa mère, qui tombe amoureux de Marie et dont le voisin de palier a des problèmes avec une de ses maîtresses. Ce voisin, Raymond, invite Marie et Meursault dans un cabanon appartenant à l'un de ses amis, sur la plage. le groupe croise alors des jeunes gens parmi lesquels figurent des frères de la maîtresse bafouée. Bien évidemment, une bagarre s'ensuit, dans laquelle Raymond est blessé. Un peu plus tard, alors qu'il se baladait sur la plage, Meursault rencontre à nouveau l'un des protagonistes de la bagarre. Aveuglé par le soleil, n'ayant plus, dès lors, tous ses sens, le narrateur prend le revolver qui se trouvait dans sa poche et tire à l'aveugle, tuant le jeune. Voilà qui pourrait figurer dans les faits divers... Oui mais Meursault ne s'arrête pas là. Une balle aurait pu, à la limite passer pour un accident... mais certainement pas les quatre autres qui ont suivi ! Et que dire ensuite du procès ? Meursault ne montrera pas une once de regret face à son geste, tout comme on lui reprochera de ne pas avoir pleuré à la mort de sa mère... Les conventions sont les conventions... mais Meursault y est étranger.

    Je lis et je relis ce roman avec plaisir, y découvrant à chaque fois une signification. Sous ses dehors d'une simplicité confondante se cachent en fait une symbolique et une poésie représentatives de Camus.

    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          12 134         Page de la critique

