> Myriam Tanant (Autre)

ISBN : 2253041874
Éditeur : LGF - Livre de Poche (1987)


Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Une visite dans les sanctuaires du faux que sont les musées californiens, un match de football, une émission télévisée, les actions terroristes des Brigades rouges ou les phénomènes de mode, tels sont certains des événements quotidiens ou exceptionnels, légers ou tragiq... > voir plus
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 05 mars 2009

    Il y a un aspect de la civilisation médiévale que l'optique laïque éclairée et libérale nous a conduits par excès de polémique à déformer et à mal juger : c'est la pratique du recours à l'auctoritas. Le savant médiéval fait toujours semblant de n'avoir rien inventé et cite continuellement une autorité précédente. Il peut s'agir des Pères de l'Eglise orientale, de saint Augustin, d'Aristote, des Ecritures ou bien de savants du siècle précédent, mais il ne faut jamais soutenir quelque chose de nouveau sans le faire apparaître comme déjà dit par quelqu'un qui nous a précédés. Si on réfléchit bien, c'est exactement l'opposé de ce qui va se faire de Descartes à nos jours où le philosophe ou le scientifique qui ont un peu de valeur sont justement ceux qui ont apporté quelque chose de neuf (cela vaut aussi, à partir du romantisme et peut-être même à partir du maniérisme, pour l'artiste). Le savant du Moyen Âge, lui, fait exactement le contraire. Ainsi le discours culturel médiéval semble, vu de l'extérieur, être un énorme monologue sans différences, car tout le monde se soucie d'utiliser le même langage, les mêmes citations, les mêmes arguments, le même lexique, si bien que, toujours de l'extérieur, on a l'impression d'entendre répéter sans arrêt la même chose, exactement comme quand on assiste à une assemblée d'étudiants, quand on lit la presse des groupuscules extrémistes ou les écrits de la révolution culturelle.
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  • Par Piling, le 02 mars 2009

    Le Palace est placé sous l'enseigne de Don Quichotte (lui aussi est là, même s'il n'est pas un tableau) qui "représente la nature idéaliste et réaliste de l'homme : c'est pour cette raison qu'il est élu symbole du lieu". J'imagine que par "idéaliste" on entend la valeur éternelle de l'art ; par "réaliste" le fait qu'ici on peut satisfaire un désir ancestral, c'est-à-dire regarder au-delà du cadre, voir aussi les pieds du buste. Toutes choses que de nos jours la technique la plus élaborée de la reproduction par le laser, l'holographie, obtient à partir du sujet réalisé exprès, et que le Palace of Living Arts réalise à partir des chefs-d'oeuvre du passé.

    L'unique chose qui étonne est le fait que dans la reproduction parfaite de Portrait des époux Arnolfini de Van Eyck, tout est réalisé en trois dimensions, sauf la seule chose que le tableau représentait avec un surprenant artifice illusionniste et que les artisans du Palace auraient pu insérer sans aucun effort : le miroir convexe qui sur le fond restitue de dos la scène peinte, comme vue au grand-angle. Ici, au royaume de la cire tridimensionnelle, le miroir est simplement peint. Il n'y a pas à cela de raisons plausibles sinon d'ordre symbolique. Face à un cas où l'art a joué consciemment avec l'illusion et s'est mesuré à la vanité des images à travers l'image d'une image, l'industrie du Faux Absolu n'a pas osé tenter la copie parce qu'elle aurait effleuré la révélation de son propre mensonge.
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  • Par Piling, le 05 mars 2009

    Avec un rapide changement de décor (en ce qui concerne le monde actuel), mais sans nous déplacer d'un centimètre pour notre parallèle avec le Moyen Âge, nous voilà dans une salle de cours où Chomsky découpe grammaticalement nos énoncés en éléments anatomiques qui se ramifient de façon bifide, où Jakobson réduit à des traits binaires les émissions phonologiques, où Lévi-Strauss structure la vie parentale et le tissu des mythes en jeux antinomiques et où Roland Barthes lit Balzac, Sade et Ignace de Loyola comme le savant médiéval lisait Virgile, en poursuivant des illusions opposées et symétriques. Rien n'est plus proches du jeu intellectuel médiéval que la logique structuraliste, comme rien ne lui ressemble plus, après tout, que le formalisme de la logique et de la science physique et mathématique contemporaines. On ne doit pas s'étonner de pouvoir retracer dans le même territoire antique des parallélisme avec le débat dialectique des politiciens ou la description mathématisée de la science. Nous sommes en effet en train de comparer une réalité en acte avec un modèle concentré ; mais, dans les deux cas, nous nous trouvons devant deux manières d'affronter le réel qui n'ont pas d'équivalent dans la culture bourgeoise moderne et qui dépendent, l'une comme l'autre, d'un projet de reconstitution face à un monde dont on a perdu ou dont on refuse l'image officielle.
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  • Par Piling, le 05 mars 2009

    Le Moyen Âge a conservé à sa façon l'héritage du passé, non pas à travers l'hibernation, mais à travers une continuelle retraduction et réutilisation : une immense opération de bricolage en équilibre entre nostalgie, espoir et désespoir. Sous son apparence d'immobilité et de dogmatisme, il a été, paradoxalement, un moment de "révolution culturelle". Tout ce processus a été naturellement caractérisé par des épidémies et des massacres, par l'intolérance et la mort. Personne ne prétend que le Nouveau Moyen Âge soit une perspective tout à fait gaie. Comme disaient les Chinois quand ils voulaient maudire quelqu'un : "Puisses-tu vivre une époque intéressante
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  • Par Piling, le 04 mars 2009

    Cependant, pour que l'Âge d'or se réalise, il faut que les animaux se plient à l'observance d'un contrat : en échange ils auront la nourriture qui les exemptera de la prédation et les hommes les aimeront et les défendront contre la civilisation. Le Marine World semble nous dire que s'il y a de la nourriture pour tous, la révolution sauvage n'est plus nécessaire, mais pour avoir de la nourriture, il faut accepter la pax offerte par le conquérant. A y regarder de près, il s'agit d'une énième variation sur le thème du "fardeau de l'homme blanc". Comme dans les récits africains de Wallace, le commissaire Sanders assurera la paix sur le grand fleuve, pourvu que Bozambo ne pense pas à organiser un "conciliabule" avec les autres chefs sans en avoir l'autorisation. Autrement le chef est déposé et pendu.

    Curieusement, dans ce théâtre écologique , le visiteur n'est pas du côté du dompteur humain mais du côté des animaux : comme eux, il doit suivre des itinéraires fixés, s'asseoir au bon moment, acheter des chapeaux de paille, des lollilops et les diapositives qui célèbrent la liberté sauvage et inoffensive. Les animaux gagnent le bonheur en s'humanisant et les visiteurs en s'animalisant.
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