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ISBN : 2266268430
Éditeur : Pocket (2016)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.56/5 (sur 1273 notes)
Résumé :
"Je me souviens d'avoir eu des battements de cœur, d'avoir ressenti un plaisir violant en contemplant un mur de l'Acropole, un mur tout nu (celui qui est à gauche quand on monte aux Propylées). Eh bien! je me demande si un livre, indépendamment de ce qu'il dit, ne peut pas produire le même effet.
Dans la précision des assemblages, la rareté des éléments, le poli de la surface, l'harmonie de l'ensemble, n'y a-t-il pas une vertu intrinsèque, une espèce de force... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (80) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B01 mars 2013
  • Livres 4.00/5
Flaubert a su faire de l'écriture un point de broderie. C'est vrai ailleurs dans son oeuvre, et c'est vrai ici aussi dans Un Coeur Simple. Un ouvrage de facture pointilleuse, métrée, cadencée, contournée, imbriquée, complexe derrière une apparente simplicité, foisonnante sous ses airs de sobriété.
Une écriture un peu trop précieuse et artificielle à mon goût car l'on n'y sent jamais aucune spontanéité, aucun élan incontrôlé comme chez Hugo, aucune pointe malséante, aucun crachat de l'esprit comme chez Balzac. Une forme certes épurée et recherchée mais qui n'atteint pas l'élégance ou l'harmonie de celle d'un Stendhal.
Tout est maîtrisé, tout est sous contrôle ce qui nuit, je pense, à l'émotion que peut dégager cette écriture. Tout est trop net, trop épousseté, trop repassé, trop astiqué, trop apprêté, trop ordonné comme en ces appartements somptueux, où toute vie a disparu et dont toute faille humaine a déserté.
J'aime pourtant Un Coeur Simple ; mais d'un amour froid, admiratif, non contagieux comme en ces expositions de dentelles d'Alençon, toutes plus belles, toutes plus incroyables, dont on se dit : " Quelle minutie ! Quel travail ! Comme ça a dû être laborieux ! Combien patientes et dextres ont dû être ces dentelières ! "
Un Coeur Simple, probablement plus nouvelle que conte, bien que son auteur en ait décidé autrement, est intéressante à divers égards. Intéressante car Gustave Flaubert nous plonge à nouveau dans un univers " à la Madame Bovary ". Intéressante aussi parce qu'elle fait figure de passage de témoin entre Flaubert et Maupassant. Parue peu avant la disparition de papa Flaubert, à un moment où Maupassant, dans un registre un peu similaire entre en piste... la filiation est tentante.
Pourtant, j'avoue avoir toujours un certain mal à percevoir cette filiation " naturelle ". Bien sûr, Maupassant est normand, comme lui, bien sûr ils se connaissaient et s'appréciaient mutuellement, bien sûr ils ont fait l'un et l'autre dans le régionalisme et dans la psychologie intimiste, bien sûr ils ont su tous deux remuer la nostalgie et les émotions mais il s'en faut de beaucoup, tout de même, pour faire De Maupassant un Flaubert et de Flaubert un Maupassant.
Retirez le Trois Contes et Un Coeur Simple en particulier de la production de Flaubert et vous ne verrez plus forcément énormément de liens entre les deux oeuvres. J'aime le Pays d'Auge et certains sur Babelio savent même que j'y ai vu le jour, à deux pas des pâturages mêmes que décrit Flaubert. J'ai donc un attachement tout particulier à cette nouvelle. Je puis même ajouter qu'il m'est arrivé de rencontrer de vieilles filles normandes qui répondent trait pour trait au portrait de Félicité (mais on en trouve beaucoup également chez Maupassant et avec un côté " terroir " peut-être encore mieux rendu).
