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> Rémy Lambrechts (Traducteur)

ISBN : 2070414736
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 4.43/5 (sur 145 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies crimin... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 20 juin 2012

    le_Bison
    Une fois n'est pas coutume, j'ai lu le 4ème de couverture. Fameux exercice du 4ème de couverture qui est souvent critiqué et exacerbe (horripile !) certains : il en dit trop, il en dit pas assez, c'est du n'importe quoi, surtout ne le lisez pas (Spéciale Dédicace à un fan de Lehane). Comme le français est par définition râleur, grincheux et insatisfait il n'est jamais content de ce 4ème de couverture (Toute ressemblance avec un fan de Lehane serait fortuite et totalement imaginaire - je ne me permettrai pas de telle liberté). Donc, « Le seigneur des porcheries » est résumé ainsi : Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies criminels, à une émeute dans une mairie, à une tornade dévastatrice et à l'invasion de méthodistes déchaînés ; on aura suivi la révolte d'une équipe d'éboueurs et vu comment un match de basket se transforme en cataclysme.
    Vous doutez qu'il se passe autant d'évènements dans un seul bouquin, premier roman en l'occurrence de Tristan Egolf. Et bien ne croyez pas tout ça ! Car il s'en passe encore bien plus. Encore plus impressionnant et fabuleux que ces quelques lignes car l'histoire se déroule sur plus de 600 pages. Ce 4ème de couverture m'a donné envie mais me faisait peur également. La déception que je craignais n'eut pas lieu et le roman, devenu culte depuis, par quelques lecteurs sauvages, le mérite amplement.
    Tout se passe dans la petite ville de Baker, sinistre bourgade du Midwest ravagée par l'inceste, l'alcoolisme, la violence et le racisme. Avec dans le rôle principal de ce cataclysme événementiel, un enfant du cru, John Kaltenbrunner, animé par une juste rancœur et une farouche haine. Comment John se vengera-t-il de la communauté qui l'a exclu ? Jusqu'où des années de désespoir silencieux peuvent-elles conduire un être en apparence raisonnable ?
    Vous aimerez bien le savoir ?
    Et bien, il ne vous reste plus qu'à lire ce roman…
    Ou continuer à me lire !
    Mais avant tout, je vous propose de faire connaissance avec John Kaltenbrunner. John est né dans une cuvette de W.-C. à bord d'un train express filant à travers les bois au sud-ouest de Baker. Il a atterri à plat ventre sur la voie de chemin de fer de la Patokah avec une traverse de chemin de fer dans le cul, suivi par un kilo de placenta répandu sur le ballast sur deux kilomètre de long. Selon cette histoire, si John fut contusionné par une telle arrivée dans la vie, aucun de ses organes vitaux n'avait lâché. Vivant, il était, deux autres trains étaient passés au-dessus de lui, des vautours avaient gobé tout le placenta le long de la voie avant de s'attaquer à lui, juste avant qu'un dégénéré local l'ait recueilli. Voilà comment est né la légende « John Kaltenbrunner ».
    Bien entendu, vous n'êtes pas obligé de me croire mais sinon comment expliquer que ce garçon ait engendré tant de haine en lui ?
    Dans ce cas-là, il ne vous reste plus qu'à lire ce roman…
    Ou continuer à me lire !
    Certes, l'entrée en matière dans le roman fut difficile. Il a fallu que je me fasse violence pour pénétrer le petit monde de Baker, me sentir aussi minable et désespéré qu'un pestiféré pédophile. Ce roman n'est pas pour tout public. J'ai du avoir le courage d'accepter la pourriture qui sommeille en moi. J'ai du reconnaître qu'une part de moi est une bête puante et répugnante pour comprendre les motivations de John. Mais, plus j'avançais dans le roman, plus j'ai été happé dans le sillage de John Kaltenbrunner. Il y a des types que je croise dans la rue et auquel j'ai envie de leur cracher à la gueule. Et puis, il y a en certains, un tout petit nombre certes, qui mérite respect. John fait partie de ceux-là. Avec son caractère, son intransigeance, sa droiture et ses profondes motivations pour fomenter la révolution dans les rues de Baker. Oui, John m'a éveillé avec ses longues diatribes.
    Une chose est sûre. On ne se remet jamais tout à fait d'un tel roman - ou d'une de mes chroniques !

