ISBN : 2070360024
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.95/5 (sur 1240 notes) Ajouter à mes livres
Condamné à mort, Meursault. Sur une plage algérienne, il a tué un Arabe. À cause du soleil, dira-t-il, parce qu'il faisait chaud. On n'en tirera rien d'autre. Rien ne le fera plus réagir : ni l'annonce de sa condamnation, ni la mort de... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Pasdel, le 01 mars 2012

    Pasdel
    Grand admirateur de Camus comme beaucoup d'entre vous sur ce site, je n'avais pas encore réussi à parler de mon livre préféré, j'ai donc essayé et en voici le résultat, qui ne fut pas évident pour moi je dois l'avouer.
    Voici une énième critique sur un livre que l'on ne présente plus (adapté au cinéma par Visconti, en chanson par The Cure), vous direz- vous. Mais je parlerai , plutôt que d'une critique, d'une volition de me décharger de ce coup de foudre.
    Roman lu très tôt, peut être même trop tôt, L'étranger et plus encore Meursault  ont marqué ma vie. A l'époque où les autres lisaient le Seigneur des anneaux ou des livres de science-fictions j'ai ouvert ce livre.
    Quand vous découvrez à onze ans, que quelque part Meursault c'est vous, cela vous fait un choc. Pour moi     Meursault est un homme que rien ne touche en apparence, tout coule sur lui; il semble subir la vie au lieu de la vivre. Un peu comme chez les personnages de Paul Auster le hasard va influer sur sa vie. Mais quelle vie? 
    Personnage introverti, on ne sait rien de Meursault alors qu'on pense tout connaître de lui c'est une des forces de ce roman. Personnage à la fois sincère et naïf dans sa quête de vérité absolu, Meursault c'était moi, cet anti héros hors norme, c'était toujours moi.
    À la différence de Meursault, je n'ai pas encore trouvé cette paix intérieure.
    Je n'ai jamais retrouvé une telle sensation dans aucune de mes lectures. Je n'ai jamais pu relire le livre en entier, uniquement quelques passages picorés par-ci par-là au gré des humeurs. 
    Il est des livres qui vous marque et vous bouleverse, L'Etranger c'est tout cela et même plus pour moi.
    Voilà,  peut- être arriverais- un jour à  le relire en entier, mais depuis ce jour Camus est entré dans ma vie et n'en est plus jamais ressorti.
    Grand admirateur de Camus, j'espère que vous trouverez du plaisir dans ce roman où chacun trouvera les questions et les réponses qu'il veut au travers de Meursault.
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 29 décembre 2011

    lecassin
    « L'étranger », deuxième volume - publié en 1942 - de la trilogie de l'absurde, comme l'a dénommée l'auteur lui-même (« Le Mythe de Sisyphe », « L'Etranger » et « Le Malentendu ») est le roman par lequel je suis entré dans l'univers de Camus, à quinze ans… pour y découvrir, entre autres que « tout homme naît pour mourir »…Vaste programme !
    En fait, ce petit roman (par le nombre de pages) retrace une partie de la vie de cet employé de bureau, Meursault, qui se verra condamné à mort : un enchaînement de circonstances l'ayant amené à tuer un arabe, sur une plage inondée de soleil…
    Mais qui est Meursault ?
    Inconsciemment, sans doute, il est « L'étranger », étranger à lui même et à la société dont il ne joue pas le jeu et semble ignorer ou rejeter les règles. Ainsi, il ne pleurera pas à l'enterrement de sa propre mère, il ne se défendra pas vraiment à son procès et repoussera l'aide du prêtre au moment de partir au châtiment suprême…
    Pour Meursault, l'existence ici-bas n'a pas de sens : les événements s'enchaînent fatalement les uns aux autres sans autre vecteur que le hasard.
    Mais attention : « les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux .» disait si joliment Brassens ; donnant ainsi une dimension universelle au « résumé » le « L'étranger » par Camus lui même : « Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort »…
    C'est fort…C'est très fort … et pour moi, sans aucun doute, un des chef-d'œuvre de la littérature française.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par hove, le 13 juillet 2011