    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 21 juillet 2013

    Nastasia-B
    Je ne suis pas du sud. Je viens du nord. C’est pourquoi, chaque fois que j’échoue quelques semaines à la latitude de Bordeaux ou un peu en dessous, je suis toujours fascinée par le chant des cigales.
    Avez-vous déjà essayé de localiser des cigales dans un bois de chêne ? Moi oui. Souvent. Plus d’une fois j’ai fait chou blanc. On les entend mais on ne les voit jamais.
    Presque à chaque fois que j’en ai découvert une avec certitude, c’était une fausse. Un restant de tégument creux, une image, rien qu’une mue oubliée sur une écorce.
    J’ai lu L’Étranger une fois. Il y a longtemps. Plus de dix ans je crois, peut-être quinze, je ne sais plus, cela n’a pas d’importance. Je n’ai pas aimé.
    Je n’ai pas aimé parce que j’ai trouvé que ça me faisait penser à une mue de cigale. Un truc creux, désincarné, pas vivant. Un peu comme une prothèse de jambe. Vous avez déjà touché une prothèse de jambe ? Moi oui, quelques fois. Ça fait tout comme une jambe, ça monte, ça descend, ça plie là où il faut. Quand on met un bon vêtement dessus on ne la voit pas et on ne devine même pas que ce n’est pas une vraie jambe.
    Par contre, l’été, c’est moins facile. Déjà, avec un short, ça se voit et en plus, comme ça se voit, les gens ont envie de toucher… ou de tourner la tête, c’est selon. Moi j’ai touché. C’est vrai que ça fait comme une jambe sauf qu’en fait c’est froid.
    Je crois que ce qui caractérise une jambe, c’est bien moins la fonction que la chaleur. Les jambes d’un paralytique, pas de doute, on sait que ce sont des jambes. Par contre une prothèse fonctionnelle, ce n’est pas une jambe. La différence est là. Du moins je crois, mais ce n’est pas grave cela n’a pas d’importance.
    Je lisais L’Étranger, donc, il y a bien longtemps de cela et je m’y ennuyais ferme de bout en bout bien que le livre fût court. C’est là que j’ai repensé à la prothèse de jambe.
    En fait, pour moi, ce livre était comme une mue de cigale ou une prothèse de jambe.
    Beaucoup de gens, beaucoup d’entre-vous même m’avaient dit : « Nastasia, tu es une ignare ! Tu ne sais pas ce qui est bien. » Je ne sais pas. Peut-être avaient-ils raison et moi tort ou bien l’inverse. Peu importe cela n’a pas d’importance.
    Alors, une lectrice (Guylaine pour ne pas la citer) me conseilla la version audio du livre, lue par Albert Camus lui-même. Je me suis alors dit que ça n’engageait pas à grand-chose, que c’était toujours bien d’entendre parler les morts, surtout quand ils sont aussi des auteurs réputés et que, peut-être, ma vision du livre allait changer par l’audition.
    J’ai donc écouté le livre comme on dévore un paquet de pop-corn. Après j’ai ressenti une petite faim. « Je me suis fait cuire des œufs et je les ai mangés à même le plat, sans pain parce que je n’en avais plus et que je ne voulais pas descendre pour en acheter. Après le déjeuner, je me suis ennuyé un peu et j’ai erré dans l’appartement. Je me suis aussi lavé les mains et, pour finir, je me suis mis au balcon. »
    Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai mis des guillemets à ces trois dernières phrases ? Parce qu’elles ne sont pas de moi. Elles proviennent tout droit du livre. Du moins je crois, je ne sais plus, cela n’a pas d’importance.
    (Ouf ! Je respire, j’arrête cet exercice de désincarnation totale et absolue.) Je trouve qu’elles sont un puissant reflet de la GRRAAANNNDDDEEE flamboyance de style de Camus dans ce roman, tout au moins, dans la première partie. Non mais franchement, vous voyez comme c’est chiant ce style ! À peu de chose près, on dirait une rédaction de mes élèves de CM1 les moins imaginatifs. C’est tout juste s’il ne nous dit pas qu’il est allé aux toilettes, qu’il a péniblement démoulé sa terrine et que pour se torcher il n’a utilisé que trois feuilles seulement parce que le rouleau était fini.
    C’est vrai, je ne vous cache pas que j’ai toujours autant de mal que la première fois à cette deuxième lecture à trouver cela génial. Peut-être même que c’est pire, dans le fond, car la première fois je n’avais pas du tout aimé, j’étais déçue, aujourd’hui, c’est plus de l’indifférence que je ressens. Il n'y a rien de pire quand, comme moi, on aime que ça palpite au creux des pages, que cela frétille entre les paragraphes et que cela flamboie, qu'on en prenne plein les mirettes à force de voir des phrases sculptées avec goût et délicatesse, avec force et lyrisme, au besoin, avec grandiloquence et verve. Ici, plouf ! rien, une mue de cigale, je vous dis.
    Je note tout de même une réelle différence d’intérêt entre la première et la deuxième partie. Je trouve la première soporifique et ennuyeuse à souhait, totalement descriptive et désincarnée où le narrateur relate les faits comme il lirait le mode d’emploi d’une yaourtière.
    La seconde partie m’a semblé plus intéressante car le fait d’être « extérieur à sa propre vie » est plus crédible dans le cas d’une mise en examen et d’un procès. Les événements se succédant sans qu’on ait de prise sur aucun d’eux, la machine judiciaire avançant, presque indépendamment des accusés eux-mêmes.
    Donc, voilà, Albert Camus souhaite nous parler de la justice des hommes, de la faculté de juger, de la peine de mort et, pour ce faire, il veut inscrire son roman dans la ligne du courant de conscience.
    La gageure consiste à nous faire ressentir, à développer de l’empathie, précisément vis-à-vis de quelqu’un qui ne ressent pas grand-chose d’un point de vue émotionnel et qui est presque au degré zéro de l’empathie. Ses réactions sont bizarres, dissonantes, inattendues par rapport à celles du commun des hommes. Ce n’est pourtant pas un malade mental au sens où on l’entend généralement. C’est juste une personne très fortement insensible émotionnellement. Mais là où je trouve que cela sonne toujours un peu faux, ce courant de conscience, c'est que je me dis : « Qu'est-ce qu'il en sait, lui, Albert Camus, ce qu'éprouverait un homme totalement insensible, car lui justement est doué d'une sensibilité à fleur de peau, donc, il nous parle de ce qu'il ne connaît pas, ce n'est qu'une magouille formelle où il essaie de nous embarquer. J'en veux pour preuve le fameux " Aujourd'hui, maman est morte. " qui, comme magouille formelle se pose là, puisque d'un simple point de vue du respect de la narration et des temps verbaux, il aurait dû écrire " C'était le jour où maman était morte. " ou bien " C'était le jour où maman mourut. "mais comme la formule était moins percutante, l'écrivain a choisi cette pirouette marquante mais qui ne se justifie en rien au vu du reste de la narration car seuls les deux premiers paragraphes sont à ce temps. Preuve qu'il avait besoin de ce temps verbal pour créer un impact initial et c'est tout. Ce présent est un artifice, peut-être comme tout le reste, d'ailleurs. »
