Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Suzanne V. Mayoux (Traducteur)

ISBN : 2259211410
Éditeur : Plon (2010)


Note moyenne : 4.36/5 (sur 135 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Au coeur d'une période de désordre politique et religieux, dans l'Ecosse des massacres et des rois rivaux du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille maudite accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Le révérend Charles Leslie a fait le voyage depuis l'Irlande pour venir l'int... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (62)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 10 septembre 2013

    LydiaB
    De l'Histoire de l'Écosse, je ne connais que ce que j'en ai lu dans la fabuleuse trilogie de Nathalie Dougal, "La mèche de guerre des Mac Donald". J'ai replongé avec délice dans cette période tourmentée (oui, je sais, cela peut paraître paradoxal) en lisant "Un bûcher sous la neige". Cette pauvre jeune femme, Corrag, vit ses dernières heures dans un cachot. le révérend Charles Leslie se rend à ses côtés afin qu'elle lui en dise plus sur le massacre auquel elle a assisté : celui de Glencoe. Il a besoin de savoir si le commanditaire de cette tuerie est bien le roi Guillaume.

    Mais pourquoi Corrag se retrouve-t-elle dans cette situation ? Sa seule faute est d'être "libre" dans ce monde résolument encadré, aux normes parfois douteuses mais que l'on ne conteste pas et, surtout, que l'on ne contourne pas. Comme si cela n'était pas suffisant, elle a le don de "double vue" comme elle le dit. Et avoir des visions à cette époque n'est guère apprécié... On la traite de tous les noms d'oiseaux, dont le fatal "sorcière". Fatal car comme vous le savez, les "procès" (si on peut appeler cela ainsi) étaient vite réglés...

    J'ai vraiment apprécié ce livre à double voix (le récit de Corrag d'un côté et la correspondance du révérend de l'autre). Je me suis retrouvée catapultée dans cette Écosse sauvage du XVIIe siècle, dans ce clan des MacDonald, dans cette société où tous les coups étaient permis. L'écriture est belle, empreinte de poésie là où l'on aurait pu attendre un style plus incisif. Je vous le conseille. Et je termine en remerciant la personne qui me l'a offert. Elle se reconnaîtra. Merci, merci, merci !


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 60         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 17 septembre 2012

    litolff
    Inverary, XVIIe siècle, au cœur des Highlands : en plein hiver, Corrag, une jeune fille accusée de sorcellerie croupit dans un cachot sordide. Elle a été témoin des massacres qui ont ensanglanté Glencoe et le clan MacDonald et, en attendant le dégel et son bûcher, elle est interrogée par Charles Leslie, pasteur anglican qui enquête sur ces massacres en pleine révolution jacobite.
    Celui-ci est venu interroger la « sorcière », il découvre une jeune fille étrange, presque une enfant, qui lui raconte l'existence qui fut la sienne et qui lui a valu le qualificatif de « sorcière ».
    La voix confiante et naïve de Corrag s'élève dans un hymne poétique à la nature, décrivant avec force détails les landes et les montagnes écossaises balayées par les vents glacés, la pluie et la neige, la faune et la flore et s'entrecroise avec les lettres de Charles à sa femme qui peu à peu, abandonne ses préjugés et oublie la sorcière pour voir la jeune fille, sa différence et à sa pureté.
    Véritable réquisitoire pour la tolérance, un récit émouvant et très poétique qui, à partir d'un fait historique, met en exergue la différence, et la méfiance, voire la violence qu'elle suscite.
    Et en refermant ce livre, on n'a qu'une envie, aller découvrir les Highlands, les lochs et les glens, les Campbell et les MacDonald en sirotant un single malt !
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 24         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Soune, le 17 juin 2013