Qu'est-ce qui nous touche dans Un Coeur Simple (ou du moins, qu'est-ce qui me touche, moi) ? Tout d'abord un sentiment de gâchis. Une femme dévouée, simple, timide et humble, trop humble pour oser aller chercher son bonheur là où il est, pour avoir un mari et des enfants à elle, pour se créer sa propre vie. Et donc, faute d'avoir une vie à soi, elle goûte les miettes de la vie des autres en faisant montre d'un dévouement quasi surhumain et pour lequel elle ne recueille, bien souvent, que des marques de mépris.
Ce qui me touche aussi dans cette nouvelle, c'est le sentiment de nostalgie que sait faire naître l'auteur, notamment au travers du culte des objets dérisoires que Félicité élève au statut de reliques inestimables, faibles vestiges des quelques émotions qui lui tiennent lieu de souvenirs.
Ce que j'aime enfin dans Un Coeur Simple, c'est ce sentiment de douce pitié, de commisération que nous suscite Gustave Flaubert en nous dévoilant sur le tard, la principale, peut-être même la seule véritable histoire d'amour qu'ait connu cette petite femme dans sa vie, cette tendresse, cette communion, cet attachement entre elle et son perroquet Loulou.
Combien encore de nos jours, surtout de nos jours, n'ont, pour seule compagnie et marqueur d'affection qu'un chien, qu'un chat, qu'un hamster, qu'un lapin nain ou... qu'un perroquet ?
En cela, elle est belle cette histoire, belle et touchante, tout en subtilité, tout en caresse, mais bien sûr, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Aela
Aela09 juin 2012
Un coeur simple, c'est celui de Félicité, jeune servante, qui consacre sa vie au service de Mme Aubain, dame de la petite bourgeoisie, après avoir connu une enfance misérable marquée par la perte prématurée de ses parents et les passages difficiles chez différents patrons.
Un coeur simple mais qui s'attache durablement à la famille de Mme Aubain, en particulier ses deux jeunes enfants, Paul et Virginie.
Félicité est dévouée, sensible, aimante, elle donne beaucoup d'elle-même, beaucoup d'affection, de soins, sans recevoir beaucoup en échange.
Elle aime son neveu, qu'elle aide régulièrement, elle aide un vieillard qu'elle soigne.
La vie va être particulièrement dure avec elle, retirant de son affection ces différents personnages, emportés par la maladie pour Virginie et par une tempête pour son neveu, jeune matelot.
Elle soutiendra jusqu'à la fin l'inflexible et hautaine patronne Mme Aubain et n'aura plus qu'un perrroquet à qui donner de l'affection.
C'est un récit court, sombre, mélancolique mais qui a le mérite de regorger de détails sur la vie quotidienne dans la Normandie du 19ème siècle, ainsi que sur la structure sociale de l'époque;
Les personnages sont bien campés mais peut être manquent un peu de nuances.
Une histoire sérieuse et triste qui nous plonge dans tout un univers.
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charlottelit
charlottelit19 octobre 2011
  • Livres 4.00/5
j'ai souffert et compati avec cette servante si confiante, sincère, bafouée comme il se doit ... ce coeur simple nous fait quand même voyager au bord de l'âme humaine et de ses facettes rutilantes ou sombres ... ouvrage musical comme souvent chez Flaubert qui se lit très vite et se savoure de même. Ne boudons pas notre plaisir.
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Nadael
Nadael10 juillet 2013
  • Livres 4.00/5
En peu de pages d'une intensité saisissante, Flaubert déroule cinquante année de l'existence de Félicité, servante à Pont-l'Evèque en Normandie, dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Cette femme humble, courageuse et d'une grande bonté entre au service de Madame Aubain en 1810, veuve autoritaire et froide, mère de deux jeunes enfants Paul et Virginie.
À dix-huit ans, Félicité traîne déjà un passé douloureux et misérable. Orpheline de bonne heure et délaissée par ses soeurs, elle est recueillie dans une ferme où le labeur est bien dur pour une petite fille. Une enfance triste qui la plonge dans une solitude qui ne la quittera jamais.