    L’auteur essaie de nous faire toucher du doigt l’impossibilité d’émettre un jugement selon nos critères à nous face à une personne pour lesquels les critères sont différents.
    Ce livre va évidemment à l’encontre de la peine de mort, et même, de façon plus vaste, s’oppose au jugement des actes et des attitudes par des tiers comme, par exemple, dès la première scène de veillée funèbre où les pensionnaires « jugent » le fils de la défunte.
    À ce propos, on peut lire aussi, très succinctement, mais tout de même, une réflexion sur le thème de la vieillesse, des personnes âgées délaissées et auxquelles on refuse de s’identifier.
    En résumé, mon sentiment est que, dans la première partie, Camus bâtit un cas limite, absolument pas naturel, même en psychiatrie. J'en veux pour preuve le soin qu'il prend avec un tas de petites magouilles formelles pour rendre le discours de Meursault totalement déshumanisé, jusqu'à la caricature.
    L'objectif de Camus est sans doute sa deuxième partie, c'est-à-dire de montrer que face à un individu hors norme, le système se montre incapable de souplesse et brutal, sans compassion aucune, pire même que le sujet qu'il juge.
    Ok, mais ça ne me convainc guère. À mon sens, il n'est pas du tout question de réfléchir sur l'humanité ou non de Meursault, Camus s'en contre fiche, ce n'est pas son propos, ce qu'il veut plaider, c'est l'inhumanité du système judiciaire, c'est ça qui me semble être réellement sa cible.
    On pourrait encore dire deux ou trois choses à propos de cet ouvrage, mais je persiste et signe, même lu par Albert Camus lui-même, je trouve que ce livre ne casse toujours pas des barres, que ce thème du personnage « handicapé de la sensibilité » a été abordé ailleurs et avec franchement plus de brio, par exemple par John Steinbeck dans le personnage de Kate d’À L’Est D’Éden.
    Il est vrai que je suis toujours très frileuse et souvent même assez réticente avec cette technique littéraire du courant de conscience et qu’à chaque fois que je l’ai rencontrée, je n’ai pas trop adhéré.
    Je reste donc globalement assez d’accord avec l’avis ancien (peut-être avec un léger mieux car je ne m’attendais à rien de très bon et que je n’ai donc pas eu à subir la première déception) que j’avais à propos de ce roman et que j’avais exprimé à l’époque comme ceci :
    Ce livre est considéré par beaucoup comme un chef-d'œuvre. Ceux qui prétendent le contraire se font régulièrement huer. J'ai donc décidé, envers et contre tous, de prétendre le contraire (car j'ai bien écouté les conseils de Monsieur Corneille, mais, bien loin d'être une nouvelle Rodrigue, je sais qu'il n'y aura pour moi ni victoire ni triomphe ni gloire, tout au plus, peut-être, une once de péril.)
    Je ne peux pas dire que ce livre soit sans intérêt, mais cela signifie-t-il chef-d’œuvre pour autant ? cela signifie-t-il monument de la littérature française pour autant ? Là, permettez-moi de m’interroger. Sans être du calibre d'un vrai bouquin qui questionne du genre L'homme sans qualités de Musil (peut-être faut-il un peu remettre Camus à sa place ?), l'ouvrage a le mérite de soulever, cahin-caha, deux ou trois questions qu'il peut être intéressant de méditer ou de rediscuter autour d'un verre entre amis, d'où mes deux étoiles et non une seule.
    Cependant, lors de cette lecture, j'ai passé mon temps à attendre que quelque chose décolle, et rien n'a jamais décollé. Je fus donc horriblement déçue par ce livre vis-à-vis duquel, aux dires des critiques, j'avais nourri de nombreux et fructueux espoirs. Le style, ou plutôt l'absence de style (je sais, c'est ça le « génie », faire comme si on n'avait pas de style alors qu'on en est pétri et qu'on en a plein ses poches, OK je veux bien, si vous le dites, mais je n’en crois rien) de cet écrit en font une œuvre aride qui pourra apparaître à certains (j'en fais partie) comme insipide, voire vaine. Ceux qui veulent trouver des qualités à ce livre en trouveront. Selon mon fort misérable avis, c'était une espèce de curiosité, un objet peu esthétique comme ces machins dont on ne sait pas trop quoi faire et qu'on n'ose pas non plus jeter car ce sont des soi-disant œuvres d'art et donc qu'on pose dans un recoin peu éclairé, faute de mieux. Bref, j’en étais conduite à me demander « Imposture ou chef-d’œuvre? that is the question ».
    À ce stade, me direz-vous, de deux choses l’une : soit je suis passée totalement à côté de ce livre, ce qui n’est pas impossible, soit ce livre n’est pas aussi fantastique qu’on veut bien le prétendre, ce qui n’est pas impossible non plus. Cependant, étant d’un naturel réfractaire à toute forme de manichéisme, de dichotomie ou d’avis bêtement tranchés et inconciliables, je pense qu’il existe une troisième voie : celle du chemin. Sur le chemin qui conduit un lecteur à une œuvre, il peut y avoir mille embûches, détours ou passages infranchissables qui font que l’œuvre demeurera inaccessible ou qu’au contraire, au prix d’un effort (qui peut être de différents ordres) le lecteur pourra s’avancer sur le chemin, jusqu’à atteindre l’œuvre. J’ai honnêtement essayé de m’avancer sur ce chemin, mais c’était trop loin de moi, trop « étranger » si j’ose écrire, et je ne pense pas jamais atteindre l’orée de ce qui pourrait m’en rapprocher. Alors, je vous regarderai de l’autre rive monsieur Camus, sans bien comprendre tout ce remue-ménage autour de vous, et m’en retournerai toute penaude sur mon chemin, si étranger au vôtre.
    Une fois de plus, plus que jamais, ceci n’est que mon avis, un parmi quelques milliards d’autres, autant dire, pas grand-chose.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          33 83         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par isajulia, le 26 août 2014