    Soune
    Susan Fletcher raconte l'histoire d'un pasteur irlandais pétri de politique, Charles Leslie, parti à la recherche de preuves concernant de nombreux massacres cachés incriminant le nouveau roi Guillaume d'Orange. C'est ainsi qu'il croise la route de Corrag, témoin du plus grand massacre perpétré selon lui par le roi Guillaume. Il la retrouve emprisonnée dans un cachot sordide, en attente d'être brûlée vive. Corrag est accusée de sorcellerie par ses compatriotes. Charles Leslie brave le dégout que Corrag lui inspire pour s'approcher d'elle et écouter son histoire. Incriminer le roi Guillaume est pour lui le but ultime, son rêve étant de faire revenir le roi Jacques sur le trône, ce dernier ayant quitté son poste suite à la Glorieuse révolution de 1688. Mais, petit à petit, Charles ne ressent plus aucune animosité envers Corrag. Au contraire, il commence à voir en elle une jeune personne honnête, fragile, courageuse, victime de jugements depuis sa naissance et contrainte à endosser une identité qui n'est pas la sienne pour se protéger. A-t-il été ensorcelé pour voir une toute autre facette de Corrag? Possible.
    Un bûcher sous la neige comporte plusieurs niveaux de lecture. D'une part, ce livre décrit brillamment l'histoire d'une jeune femme victime de malentendus et d'humiliations et se fait ainsi l'écho de milliers d'autres, révélant le destin de ces femmes qui osaient dire tout haut ce qu'elles pensaient tout bas, de ces femmes courageuses pour qui la justice et l'honnêteté valaient mille pièces d'or, des histoires de femmes qui ont traversé les âges. Ce livre revêt en cela une haute valeur historique. Corrag en effet est issue de générations de « sorcières » qui menèrent des vies de persécutées et qui furent exécutées parce qu'elles étaient elles-mêmes différentes de ce que la morale inculquait.
    « Contrary to popular belief, witches were not burned at the stake in England, after the Reformation, instead, death sentences were carried out by hanging. In Scotland, however the sentence of burning was still inflicted; but if the witches had confessed what they were ordered to confess, they were accorded the mercy of being strangled before they burnt. If they refused to confess, they were burnt alive.”(Extrait de An ABC of Witchcraft par Doreen Valiente)
    Et, en effet, la mère de Corrag, restée en Angleterre, mourra pendue tandis que sa fille, partie en Ecosse, sera vouée à brûler vive.
    Ce livre raconte leurs histoires. Corrag fait appel à Charles Leslie pour raviver la flamme de ces victimes méconnues, de ces êtres qu'on a éteints plus tôt que prévu et ainsi il contribue à sauvegarder leur mémoire vivante :
    « Parlez de ceux qui sont morts. Parlez de tous ceux qui ont péri tout au long de l'histoire du monde, de ses guerres, et du temps jadis. Parlez de ceux qui ont été tués à Glencoe dans la neige-pas de leur mort-mais de leur vie, avant. Pas de comment ils sont morts mais de leur manière de récompenser un bon chien, ou de leurs chants, ou de leur peau qui se plissait au coin des yeux quand ils souriaient, ou de quelle saison était la leur-, car ainsi ils revivront. Ils arrêteront d'être morts. le faire parler d'eux ou l'écrire - c'est remettre un souffle dans leur bouche. Les tirer de la terre où ils sont couchés. Chasser leurs vers pour qu'ils se relèvent, aux côtés de celui qui parle d'eux qu'ils sortent des pages écrites sur eux. »
    C'est émouvant et consternant de vérité.
    Toutefois ce roman est aussi une fiction qui nous emporte dans une très belle histoire.
    On se sent proche de Corrag qui est, à elle seule, un condensé de naturel que l'on ne croise pas tous les jours. Malgré ses malheurs, elle ne devient pas amère. Elle continue à vivre pour le bien-être des gens et de la nature qu'elle admire.
    « Qui le croirait ? Un homme d'Eglise et une sorcière capturée, s'entraider de cette manière ? Mais c'est ainsi. le monde a ses merveilles et je tiens à vous en parler. »
    Chaque chapitre commence du reste par les propriétés d'une plante différente, à l'image de Corrag, incarnation parfaite de la nature faite femme. Elle vit dans les vallées, elle nage nue dans les rivières, elle entend les bruits de la nature, elle les écoute, elle leur parle…
    On se sent proche de Corrag. On a la sensation d'être avec elle.
    L'auteur utilise pour ce faire un procédé bien connu de la narration : elle utilise à plusieurs reprises la première personne du singulier. A de multiples reprises en effet, le lecteur entame une relation intime avec les personnages principaux. En étant dans la tête de Corrag, nos cœurs cognent rapidement alors qu'elle croise certains soldats malintentionnés, quand elle soigne les gens qu'elle ne connait pas, quand elle voit pour la première fois le visage d'Alistair Mac Donald…Nous accompagnons chacune des paroles qu'elle échange avec Charles Leslie. Nous les buvons. Nous écoutons tout autant les confessions de Charles... Charles Leslie y contribue également en effet à travers les lettres qu'il adresse à sa femme Jane, qui lui manque constamment. Quelle merveilleuse technique que de décrire leurs périples à tous les deux de l'intérieur … le lecteur est irrémédiablement attiré vers eux, comme par un aimant. Un glissement de terrain s'opère alors et nous voilà au XVIIème siècle, dans le cachot avec eux deux, sur les terres de Glencoe, emmené par le timbre fluet de Corrag.
    « Elle a relaté sa vie dans cette forêt frontalière et, tandis qu'au retour de la geôle je marchais dans la neige, il me semblait humer des odeurs de mousse et de terre mouillée. Il me semblait fouler des pommes de pin(…) Je marche là où elle marche, je vois ce qu'elle voit. Quel don ! J'écris ceci dans ma chambre, comme toujours. Mais elle parle avec tant d'éloquence de sa vie sauvage, dans la bruyère, et parmi les rochers, que je m'y sens plongé. »
    Je suis personnellement admiratrice du style employé par Susan Fletcher.
    Susan Fletcher à une plume bien à elle. J'ai eu la chance de la découvrir à travers son roman Oystercatchers, que je chroniquerai prochainement sur mon blog anglo-saxon. Sa force de caractère s'imbrique majestueusement dans chacun de ses mots faits de poésie, de sens de la dramaturgie et de sensibilité à fleur de peau. Lorsqu'elle dépeint les lieux, les personnages ou les intrigues, Susan Fletcher réussit, je ne sais comment, à unir la prose et la poésie, comme si tous deux n'attendaient que cela. Je me suis sentie constamment bombardée par la haute voltige de ses touches de peinture révélant des paysages indomptés d'une sensualité incroyable. J'avais sous les yeux de superbes tableaux. Je voyageais avec l'auteur, avec Corrag et avec tous les personnages mentionnés. La mousse pointe soudain sous nos pieds.
    « Tout ce que j'aimais m'entourait, rivières, rochers. Les bêtes. Les bruits du vent. Et je leur en étais reconnaissante. J'étais reconnaissante, car parmi eux je pouvais guérir les blessures en moi, les pertes, le chagrin. Ce que mon âme avait de meurtri, je pouvais le soigner et le nourrir dans ma cabane, ou sur les hauteurs, et qui en fait autant? de nos jours, qui prend le temps de soigner son âme? »

