> Rémy Lambrechts (Traducteur)

ISBN : 2070414736
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 4.36/5 (sur 78 notes) Ajouter à mes livres
Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies crimin... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par folivier, le 30 mars 2011

    folivier
    Roman incroyable. En suivant l'histoire de John Kaltenbrunner, Tristan Egolf nous entraîne, chapitre après chapitre, dans un resserrement du temps, vers l'apocalypse. Il nous montre dans cet univers clos de la ville de Baker, le comté de Greene et la Pullman Valley, que les hommes pour dépasser leur misère sociale, leur désespérance, peuvent devenir des monstres.
    "l'identité de l'indigène de base se définissait par son opposition butée à ce qu'il n'était pas, à des forces autres, extérieures" (p492).
    Egolf au travers de cette métaphore nous retourne un miroir sur nous même et sur le "cochon" ou la porcherie qui existerait en chacun de nous.
    "Et surtout dans la porcherie que nous portions en nous et que nous ne pouvions plus fuir que nous l'approprier, la porcherie où nous courions en tous sens pour nous échapper, mais que nous finissions par traîner avec nous où que nous allions" (p602).
    Dans ce chaos, cet enfer d'ignorance, de crasse et de bêtise, il reste un espoir que le désastre, l'apocalypse amène chacun à réfléchir. Malgré que les hommes refusent de voir et d'accepter ce qu'ils sont devenus et feront tout pour transformer la réalité, laisser le temps faire son oeuvre en réinventant l'histoire et se déculpabiliser, les conséquences du cataclysme déclenché par John perdureront et oeuvreront, cependant cela nécessite un sacrifice par la mort d'épuisement de John qui est arrivé au bout de sa révolte.
    ".. Il avait su avec certitude que rien n'était fini, que John n'était pas dans un monde meilleur, et qu'un objet en mouvement tend à rester en mouvement." (p607).
    Des situations qui nous interpellent comme la relation que nous avons avec nos ordures ainsi qu'avec les hommes qui traitent ces déchets que nous refusons de voir, l'hystérie de violence des supporters des équipes adverses de basket lors du match de barrage qui sera le moment de l'apocalypse et du déchainement de violence et de haine.
    Un style très perturbant au départ qui demande un effort pour se plonger dans l'univers envoûtant, très inquiétant de Egolf puis au fil des pages qui envoûte et captive.
    Un livre à lire absolument.
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    • Livres 5.00/5
    Par kanterror, le 18 janvier 2011

    kanterror
    Egolf était incontestablement un écrivain de talent. Passé une épaisse et mémorable introduction, décourageant à elle seule les lecteurs les plus poltrons, on ressent de plein fouet l'aisance d'écriture de l'auteur. Que ce soit via des emportements lyriques, et véritablement épique (ou quand une chasse au porc, une chèvre belliqueuse ou des grenouilles de bénitier prennent un caractère homérique), ou lorsque l'auteur écrit de manière plus simple, Egolf a la manière de rendre le récit captivant. Si le style littéraire est réussi, la critique sociale l'est tout autant. Les descriptions hilarantes et monstrueuses de la "plèbe" de Baker sonnent justes. Egolf écrit comme un cinéaste, tissant des parallèles "rednecks" / "animaux" saisissants ; les personnages prennent toute leurs consistance au fur et à mesure de leurs actions, s'animant littéralement sous nos yeux et passant du citoyen bête et méchant à la bête furieuse sans la moindre retenue. Un livre à lire, prenant encore une saveur particulière (à juste titre ou non) avec le destin funeste de son auteur, qu'on rapproche irrémédiablement du anti-héros Kaltenbrunner, clairvoyant et voué à l'échec.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par grizzly56, le 01 mai 2010

    grizzly56
    Peut-être, passé l'incipit - une seule phrase de vingt-sept lignes dans la version poche! - rangerez vous sagement ce pavé sur une étagère dans la section "trucs bizarres à lire si j'en trouve le courage". Peut-être irez-vous jusqu'au bout des trente pages de "l'argument", et là, si vous vous décidez à attaquer le premier chapitre, vous vous condamnerez à accompagner Kaltenbrunner / Egolf au bout du chemin, entre tragédie et comédie, dégoût et compassion. Alors, à bout de souffle, sans doute chercherez vous à savoir pourquoi des Tristan Egolf, John Kennedy Toole ou David Foster Wallace ont choisi d'écrire aussi tôt la dernière page
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    • Livres 5.00/5
    Par Chouchane, le 09 septembre 2010

