Noëlle Chatelet écrit à sa mère, Mireille Jospin.
A 92 ans, celle-ci décide de mourir, de choisir la date, de préparer sa mort et ses enfants à cette idée, à cette absence prochaine.
Elle propose un travail de deuil à ses enfants avant de disparaître, elle semble vouloir les accompagner dans ce travail là aussi... Elle veut les préparer... Elle est organisée et totalement déterminée.
Sa fille va accepter, et accompagner, ou se laisser guider une dernière fois, par celle qui lui a tout appris.
"N'aie pas peur", "N'aie pas peur de la vie" lui a-t-elle appris, "N'aie pas peur d'être toi-même" lui a-t-elle transmis, et là, "n'aie pas peur de la mort", en commençant par accepter la mienne. "Inouï"!
Ce chemin, elle pense qu'il faut le raconter, qu'elle voudrait l'écrire... Et le projet de ce livre prend corps à ce moment là, et aboutira après la mort de sa mère.
Situation à mon sens au paroxysme de la douleur, impensable avant de la lire ! Je trouve que c'est un travail moral et psychique à la limite du soutenable.
Si je peux comprendre le choix du suicide de la mère, j'ai du mal à accepter l'idée de vouloir ainsi le faire partager à ses enfants, de les rendre tellement présents et acteurs de cette décision.
La douleur est intense, le trouble et l'angoisse sont permanents.
Les mots de
Noëlle Chatelet sont là pour l'exprimer. Elle semble ne rien laisser sous silence... Révolte, colère, acceptation, peurs, sont décrites avec minutie et vérité. Tout aussi sincères semblent être les moments de bonheur et d'apaisement qu'elle a vécu dans ces derniers jours avec sa mère. Il serait donc possible de passer la barre :
J'ai été bouleversée par ce livre. Les larmes m'ont accompagnée presque à chaque mots. Quand je l'ai refermé, je ne savais pas quoi en penser, encore troublée par l'émotion profonde qu'il véhicule.
Maintenant, je dirais que je suis toujours entre deux positions : l'admiration devant tant de courage, de détermination, de volonté,(tant de la part de la fille que de la mère) et l'exaspération, voire la colère, devant ce "jusqu'au-boutisme", cette manière d'imposer à son enfant une démarche , comme une leçon obligatoire et douloureuse. Je ne peux pas m'empêcher de penser que cette mère a été par trop abusive dans sa volonté forcenée à éduquer sa fille jusqu'au dernier moment.
D'un autre côté, force est de constater que cette fille (philosophe et écrivain), engagée volontaire dans cette expérience, lui en est très reconnaissante, et en a fait un livre fort, inoubliable," inouï."
http://sylvie-lectures.blogspot.com/2007/05/la-dernire-leon-nolle-chtelet.html