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> Mathilde Paris (Préfacier, etc.)

ISBN : 2266156284
Éditeur : Pocket (2005)


Note moyenne : 3.53/5 (sur 619 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le Nord de la France, noyé dans les brumes, ignorait le Sud. Alphonse Daudet le lui fit découvrir par ses "Lettres de mon moulin". La Provence, celle de la mer et celle de la montagne, est apparue soudain avec ses troupeaux, ses belles Arlésiennes et ses parfums. Un siè... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Chrisdu26, le 07 mars 2013

    Chrisdu26
    Ma très chère Hélène,
    Ce 1er mars je suis allée faire un petit tour à EMMAÜS. J'aime chiner dans ce grand bazar toujours à l'affût du coup de cœur qui va illuminer ma journée. La semaine dernière j'avais remarqué des petits classiques très anciens de la LIBRAIRIE HACHETTE. Mon attention s'est néanmoins, furtivement, portée sur autre chose mais depuis je n'ai cessé de penser à cette petite collection. Quel regret ! Alors j'y suis retournée avec l'espoir de trouver mon bonheur et un partage, clin d'œil, pour une personne qui m'est très chère.
    J'arrive à l'ouverture. Ces allées livresques s'offrent à moi et là je vois le rayon des livres anciens. Je suis déjà toute excitée à l'idée de fouiller et feuilleter. Ma musique dans les oreilles, Chopin est à l'honneur. J'enlève ma veste. Délicieusement je m'assieds en tailleur et là je m'offre ce moment cérémonial : je prends les petits manuels un à un, lentement, doucement et me voilà partie à la recherche du livre qui m'attend depuis tant de temps. Cet instant unique n'appartient qu'à moi.
    Mon dévolu tombe rapidement sur un petit recueil de «Poésies choisies» De Lamartine que je connais peu, l'occasion se présente à moi de faire plus ample connaissance. Mais il n'est pas le coup de cœur que j'espérais, alors je continue ma poursuite encore et encore, presque déçue, mais je ne désespère pas, je sais qu'il est là, quelque part entre les pages, les phrases, les mots, les points et les virgules et soudain voilà qu'il vient se poser délicatement , tel un papillon, sur mes mains comme une évidence.
    C'est votre livre, Hélène, que j'ai choisi pour mon ami. Ce petit recueil que vous avez choyé avec amour et tendresse. Je le devine par sa qualité. Aucune page cornée, aucune rature. Il ne porte que le poids des années passées et en haut à droite de la première page on peut lire votre prénom écrit de votre main et le chiffre 38. Hélène, quel prénom si doux ! Ce livre vous avez du l'acheter ou peut être vous l'a-t-on offert il y a 75 ans déjà. Nous sommes en 1938, l'année de l'émancipation de la femme mais aussi l'année de la folie des hommes, de ses horreurs et de tous les regrets.
    Cette édition date de 1936, adressée à la jeunesse, au vu du questionnaire que l'on peut voir en fin de livre. Étiez-vous écolière en jupe plissée bleue marine, petites socquettes blanches et chaussures vernies ?
    Comme c'est émouvant de savoir qu'il est le témoin d'une d'histoire, d'un passé heureux et tragique à la fois. J'ai relu, avec plaisir, quelques lettres au hasard et à chaque fois je reconnais cette joie de vivre et cette solidarité si présente dans le midi. Ce livre était-ce une façon de vous évader du tumulte de la guerre ?
    Les Lettres de Mon Moulin me remémorent mon enfance. A chaque histoire une petite morale à retenir. On y découvre la soif de liberté de «La Chèvre de monsieur Seguin», un des sept péchés capitaux est à l'honneur dans «Les trois messes basses», et confirme que la gourmandise vient quand on a plus faim. Et ce lien humain qui pousse les gens à s'entraider dans «Le Secret de Maître Cornille», Que c'est beau ! Tous les sentiments d'amour et de haine sont présents dans ce recueil et nous rappelle combien l'homme peut être fort et si vulnérable.
    Je les connais pour les avoir aimées et étudiées à l'école mais également pour avoir habité durant des années non loin de ce Moulin à Fontvieille. J'y suis allée maintes fois me ressourcer au pied de ce bâtiment aux quatre ailes de géant. J'ai flâné sur les traces de Daudet là où son inspiration fut si féconde. Comme je comprends, il fait tellement bon se reposer à Fontvieille. Quand le Mistral fait des siennes, son souffle nous ramène les vestiges du passé, alors on peut entendre le joueur de fifre et la voix de monsieur Seguin «reviiiiiiens Blanquette reviiiiiiens» et cet accent du midi si chantant à mes oreilles et si doux à mon cœur. Ces jolis contes sont immortalisés dans de très beaux films de Marcel Pagnol avec Fernandel et bien d'autres enfants du pays. Comme je regrette la Provence, le chant des cigales, l'écho des Alpilles, les oliviers et ses magnifiques sentiers caillouteux qui sentent bon la garrigue, le thym et la lavande.