    isajulia
    Ah l'Etranger... jamais de ma vie je n'aurait pensé ouvrir un ouvrage de Camus, loin de moi l'idée d'avoir un a-priori sur l'auteur mais tout simplement parce que je n'y ai jamais pensé. Dieu merci j'ai récemment réparé cette erreur en maudissant par moment mon manque de curiosité car je suis obligée d'avouer, comme une grande majorité des amis lecteurs du site : Camus, c'est d'la balle!
    Et pourtant, en démarrant le lecture du roman je me suis demandé dans quoi j'allais mettre les pieds. En lisant le démarrage emblématique du roman "Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas", j'ai eu un sursaut d'angoisse en me disant : "Oh non, c'est sur, celui-là, il va pas me plaire!". Qu'est-ce qui m'a poussé à persévérer? Je n'en sais absolument rien! Mais je dois dire que plus j'avançait dans ma lecture et plus je m'attachait à Mersault, ce héros atypique, cet étranger montré du doigt par tous.
    Pour faire court, Mersault, il a plus ou moins la capacité émotionnelle d'un mollusque, c'est le genre de brave type qui ne se prend pas la tête, qui prend un peu la vie comme elle vient mais quand un jour il pète un plomb et abat un arabe, là c'est le drame et accessoirement la descente aux enfers sur le plan social. Je n'en dirait pas plus car je ne veux pas priver de plaisir ceux qui n'ont pas encore ouvert l'Etranger. En tout cas pour moi, ce bouquin m'a laissée sur le cul, si j'avais pu m'attendre à ça...
    C'est vrai, L'Etranger est le roman de l'absurde mais je pense que c'est plus profond que ça. Attention, je ne me vante pas d'être une experte de Camus, c'est juste que le déroulement de l'histoire m'a bien remué les tripes. Pourquoi s'acharner comme ça sur un homme? Car au-delà de son crime, c'est avant tout sa froideur apparente, sa personnalité, sa différence qui ont été mises à l'index. Est-ce que les personnes qui l'ont condamné ne sont pas plus condamnables? Ne faites pas attention, je suis une révoltée chronique quand il s'agit d'humanité et ces deux questions que j'ai évoquées plus haut me trottent encore dans la tête, bien que j'ai achevé ce roman il y a plus de deux semaines. Je pense que ce sont ces interrogations, ce sentiment d'impuissance vis-à-vis du héros, qui donnent à cet ouvrage le statut de chef-d'oeuvre. Pourtant le style est simple, direct, avec des phrases courtes qui vont droit au but mais ça m'a plu, au-delà de mes espérances même alors je vais continuer l'aventure Camus avec La Peste qui me fait de l'oeil dans ma PAL. L'Etranger a été un belle découverte, je ne regrette pas de l'avoir lu, si vous ne l'avez pas encore eu entre les mains, n'hésitez pas à l'ouvrir car il ne vous laissera pas indifférents.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 55         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par araucaria, le 24 octobre 2013