Tout au long de sa vie, la servante se dévoue corps et âme. Un coeur bon et grand comme le sien est sans cesse bousculé par les hommes et les femmes qu'elle côtoie. On profite de sa générosité et de sa gentillesse ; Théodore lui promet le mariage puis la trahit sans ménagement, Madame Aubain exerce sur elle une autorité d'une froideur implacable, et sa soeur lui confie de temps à autre son fils uniquement par intérêt. Et lorsqu'elle se prend d'affection profonde pour des personnes, celles-ci sont emportées par la mort ; la petite Virginie à la santé si fragile et son neveu Victor.
Puis elle découvre la religion et s'entiche d'un perroquet, mais lui aussi finira par mourir... elle l'empaillera. Il veillera sur elle et son esprit jusqu'à la fin de sa vie. Il l'emmènera sur ses ailes vers son dernier voyage. Une élévation presque joyeuse pour cette petite servante toute simple à la vie si ordinaire.
L'écriture de Flaubert est extrêment travaillée dans ce conte, l'épure des phrases, les temps savamment choisis, des points de vue différents, une construction efficace qui va à l'essentiel, pas de détails en trop, pas d'ornements, pas d'envolées romanesques, un vocabulaire emprunté au milieu bourgeois normand, on est dans la réalité de l'époque, les mots sonnent juste. Aucune description n'est inutile et anodine. C'est à travers certains paysages et certains objets qu'on entrevoit les pensées de Félicité. On devine aisément le cynisme de l'auteur sur la société bourgeoise, la politique et la religion mais la tendresse éprouvée pour Félicité transparait avec évidence et pureté.
Lien : http://lesmotsdelafin.wordpr..
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AgatheDumaurier
AgatheDumaurier30 juin 2016
  • Livres 5.00/5
Un coeur simple
C est un texte tellement beau que le lire est douloureux, de plus en plus douloureux au fur et à mesure que l' on grandit, mûrit, vieillit.
Quelle folie de le faire lire à des lycéens ! Ils ne peuvent rien y comprendre, ce n est pas leur faute. C est un texte sur le temps qui passe, sur la vie qui s écoule doucement, sur les grandes et les petites pertes, qui ne rendent pas plus forts mais consument peu à peu. Jour après jour, année après année, quand on a pris conscience que rien n est immortel, que tout fuit et nous échappe.
Félicité, la servante de Mme Aubain, protège sa maitresse de cette cruauté sans nom. Pour rien, comme ça. Elle est immense et déchire le coeur.
Rien ne serait possible sans la prose inouïe de Flaubert. Il me semble qu' il fait atteindre au français, dans certains passages, la perfection de son essence monotone et mélancolique. Rien d autre à faire que citer.
"Elles se promenaient ensemble le long de l'espalier ; et causaient toujours de Virginie, se demandant si telle chose lui aurait plu, en telle occasion ce qu'elle eût dit probablement.
Toutes ses petites affaires occupaient un placard dans la chambre à deux lits. Mme Aubain les inspectait le moins souvent possible. Un jour d'été, elle se résigna ; et des papillons s'envolèrent de l'armoire.
Ses robes étaient en ligne sous une planche où il y avait trois poupées, des cerceaux, un ménage, la cuvette qui lui servait. Elles retirèrent également les jupons, les bas, les mouchoirs, et les étendirent sur les deux couches, avant de les replier. le soleil éclairait ces pauvres objets, en faisait voir les taches, et des plis formés par les mouvements du corps. L'air était chaud et bleu, un merle gazouillait, tout semblait vivre dans une douceur profonde. Elles retrouvèrent un petit chapeau de peluche, à longs poils, couleur marron ; mais il était tout mangé de vermine. Félicité le réclama pour elle-même. Leurs yeux se fixèrent l'une sur l'autre, s'emplirent de larmes ; enfin la maîtresse ouvrit ses bras, la servante s'y jeta ; et elles s'étreignirent, satisfaisant leur douleur dans un baiser qui les égalisait."
