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> Rémy Lambrechts (Traducteur)

ISBN : 2070414736
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 4.33/5 (sur 239 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies crimin... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 20 juin 2012

    le_Bison
    Une fois n'est pas coutume, j'ai lu le 4ème de couverture. Fameux exercice du 4ème de couverture qui est souvent critiqué et exacerbe (horripile !) certains : il en dit trop, il en dit pas assez, c'est du n'importe quoi, surtout ne le lisez pas (Spéciale Dédicace à un fan de Lehane). Comme le français est par définition râleur, grincheux et insatisfait il n'est jamais content de ce 4ème de couverture (Toute ressemblance avec un fan de Lehane serait fortuite et totalement imaginaire - je ne me permettrai pas de telle liberté). Donc, « Le seigneur des porcheries » est résumé ainsi : Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies criminels, à une émeute dans une mairie, à une tornade dévastatrice et à l'invasion de méthodistes déchaînés ; on aura suivi la révolte d'une équipe d'éboueurs et vu comment un match de basket se transforme en cataclysme.
    Vous doutez qu'il se passe autant d'évènements dans un seul bouquin, premier roman en l'occurrence de Tristan Egolf. Et bien ne croyez pas tout ça ! Car il s'en passe encore bien plus. Encore plus impressionnant et fabuleux que ces quelques lignes car l'histoire se déroule sur plus de 600 pages. Ce 4ème de couverture m'a donné envie mais me faisait peur également. La déception que je craignais n'eut pas lieu et le roman, devenu culte depuis, par quelques lecteurs sauvages, le mérite amplement.
    Tout se passe dans la petite ville de Baker, sinistre bourgade du Midwest ravagée par l'inceste, l'alcoolisme, la violence et le racisme. Avec dans le rôle principal de ce cataclysme événementiel, un enfant du cru, John Kaltenbrunner, animé par une juste rancœur et une farouche haine. Comment John se vengera-t-il de la communauté qui l'a exclu ? Jusqu'où des années de désespoir silencieux peuvent-elles conduire un être en apparence raisonnable ?
    Vous aimerez bien le savoir ?
    Et bien, il ne vous reste plus qu'à lire ce roman…
    Ou continuer à me lire !
    Mais avant tout, je vous propose de faire connaissance avec John Kaltenbrunner. John est né dans une cuvette de W.-C. à bord d'un train express filant à travers les bois au sud-ouest de Baker. Il a atterri à plat ventre sur la voie de chemin de fer de la Patokah avec une traverse de chemin de fer dans le cul, suivi par un kilo de placenta répandu sur le ballast sur deux kilomètre de long. Selon cette histoire, si John fut contusionné par une telle arrivée dans la vie, aucun de ses organes vitaux n'avait lâché. Vivant, il était, deux autres trains étaient passés au-dessus de lui, des vautours avaient gobé tout le placenta le long de la voie avant de s'attaquer à lui, juste avant qu'un dégénéré local l'ait recueilli. Voilà comment est né la légende « John Kaltenbrunner ».
    Bien entendu, vous n'êtes pas obligé de me croire mais sinon comment expliquer que ce garçon ait engendré tant de haine en lui ?
    Dans ce cas-là, il ne vous reste plus qu'à lire ce roman…
    Ou continuer à me lire !
    Certes, l'entrée en matière dans le roman fut difficile. Il a fallu que je me fasse violence pour pénétrer le petit monde de Baker, me sentir aussi minable et désespéré qu'un pestiféré pédophile. Ce roman n'est pas pour tout public. J'ai du avoir le courage d'accepter la pourriture qui sommeille en moi. J'ai du reconnaître qu'une part de moi est une bête puante et répugnante pour comprendre les motivations de John. Mais, plus j'avançais dans le roman, plus j'ai été happé dans le sillage de John Kaltenbrunner. Il y a des types que je croise dans la rue et auquel j'ai envie de leur cracher à la gueule. Et puis, il y a en certains, un tout petit nombre certes, qui mérite respect. John fait partie de ceux-là. Avec son caractère, son intransigeance, sa droiture et ses profondes motivations pour fomenter la révolution dans les rues de Baker. Oui, John m'a éveillé avec ses longues diatribes.
    Une chose est sûre. On ne se remet jamais tout à fait d'un tel roman - ou d'une de mes chroniques !