    araucaria
    Un roman que j'ai tardé à ouvrir. J'avais été traumatisée, échaudée par une mauvaise approche de Camus lorsque j'étais lycéenne. Mon professeur de seconde, en dessous de tout, ne nous avait pas permis d'aborder ce livre avec détachement. Elle nous avait ôté toute envie de le découvrir, de l'apprécier à sa juste valeur. C'est donc sur la pointe des pieds, avec appréhension que je me suis approchée de "L'étranger". Mais maintenant que le livre est refermé, je ne regrette pas cette belle rencontre. Loin de là! J'ai beaucoup aimé ce livre tant l'écriture, que l'histoire ou la psychologie de Meursault (le héros). Meursault condamné en fait non pas parce qu'il a tué un homme, mais plutôt parce qu'il n'a pas eu une conduite digne lors des obsèques de sa mère. Ce roman pointe du doigt l'insensibilité; c'est la condamnation du manque d'affection, de tendresse, de l'absence de pleurs.
    Un très beau texte, sobre, bien écrit, fort, à savourer comme une friandise. Je sors heureuse de cette lecture, réconciliée avec Albert Camus. Prête à lire d'autres ouvrages de cet auteur.

    Lien : http://araucaria20six.fr/
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          3 68         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 02 juillet 2013

    Aline1102
    La mère de Meursault vient de mourir.
    Le jeune homme se rend aux funérailles mais se sent étrangement insensible à la cérémonie qui s'organise tout autour de lui.
    Quelques jours plus tard, alors qu'il passe le week end chez des amis, Meursault tue un jeune Arabe. le soleil et la chaleur l'ont rendu "étranger" à ses faits et gestes et il a commis ce meurtre presque sans se rendre compte de ce qu'il faisait.
    Ce n'est pas l'avis du Procureur qui plaide pour le Ministère public lors du procès de Meursault. le magistrat réclame la peine capitale...