    Je deviens moi-même lyrique. Je me surprends à maintes reprises à décrire ces paysages ou cette histoire avec emphase, tant l'émotion est présente. Aujourd'hui, après une semaine de lecture, le roman est toujours présent. Il s'est immiscé en moi. Je fusionne avec lui. L'espace d'un instant, mon cœur vacille et mes poils s'hérissent. Je me sens au bord d'un précipice. J'ai envie de pleurer et de rire. Je suis heureuse. Je suis triste. Mes émotions sont si fortes qu'elles ne se contrôlent plus. Elles écrabouillent tout. L'Histoire est fatiguée de se cacher. Pendant trois cents ans, elle est restée enfermée dans le giron de quelques historiens, révélée avec parcimonie à quelques touristes…Aujourd'hui, elle veut vivre libre. Mon sacrifice littéral la rend euphorique. Je soupire. Je souris. La liberté vaut bien ce prix.

    Je ne dis pas pour autant que ce livre est parfait. Je ne qualifie jamais mes lectures de parfaites bien qu'elles le soient peut-être. Je suis juste toujours bien trop impliquée pour être objective.
    Cependant, ce roman reste, je pense, une excellente lecture étant donné qu'il réunit à mon sens un très bel échantillon de ce que la littérature peut apporter dès lors que la poésie, l'amour, l'histoire, la fiction, la réalité, la magie et la nature se réunissent.


    Lien : http://aupetitbonheurlapage.blogspot.fr/2013/06/un-bucher-sous-la-ne..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 3         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par DawnG, le 26 juin 2013