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/?p=3137
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    • Livres 5.00/5
    Par steppe, le 21 avril 2013

    steppe
    Après avoir lu une majorité de critiques dithyrambiques plus alléchantes les unes que les autres, du genre : "lire "Le Seigneur des porcheries" et mourir".... Après avoir bien compris qu'il y avait un "avant" et un "après" Tristan Egolf -selon certains-, et après avoir appréhendé pleinement le : "il y a ceux qui l'ont lu et les autres"(d'après les mêmes certains cités plus haut), je me décidai enfin à mettre mon nez dans ce présumé chef-d'oeuvre sans, je l'avoue, arriver à me défaire d'un soupçon de scepticisme face à cet enthousiasme général...
    Et me voila donc ce soir, obligée, à mon corps défendant, de reconnaître que rien de ce que j'ai pu lire de si élogieux n'était usurpé...
    Quel voyage mes amis ! Oui, vraiment... quelle lecture !
    J'en suis encore toute retournée.
    Certains parlaient du cap des cinquante premières pages, un peu trop denses, un peu rébarbatives. Pour ma part, dès les premières lignes j'ai été complètement envoûtée par le style hyper réaliste de Mr Egolf.
    Ça veut dire quoi un style hyper réaliste ?... Juste que l'écrit a assez de rythme pour raconter "en temps réel" sans toutefois négliger le fonds du tableau. Juste que l'écriture suit le tempo de l'action, ralentit ou accélère selon l'intrigue.
    Ainsi de certaines phrases pouvant faire 20 lignes, on passe à de courts échanges, vifs, rapides, on suit, ou pas.... On ne s'ennuie jamais en tout cas.
    Donc Tristan Egolf nous parle du midwest américain.
    Il nous livre une cruelle étude des mœurs et coutumes des habitants du coin. Certes on soupçonne quand même un brin de caricature mais peu importe, on est un lecteur avisé et donc on sait faire la part des choses...
    Mais surtout, et c'est là le tour de force du livre, malgré la démesure, malgré les nombreux " nan! c'est pas possible!!!" on y croit dur comme fer et on adhère à cent pour cent au combat de notre héros.
    Et quel héros !
    Car c'est lui, ce John Kaltenbrunner...., qui tient le livre à bout de bras et nous amène à épouser sa cause. C'est lui qui nous apparaît à chaque page comme la pierre d'angle de l'édifice.
    Et c'est encore lui qui nous donne l'émotion finale...
    Que dire sans rien dévoiler ? Ici, c'est difficile... Alors, juste ça : " Allez-y, foncez, vous avez soif de destins atypiques, vous rêvez de révoltes, vous n'en pouvez plus des beaufs ni des blaireaux, vous fantasmez à longueur de journée sur le thème : "comment prendre l'avantage sur le boss ? ", alors allez-y, lisez "Le Seigneur des porcheries" et jamais, jamais vous ne verrez plus la vie de la même façon.
    Ce livre est un petit bijou. L'histoire en soi n'est pas si passionnante mais grâce à l'écriture acérée et si justement balancée entre drame et ironie, elle devient palpitante. L'humour proche du cynisme réjouit et nos sens et notre esprit. Car malgré la noirceur de l'histoire, on sourit beaucoup, on rit même....
    Une pépite, une expérience, une réputation nullement usurpée.
    Et l'émotion à chaque page qui nous étreint, qui nous agite... Et le bien. Et le mal. Et l'histoire de la frontière entre l'un et l'autre.
    A jamais John Kaltenbrunner, tu resteras un héros, l'espoir des malmenés, des pauvres, des surexploités, et la mémoire vivante d'une Amérique rurale et ouvrière aux prises avec ses propres démons. le porte parole des "à part", des "anormaux", des différents.
    Le libérateur, le pionnier de la révolte, le sacrifié... Sous la plume de Tristan Egolf, tu es devenu et resteras le prophète et le sacrifié...
    Salut à toi et à bientôt....
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    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 08 avril 2013

    colimasson
    Petit biquet deviendra grand…pourtant, personne ne l'aurait parié. Et c'est peut-être justement parce que personne ne l'aurait parié que John Kaltenbrunner est devenu l'ogre qui dévora Baker, sa bourgade natale.