    Merci Hélène, ce livre va revivre quelque peu à travers lui. Je vous imagine feuilleter de vos doigts délicats ces pages et sachez que désormais ses traces se mêleront aux vôtres pour mon plus grand plaisir et le sien. J'ai joint un peu de moi dans ce recueil, un petit moment d'égarement de ma vie, pour faire un peu partie de la votre. Où que vous soyez Hélène, ici bas ou ailleurs, soyez sereine, votre recueil est à présent sous le regard bienveillant et les mains affectueuses de cette belle personne.
    Je voulais vous rendre ce petit hommage et peut être qu'un jour, qui sait, aurons-nous l'occasion de nous reconnaître au pied de ce moulin. Vous me raconterez ce que fut votre vie et moi je resterai là à boire vos paroles et peut être, nous tiendrons nous la main.
    Alors comme aurait pu dire l'auteur du «Le petit chose»
    A Ben Léu !

    Bien à vous
    «Où serait le mérite, si les héros n'avaient jamais peur ?»
    A-Daudet
    Cristina



    Lien : http://marque-pages-buvard-post-it.blogspot.fr/
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    • Livres 4.00/5
    Par mariech, le 29 novembre 2012

    mariech
    Ah que de souvenirs dans ces ' Lettres de mon Moulin ' !
    Le titre déjà est magnifique et les chapitres :
    La mule du pape
    Le curé de Cucugnan
    Le secret de Maître Cornille
    Les trois messes basses
    Et bien sûr le célèbre conte ' La Chèvre de monsieur Seguin ' qui est le plus connu .
    Daudet est un conteur hors pair , il nous fait voyager et aimer ' sa ' provence , ce monde disparu à jamais ;
    J'ai encore le livre dans ma bibliothèque et j'en garde un souvenir émerveillé , je le relirai un jour c'est certain .
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    • Livres 3.00/5
    Par facteur84, le 30 août 2011