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/?p=3137
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    • Livres 5.00/5
    Par steppe, le 21 avril 2013

    steppe
    Après avoir lu une majorité de critiques dithyrambiques plus alléchantes les unes que les autres, du genre : "lire "Le Seigneur des porcheries" et mourir".... Après avoir bien compris qu'il y avait un "avant" et un "après" Tristan Egolf -selon certains-, et après avoir appréhendé pleinement le : "il y a ceux qui l'ont lu et les autres"(d'après les mêmes certains cités plus haut), je me décidai enfin à mettre mon nez dans ce présumé chef-d'oeuvre sans, je l'avoue, arriver à me défaire d'un soupçon de scepticisme face à cet enthousiasme général...
    Et me voila donc ce soir, obligée, à mon corps défendant, de reconnaître que rien de ce que j'ai pu lire de si élogieux n'était usurpé...
    Quel voyage mes amis ! Oui, vraiment... quelle lecture !
    J'en suis encore toute retournée.
    Certains parlaient du cap des cinquante premières pages, un peu trop denses, un peu rébarbatives. Pour ma part, dès les premières lignes j'ai été complètement envoûtée par le style hyper réaliste de Mr Egolf.
    Ça veut dire quoi un style hyper réaliste ?... Juste que l'écrit a assez de rythme pour raconter "en temps réel" sans toutefois négliger le fonds du tableau. Juste que l'écriture suit le tempo de l'action, ralentit ou accélère selon l'intrigue.
    Ainsi de certaines phrases pouvant faire 20 lignes, on passe à de courts échanges, vifs, rapides, on suit, ou pas.... On ne s'ennuie jamais en tout cas.
    Donc Tristan Egolf nous parle du midwest américain.
    Il nous livre une cruelle étude des mœurs et coutumes des habitants du coin. Certes on soupçonne quand même un brin de caricature mais peu importe, on est un lecteur avisé et donc on sait faire la part des choses...
    Mais surtout, et c'est là le tour de force du livre, malgré la démesure, malgré les nombreux " nan! c'est pas possible!!!" on y croit dur comme fer et on adhère à cent pour cent au combat de notre héros.
    Et quel héros !
    Car c'est lui, ce John Kaltenbrunner...., qui tient le livre à bout de bras et nous amène à épouser sa cause. C'est lui qui nous apparaît à chaque page comme la pierre d'angle de l'édifice.
    Et c'est encore lui qui nous donne l'émotion finale...
    Que dire sans rien dévoiler ? Ici, c'est difficile... Alors, juste ça : " Allez-y, foncez, vous avez soif de destins atypiques, vous rêvez de révoltes, vous n'en pouvez plus des beaufs ni des blaireaux, vous fantasmez à longueur de journée sur le thème : "comment prendre l'avantage sur le boss ? ", alors allez-y, lisez "Le Seigneur des porcheries" et jamais, jamais vous ne verrez plus la vie de la même façon.
    Ce livre est un petit bijou. L'histoire en soi n'est pas si passionnante mais grâce à l'écriture acérée et si justement balancée entre drame et ironie, elle devient palpitante. L'humour proche du cynisme réjouit et nos sens et notre esprit. Car malgré la noirceur de l'histoire, on sourit beaucoup, on rit même....
    Une pépite, une expérience, une réputation nullement usurpée.
    Et l'émotion à chaque page qui nous étreint, qui nous agite... Et le bien. Et le mal. Et l'histoire de la frontière entre l'un et l'autre.
    A jamais John Kaltenbrunner, tu resteras un héros, l'espoir des malmenés, des pauvres, des surexploités, et la mémoire vivante d'une Amérique rurale et ouvrière aux prises avec ses propres démons. le porte parole des "à part", des "anormaux", des différents.
    Le libérateur, le pionnier de la révolte, le sacrifié... Sous la plume de Tristan Egolf, tu es devenu et resteras le prophète et le sacrifié...
    Salut à toi et à bientôt....
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    • Livres 5.00/5
    Par tynn, le 15 juillet 2013