    Baker : encore un coin reclus des Etats-Unis, dégénéré en quelques siècles et décennies de consanguinité et d'immigration –comme si tous les pires relents de l'humanité s'étaient concertés pour se retirer dans une zone encore inhabitée du Nouveau Continent. Les pires ne sont pas ceux qu'on aurait pu imaginer –clochards, alcooliques, apatrides- mais surtout ceux qui, se distinguant à peine de ces catégories par le port d'un costume propre et d'une voiture fonctionnelle, se croient disposés à faire valoir leur loi éculée à la manière de petits rois furibonds. La crainte d'être minable semble d'autant plus grande que les probabilités de l'être sont avérées. Heureusement, Baker est une petite ville, et ses habitants semblent avoir trouvé un moyen de décharger leur angoisse de dépréciation sociale en lui permettant de s'incarner en l'un d'entre eux. La décharge cathartique ne s'effectue jamais consciemment : ainsi, John Kaltenbrunner ne sera pas élu du jour au lendemain comme représentant sur pattes de la cruauté de ses congénères, mais la pertinence de son élection se renforcera au fil des mois et des années, au gré de ses bizarreries comportementales, de ses passions obsessives, et d'une certaine forme de génie inquiétante.

    Dans un climat de conte médiéval chargé de symbolique et d'inventions retorses, la légende autour de John Kaltenbrunner se forge peu à peu. Orphelin de père, mère sans joie, les sources de sa naissance ameutent les fantasmes les plus glauques. John s'élève d'un terrain stérile qu'il essaie de cultiver avec rage et acharnement ; alors qu'il a seulement neuf ans, il réussit à transformer la ferme familiale, la rendant non seulement productive et rentable, mais ne cessant outre de lui donner les moyens de s'agrandir et de se diversifier. John est un maniaque au génie agricole, acharné au travail, mais aussi profondément asocial. On comprend la fascination et l'effroi des habitants de Baker, et la transformation progressive de leurs sentiments en une traque acharnée contre ce pauvre hère qui s'est distingué de ses semblables sans jamais avoir semblé le vouloir.

    Les atteintes portées au génie de John –aux seules émanations de la grâce qui parviennent à s'extirper de Baker- sont d'autant plus cruelles qu'elles révèlent la bassesse des intentions et qu'elles ne parviennent jamais totalement à miner leur victime. Au contraire, John Kaltenbrunner se gonfle et s'enorgueillit de sa vigueur, et résiste à tout va aux destructions, aux brimades, aux violences et à la diffamation. Pas un incendie, pas un saccage, pas un accident ne le feront dévier d'un aboutissement que lui seul semble connaître. En tentant de l'annihiler, les habitants de Baker finissent en réalité de parfaire sa constitution extrême. Son acharnement monomaniaque ne sera plus dirigé dans la construction d'un empire agricole mais dans la destruction de cette communauté flagellatrice.

    Tristan Egolf possède un peu des caractéristiques de son personnage : avec une frénésie qui semble entièrement dirigée dans la volonté de décrire un microcosme poisse –sorte de terrain d'expérimentation pour humains dégénérés-, les descriptions s'enchaînent dans des envolées vers les recoins les plus obscurs de l'âme humaine, à un rythme soutenu ne laissant aucun répit. En tant que lecteur, il nous faut souffrir autant que John, et il nous faut ressentir la cadence effrénée de son destin. La première partie du Seigneur des porcheries est une ode à la destruction majestueuse. Mais une fois le climax atteint, la deuxième partie du livre se déroule avec un intérêt diminué, peut-être parce que John Kaltenbrunner, personnage désormais achevé et gonflé de haine à ras-bord, s'efface derrière la narration des employés de la décharge de Baker. C'est à travers eux que John décide en effet de prendre sa revanche, parce qu'ils représentent les déshérités de Baker –comme lui-, alors que sans eux, Baker croulerait sous les détritus. Même si le déchaînement revanchard et machiavélique des opérations menées par John ne fait pas perdre de sa frénésie au roman, celui-ci perd toutefois sa capacité à nous émerveiller. On comprend dès lors où veut nous conduire Tristan Egolf, et si l'acharnement de la plèbe contre John n'était pas vraiment compréhensible et pouvait susciter notre horreur dans la première partie du livre, le désir de revanche de John qui fait l'objet de la deuxième partie du livre semble légitime au point que ses pires machinations susciteront à peine l'étonnement.

    Malgré tout, cet émerveillement sordide en partie occultée, il reste que Le Seigneur des porcheries n'a pas fini de nous tourner dans la tête… Destin baroque, mystérieux… John Kaltenbrunner ne s'est pas exprimé une seule fois au cours des quelques quatre cent pages qui constituent le tracé de son itinéraire, et comme les habitants de Baker, nous devrons accepter l'idée de ne pas tout savoir.