    DawnG
    Lecture effectuée dans le cadre d'un challenge sur le blog de lecture L'île aux Livres, je n'avais pas entendu parler de ce livre avant que J'ai Lu le propose au Club et ça aurait été dommage, je serais passée à côté d'une excellente lecture !
    Susan Fletcher est une auteure que je souhaitais découvrir, bon, je pensais que je serai amenée à lire d'abord La fille de l'Irlandais, mais le destin en a voulu autrement.
    J'avoue il est assez difficile (enfin moi j'ai trouvé) de se mettre dedans, parce que le style oral de Corrag est pas mal déstructuré. Imaginez une jeune fille sans éducation, au XVIe siècle, qui a vécu le plus souvent seule, dans la campagne anglaise, qui s'exprime comme elle pense, avec des gestes, un peu comme si elle n'était pas toute seule dans sa tête. Au début, c'est l'impression qu'on a, puisqu'elle ne s'entretient pas encore avec le révérend Leslie. Il faut donc s'habituer à sa façon de parler, décousue avec les idées qui se mélangent. On comprend ensuite ce qu'elle voulait dire parce qu'elle raconte à Charles les choses dans l'ordre chronologique et de façon petit peu plus ordonnée. Donc, on s'habitue et le récit va en s'améliorant du point de vue de la compréhension. En tout cas, pour moi, une fois dedans, ça se lit plutôt bien et j'ai eu rapidement envie de savoir comme l'histoire de Corrag et celle qu'elle nous raconte allaient finir.
    Corrag a été élevée par sa mère Cora, elle n'a pas de père et elles vivent en retrait de la ville, dans une maison près d'un lac, légèrement beaucoup dominée par la nature. Cora est vue comme une sorcière, comme sa mère avant elle, et la première chose qu'elle dit à sa fille c'est qu'elle en est une aussi. Voilà dans quel contexte va grandir cette petite fille. Devenue femme, Corrag reste petite et fluette, on la "traite" souvent de gueuse, de sorcière. Mais est-elle vraiment une sorcière, qui envouterait les gens par ses mots et userait des plantes pour tromper son monde? Ou bien est-elle uniquement un être incompris, vivant avec la nature, un être que personne n'a jamais cherché à connaitre et à comprendre ?
    Corrag sera amenée à fuir l'Angleterre et à trouver refuge en Écosse. Elle se sent attirée par les hauteurs, par les Highlands, par son climat froid, ses paysages sauvages et ses habitants que beaucoup considère comme des barbares. Ce n'est pas la violence qui l'attire mais va se sentir proche de ces gens qui sont comme elle, des marginaux.
    Tout cela et bien plus encore, on l'apprend de Corrag même, qui raconte en plusieurs après-midi au révérend Leslie, sa vie, son enfance, son arrivée dans les Highlands et sa rencontre avec les MacDonald. Celle a qui Cora a demandé de ne jamais aimer parce qu'aimer c'est souffrir, ne fera pourtant que cela toute sa vie, aime sa mère, la nature, les animaux, lui… Et oui, elle a vu des choses en Écosse et oui, elle dira tout ce qu'elle sait à cet homme qui la regarde d'abord comme une étrangère, comme une sorcière, comme le Mal incarné et qui progressivement va comprendre beaucoup de choses sur elle, sur les Écossais et sur lui-même.
    Même si au début, j'ai eu du mal à dissocier Corrag de sa façon de s'exprimer, je me suis progressivement attachée à elle, à son histoire. J'étais triste pour elle, pour le sort qu'on lui réserve, révoltée de penser que certaines choses se passaient vraiment comme ça.
    Le récit est ponctué par des lettres de Charles à son épouse, qui est restée avec leurs fils en Irlande. Ces lettres sont belles, on découvre un homme qui doute, qui se questionne, qui écoute l'avis de sa femme, qui cherche à comprendre. Corrag est-elle emprisonnée pour sorcellerie ou il y a-t-il autre chose ? Je n'ai pas tout de suite apprécié Charles, sa passivité et sa façon d'être borné à la religion m'ont irrité, puis on apprend des choses sur lui, sur sa famille, il adore son épouse, il change progressivement et on apprend à l'apprécier.
    J'ai vraiment beaucoup aimé cette histoire, même si j'aurai préféré une fin différente. Bien entendu, je ne dirai pas comment cette histoire se termine, j'aurai aimé un peu plus de, comment dire, cohérence peut-être, mais bon, c'est presque un détail. Parfois, sur la fin, j'ai trouvé que cette jeune fille qui ressemble à une fillette quand même, faisait des choses peu cohérentes avec son gabarit, m'enfin, c'est un là encore peut-être juste moi qui chipote.
    Un bûcher sous la neige, est une belle histoire avec des thèmes intéressants comme la différence, la tolérance, l'acceptation. C'est aussi un aperçu historique d'une Angleterre en transition, avec un peuple protestant qui craint un futur roi Catholique. Un livre sur les oppositions aussi entre foi/nature; Lowlands/Highlands, catholique/protestant; Angleterre/Écosse; barbares/civilisés. Où se situe la frontière entre les deux camps? Qui est préférable à l'autre ? Qui connait-on vraiment ? Les apparences sont trompeuses et personne ne peut être complément tout blanc ou tout noir.
    Le gros plus, dans ce récit, fût pour moi, c'est les descriptions de la nature, et surtout de cette Écosse sauvage, au temps changeant, capricieux, des grands espaces aux tons vert, rouille, orange et marron. Des cascades, des rochers, des lochs, des monts,… Une immense sensation de liberté, d'espoir et pourtant ancré dans un sens de l'honneur et des traditions. Une invitation au voyage. Les descriptions sont belles et poétiques, un émerveillement qu'on partage avec Corrag. On a vraiment l'impression d'y être et de sentir le froid, les odeurs de tourbes et le vent.
    Il faut donc essayer de passer la barrière du style au début et si l'histoire vous embarque, alors, je pense que comme moi, vous passerez un excellent moment avec ce livre. Par contre, dans le cas, contraire, la moindre chose pourrait vous faire lever les yeux aux ciels. Avec le recul, personnellement, je trouve même que c'était un pari osé mais réussi de faire parler une jeune fille étrange, qui peut s'embrouiller, aller trop vite d'un côté, ou détailler à l'extrême la nature qui l'entoure. Parce que c'est bien ce qu'on doit retenir de Corrag, elle est "nature", les plantes sont sa vie, son univers, elle ne connait que ça. Et rendre tout ça, sa façon de parler, comme si les idées émergeaient trop vite pour elle, ça n'a pas dû être quelque chose de facile à faire et à traduire.
    J'ai donc beaucoup aimé ce roman et il m'a donné envie de lire d'autres livres de Susan Fletcher, notamment La fille de l'Irlandais,que pas mal de membre du challenge Irlande et Littérature irlandaise, ont lu.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 1         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 15 septembre 2010