    tynn
    Ces "porcheries et son Seigneur" me faisaient de l'oeil depuis de longues années, en partie pour ce titre insolite, mais surtout pour cette jaquette photographique de Dorothea Lange, dont j'adore les clichés des populations de migrants pendant la Grande Dépression.
    Avorton limite autiste, intelligent mais totalement asocial, orphelin de père et "pas gâté" par une caricature de mère, John Kalterbrunner a tiré un bien mauvais numéro à la loterie de la vie, doublé d'une déveine phénoménale.
    Et de catastrophes naturelles en cruautés sectaires de la société, il devient l'adulte vindicatif le plus honni, pour le pire cataclysme que sa région ait connu.
    Rien de plus à ajouter... histoire de laisser les lecteurs qui s'y risquent découvrir une prose foisonnante et l'audace de la trame narrative.
    Ecrit en 1998, ce livre est un ovni littéraire jubilatoire, à la verve fleurie.
    Certains n'ont pas hésité à crier au chef d'oeuvre. de par son statut de premier roman, par son délire verbal, par la richesse de l'écriture et par la plume provocatrice et excessive de son jeune auteur, il est d'autant plus remarquable que la vie de Tristan Egolf est une aventure en soi, jusqu'à ce qu'il décide lui-même de tirer sa révérence en 2005.
    Le livre sidère, éreinte, énerve, amuse. Il dénonce une Amérique étriquée, sectaire et pudibonde, un milieu rural d'une bêtise finie, où les culs terreux sont des trolls, les enfants des lombrics et les dames puritaines des harpies.
    Une société laminant les individus, réduits à la misère économique et à la solitude.
    C'est absurde, grinçant, irrévérencieux.
    Une lecture joyeusement féroce et un livre qui va rejoindre ma caisse pour une ile déserte.

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 11 mai 2014

    LiliGalipette
    Sous-titre : le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes.
    John Kaltenbrunner est né à Baker, minable bourgade du Midwest qui compte nombre d'alcooliques, de consanguins, de racistes violents, de bigots dégénérés et d'émigrés agressifs. « Les bars étaient le creuset de l'idiosyncrasie de Baker. » (p. 265) Unique rejeton de Ford Kaltenbrunner, gloire locale décédée dans des circonstances floues, John est un enfant asocial, généralement considéré comme attardé et pourtant doué d'une formidable intelligence. À dix ans, il est déjà à la tête de sa propre exploitation agricole et se désintéresse complètement de l'école. Volontaire, ambitieux et dur à la tâche, John est malheureusement victime d'un nombre extraordinaire de revers de fortune, chaque jour apportant son lot de galères et d'emmerdements. « Sa vie entière resta par définition un incroyable enchaînement de coups de poisse. » (p. 20)
    En prison à quinze ans pour avoir ravagé la propriété familiale, John enchaîne ensuite les boulots les plus minables de Baker, tant à l'usine d'abattage de volaille qu'à la décharge publique. Continuellement rejeté de la communauté à laquelle il désespère d'appartenir, sans cesse en proie à des vexations et à des injustices, John nourrit en lui un ressentiment si profond que celui-ci ne pourra s'exprimer que dans une manifestation extraordinairement putride. Dans le sillage de John, les laissés pour compte et les minables de Baker se rassemblent et se préparent à se venger de la ville dans une révolte boueuse et sanglante.
    le seigneur des porcheries est le récit de l'existence tourmentée de John Kaltenbrunner, homme capable de se tailler une légende de son vivant, dont l'histoire suscite l'effroi dans une ville où il a laissé tant de décombres. « Son nom était devenu une marque familière généralement associée à tout ce qu'il y avait de pourri dans la Création. » (p. 16) Mais pour rendre justice à cet homme responsable de plusieurs incendies, d'un nombre incalculable de bagarres, d'inondations, d'émeutes et d'un déferlement d'ordures sur Baker, il faut un travail patient et objectif autant qu'il est humainement possible. « D'où ce récit : une tentative de mêler archives publiques, folklore local et épopées de basse-cour en un récapitulatif chronologique, basée sur des faits et d'une lecture agréable, compilée par le contingent des nègres verts/torche-collines de Pullman Valley. » (p. 576) Plus victime que coupable, John Kaltenbrunner est un antihéros magistral, un poissard mythique dont il est impossible de ne pas prendre le parti. L'homme est infâme, odieux, rongé jusqu'à l'os par l'alcool et la colère, mais il suscite la sympathie que méritent les magnifiques perdants oubliés par la fortune.
    Ce roman m'a souvent rappelé Le roi des aulnes de Michel Tournier. À l'instar d'Abel Tiffauges, John Kaltenbrunner est un être dérangeant et brillant qui s'épanouit dans le chaos. Baker est un monde âpre et dur, violent comme dans un roman de John Steinbeck qui serait frappé d'éthylisme morbide et trempé dans un bain d'immondices. Attention âmes sensibles ! le récit en lui-même est déjà à la limite du supportable, mais le ton qui le délivre va vous vriller les nerfs. Les situations n'ont rien de drôle, mais il en résulte un humour ravageur et vachard, tant l'absurde côtoie l'irrévérencieux et l'improbable. Rien n'est épargné dans ce texte, et surtout pas les bigots. « Chacun savait que les pour les catholiques Jésus était le fils de Maris, pour les baptistes il était le sauveur, pour les juifs il n'était rien et pour les méthodistes il était une déduction fiscale. » (p. 170)
    Vous cherchez un roman qui vous fera rougir et suffoquer à chaque page ? Lisez le seigneur des porcheries. Vous voulez choquer Belle-Maman lors du prochain repas de famille ? Parlez-lui du Seigneur des porcheries. Vous avez besoin d'un texte qui vous sorte de votre torpeur et vous rassure sur votre santé mentale ? Ouvrez le seigneur des porcheries. Je vous promets des nuits sans sommeil : ce livre colle aux doigts et aux yeux comme une poix, et on en redemande.
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    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 08 avril 2013