    Chouchane
    Il faut passer les 5 premières pages avant de comprendre qu'on a à faire à un livre génial. D'ailleurs, ce n'est pas un livre c'est une radiographie de la bêtise ! John Kaltenbrunner vit dans une ville bigote, raciste, conservatrice, cupide et d'une médiocrité crasse. Son père est mort et sa mère dépressive est sans tendresse. Mais John dispose d'une force intérieure et d'une inépuisable capacité d'action qui, mises au service son génie pratique, lui permettent d'affronter ces handicaps de départ. On s'attache donc très vite à cet enfant qui aura un destin hors du commun. Ces dispositions exceptionnelles vont, hélas, le mettre en danger vital face à des habitants d'une funeste imbécilité. Les sept plaies d'Égypte ne sont rien à côté de ce qui va s'abattre sur John. La force du livre se révèle dans le parcours apocalyptique et christique du héros. Dans son immense solitude et sa marginalisation, John finira par rayonner sur une bande de laissés-pour-compte devenus les boucs émissaires de cette cité dégénérée. Ils vont relever la tête et faire face à la ville entière qui s'enfonce dans ses détritus à l'image de son pourrissement intérieur. C'est la victoire de la singularité sur le conformisme et la banalité. Et une parabole sur la liberté qui n'est peut-être que celle de vivre ou de mourir.
    Le livre terminé on cherche à en savoir plus sur Tristan Egolf et on reste stupéfait de découvrir que 70 maisons d'édition américaines ont refusé le manuscrit. John Kaltenbrunner est-il l'alter-ego de Tristan Egolf ?
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    • Livres 5.00/5
    Par sentinelle, le 26 août 2011

    sentinelle
    Nous sommes à Baker, une sinistre bourgade du Midwest ravagée et fossilisée. Les habitants de la ville recourent volontiers à un révisionnisme local pour expliquer les faits tragiques qui s'y sont déroulés, rejetant la faute sur le bouc émissaire idéal, à savoir John Kaltenbrunner, né à Baker mais décrit depuis les faits comme une espèce de monstre abject sorti d'on ne sait où :
    "Il était impossible que John Kaltenbrunner ait été un fils du pays. Rien à Baker n'avait pu produire une telle abomination… Il ne pouvait pas être un intrus nourri en notre sein, il ne pouvait pas avoir surgi de la cave et être entré par la porte de derrière sans prévenir. Il devait venir d'autre part – ou d'autre chose."
    Et les rumeurs s'en donneront à cœur joie : John l'avorton/rat, l'immigrant, le fasciste, l'homosexuel, l'immaculée conception. Tout plutôt que de reconnaître John comme l'un des leurs, tout pour se dédouaner et présenter la communauté sous un jour plus seyant.
    Mais John, figure christique un peu particulière, avait aussi ses apôtres et ceux-ci veulent témoigner par l'entremise d'une version non frelatée, bien qu'impartiale, « des faits tels qu'ils se sont passés ».
    Nous revenons donc au début des événements et découvrons ce monstre littéraire qu'est devenue pour moi ce John Kaltenbrunner, un concentré d'humanité jeté à la figure, un personnage putride issu de la fange et de la déchéance sociale et communautaire auquel il appartient (n'en déplaise aux révisionnistes de Baker) et qui donnera un bon coup de pied au cul mérité à sa communauté.
    Quel feu d'artifice, quelle énergie, quelle puissance ! Ce roman énorme, foisonnant, grotesque et démesuré n'offre aucun répit pour reprendre son souffle. Il se dévore, tout simplement. Ce nouveau testament à la Tristan Egolf avec comme figure christique ce John Kaltenbrunner m'a laissée pantelante. Un gros coup de cœur !

    Lien : http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-le-seigneur-des-po..
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Citations et extraits

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  • Par Chouchane, le 06 septembre 2010

    Le feu n'était plus qu'un lit de braises rougeoyantes. Les autres ronflaient, échoués autour de la fosse, langue pendante. Il avait eu le sentiment que quoi qu'il doive en sortir, que ce soit la dèche, la famine, l'échec total, la prison, n'importe quoi, même si nous risquions de nous réveiller le lendemain maculés de vaseline mêlée de poussière, couverts de piqûres d'insectes, terrassés par une gueule de bois inqualifiable, même si nous devions rentrer en titubant nous terrer dans nos piaules pour une nouvelle plongée dans la claustrophobie - quoi qu'il advienne au cours des jours et des années à venir - cette nuit serait quelque chose que personne ne pourrait jamais nous enlever. Elle était à nous maintenant. Nous la porterions en nous pour le restant de nos jours. Et même si personne d'autre que nous ne pouvait jamais en comprendre la valeur intrinsèque, c'était sans importance. Nous comprendrions. Nous saurions. Nous avions été là. Nous avions vu. C'était la seule preuve qu'il nous faudrait jamais.
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  • Par sentinelle, le 11 octobre 2010

    On le détestait et l’exécrait peut-être autant qu’auparavant, mais par la suite plus personne n’osa même le regarder de travers. De l’avis général, si vous songiez à maltraiter le petit Kaltenbrunner, il valait mieux prévoir de l’achever tout de suite ; sinon, vous, et très probablement toute votre famille, regretteriez ce jour votre vie entière. Tout le monde en avait la chair de poule.