    LiliGalipette
    Roman de Susan Fletcher.
    "Dans un cachot, enchaînée" (p. 20), une femme se raconte. Quelle est sa faute? C'est d'être une sorcière. Corrag la sorcière. Sa peine? le bûcher. Il attend sous la neige que l'hiver laisse place au printemps. En cet hiver 1692, Corrag raconte son histoire à Charles Leslie, un homme de Dieu qui sert la cause jacobite dans une Écosse sous la coupe de Guillaume d'Orange, "le protestant à la perruque toute noire." (p. 73) Corrag n'est pas une sorcière. Instruite par sa mère, la sauvage et sagace Cora, elle connaît les plantes et leurs vertus. Toute petite femme mais robuste, fille de l'hiver, Corrag ne craint pas le froid de la nature mais redoute la haine qui se niche dans le coeur des hommes. Après la mort de sa mère, elle sait qu'elle doit se cacher, mener une vie discrète et quitter les terres anglaises qui ne lui ont apporté que du malheur. "Qu'y a-t-il de plus solitaire que celle qu'on traite de sorcière?" (p. 22) La vindicte populaire la pousse vers le nord-ouest du pays, vers les Highlands où les hommes sont restés fidèles à Jacques Stuart. À Glencoe, dans le clan des MacDonald, on l'accueille pour ce qu'elle est: une petite femme qui sait le pouvoir des plantes. le récit de Corrag peut aider la cause jacobite: à Charles Leslie, elle doit relater le massacre des MacDonald, sacrifiés au nom du respect de l'ordre royal. "Qui le croirait? Un homme d'Église et une sorcière capturée, s'entraider de cette manière? Mais c'est ainsi. le monde a ses merveilles et je tiens à vous en parler." (p. 48)
    Le récit de Corrag est un long monologue que n'interrompent que les lettres que Charles Leslie envoie à Jane, son épouse restée en Irlande. Corrag parle comme on se libère: vite et beaucoup. "Je vais assembler tout ça comme si je cousais." (p. 76) La jeune femme fait de son récit une couverture sous laquelle se protéger. Dire lui permet d'échapper à l'inéluctable, à gagner quelques instants de vie en se racontant pour que subsiste une part d'elle après le bûcher.
    Séparé de son épouse, Charles libère lui aussi son coeur en écrivant des épîtres tendres et nostalgiques. Époux aimant voire passionné, père indulgent mais ferme, il se désole d'être loin des siens. Mais la cause qu'il défend lui est si chère qu'il ne peut manquer aucune opportunité de la voir triompher.
    Les monologues de Corrag et les lettres de Charles répondent aux questions que chacun pose à l'autre. À aucun moment, Charles et Corrag n'échangent un vrai dialogue ou ne se répondent immédiatement. Mais inexorablement, un lien se crée entre ces deux êtres isolés.
    Les chapitres s'ouvrent sur des définitions de plantes, tirées de l'Herbier complet de Culpepper, qui sonnent comme des énigmes. Charles Leslie se laisse d'abord abuser par l'aspect repoussant de Corrag, par ses discours illuminés et précipités, par sa foi dans la nature et son refus d'un roi ou d'un dieu. " Il faut se garder du commerce des plantes et leurs prétendues vertus." (p. 81) Profondément convaincu que Corrag est un suppot du diable, il ne la côtoie initialement qu'avec répugnance. Mais le récit de la jeune femme le touche et ses paroles douces, sensées et pacifiques trouvent peu à peu un écho dans les pensées qui animent Jane, la femme du révérend. Corrag cesse la sorcière pour devenir la victime injuste de la politique, pour n'être qu'une femme d'une grande sagesse et d'une grande bonté.
    Les gens ont besoin d'un ennemi. "Une femme sans entrave est cause de grands désordres." (p. 81) Voilà ce qu'on reproche à Corrag: sa liberté d'aller et venir dans les montagnes, de se promener la nuit, de n'appartenir à personne d'autre qu'elle-même. le mot sorcière recouvre toutes les craintes des hommes. Cora lui a enseigné que l'amour est mauvais, qu'il affaiblit. Si elle promet du bout des lèvres de ne jamais aimer, Corrag ne peut s'empêcher de s'attacher à sa jument grise et au cerf majestueux des Highlands qui vient brouter devant sa cabane. Et elle ne peut s'empêcher de s'attacher à Alasdair MacDonald, un homme qu'elle ne peut avoir.
    Ce roman est une perle dans la rentrée littéraire 2010, à ne pas manquer! le récit de Corrag est envoûtant, émouvant, révoltant, poignant. Je n'ose en dire plus de peur de déflorer l'histoire, si belle, si belle!