    colimasson
    Petit biquet deviendra grand…pourtant, personne ne l'aurait parié. Et c'est peut-être justement parce que personne ne l'aurait parié que John Kaltenbrunner est devenu l'ogre qui dévora Baker, sa bourgade natale.

    Baker : encore un coin reclus des Etats-Unis, dégénéré en quelques siècles et décennies de consanguinité et d'immigration –comme si tous les pires relents de l'humanité s'étaient concertés pour se retirer dans une zone encore inhabitée du Nouveau Continent. Les pires ne sont pas ceux qu'on aurait pu imaginer –clochards, alcooliques, apatrides- mais surtout ceux qui, se distinguant à peine de ces catégories par le port d'un costume propre et d'une voiture fonctionnelle, se croient disposés à faire valoir leur loi éculée à la manière de petits rois furibonds. La crainte d'être minable semble d'autant plus grande que les probabilités de l'être sont avérées. Heureusement, Baker est une petite ville, et ses habitants semblent avoir trouvé un moyen de décharger leur angoisse de dépréciation sociale en lui permettant de s'incarner en l'un d'entre eux. La décharge cathartique ne s'effectue jamais consciemment : ainsi, John Kaltenbrunner ne sera pas élu du jour au lendemain comme représentant sur pattes de la cruauté de ses congénères, mais la pertinence de son élection se renforcera au fil des mois et des années, au gré de ses bizarreries comportementales, de ses passions obsessives, et d'une certaine forme de génie inquiétante.

    Dans un climat de conte médiéval chargé de symbolique et d'inventions retorses, la légende autour de John Kaltenbrunner se forge peu à peu. Orphelin de père, mère sans joie, les sources de sa naissance ameutent les fantasmes les plus glauques. John s'élève d'un terrain stérile qu'il essaie de cultiver avec rage et acharnement ; alors qu'il a seulement neuf ans, il réussit à transformer la ferme familiale, la rendant non seulement productive et rentable, mais ne cessant outre de lui donner les moyens de s'agrandir et de se diversifier. John est un maniaque au génie agricole, acharné au travail, mais aussi profondément asocial. On comprend la fascination et l'effroi des habitants de Baker, et la transformation progressive de leurs sentiments en une traque acharnée contre ce pauvre hère qui s'est distingué de ses semblables sans jamais avoir semblé le vouloir.

    Les atteintes portées au génie de John –aux seules émanations de la grâce qui parviennent à s'extirper de Baker- sont d'autant plus cruelles qu'elles révèlent la bassesse des intentions et qu'elles ne parviennent jamais totalement à miner leur victime. Au contraire, John Kaltenbrunner se gonfle et s'enorgueillit de sa vigueur, et résiste à tout va aux destructions, aux brimades, aux violences et à la diffamation. Pas un incendie, pas un saccage, pas un accident ne le feront dévier d'un aboutissement que lui seul semble connaître. En tentant de l'annihiler, les habitants de Baker finissent en réalité de parfaire sa constitution extrême. Son acharnement monomaniaque ne sera plus dirigé dans la construction d'un empire agricole mais dans la destruction de cette communauté flagellatrice.