    « de toute notre existence, nous n'avions jamais vu quelqu'un qui soit animé d'une énergie aussi farouche. Plusieurs d'entre nous avaient approché Wilbur pour lui demander quel était le problème. Avait-il perdu tout son arbre généalogique dans une collision en chaîne de douze voitures ou quoi ? Des problèmes avec sa bonne femme ? Etait-ce la drogue ? Etait-il en conditionnelle ? Il devait y avoir une explication. Vu dans les rétroviseurs du camion, il semblait assouvir la soif de sang d'une vie entière sur quelques sacs d'ordures. Il en avait manifestement contre quelqu'un ou quelque chose, et nous n'étions pas entièrement sûrs que ce n'était pas nous. »

    En cherchant à le détruire avec véhémence, la plèbe de Baker cherchait peut-être simplement à révéler quelque chose qui puisse être compréhensible dans le comportement de John. Ne reste qu'une légende, mais si parfaitement retranscrite que nous aurons l'impression de l'avoir vécue nous aussi…


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-le-seigneur-des-porcheries-1..
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    • Livres 5.00/5
    Par milan, le 04 octobre 2012

    milan
    Faire une critique de ce roman, surtout lorsqu'on est pas un professionnel, c'est comme demander à un muet de raconter le plus fidèlement du monde le passage d'un orage fabuleux, furieusement beau , responsable justement de son mutisme.
    Egolf a environ vingt ans quand il écrit son roman, et à 20 ans, il a déjà réussi à distinguer toutes les nuances d'une populasse aussi complexe que peut l'être celle d'un patelin du Midewest américain-la ville de Baker- qui semble être le berceau originel, ou du moins le lieu de convergence de tout ce qui peut exister en matière de bêtise humaine: racisme, ignorance, alcoolisme, inceste et son lot d'aberrations consanguines, fanatisme religieux et j'en passe. John est un jeune homme surdoué qui donne l'impression qu'il n'a jamais eu le temps d'"exister en tant que John", que toute sa vie n'a été qu'un interminable supplice , et une longue série de tentatives de résistance à l'afflux incessant de malchance (dans la première est de naître à Baker) , mais surtout d'un déferlement sans bornes de haine et de violence verbale, morale et physique de la part de cette population ignare, contre laquelle il a lutté tout au long de sa courte vie
    Les mots défilent, furieusement , naturellement, avec une drôle de sensation: ce ne sont pas eux qui servent le décor ou les personnages, ce sont ces derniers qui servent d'appui à la virtuosité verbale, ils ne sont qu'un prétexte, un starting-block qui donne le signal de départ à ce déferlement littéraire, dans lequel on se trouve entièrement pris....et avec plaisir, et surtout addiction (je me suis faite engueulée lorsqu'au restaurant , en attendant les plats du traditionnel repas familial mensuel, j'ai "osé" sortir un livre.....comment expliquer à quel point c'était inévitable!!)
    un mot revient en tête tout au long de la lecture: richesse...des descriptions, des niveaux de narration, des détails, des personnages, mais surtout du vocabulaire.Précision aussi, et ce rythme qui entraîne , page après page, avec une nervosité sous jacente, et qui fait craindre l'imminence d'une sensation tant redoutée: la fin du livre, et la difficulté de passer à un autre (qui aura l'air bien pâle).
    Et puis ce tour de force de faire rire, jusqu'à l'hilarité, alors même que ce qui est raconté est abject, absurde, et effrayant , je vous renvoie à la partie relatant la descente aux enfers de la ville de Baker, envahie -suite à une gréve des éboueurs-par toute sorte de charognard bouffeurs d'ordures en tout genre, et une horde de dindes (oui oui dindes): on croirait un épisode de South Park à rallonge écrit par Shakespeare en plein bad trip.....Mais rapidement, ce n'est plus drôle du tout, et la longue litanie du déchaînement de violence collective, et en particulier contre John, fait froid dans le dos.
    La fin est tragique, forcément; nous laissant sonné par l'imagination sans limite de l'auteur, merveilleusement servie par un vocabulaire d'une profusion absolue...et du coup, les réflexions qui surviennent dépassent le simple cadre du roman : on pense au jour où on a entendu parler pour la première fois de ce livre,on se félicite (chaudement) d'avoir décidé de s'y aventurer....et on se rappelle que Tristan Egolf est mort......et le pus égoïstement du monde on se dit: quel gâchis!!!!
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    • Livres 5.00/5
    Par Titine75, le 23 octobre 2012