[...]
"Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique ; puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient. Les mouvements de son coeur se ralentirent un peu, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s'épuise, comme un écho disparaît ; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entr'ouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête."
Mais les citations ne peuvent rendre compte de la beauté somptueuse de l ensemble. Il faut le lire.
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Citations & extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO03 février 2016
Le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline.
Les quatre tours aux angles avaient des toits pointus recouverts d’écailles de plomb, et la base des murs s’appuyait sur les quartiers de rocs, qui dévalaient abruptement jusqu’au fond des douves.
Les pavés de la cour étaient nets comme le dallage d’une église. De longues gouttières, figurant des dragons la gueule en bas, crachaient l’eau des pluies vers la citerne ; et sur le bord des fenêtres, à tous les étages, dans un pot d’argile peinte, un basilic ou un héliotrope s’épanouissait.
Une seconde enceinte, faite de pieux, comprenait d’abord un verger d’arbres à fruits, ensuite un parterre où des combinaisons de fleurs dessinaient des chiffres, puis une treille avec des berceaux pour prendre le frais, et un jeu de mail qui servait au divertissement des pages. De l’autre côté se trouvaient le chenil, les écuries, la boulangerie, le pressoir et les granges. Un pâturage de gazon vert se développait tout autour, enclos lui-même d’une forte haie d’épines.
On vivait en paix depuis si longtemps que la herse ne s’abaissait plus ; les fossés étaient pleins d’herbe ; des hirondelles faisaient leur nid dans la fente des créneaux ; et l’archer qui tout le long du jour se promenait sur la courtine, dès que le soleil brillait trop fort, rentrait dans l’échauguette, et s’endormait comme un moine.
À l’intérieur, les ferrures partout reluisaient ; des tapisseries dans les chambres protégeaient du froid ; et les armoires regorgeaient de linge, les tonnes de vin s’empilaient dans les celliers, les coffres de chêne craquaient sous le poids des sacs d’argent.
On voyait dans la salle d’armes, entre des étendards et des mufles de bêtes fauves, des armes de tous les temps et de toutes les nations, depuis les frondes des Amalécites et les javelots des Gara mantes jusqu’aux braquemarts des Sarrasins et aux cottes de mailles des Normands.
La maîtresse broche de la cuisine pouvait faire tourner un bœuf ; la chapelle était somptueuse comme l’oratoire d’un roi. Il y avait même, dans un endroit écarté, une étuve à la romaine ; mais le bon seigneur s’en privait, estimant que c’est un usage des idolâtres.
Toujours enveloppé d’une pelisse de renard, il se promenait dans sa maison, rendait la justice à ses vassaux, apaisait les querelles de ses voisins. Pendant l’hiver, il regardait les flocons de neige tomber, ou se faisait lire des histoires. Dès les premiers beaux jours, il s’en allait sur sa mule le long des petits chemins, au bord des blés qui verdoyaient, et causait avec les manants, auxquels il donnait des conseils. Après beaucoup d’aventures, il avait pris pour femme une demoiselle de haut lignage.
Elle était très blanche, un peu fière et sérieuse. Les cornes de son hennin frôlaient le linteau des portes ; la queue de sa robe de drap traînait de trois pas derrière elle. Son domestique était réglé comme l’intérieur d’un monastère ; chaque matin elle distribuait la besogne à ses servantes, surveillait les confitures et les onguents, filait à la quenouille ou brodait des nappes d’autel. À force de prier Dieu, il lui vint un fils.
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Nastasia-BNastasia-B26 janvier 2015
Aucun bruit dans le village. En bas, sur le trottoir, personne. Ce silence épandu augmentait la tranquillité des choses. Au loin, les marteaux des calfats tamponnaient des carènes, et une brise lourde apportait la senteur du goudron.