    Tristan Egolf possède un peu des caractéristiques de son personnage : avec une frénésie qui semble entièrement dirigée dans la volonté de décrire un microcosme poisse –sorte de terrain d'expérimentation pour humains dégénérés-, les descriptions s'enchaînent dans des envolées vers les recoins les plus obscurs de l'âme humaine, à un rythme soutenu ne laissant aucun répit. En tant que lecteur, il nous faut souffrir autant que John, et il nous faut ressentir la cadence effrénée de son destin. La première partie du Seigneur des porcheries est une ode à la destruction majestueuse. Mais une fois le climax atteint, la deuxième partie du livre se déroule avec un intérêt diminué, peut-être parce que John Kaltenbrunner, personnage désormais achevé et gonflé de haine à ras-bord, s'efface derrière la narration des employés de la décharge de Baker. C'est à travers eux que John décide en effet de prendre sa revanche, parce qu'ils représentent les déshérités de Baker –comme lui-, alors que sans eux, Baker croulerait sous les détritus. Même si le déchaînement revanchard et machiavélique des opérations menées par John ne fait pas perdre de sa frénésie au roman, celui-ci perd toutefois sa capacité à nous émerveiller. On comprend dès lors où veut nous conduire Tristan Egolf, et si l'acharnement de la plèbe contre John n'était pas vraiment compréhensible et pouvait susciter notre horreur dans la première partie du livre, le désir de revanche de John qui fait l'objet de la deuxième partie du livre semble légitime au point que ses pires machinations susciteront à peine l'étonnement.

    Malgré tout, cet émerveillement sordide en partie occultée, il reste que Le Seigneur des porcheries n'a pas fini de nous tourner dans la tête… Destin baroque, mystérieux… John Kaltenbrunner ne s'est pas exprimé une seule fois au cours des quelques quatre cent pages qui constituent le tracé de son itinéraire, et comme les habitants de Baker, nous devrons accepter l'idée de ne pas tout savoir.

    « de toute notre existence, nous n'avions jamais vu quelqu'un qui soit animé d'une énergie aussi farouche. Plusieurs d'entre nous avaient approché Wilbur pour lui demander quel était le problème. Avait-il perdu tout son arbre généalogique dans une collision en chaîne de douze voitures ou quoi ? Des problèmes avec sa bonne femme ? Etait-ce la drogue ? Etait-il en conditionnelle ? Il devait y avoir une explication. Vu dans les rétroviseurs du camion, il semblait assouvir la soif de sang d'une vie entière sur quelques sacs d'ordures. Il en avait manifestement contre quelqu'un ou quelque chose, et nous n'étions pas entièrement sûrs que ce n'était pas nous. »

    En cherchant à le détruire avec véhémence, la plèbe de Baker cherchait peut-être simplement à révéler quelque chose qui puisse être compréhensible dans le comportement de John. Ne reste qu'une légende, mais si parfaitement retranscrite que nous aurons l'impression de l'avoir vécue nous aussi…


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-le-seigneur-des-porcheries-1..
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Citations et extraits

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  • Par Chouchane, le 06 septembre 2010

    Le feu n'était plus qu'un lit de braises rougeoyantes. Les autres ronflaient, échoués autour de la fosse, langue pendante. Il avait eu le sentiment que quoi qu'il doive en sortir, que ce soit la dèche, la famine, l'échec total, la prison, n'importe quoi, même si nous risquions de nous réveiller le lendemain maculés de vaseline mêlée de poussière, couverts de piqûres d'insectes, terrassés par une gueule de bois inqualifiable, même si nous devions rentrer en titubant nous terrer dans nos piaules pour une nouvelle plongée dans la claustrophobie - quoi qu'il advienne au cours des jours et des années à venir - cette nuit serait quelque chose que personne ne pourrait jamais nous enlever. Elle était à nous maintenant. Nous la porterions en nous pour le restant de nos jours. Et même si personne d'autre que nous ne pouvait jamais en comprendre la valeur intrinsèque, c'était sans importance. Nous comprendrions. Nous saurions. Nous avions été là. Nous avions vu. C'était la seule preuve qu'il nous faudrait jamais.
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  • Par le_Bison, le 20 juin 2012