    John y trouvait parfaitement son compte. Il ne tirait aucune satisfaction particulière de la révulsion qu’il semblait susciter chez tous ceux qu’il croisait. Simplement, elle excluait toute autre réaction. Mieux valait les voir s’écarter sur son passage, se taire, détourner le regard et vider les lieux à la première occasion que d’être laissé pour mort au pied du mur du cimentière un après-midi sur deux. Et tout ce qu’il avait jamais demandé, c’était qu’on lui fiche la paix, de toute façon. Pour le coup, c’était réussi.

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  • Par sentinelle, le 11 octobre 2010

    A propos des méthodistes :

    « Les harpies trafiquaient toutes dans la charogne, sans exception. Là étaient leur passion commune. »

    « […] les harpies étaient des « renifleuses de petites culottes ivres de la douce odeur de la pourriture », « dressées sur leur pillons au-dessus des grabataires », « se délectant de la puanteur rance, attendant le chant du moniteur cardiaque… ».

    « Elles tournaient autour d’une madame veuve Kaltenbrunner de plus en plus dégradée comme des chiens errants autour d’un quartier de bœuf, les yeux brillants et saillants d’une ivresse rapace. »

    « Sur l’échelon le plus élevé de la troupe des secouristes, il y avait cette petite élite de celles qui étaient, toutes sans exception, si machinatrices, fourbes et libidineuses qu’elles n’ignoraient absolument rien de leur rôle d’extorqueuses et de spoliatrices et le jouaient pourtant. Aucune n’offrant de meilleur exemple qu’Hortense.

    Hortense Allenbach, chef de file implicite des harpies et grand lézard extraordinaire à tête de méduse, était impavidement déraisonnable – si ouvertement dépravée qu’elle donnait aux pères fondateurs de Baker l’ai de philanthropes communautaires. Dès l’instant où elle planta ses griffes dans le domaine de Kaltenbrunner, elle entreprit de soustraire jusqu’au dernier objet sur lequel elle pouvait mettre la main sans jamais montrer le plus petit signe d’embarras. Elle avait manifestement fait ce numéro un millier de fois déjà. Elle avait fait du vol de grand chemin une science. Elle réglait les opérations en parfaite synchronie avec le rythme auquel madame veuve Kaltenbrunner se dégradait, prenant l’apparition et l’évolution de tous les symptômes attendus comme signal pour passer à l’étape suivant du plan, à la série suivante de desiderata. A cet égard, elle était un prodige. »

    « Chacun savait que pour les catholiques, Jésus était le fils de Marie, pour les baptistes, il était le sauveur, pour les juifs, il n’était rien, et pour les méthodistes, il était une déduction fiscale. »
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  • Par grizzly56, le 30 avril 2010

    Le "système éducatif" de Baker - un oxymoron en soi - est un reliquat pétrifié du principe de Satan le Malin géré par des créationnistes irréductibles, des paranoïaques de la guerre froide, et, selon les propres termes de John, "des cas d'école d'arriération mentale". [...] Malgré toute la pompe et le cérémonial qui entouraient les rencontres sportives et les remises de diplôme, la majorité des élèves quittait Holborn High en croyant dur comme fer que les dinosaures avaient disparu parce que Noé n'avait pas assez de place pour eux sur l'arche. Il allait de soi que toute exception à la norme, quelle qu'elle fût suscitait l'hostilité immédiate de cet environnement. Tout individu qui ne s'engageait pas bovinement dans l'une des deux voies possibles - l'école de commerce ou les usines du coin - pouvait être considéré comme condamné d'entrée de jeu à des années de rejet impitoyable.
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  • Par Piling, le 12 octobre 2008

    Il arriva un moment où, après que l'équipage Baker/Pottville se fut calmé, alors que les vingt ou trente derniers citrons de l'usine de volaille de Sodderbrook, Hessiens du Coupe-Gorge, trolls de Dowler Street et autres rats d'usine des quartiers est de Baker étaient fourrés dans les paniers à salade du shérif Tom Dippold et expédiés vers les abattoirs bourrés à craquer de Keller & Powell, que les feux d'ordures de Main Street avaient été détrempés et écrasés au milieu des ruines fumantes du Village des Nains, que le gymnase avait été noyé de gaz et envahi par une équipe d'agents de police des comtés avoisinants, mal équipés et plus que sidérés, que les pillages dans Geiger Avenue s'étaient calmés, que l'émeute à l'ange de la 3° rue et de Poplar Avenue avait été maîtrisée, qu'une bande de conducteurs d'engins indignés de l'excavation n°6 d'Ebony Steed avait depuis longtemps rendu sa visite de représailles mal inspirée aux rats de rivière de la Patokah en une bruyante et lourde procession de pick-up Dodge, et que le reste de la communauté était si complètement enseveli sous ses propres excréments que même les journalistes de Pottville 6 durent admettre que Baker semblait attendre l'arrivée des quatre cavaliers de l'Apocalypse - il arriva ce moment où, dans cet ensemble braillard, tout ce qui restait de citoyens avertis et sobres dans le comté de Greene surent exactement qui était John Kaltenbrunner et ce qu'il signifiait.
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