    hove
    Le roman se découpe en deux parties. La première évoque la mort de la mère de Meursault, le personnage principal ainsi que son enterrement auquel il assiste mais où il ne montre aucun signe de tristesse. On apprend à mieux y connaître Meursault de part ses habitudes, sa manière de vivre en toute simplicité, la relation qu'il entretien avec son amie, ses voisins. La rencontre avec l'un de ses voisins est d'ailleurs le tournant de l'histoire de Meursault jusque là bien paisible. Raymond l'entraîne dans une bagarre, contre un groupe d'arabes où figure le frère de la maîtresse de ce dernier avec qui il a des ennuis. Raymond est blessé et Meursault presque par hasard se retrouve une arme à la main et tire cinq balles dans le corps de l'arabe et le tue.
    La deuxième partie du livre décrit le procès de Meursault et la situation de plus en plus pénible dans laquelle il se trouve. D'abord confiant il se rend vite compte que ses chance de sortir de prison s'amenuisent et il assiste à sa condamnation à mort en spectateur, sans pouvoir se défendre. On se rend compte que c'est son attitude à l'enterrement et sa façon d'être c'est-à-dire d'une grande honnêteté (il ne nie pas son meurtre, ne dis pas qu'il regrette son geste, refuse de dire à son amie qu'il l'aime mais veut bien se marier pour lui faire plaisir) que l'on reproche à cet être jugé insensible et donc dangereux. Meursault est étranger à la société car le mensonge ne fait pas parti de sa vie, c'est pour moi la clé de ce roman exceptionnel.
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    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par nastasiabuergo, le 20 mars 2012

    nastasiabuergo
    Ce livre est considéré par beaucoup comme un chef-d'œuvre. Ceux qui prétendent le contraire se font régulièrement huer. J'ai donc décidé, envers et contre tous, de prétendre le contraire (car j'ai bien écouté les conseils de Monsieur Corneille, mais, bien loin d'être une nouvelle Rodrigue, je sais qu'il n'y aura pour moi ni victoire ni triomphe ni gloire, tout au plus, peut-être, une once de péril.)
    Je ne peux pas dire que ce livre soit sans intérêt, mais cela signifie-t-il chef-d'œuvre pour autant ? cela signifie-t-il monument de la littérature française pour autant ? Là, permettez-moi de m'interroger. Sans être du calibre d'un vrai bouquin qui questionne du genre L'homme sans qualités de Musil (peut-être faut-il un peu remettre Camus à sa place ?), l'ouvrage a le mérite de soulever, cahin-caha, deux ou trois questions qu'il peut être intéressant de méditer ou de rediscuter autour d'un verre entre amis, d'où mes deux étoiles et non une seule.
    Cependant, lors de cette lecture, j'ai passé mon temps à attendre que quelque chose décolle, et rien n'a jamais décollé. Je fus donc horriblement déçue par ce livre vis-à-vis duquel, aux dires des critiques, j'avais nourri de nombreux et fructueux espoirs. le style, ou plutôt l'absence de style (je sais, c'est ça le « génie », faire comme si on n'avait pas de style alors qu'on en est pétri et qu'on en a plein ses poches, OK je veux bien, si vous le dites, mais je n'en crois rien) de cet écrit en font une œuvre aride qui pourra apparaître à certains (j'en fais partie) comme insipide, voire vaine. Ceux qui veulent trouver des qualités à ce classique (NB: classique seulement pour les Français, ailleurs on l'ignore copieusement) en trouveront. Selon mon fort misérable avis, c'était une espèce de curiosité, un objet peu esthétique comme ces machins dont on ne sait pas trop quoi faire et qu'on n'ose pas non plus jeter car ce sont des soi-disant œuvres d'art et donc qu'on pose dans un recoin peu éclairé, faute de mieux. Bref, j'en étais conduite à me demander « Imposture ou chef-d'œuvre? that is the question ».
    À ce stade, me direz-vous, de deux choses l'une : soit je suis passée totalement à côté de ce livre, ce qui n'est pas impossible, soit ce livre n'est pas aussi fantastique qu'on veut bien le prétendre, ce qui n'est pas impossible non plus. Cependant, étant d'un naturel réfractaire à toute forme de manichéisme, de dichotomie ou d'avis bêtement tranchés et inconciliables, je pense qu'il existe une troisième voie : celle du chemin. Sur le chemin qui conduit un lecteur à une œuvre, il peut y avoir mille embûches, détours ou passages infranchissables qui font que l'œuvre demeurera inaccessible ou qu'au contraire, au prix d'un effort (qui peut être de différents ordres) le lecteur pourra s'avancer sur le chemin, jusqu'à atteindre l'œuvre. J'ai honnêtement essayé de m'avancer sur ce chemin, mais c'était trop loin de moi, trop « étranger » si j'ose écrire, et je ne pense pas jamais atteindre l'orée de ce qui pourrait m'en rapprocher. Alors, je vous regarderai de l'autre rive monsieur Camus, sans bien comprendre tout ce remue-ménage autour de vous, et m'en retournerai toute penaude sur mon chemin, si étranger au vôtre.
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    • Livres 4.00/5
    Par IsaLise, le 15 décembre 2011