    facteur84
    Beaucoup de personnes de ma génération, moi y compris, on peut être étudié en partit à l'école ce recueil de contes. C'est avec enthousiasme que j'ai retrouvé cet auteur célèbre et populaire de ma région. C'est avec nostalgie que je me suis souvenu, que quand j'étais enfant, j'ai eu la chance de chanter en chorale avec un chanteur provençal, Guy Bonnet, lors de la création de son spectacle, concernant ce livre qu'il a interprété, dans des chansons, à sa manière. Je dois dire, en ré-écoutant les chansons que ses idées son proches d'Alphonse Daudet.
    Un conseil, avant d'ouvrir le livre, mettez-vous en tenue pour bronzer, badigeonnez-vous de la crème solaire, et chaussez les lunettes de soleil. C'est plus qu'un rayon de soleil qui irradiera votre visage et votre esprit, c'est carrément tout le soleil de la Provence, les étendues de garrigues parsemées de thym, de lavande et d'autres herbes, la sieste sous l'ombre des oliviers avec pour berceuse les élytres des cigales qui chantent à vous en éclater les oreilles, les sources fraîches qui serpentent à travers les Alpilles, et les garennes et les moutons qui sautillent et folâtrent dans les plaines de la Crau. Ah bonne mère ! C'est toute cette Provence perdue dans nos temps modernes, reprise un peu dans le tourisme, et que l'auteur nous fait partager. C'était le temps des bonnes gens, du soleil, et de l'accent qui court sur les langues comme sur les mots. C'était le temps de Daudet, de Pagnol, et Frédéric Mistral, autres conteurs et poètes de leur temps respectif pas éloigné en temps, mais malheureusement trop éloigné de notre culture High-tech.
    Que dire de plus sinon les contes que j'affectionne le mieux. le plus beau et le plus attachant reste sans conteste, pour moi, le secret de « Maître Cornille ». La fierté d'un métier, d'un homme, et la remise en question des erreurs et la compassion de ses voisins. Que dire de plus, sinon que l'entraide et l'humanité m'ont fait larmoyer dans ce conte.
    Les étoiles, autre conte sur la solitude des bergers et l'amour. Être attirée par une femme, et s'endormir avec elle au beau milieu des montagnes, sous les étoiles, par le concours du hasard ou des caprices du temps. Quoi de plus beau que la simplicité des choses et des sentiments dans cet univers stellaire !
    La diligence de Beaucaire, où les gens sont de vraies commères entre eux ! Pas drôle pour tout le monde surtout pour celui qui fait l'objet des commérages. « Tais-toi, Rémouleur »
    Le sous-préfet au champ qui se laisse aller à ses rêveries dans les sous-bois, alors qu'il est attendu.
    La Chèvre de monsieur Seguin, innocente, qui rêve de liberté et d'espace, mais qui ne connaît pas le danger du loup : « et piei lou matin lou loup la mangé ! ».
    L'élixir du Révérant Père Gaucher, si loin de ses occupations moniales. Au diable les prières, et bonjour à sa nouvelle amie le remède alcoolisé !
    Le curé de Cucugnan qui dépérit fasse à sa paroisse qui se réduit, et s'inquiète pour les âmes de ses paroissiaux.
    L'Arlésienne, qui n'a que faire d'une petite amourette d'un pauvre fermier éperdument amoureux.
    Ah la la, Pécaïre ! Comme quelqu'un d'autre l'a dit : « Ce n'est pas parce que l'accent est joli que l'histoire est toujours belle ».
    Peu de livre offre une telle bouffé de soleil, d'oxygène, d'odeurs, de senteurs, et de patois. Une célèbre région qui a perdu cette identité de fin du XIXeme et début du XXeme siècle, qui ne reste que sur les cartes postales et dans les fêtes régionales.
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    • Livres 5.00/5
    Par Blacksad, le 26 mars 2013

    Blacksad
    Les Lettres de mon moulin ont bercé ma petite enfance...
    En vacances dans le sud-ouest, j'allais, jusqu'à mes dix ans, visiter un vieil oncle, sur les genoux duquel je m'asseyais. Sans attendre, il me racontait une de ses histoires, parmi lesquelles se trouvaient de nombreux textes issus de ce bel ouvrage. Je garderai des souvenirs impérissables de ces après-midi passés à écouter Le curé de Cucugnan, Les Trois Messes basses, le Secret de Maître Cornille ou encore La Chèvre de monsieur Seguin.
    Encore aujourd'hui, je relis ces petites nouvelles avec émotion, et reste très attaché à cette oeuvre à laquelle sont liés de nombreux souvenirs heureux et radieux.
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    • Livres 5.00/5
    Par 20thCenturyBoy, le 27 juillet 2012