    Titine75
    La petite ville paumée du Midwest nommée Baker ne se remettra jamais du passage de John Kaltenbrunner en son sein. Des récits, des légendes circulent sur ce personnage hautement controversé. Une chose est néanmoins sûre : John Kaltenbrunner a mis la ville sens dessus dessous. Pire, il fit de Baker une succursale de l'enfer. Mais qui est John Kaltenbrunner ? Pourquoi créa-t-il un tel cataclysme ? Ce sont les torche-collines, les éboueurs, qui racontent l'histoire de cet homme qui changea leur vie.
    Je m'en tiens à ce résumé court pour ne pas déflorer le récit et parce qu'il est impossible de synthétiser ce roman foisonnant. Tristan Egolf écrivit son livre à 24 ans. Venu de Pennsylvanie, il ne trouva aucun éditeur aux États-Unis pour publier son premier roman. Il vint en France où il rencontra Marie Modiano qui, avec l'aide de son père, fit éditer le texte de Egolf. Sans le hasard d'une rencontre, la littérature aurait été privée d'un chef-d'œuvre.
    « Le Seigneur des porcheries » (sous-titré « le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes ») est une saga, une fresque consacrée à un anti-héros hors-norme : John Kaltenbrunner. C'est un personnage totalement barré comme presque seule la littérature américaine sait en créer. Kaltenbrunner est le petit cousin d'Ignatius Reilly, le fils caché d'Arturo Bandini. le livre nous raconte sa vie de poissard à Baker. Les pires calamités vont s'abattre sur lui, une communauté entière semble décidée à lui pourrir la vie. Pourtant Kaltenbrunner ne demande que l'anonymat et la tranquillité. Il est à la fois brillant (à 9 ans il a retapé et est à la tête de la ferme de feu son père) et socialement inadapté. Être à part, il ne pouvait que se faire remarquer et Baker lui fait payer sa différence. Mais ce que Baker n'avait pas senti, c'est l'énergie rageuse qui habite cet homme. Sa vengeance sera inoubliable.
    Et comment en vouloir à Kaltenbrunner de vouloir prendre sa revanche sur une bande d'alcooliques bigots et consanguins ? Tristan Egolf trace un portrait au vitriol de cette bourgade rurale. On imagine aisément qu'il s'agit de sa vengeance personnelle sur l'endroit où il a grandi. Un petit exemple des descriptions de Baker : « Année après année, le comté de Green se classe régulièrement parmi les cinq premiers du pays en terme de consommation d'alcool par habitant. Presque tout le monde à Baker boit en vertu d'une nécessité terrifiante. Un jeune homme peut difficilement se faire accepter parmi les adultes avant d'avoir plié au moins un pick-up autour d'un poteau téléphonique dans un état d'hébétude alcoolique. » Inévitablement, les fins de soirées se traduisent par des insultes, des bris de verre et des pommettes amochées. Une communauté pourrie jusqu'à la moelle, abrutie par l'alcool et la violence qui n'aura pas volé la leçon donnée par John Kaltenbrunner.
    Son épopée ne serait pas la même sans la langue de Tristan Egolf. Celle-ci est imagée, puissante et crue. L'auteur utilise avec un humour redoutable les comparaisons et les analogies.
    Je le redis, « Le Seigneur des porcheries » est un chef-d'œuvre d'imagination, de création et d'écriture. Une fois le livre refermé, il est impossible d'oublier John Kaltenbrunner et l'ouragan qu'il déchaine sur sa communauté dépravée.

    Lien : http://plaisirsacultiver.wordpress.com
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 20 mai 2013

    […] lors de la deuxième semaine de septembre, les deux chiennes de la ferme mirent bas au même moment leurs portées depuis longtemps attendues ; sauf que celle de la plus jeune des deux était infestée de vers et irrémédiablement condamnée –une moitié des chiots étaient mort-nés, l’autre barbouillée d’un résidu fongique blanc laiteux. C’était un rêve érotique de harpie méthodiste.

