Cependant, si j'ai lu très rapidement ce texte, autant parce que le style est fluide que par désir de connaître la suite, je suis restée sur une impression mitigée...
Certes, il est difficile de ne pas reconnaître les qualités d'auteur d'
Albert Camus : choix des mots simples mais conforme aux personnages et à l'histoire présentée. Ainsi le personnage principal est un être en apparence un peu simplet. Il n'approfondit rien, se contente de vivre jour après jour, de se laisser porter par les évènements sans véritable indifférence puisqu'il accepte par exemple de se marier pour plaire à son amie, mais sans aucune passion. Sa mère meurt ? Quel jour était-ce ? Ah oui, tiens elle est morte... Un de ses amis veut battre sa maîtresse/la prostituée qui travaille pour lui ? Si celui-ci pense que c'est une bonne idée, ça l'est sans doute. Il n'en est ni heureux, ni choqué, ni malheureux, c'est comme ça, un point c'est tout. Il ne s'implique pas, il vivote.
C'est un premier point qui peut agacer. Mais enfin, n'est-il donc capable d'aucune véritable émotion ? Et notre premier sentiment face à ce livre peut-être l'ennui, parfois l'agacement ou l'incompréhension... Ce n'est donc pas un roman qui m'a permis de vibrer avec lui.
Dans le même temps, Mersault subira la condamnation à la peine capitale, non parce qu'il a commis un meurtre- ce qui est cependant le cas-, mais une fois de plus à cause de sa formidable indolence, de son manque apparent de caractère et parce qu'il n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère ! le procès reposera en très grande partie sur son apparente indifférence au monde qui l'entoure. Voilà une particularité qui nous pousse à réagir, à nous interroger: la justice est-elle justice ou bien condamne-t-elle avant tout des êtres en fonction des actes qui furent les leurs et n'avaient en réalité aucun rapport avec les tragédies évoquées ?
Dans la cellule de Mersault, un prêtre insiste : il doit se convertir, remettre son âme à Dieu. Enfin la révolte ! Enfin, celui-ci s'exprime, ose choisir. Et tout à coup, même si le roman est souvent dérangeant en bonne partie à cause de ce personnage atypique, -ce dérangement n'excluant pas l'intérêt, la curiosité ou l'appréciation du texte écrit par l'auteur-, la conclusion éclate: "Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine."
Et pour ma part, un sentiment d'incompréhension. Comment peut-il être heureux en étant indifférent ? Pourquoi prétend-t-il l'être pour attendre finalement des autres une forme d'accompagnement, une révolte ? Pourquoi tout à coup l'auteur brise-t-il la logique de ce personnage ?
L'étranger devient-il étranger une fois encore car il est seul face à la foule ? Est-il tout aussi absurde que les autres puisque finalement, il ne parvient pas à se résoudre à être indifférent ? En se révoltant, en se connectant ainsi au monde, attend-t-il aussi des spectateurs de son exécution une révolte ? Y a-t-il un lien avec son propre père qui assista à une exécution et ce regret qu'il évoqua de ne pas l'avoir fait lui-même ?
Devais-je écrire ou non un billet ?
Le souhaitais-je parce que ce roman m'avait émue, proposé un message, m'avait-il divertie, avais-je appris quelque chose ? A toutes ses questions, la réponse était négative. Alors pourquoi ? Pourquoi rédiger un billet? En partageant mes doutes avec des amies, j'ai tout à coup réalisé que si je restais avec certaines questions, ce n'était pas uniquement pour déterminer s'il était intéressant ou non d'écrire un commentaire détaillé, mais parce qu'il m'avait dérangée... Dérangée en me proposant des idées auxquelles je ne pouvais adhérer : la violence contre la femme par exemple et pour laquelle est affichée seulement de l'indifférence, le manque de passion de ce personnage... Dérangée par cette fin qui me semblait remettre en question le seul engagement de Mersault. Mais justement un roman qui vous interroge ainsi peut-il être mis de côté, oublié ? La réponse était tout à coup évidente : même si je ne peux pas prétendre l'avoir adoré, j'ai été suffisamment troublée pour qu'il mérite sa place parmi mes "bonheur de lire".
Lien : http://ecrirecommeonrespire.blogspot.com/2011/12/letranger-de-camus...