    20thCenturyBoy
    Allez aujourd'hui je vais encore défendre les opprimés, la veuve et l'orphelin, surtout la veuve, et enfin les oeuvres littéraires figurant dans mon top 10 mais se voyant injustement attribuer moins de 300 avis. Moins de 300 avis ! Mais euh les gens c'était quoi votre enfance ? Ratus ? Vous avez jamais ouvert ce chef d'oeuvre du patrimoine français ? Et je suis pas homme à attribuer ce titre à la légère. J'ai 7 de moyenne en littérature moi attention. Education de m*rde. Bon alors essayons de vous expliquer pourquoi Les lettres de mon moulin ça envoie du pâté de campagne. Celui que quand t'ouvres le couvercle t'entends le bruit des cigales à l'intérieur.
    Si à ce que je vois un nombre très limité de personnes a lu l'oeuvre dans son intégralité, si vous me dites que vous ne vous connaissez pas au moins un des textes, bah euh je vous crois même pas d'abord. Le curé de Cucugnan ? L'Arlésienne ? La mule du pape ? Wouhou ? le dernier c'était une interjection, pas un texte. bref ça vous parle ? Ou je suis obligé de vous sortir La chèvre de Mr Seguin ? Vous savez, la petite chèvre qui nous faisait rêver en prenant sa liberté, qui nous apprenait la sexualité en se tapant un chamois, et qui nous faisait pleurer en se faisant bouffer ? Si vous avez raté ça c'est une belle expérience de jeunesse de perdue. Mais c'est pas grave, grâce à la magie de l'édition ça en fait bien plus de dix de retrouvées. A en croire ce bon vieux wiki il y en a très exactement 29.
    Et la première n'est rien d'autre qu'un acte d'acquisition d'un moulin existant réellement mais n'ayant en fait jamais appartenu à Daudet. Et c'est à partir de ce bâtiment que le narrateur va rédiger ces fameuses lettres dont je vous parle depuis pas plus tard que y a pas longtemps. Mais pour tout vous dire il n'y pas que des lettres, on y trouve aussi des contes par exemple. Ce qui est plutôt un point positif, parce que :
    1) Ne pas s'enfermer dans une seule forme ça permet un peu de variété et c'est toujours bienvenu, en tout cas pour moi.
    2) Et en dépassant le statut de pseudo-correspondance l'auteur donne à ses textes une autre dimension qui fait qu'on ne considère plus exactement l'ensemble comme un livre, mais plutôt comme la réunion de plusieurs "histoires éternelles" (qu'on ne croit jamais, de deux inconnus qu'un geste imprévu rapproche en secret).
    Parce que soyons clair, pour moi la Blanchette elle est aussi voir plus importante que le Chaperon Rouge m'voyez. Il y a des choses chez Daudet qui n'ont rien à envier aux contes des Grimm m'voyez.
    Et là où il fait fort, c'est qu'il parvient à être plus agréable à lire que ces récits que tout le monde connaît, non plus par rapport à la forme mais au fond. Honnêtement, je vous mets au défi de ne pas avoir un coup de coeur pour cette bonne odeur d'herbes provençales (à lire avec la voix de Maïté en tête) qui se dégage du bouquin. Là où l'inhumanité des contes classiques est flagrante, de ceux de Daudet se dégage une chose que je ne peux pas décrire et que vous reconnaîtrez à la lecture : du charme. Et là c'est le moment où l'auteur sort vainqueur d'une opposition que j'ai moi-même gratuitement établie. Plus sérieusement, l'ambiance du Midi qui s'installe dès le début est tout simplement géniale, rien que pour ça il faut jeter un coup d'oeil aux Lettres. Et on s'autorise même quelques excursions en Corse et en Algérie.
    Alors bien sûr, l'oeuvre n'est pas exempte de défauts, par exemple pour les chapitres en Algérie on sent parfois un certain racisme sous-jacent (ou pas), mais c'est l'époque qui veut ça, donc ça passe inaperçu. Un peu comme dans un James Bond - Roger Moore quoi, même si là l'époque voulait pas forcément ça mouhahahaha.
    Nan mais vous devriez vraiment vous y mettre, ça change de la clope, ça a meilleur goût et y a pas d'images gores imprimées sur le paquet. D'autant plus qu'on ne s'ennuie vraiment jamais, la structure du bouquin étant construite de telle manière qu'on alterne entre triste et joyeux, calme et mouvementé, etc. Bref à lire, à savourer, à apprendre par coeur et à mettre dans son top 10 à la fin.
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Citations et extraits