Le principal divertissement était le retour des barques. Dès qu'elles avaient dépassé les balises, elles commençaient à louvoyer. Leurs voiles descendaient aux deux tiers des mâts ; et, la misaine gonflée comme un ballon, elles avançaient, glissaient dans le clapotement des vaques, jusqu'au milieu du port, où l'ancre tout à coup tombait. Ensuite le bateau se plaçait contre le quai. Les matelots jetaient par-dessus le bordage des poissons palpitants ; une file de charrettes les attendaient, et des femmes en bonnet de coton s'élançaient pour prendre les corbeilles et embrasser leurs hommes.
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Nastasia-BNastasia-B10 mars 2013
Il s'appelait Loulou. Son corps était vert, le bout de ses ailes rose, son front bleu, et sa gorge dorée. Mais il avait la fatigante manie de mordre son bâton, s'arrachait les plumes, éparpillait ses ordures, répandait l'eau de sa baignoire ; Mme Aubain, qu'il ennuyait, le donna pour toujours à Félicité.
Elle entreprit de l'instruire ; bientôt il répéta : " Charmant garçon ! Serviteur, monsieur ! Je vous salue, Marie ! " Il était placé auprès de la porte, et plusieurs s'étonnaient qu'il ne répondît pas au nom de Jacquot, puisque tous les perroquets s'appellent Jacquot. On le comparait à une dinde, à une bûche : autant de coups de poignards pour Félicité ! Étrange obstination de Loulou, ne parlant plus du moment qu'on le regardait !
Néanmoins il cherchait la compagnie ; (...) il cognait les vitres avec ses ailes, et se démenait si furieusement qu'il était impossible de s'entendre.
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Nastasia-BNastasia-B02 mars 2013
Un soir d'automne, on s'en retourna par les herbages.
La lune à son premier quartier éclairait une partie du ciel, et un brouillard flottait comme une écharpe sur les sinuosités de la Toucques. Des bœufs, étendus au milieu du gazon, regardaient tranquillement ces quatre personnes passer. Dans la troisième pâture quelques-uns se levèrent, puis se mirent en rond devant elles. — " Ne craignez rien ! " dit Félicité ; et, murmurant une sorte de complainte, elle flatta sur l'échine celui qui se trouvait le plus près ; il fit volte-face, les autres l'imitèrent. Mais quand l'herbage suivant fut traversé, un beuglement formidable s'éleva. C'était un taureau, que cachait le brouillard. Il avança vers les deux femmes. Mme Aubain allait courir. — " Non ! non ! moins vite ! " Elles pressaient le pas cependant, et entendaient par-derrière un souffle sonore qui se rapprochait. Ses sabots, comme des marteaux, battaient l'herbe de la prairie ; voilà qu'il galopait maintenant ! Félicité se retourna, et elle arrachait à deux mains des plaques de terre qu'elle lui jetait dans les yeux. Il baissait le mufle, secouait les cornes et tremblait de fureur en beuglant horriblement. Mme Aubain, au bout de l'herbage avec ses deux petits, cherchait éperdue comme franchir le haut bord. Félicité reculait toujours devant le taureau, et continuellement lançait des mottes de gazon qui l'aveuglaient, tandis qu'elle criait : — " Dépêchait-vous ! dépêchez-vous ! "
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Nastasia-BNastasia-B11 mars 2013
Elle expira, ayant juste soixante-douze ans. (...) Félicité la pleura, comme on ne pleure pas les maîtres. (...) Dix jours après, (...) les héritiers survinrent. La bru fouilla les tiroirs, choisit des meubles, vendit les autres. (...) Le fauteuil de Madame, son guéridon, sa chaufferette, les huit chaises, étaient partis ! La place des gravures se dessinait en carrés jaunes au milieu des cloisons. Ils avaient emporté les deux couchettes, avec leurs matelas, et dans le placard on ne voyait plus rien de toutes les affaires de Virginie ! Félicité remonta les étages, ivre de tristesse.
Le lendemain il y avait sur la porte une affiche ; l'apothicaire lui cria dans l'oreille que la maison était à vendre.
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