    IsaLise
    Cependant, si j'ai lu très rapidement ce texte, autant parce que le style est fluide que par désir de connaître la suite, je suis restée sur une impression mitigée...
    Certes, il est difficile de ne pas reconnaître les qualités d'auteur d'Albert Camus : choix des mots simples mais conforme aux personnages et à l'histoire présentée. Ainsi le personnage principal est un être en apparence un peu simplet. Il n'approfondit rien, se contente de vivre jour après jour, de se laisser porter par les évènements sans véritable indifférence puisqu'il accepte par exemple de se marier pour plaire à son amie, mais sans aucune passion. Sa mère meurt ? Quel jour était-ce ? Ah oui, tiens elle est morte... Un de ses amis veut battre sa maîtresse/la prostituée qui travaille pour lui ? Si celui-ci pense que c'est une bonne idée, ça l'est sans doute. Il n'en est ni heureux, ni choqué, ni malheureux, c'est comme ça, un point c'est tout. Il ne s'implique pas, il vivote.
    C'est un premier point qui peut agacer. Mais enfin, n'est-il donc capable d'aucune véritable émotion ? Et notre premier sentiment face à ce livre peut-être l'ennui, parfois l'agacement ou l'incompréhension... Ce n'est donc pas un roman qui m'a permis de vibrer avec lui.
    Dans le même temps, Mersault subira la condamnation à la peine capitale, non parce qu'il a commis un meurtre- ce qui est cependant le cas-, mais une fois de plus à cause de sa formidable indolence, de son manque apparent de caractère et parce qu'il n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère ! le procès reposera en très grande partie sur son apparente indifférence au monde qui l'entoure. Voilà une particularité qui nous pousse à réagir, à nous interroger: la justice est-elle justice ou bien condamne-t-elle avant tout des êtres en fonction des actes qui furent les leurs et n'avaient en réalité aucun rapport avec les tragédies évoquées ?
    Dans la cellule de Mersault, un prêtre insiste : il doit se convertir, remettre son âme à Dieu. Enfin la révolte ! Enfin, celui-ci s'exprime, ose choisir. Et tout à coup, même si le roman est souvent dérangeant en bonne partie à cause de ce personnage atypique, -ce dérangement n'excluant pas l'intérêt, la curiosité ou l'appréciation du texte écrit par l'auteur-, la conclusion éclate: "Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine."
    Et pour ma part, un sentiment d'incompréhension. Comment peut-il être heureux en étant indifférent ? Pourquoi prétend-t-il l'être pour attendre finalement des autres une forme d'accompagnement, une révolte ? Pourquoi tout à coup l'auteur brise-t-il la logique de ce personnage ? L'étranger devient-il étranger une fois encore car il est seul face à la foule ? Est-il tout aussi absurde que les autres puisque finalement, il ne parvient pas à se résoudre à être indifférent ? En se révoltant, en se connectant ainsi au monde, attend-t-il aussi des spectateurs de son exécution une révolte ? Y a-t-il un lien avec son propre père qui assista à une exécution et ce regret qu'il évoqua de ne pas l'avoir fait lui-même ?

    Devais-je écrire ou non un billet ?
    Le souhaitais-je parce que ce roman m'avait émue, proposé un message, m'avait-il divertie, avais-je appris quelque chose ? A toutes ses questions, la réponse était négative. Alors pourquoi ? Pourquoi rédiger un billet? En partageant mes doutes avec des amies, j'ai tout à coup réalisé que si je restais avec certaines questions, ce n'était pas uniquement pour déterminer s'il était intéressant ou non d'écrire un commentaire détaillé, mais parce qu'il m'avait dérangée... Dérangée en me proposant des idées auxquelles je ne pouvais adhérer : la violence contre la femme par exemple et pour laquelle est affichée seulement de l'indifférence, le manque de passion de ce personnage... Dérangée par cette fin qui me semblait remettre en question le seul engagement de Mersault. Mais justement un roman qui vous interroge ainsi peut-il être mis de côté, oublié ? La réponse était tout à coup évidente : même si je ne peux pas prétendre l'avoir adoré, j'ai été suffisamment troublée pour qu'il mérite sa place parmi mes "bonheur de lire".