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  • Par genou, le 10 mai 2013

    La nuit tombe, vous frôle en passant de son aile noire toute humide.

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  • Par genou, le 10 mai 2013

    Le jour, c’est la vie des êtres, mais la nuit, c’est la vie des choses.

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  • Par genou, le 10 mai 2013

    La gourmandise commence quand on n’a plus faim.

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  • Par genou, le 10 mai 2013

    La haine, c'est la colère des faibles !

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  • Par LydiaB, le 29 novembre 2010

    (Les 3 messes basses)

    - Deux dindes truffées, Garrigou ?...
    - Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J'en sais quelque chose, puisque c'est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait craquer en rôtissant, tellement elle était tendue...
    - Jésus maria ! moi qui aime tant les truffes !... Donne moi vite mon surplis, Garrigou... Et avec les dindes, qu'est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine ?...
    - Oh ! toutes sortes de bonnes choses... depuis midi nous n'avons fait que plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait partout... Puis de l'étang on a apporté des anguilles, des carpes dorées, des truites, des...
    - Grosses comment, les truites, Garrigou ?
    - Grosses comme ça, mon révérend... Énormes !...
    - Oh ! Dieu ! Il me semble que je les vois... As-tu mis le vin dans les burettes ?
    - Oui, mon révérend, j'ai mis le vin dans les burettes...
    Mais dame ! Il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l'heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes qui flambent pleines de vins de toutes les couleurs... Et la vaisselle d'argent, les surtouts ciselés, les fleurs, les candélabres !... Jamais il ne se sera vu un réveillon pareil. Monsieur le marquis a invité tous les seigneurs du voisinage.
    Vous serez au moins quarante à table, sans compter le bailli ni le tabellion... Ah ! vous êtes bien heureux d'en être, mon révérend !... Rien que d'avoir flairé ces belles dindes, l'odeur des truffes me suit partout... Meuh !...
    - Allons, allons, mon enfant. Gardons-nous du péché de gourmandise, surtout la nuit de la Nativité... Va bien vite allumer les cierges et sonner Ie premier coup de la messe ; car voilà que minuit est proche, et il ne faut pas nous mettre en retard...
    Cette conversation se tenait une nuit de Noël de l'an de grâce mil six cent et tant, entre le révérend dom Balaguère, ancien prieur des Barnabites, présentement chapelain gagé des sires de Trinquelage, et son petit clerc Garrigou, ou du moins ce qu'il croyait être le petit clerc Garrigou, car vous saurez que le diable, ce soir-là, avait pris la face ronde et les traits indécis du jeune sacristain pour mieux induire le révérend père en tentation et lui faire commettre un épouvantable péché de gourmandise.
    Donc, pendant que le soi-disant Garrigou (hum ! hum !) faisait à tour de bras carillonner les cloches de la chapelle seigneuriale, le révérend achevait de revêtir sa chasuble dans la petite sacristie du château ; et, l'esprit déjà troublé par toutes ces descriptions gastronomiques, il se répétait à lui-même en s'habillant :
    - Des dindes rôties... des carpes dorées... des truites grosses comme ça!...