    "L'Etranger" porte bien son titre.
    Meursault est étranger à tout. Il ne se sent pas très concerné par le décès de sa mère. Il ne regrette pas d'avoir tué un homme. Ces deux événements dramatiques sont, selon lui, des choses qui arrivent, voilà tout. Meursault ne parle pas beaucoup et réagit encore moins. Il est étranger à sa propre vie et, plus tard, à son procès et à la sentence qui y est prononcée.
    Ce jeune homme me donne l'impression de vivre dans l'instant présent uniquement (et encore !) : le passé ne l'intéresse pas, l'avenir encore moins. Ce qui importe, c'est ce qu'il a sous les yeux, ce qui se passe lorsqu'il est présent pour y assister. Ainsi, sa vieille mère placée en maison de retraite (un "asile", comme on l'appelle dans ce roman) ne l'intéresse plus beaucoup ; il n'a même plus été lui rendre visite pendant sa dernière année de vie, le trajet en autobus lui semblant trop long et pénible. La vieille dame ne vivant plus avec lui, Meursault ne semble plus beaucoup penser à elle.
    Même chose avec sa petite amie, Marie. Meursault aime la fréquenter et la trouve belle, mais il lui dit plusieurs fois qu'il ne l'aime pas. Lorsque Meursault se retrouve en prison pour le meurtre du jeune Arabe, sa relation avec Marie s'étiole : les deux amants ne se voient presque plus et Meursault s'en fiche. Loin des yeux, loin du cœur.
    Cet homme profondément indifférent est mené à sa perte par ce que l'on pourrait qualifier de manque de réaction face à la vie courante. S'il tue le jeune Arabe, c'est, au départ, un peu à cause de sa relation avec son voisin de palier, Raymond. Souteneur notoire, ce dernier propose à Meursault de devenir son copain. Trop indifférent pour refuser, Meursault accepte (il n'en a pas spécialement envie, mais s'il refusait, il faudrait donner des explications. Trop long et trop fatigant) et se retrouve à rédiger, pour Raymond, une lettre de menace qui sera en partie à la source du drame.
    Si je précise "en partie", c'est parce qu'il me semble qu'une autre raison, plus obscure et plus personnelle, pousse Meursault à commettre un meurtre : son hypersensibilité aux éléments extérieurs. Trop de soleil, trop de chaleur, trop de luminosité et ça y est : Meursault se sent fatigué et ne sait plus trop ce qu'il fait. Il est alors dépassé par le grand cirque de la vie qui est mis en scène autour de lui, devient totalement "étranger" au reste de l'humanité. Son cerveau semble se déconnecter, ne plus être en phase avec ses actes. Or, le jour du meurtre était particulièrement chaud et lumineux...
    Meursault est en réalité vite dérangé par tout ce qui est excessif. C'est certainement cela qui le pousse à aimer voir les autres vivre (il s'assied sur son balcon et observe les passants) alors qu'il ne vit pas réellement lui-même. Meursault refuse de vivre. Etre humain passif et désoeuvré, il subit son existence au lieu d'y participer activement...
    J'avais découvert ce roman d'Albert Camus en secondaire (=lycée) mais je ne me souvenais pas vraiment du déroulement du récit. Je m'attendais donc à un roman lourd malgré sa brièveté, à un texte qui met son lecteur mal à l'aise. Finalement, je l'ai dévoré en une après-midi. Car, si L'Etranger ne traite pas d'un sujet facile et dérange plus d'une fois son lecteur, il est aussi profondément fascinant. Camus parvient à mettre en scène la déchéance de Meursault d'une façon passionnante. Peut-être les premières phrases du roman y sont-elles pour quelque chose : " Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. " C'est accrocheur, non ?
    Challenge 15 Nobel : 2/15
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          15 51         Page de la critique

> voir toutes (256)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par isajulia, le 16 août 2014

    C'est à l'aube qu'ils venaient, je le savais. En somme, j'ai occupé mes nuits à attendre cette aube. Je n'ai jamais aimé être surpris. Quand il m'arrive quelque chose, je préfère être là. C'est pourquoi j'ai fini par ne plus dormir qu'un peu dans mes journées et, tout le long de mes nuits, j'ai attendu patiemment que la lumière naisse sur la vitre du ciel.

    Commenter     J’apprécie          1 26         Page de la citation

  • Par isajulia, le 15 août 2014

    Ce qui m'attendait alors, c'était toujours un sommeil léger et sans rêves. Et pourtant quelque chose était changé puisque, avec l'attente du lendemain, c'est ma cellule que j'ai retrouvée. Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d'été pouvaient mener aussi bien aux prisons qu'aux sommeils innocents.

    Commenter     J’apprécie          0 30         Page de la citation

  • Par isajulia, le 16 août 2014

    Même sur un banc d'accusé, il est toujours intéressant d'entendre parler de soi.