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  • Par colimasson, le 16 mai 2013

    La masse des élèves de Holborn saignant par tous leurs orifices, rampant sur les mains et les genoux, se faisant marcher dessus, se griffant et se mordant les uns les autres, s’arrachant les cheveux, s’énucléant mutuellement, fuyant tous dans une obscène panique aux jambes arquées vers le bord d’une falaise. Et John les menait comme s’il était leur berger, et Bucéphale grondait, et la winchester tonnait, et les corps tombaient, et le sol était labouré, et enfin toute la horde convalescente passait par-dessus bord. Et leurs corps tombaient à travers le ciel ouvert comme des sacs d’aliment pour bétail avant d’être empalés, défoncés et déchiquetés par les escarpements dentelés des colonnes de calcaire. Et John parcourait lentement le rebord loin au-dessus, l’étalage panoramique de la mer ouverte étendu et dévalant devant lui, la foule morte éparpillée sur la plage ayant enfin reçu le signal de se taire.
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  • Par Chouchane, le 06 septembre 2010

    Le feu n'était plus qu'un lit de braises rougeoyantes. Les autres ronflaient, échoués autour de la fosse, langue pendante. Il avait eu le sentiment que quoi qu'il doive en sortir, que ce soit la dèche, la famine, l'échec total, la prison, n'importe quoi, même si nous risquions de nous réveiller le lendemain maculés de vaseline mêlée de poussière, couverts de piqûres d'insectes, terrassés par une gueule de bois inqualifiable, même si nous devions rentrer en titubant nous terrer dans nos piaules pour une nouvelle plongée dans la claustrophobie - quoi qu'il advienne au cours des jours et des années à venir - cette nuit serait quelque chose que personne ne pourrait jamais nous enlever. Elle était à nous maintenant. Nous la porterions en nous pour le restant de nos jours. Et même si personne d'autre que nous ne pouvait jamais en comprendre la valeur intrinsèque, c'était sans importance. Nous comprendrions. Nous saurions. Nous avions été là. Nous avions vu. C'était la seule preuve qu'il nous faudrait jamais.
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  • Par le_Bison, le 20 juin 2012

    Une partie de lui-même voulait dire que, oui, sa réinsertion progressait à merveille – depuis sa libération il avait appris à trancher la jugulaire électrocutée sous tous les angles possibles et imaginables, à baragouiner des chapelets de jurons en espagnol des ghettos, à désinfecter à l’acide borique son appartement envahi par les cafards, à laver à la main son linge trempé de sang dans un bac de douche, à préparer des plats pour micro-ondes sur une cuisinière classique sans roussir la purée, à débiter d’un seul trait une poignée de vannes de prolo, les subtilités poétiques des tubes country du moment, que tous les nègres ont le nez épaté parce que Dieu a dû leur poser le pied sur la figure pour arracher la queue, que le devoir de l’homme est d’obéir à Dieu, mais que le devoir de la femme est d’obéir à l’homme, que les Hessiens de Pottville mangent leurs enfants, qu’il vaut mieux voir sa femme se tirer avec un Juif que son gosse rouler sur une moto japonaise et que, à ce propos, les Japs redevenaient complètement incontrôlables – serait temps de leur en balancer une autre -, que tous les étrangers devraient être bannis sur un lointain récif corallien et puis, hop ! une grenade à fragmentation, à voter républicain ou mourir, qu’il n’y a rien de meilleur pour l’âme qu’une bonne journée de travail, qu’un bon pédé est un pédé mort, à s’abrutir d’alcool comme seul moyen de trouver le sommeil, et que, pour tout dire, à ce train-là il serait complètement amendé en un rien de temps. Oui, il faisait des progrès notable.
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  • Par colimasson, le 21 avril 2013

    Ils lui ordonnèrent de retourner aux gogues. Ils le traitèrent de monstre de foire. Ils supplièrent l’agent de lui donner une claque, de le secouer un peu, de le matraquer… Ils insistaient, insistaient, dans une surenchère perpétuelle. La réceptionniste se joignit à eux, puis une harpie méthodiste qui passait par là, la fleuriste, une autre femme de service : Même le personnel de l’hôpital entrait dans la danse… John n’en croyait toujours pas ses yeux. La femme de service tourbillonnait, balai au poing. Des familles entières étaient pliées en deux et tordues de rire. L’agent toisant d’un air avantageux la salle et ses occupants qui hoquetaient, leurs dentiers claquant, leurs boyaux glougloutant. C’était d’un ridicule sans bornes- une véritable « régression anthropoïde », selon l’expression de John. Il se mit à crier à son tour, leur disant qu’ils n’y comprenaient rien. Personne ne l’écouta. Ils lui jetèrent des gobelets en plastique et lui firent des grimaces. L’agent lui dit de la boucler.
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