    Dehors, Ie vent de la nuit soufflait en éparpillant la musique des cloches, et, à mesure, des lumières apparaissaient dans l'ombre aux flancs du mont Ventoux, en haut duquel s'élevaient les vieilles tours de Trinquelage. C'étaient des familles de métayers qui venaient entendre la messe de minuit au château. Ils grimpaient la côte en chantant par groupes de cinq ou six, le père en avant, la lanterne en main, les femmes enveloppées dans leurs grandes mantes brunes où les enfants se serraient et s'abritaient. Malgré l'heure et le froid, tout ce brave peuple marchait allégrement, soutenu par l'idée qu'au sortir de la messe, il y aurait, comme tous les ans, table mise pour eux en bas dans les cuisines. De temps en temps, sur la rude montée, Ie carrosse d'un seigneur précédé de porteurs de torches, faisait miroiter ses glaces au clair de lune, ou bien une mule trottait en agitant ses sonnailles, et à la lueur des falots enveloppés de brume, les métayers reconnaissaient leur bailli et le saluaient au passage :
    - Bonsoir bonsoir maître Arnoton !
    - Bonsoir, bonsoir, mes enfants !
    La nuit était claire, les étoiles avivées de froid ; la bise piquait, et un fin grésil, glissant sur les vêtements sans les mouiller, gardait fidèlement la tradition des Noëls blancs de neige. Tout en haut de la côte, le château apparaissait comme le but, avec sa masse énorme de tours, de pignons, le clocher de sa chapelle montant dans le ciel bleu noir, et une foule de petites lumières qui clignotaient, allaient, venaient, s'agitaient à toutes les fenêtres, et ressemblaient, sur le fond sombre du bâtiment, aux étincelles courant dans des cendres de papier brûlé... Passé le pont-levis et la poterne, il fallait, pour se rendre à la chapelle, traverser la première cour, pleine de carrosses, de valets, de chaises à porteurs, toute claire du feu des torches et de la flambée des cuisines. On entendait le tintement des tournebroches, le fracas des casseroles, le choc des cristaux et de l'argenterie remués dans les apprêts d'un repas ; par là-dessus, une vapeur tiède, qui sentait bon les chairs rôties et les herbes fortes des sauces compliquées, faisait dire aux métayers, comme au chapelain, comme au bailli, comme à tout le monde :
    - Quel bon réveillon nous allons faire après la messe !
    Drelindin din !... Drelindin din !...
    C'est la messe de minuit qui commence. Dans la chapelle du château, une cathédrale en miniature, aux arceaux entrecroisés, aux boiseries de chêne, montant jusqu'à hauteur des murs, les tapisseries ont été tendues, tous les cierges allumés. Et que de monde ! Et que de toilettes! Voici d'abord, assis dans les stalles sculptées qui entourent le chœur le sire de Trinquelage, en habit de taffetas saumon, et près de lui tous les nobles seigneurs invités. En face, sur des prie-Dieu garnis de velours, ont pris place la vieille marquise douairière dans sa robe de brocart couleur de feu et la jeune dame de Trinquelage, coiffée d'une haute tour de dentelle gaufrée à la dernière mode de la cour de France. Plus bas on voit, vêtus de noir avec de vastes perruques en pointe et des visages rasés, le bailli Thomas Arnoton et le tabellion maître Ambroy, deux notes graves parmi les soies voyantes et les damas brochés. Puis viennent les gras majordomes, les pages, les piqueurs, les intendants, dame Barbe, toutes ses clefs pendues sur le côté à un clavier d'argent fin. Au fond, sur les bancs, c'est le bas office, les servantes, les métayers avec leurs familles ; et enfin, là-bas, tout contre la porte qu'ils entrouvrent et referment discrètement, messieurs les marmitons qui viennent entre deux sauces prendre un petit air de messe et apporter une odeur de réveillon dans l'église toute en fête et tiède de tant de cierges allumés.
    Est-ce la vue de ces petites barrettes blanches qui donne des distractions à l'officiant ? Ne serait-ce pas plutôt la sonnette de Garrigou, cette enragée petite sonnette qui s'agite au fond de l'autel avec une précipitation infernale et semble dire tout le temps:
    - Dépêchons-nous, dépêchons-nous... Plus tôt nous aurons fini, plus tôt nous serons à table.
    Le fait est que chaque fois qu'elle tinte, cette sonnette du diable, le chapelain oublie sa messe et ne pense plus qu'au réveillon. Il se figure les cuisiniers en rumeur, les fourneaux où brûle un feu de forge, la buée qui monte des couvercles entrouverts, et dans cette buée deux dindes magnifiques bourrées, tendues, marbrées de truffes...
    Ou bien encore il voit passer des files de pages portant des plats enveloppés de vapeurs tentantes, et avec eux il entre dans la grande salle déjà prête pour le festin.
    ô délices ! voilà l'immense table toute chargée et flamboyante, les paons habillés de leurs plumes, les faisans écartant leurs ailes mordorées, les flacons couleur de rubis, les pyramides de fruits éclatants parmi les branches vertes, et ces merveilleux poissons dont parlait Garrigou (ah ! bien oui, Garrigou!) étalés sur un lit de fenouil, l'écaille nacrée comme s'ils sortaient de l'eau, avec un bouquet d'herbes odorantes dans leurs narines de monstres. Si vive est la vision de ces merveilles, qu'il semble à dom Balaguère que tous ces plats mirifiques sont servis devant lui sur es broderies de la nappe d'autel, et deux ou trois fois, au lieu de Dominus vobiscum ! Il se surprend à dire le Benedicite. À part ces légères méprises, le digne homme débite son office très consciencieusement, sans passer une ligne, sans omettre une génuflexion ; et tout marche assez bien jusqu'à la fin de la première messe ; car vous savez que le jour de Noël le même officiant doit célébrer trois messes consécutives.
    - Et d'une ! se dit le chapelain avec un soupir de soulagement; puis, sans perdre une minute, il fait signe à son clerc ou celui qu'il croit être son clerc, et...
    Drelindin din !... Drelindin din !... C'est la seconde messe qui commence, et avec elle commence aussi le péché de dom Balaguère.
    -Vite, vite, dépêchons-nous, lui crie de sa petite voix aigrelette la sonnette de Garrigou, et cette fois le malheureux officiant, tout abandonné au démon de gourmandise, se rue sur le missel et dévore les pages avec l'avidité de son appétit en surexcitation. Frénétiquement il se baisse, se relève, esquisse les signes de croix, les génuflexions, raccourcit tous ses gestes pour avoir plus tôt fini. À peine s'il étend ses bras à l'Évangile, s'il frappe sa poitrine au Confiteor. Entre le clerc et lui c'est à qui bredouillera le plus vite.
    Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots à moitié prononcés, sans ouvrir la bouche, ce qui prendrait trop de temps, s'achèvent en murmures incompréhensibles.
    Oremus ps... p,ç... p,i...
    Mea culpa... pa... pa...
    Pareils à des vendangeurs pressés foulant le raisin de la cuve, tous deux barbotent dans le latin de la messe, en envoyant des éclaboussures de tous les côtés.
    Dom... scum !... dit Balaguère.
    ...Stutuo !... répond Garrigou ; et tout le temps la damnée petite sonnette est là qui tinte à leurs oreilles, comme ces grelots qu'on met aux chevaux de poste pour les faire galoper à la grande vitesse. Pensez que de ce train-là une messe basse est vite expédiée.
    - Et de deux ! dit le chapelain tout essoufflé ; puis, sans prendre
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Vidéo de Alphonse Daudet

Cette semaine, Jérôme Garcin a choisi de lire un extrait de l`Immortel d`Alphonse Daudet. Surtout connu pour Lettres de mon moulin, l`écrivain raconte dans l`Immortel comment un poète de province va essayer de rentrer en vain à l`Académie Française. Une livre mordant et d`une actualité stupéfiante.Voir le site du musée Daudet








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