    Commenter     J’apprécie          0 23         Page de la citation

  • Par genou, le 10 septembre 2013

    Alors, je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui a crevé en moi. Je me suis mis à crier à plein gosier et je l'ai insulté et je lui ai dit de ne pas prier. Je l'avais pris par le collet de sa soutane. Je déversais sur lui tout le fond de mon cœur avec des bondissements mêlés de joie et de colère. Il avait l'air si certain, n'est-ce pas ? Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme. Il n'était même pas sûr d'être en vie puisqu'il vivait comme un mort. Moi, j'avais l'air d'avoir les mains vides. Mais j'étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sur de ma vie et de cette mort qui allait venir. Oui, je n'avais que cela. Mais du moins, je tenais cette vérité autant qu'elle me tenait. J'avais eu raison, j'avais encore raison, j'avais toujours raison. J'avais vécu de telle façon et j'aurais pu vivre de telle autre. J'avais fait ceci et je n'avais pas fait cela. Je n'avais pas fait telle chose alors que j'avais fait cette autre. Et après ? C'était comme si j'avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. Rien, rien n'avait d'importance et je savais bien pourquoi. Lui aussi savait pourquoi. Du fond de mon avenir, pendant toute cette vie absurde que j'avais menée, un souffle obscur remontait vers moi à travers des années qui n'étaient pas encore venues et ce souffle égalisait sur son passage tout ce qu'on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais. Que m'importaient la mort des autres, l'amour d'une mère, que m'importaient son Dieu, les vies qu'on choisit, les destins qu'on élit, puisqu'un seul destin devait m'élire moi-même et avec moi des milliards de privilégiés qui, comme lui, se disaient mes frères. Comprenait-il, comprenait-il donc ? Tout le monde était privilégié. Il n'y avait que des privilégiés. Les autres aussi, on les condamnerait un jour. Lui aussi, on le condamnerait. Qu'importait si, accusé de meurtre, il était exécuté pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère ? Le chien de Salamano valait autant que sa femme. La petite femme automatique était aussi coupable que la Parisienne que Masson avait épousée ou que Marie qui avait envie que je l'épouse. Qu'importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui ? Qu'importait que Marie donnât aujourd'hui sa bouche à un nouveau Meursault ? Comprenait-il donc, ce condamné, et que du fond de mon avenir... J'étouffais en criant tout ceci. Mais, déjà, on m'arrachait l'aumônier des mains et les gardiens me menaçaient. Lui, cependant, les a calmés et m'a regardé un moment en silence. Il avait les yeux pleins de larmes. Il s'est détourné et il a disparu.
    Lui parti, j'ai retrouvé le calme. J'étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. À ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un « fiancé », pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine.

    Fin de L'Etranger - Albert Camus

    Ce texte est un extrait de l'épilogue du roman L'Etranger de Albert Camus, grand écrivain du XXème siècle, qui, avec L'Etranger en 1942, accède à la célébrité. Il met en scène Meursault, le personnage principal accablé par son quotidien, refusant de jouer le jeu du conformisme social, il vit au jour le jour.
    L'Etranger retrace une partie de la vie de cet employé de bureau qui tient une sorte de journal de bord dans lequel le lecteur plonge dans le quotidien de cet individu. Un jeu de circonstance l'amène à tuer un arabe.
    A l'article de la mort, l'aumônier pénètre dans la cellule de Meursault, la conversation s'engage entre les deux hommes, les paroles de douceur et d'espoir mettent Meursault hors de lui ; la tentative de repentir Meursault échoue et ce dernier se précipite sur l'aumônier le saisit au collet et l'insulte, c'est alors que Meursault a une terrible révélation : tout homme naît pour mourir, d'une façon ou d'une autre nous sommes tous destinés à mourir.
    Le passage est un long pathétique mais à la fois tragique monologue où s'opposent la croyance et la réalité, la révolte, les pensées enfouies et la nuit estivale mais aussi deux subjectivités : celle du condamné et la condition humaine.
    Source : http://www.bacdefrancais.net/etr_epil.php

    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 11         Page de la citation

  • Par LydiaB, le 12 janvier 2013

    J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sus la peau. A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglé derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 21         Page de la citation

> voir toutes (84)

Videos de Albert Camus

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Albert Camus

VIDEO Salah Al Hamdani et Hyam Yared : L'influence d'Albert Camus ou l'art d'être "embarqué" !








Sur Amazon
à partir de :
3,66 € (neuf)
0,96 € (occasion)

   

Faire découvrir L'Etranger par :

  • Mail
  • Blog

Découvrez la collection Folio

> voir plus

Lecteurs (16325)

> voir plus

Quiz