    Une partie de lui-même voulait dire que, oui, sa réinsertion progressait à merveille – depuis sa libération il avait appris à trancher la jugulaire électrocutée sous tous les angles possibles et imaginables, à baragouiner des chapelets de jurons en espagnol des ghettos, à désinfecter à l’acide borique son appartement envahi par les cafards, à laver à la main son linge trempé de sang dans un bac de douche, à préparer des plats pour micro-ondes sur une cuisinière classique sans roussir la purée, à débiter d’un seul trait une poignée de vannes de prolo, les subtilités poétiques des tubes country du moment, que tous les nègres ont le nez épaté parce que Dieu a dû leur poser le pied sur la figure pour arracher la queue, que le devoir de l’homme est d’obéir à Dieu, mais que le devoir de la femme est d’obéir à l’homme, que les Hessiens de Pottville mangent leurs enfants, qu’il vaut mieux voir sa femme se tirer avec un Juif que son gosse rouler sur une moto japonaise et que, à ce propos, les Japs redevenaient complètement incontrôlables – serait temps de leur en balancer une autre -, que tous les étrangers devraient être bannis sur un lointain récif corallien et puis, hop ! une grenade à fragmentation, à voter républicain ou mourir, qu’il n’y a rien de meilleur pour l’âme qu’une bonne journée de travail, qu’un bon pédé est un pédé mort, à s’abrutir d’alcool comme seul moyen de trouver le sommeil, et que, pour tout dire, à ce train-là il serait complètement amendé en un rien de temps. Oui, il faisait des progrès notable.
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  • Par le_Bison, le 15 mai 2012

    Nous étions des bêtes puantes et devions être traités comme tels. Kunstler nous le répétait soir après soir. Nous l’entendions dans les bars, de la part des rats d’usine, des types du porc-frites, et nous n’étions pas les derniers à nous le répéter. C’était devenu proverbial, et l’acceptation de cette vérité s’était accompagnée de ce sentiment de libération, de délivrance, d’extase même, que connaît celui qui s’est fait baiser au-delà de tout espoir.
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  • Par colimasson, le 28 mai 2013

    Il se retourna vers le feu et annonça que, très bien, peut-être accéderait-il à sa demande absurde d’une discussion ouverte, en commençant par le fait qu’elle était la plus hypocrite péripatéticienne coprophile mâtinée de chienne en chaleur qu’il ait eu le malheur de croiser. Jamais, depuis le temps des cabarets clandestins à gin frelaté, aussi cupide maquerelle n’avait foulé les rues de Baker sous le masque d’une citoyenne respectueuse des lois. Elle était une imposture et une imbécile, et elle sous-estimait grossièrement son bon sens. L’entendre, elle, parler des créatures du Seigneur était encore plus écœurant que l’exploitation éhontée du charpentier et de ses apôtres à laquelle se livrait son marlou prêcheur de révérend. Chacun savait que pour les catholiques Jésus était le fils de Marie, pour les baptistes il était le sauveur, pour les juifs il n’était rien, et pour les méthodistes, il était une déduction fiscale.
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  • Par colimasson, le 21 avril 2013

    Ils lui ordonnèrent de retourner aux gogues. Ils le traitèrent de monstre de foire. Ils supplièrent l’agent de lui donner une claque, de le secouer un peu, de le matraquer… Ils insistaient, insistaient, dans une surenchère perpétuelle. La réceptionniste se joignit à eux, puis une harpie méthodiste qui passait par là, la fleuriste, une autre femme de service : Même le personnel de l’hôpital entrait dans la danse… John n’en croyait toujours pas ses yeux. La femme de service tourbillonnait, balai au poing. Des familles entières étaient pliées en deux et tordues de rire. L’agent toisant d’un air avantageux la salle et ses occupants qui hoquetaient, leurs dentiers claquant, leurs boyaux glougloutant. C’était d’un ridicule sans bornes- une véritable « régression anthropoïde », selon l’expression de John. Il se mit à crier à son tour, leur disant qu’ils n’y comprenaient rien. Personne ne l’écouta. Ils lui jetèrent des gobelets en plastique et lui firent des grimaces. L’agent lui dit de la boucler.
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