    Lien : http://ecrirecommeonrespire.blogspot.com/2011/12/letranger-de-camus...
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Citations et extraits

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  • Par malola, le 15 mai 2012

    L'une de mes citations préférées en littérature :

    "j'accuse cet homme d'avoir enterré sa Mère avec un coeur de criminel "
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  • Par jbicrel, le 12 avril 2012

    Alors, je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui a crevé en moi. Je me suis mis à crier à plein gosier et je l'ai insulté et je lui ai dit de ne pas prier. Je l'avais pris par le collet de sa soutane. Je déversais sur lui tout le fond de mon cœur avec des bondissements mêlés de joie et de colère. Il avait l'air si certain, n'est-ce pas? Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme. Il n'était même pas sûr d'être en vie puisqu'il vivait comme un mort. Moi, j'avais l'air d'avoir les mains vides. Mais j'étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sûr de ma vie et de cette mort qui allait venir. Oui, je n'avais que cela. Mais du moins, je tenais cette vérité autant qu'elle me tenait. J'avais eu raison, j'avais encore raison, j'avais toujours raison. J'avais vécu de telle façon et j'aurais pu vivre de telle autre. J'avais fait ceci et je n'avais pas fait cela. Je n'avais pas fait telle chose alors que j'avais fait cette autre. Et après? C'était comme si j'avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. Rien, rien n'avait d'importance et je savais bien pourquoi. Lui aussi savait pourquoi. Du fond de mon avenir, pendant toute cette vie absurde que j'avais menée, un souffle obscur remontait vers moi à travers des années qui n'étaient pas encore venues et ce souffle égalisait sur son passage tout ce qu'on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais. Que m'importaient la mort des autres, l'amour d'une mère, que m'importaient son Dieu, les vies qu'on choisit, les destins qu'on élit, puisqu'un seul destin devait m'élire moi-même et avec moi des milliards de privilégiés qui, comme lui, se disaient mes frères. Comprenait-il donc? Tout le monde était privilégié. Il n'y avait que des privilégiés. Les autres aussi, on les condamnerait un jour. Lui aussi, on le condamnerait. Qu'importait si, accusé de meurtre, il était exécuté pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère? Le chien de Salamano valait autant que sa femme. La petite femme automatique était aussi coupable que la Parisienne que Masson avait épousée ou que Marie qui avait envie que je l'épouse. Qu'importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui? Qu'importait que Marie donnât aujourd'hui sa bouche à un nouveau Meursault? Comprenait-il donc, ce condamné, et que du fond de mon avenir ... J'étouffais en criant tout ceci. Mais, déjà, on m'arrachait l'aumônier des mains et les gardiens me menaçaient. Lui, cependant, les a calmés et m'a regardé un moment en silence. Il avait les yeux pleins de larmes. Il s'est détourné et il a disparu.
    Lui parti, j'ai retrouvé le calme. J'étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. A ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un «fiancé», pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine.
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  • Par AireLibre, le 04 février 2008

    Sans transition, il m'a demandé si j'aimais maman.J'ai dit : "Oui, comme tout le monde" et le greffier, qui jusqu'ici tapait régulièrement sur sa machine, a dû se tromper de touches, car il s'est embarrassé et a été obligé de revenir en arrière. Toujours sans logique apparente, le juge m'a alors demandé sij'avais tiré les cinq coups de revolver à la suite. J'ai réfléchi et précisé que j'avais tiré une seule fois d'abord et, après quelques secondes, les autres autres coups. "Pourquoi avez-vous attendu entre le premier et le second coup ?" dit-il alors. Une fois de plus,j'ai revu la plage rouge et j'ai senti sur mon front la brûlure du soleil. Mais cette fois, je n'ai rien répondu.
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  • Par quiliravivra, le 06 mai 2011

    J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait de toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.
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  • Par nastasiabuergo, le 20 mars 2012

    (Attention ! Une fois n'est pas coutume, je vais citer à propos de ce livre une citation qui ne provient pas de ce livre, mais qui en est directement issue. Elle est l’œuvre du commentateur Pasdel lors d'un échange que nous avons eu à propos de "L'étranger". Je l'ai trouvée tellement belle et bien sentie, qu'elle mérite d'être offerte à tous. Si certains d'entre vous s'y opposaient, car ne faisant pas légitimement partie de l’œuvre de Camus, je la retirerais, car vous auriez, au sens strict, raison.)

    "Ce que l'on appelle chef d'œuvre n'est que superficiel, un livre inconnu peut nous apparaître comme un chef d'œuvre à une époque de notre vie et paraître insignifiant quelques années plus tard. Ce sont souvent nos émotions qui influent sur notre jugement."
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