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/09/15/19046446.html
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la critique

> voir toutes (47)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par LydiaB, le 10 septembre 2013

    Je ne me suis pas arrêtée. C'est seulement arrivée sur l'autre face de la corniche que j'ai fait halte, car j'entendais des voix des Lowlands. Dans la neige, j'entendais des voix d'hommes. J'ai cligné des yeux. Pensé cache-toi. Deux habits-rouges grimpaient le col et s'approchaient, alors je me suis tapie. J'ai creusé une congère avec mes mains, me suis enfouie dans le trou et plaqué les mains sur la bouche pour museler mon souffle haché tandis qu'ils passaient devant moi. Ils se hâtaient. Un d'eux a dit je ne veux pas prendre part à ça ! Non ! Je ne peux pas... et l'autre a répondu c'est contraire à toutes les lois que je connais ! Et ils étaient aussi tourmentés que moi, ces deux hommes qui s'échappaient.
    Ils se sont éloignés. Et j'ai pensé vas-y vite ! Cours ! Cours ! Je suis sortie de mon trou, et tandis que je descendais vers le glen j'ai trébuché, ce qui m'a fait tomber, rouler sur la pente comme une pierre, j'avais mal et je me sentais impuissante mais c'était une descente rapide, tout ce que je voulais. Puis j'ai couru vers l'ouest pour pénétrer dans le glen, par le même chemin que la première fois, une nuit silencieuse au clair de lune, et en atteignant le Mélange des eaux qui étaient gelées et d'un bleu luisant, j'ai regardé la vallée et vu une splendeur. Tout était blanc. Tout se taisait et brillait.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 21         Page de la citation

  • Par LydiaB, le 01 août 2013

    C'est Corrag. Cor-rag. Nul autre nom que celui-là. Ma mère se nommait Cora Monsieur. Mais le plus souvent on l'appelait hag, gueuse, alors elle a réuni les deux comme des brindilles dans la flamme pour faire mon nom à moi. Elle était comme ça. Narquoise.

    Commenter     J’apprécie          0 16         Page de la citation

  • Par Lwenn, le 21 décembre 2010

    Un sombre endroit... Oui, pour un temps. Un temps, c'est ça qu'on en dira, et on secouera la tête. Un temps, les gens n'iront pas là-bas, ou s'ils y vont ils traverseront le glen en hâte et sans lever les yeux vers ses hauteurs à l'air libre. Mais l'ombre ne fait que passer. Avant que l'ombre vienne, il y a de la lumière, et après c'est derechef la lumière, car l'ombre pourrait-elle exister autrement? Si la lumière n'existait pas ?
    Alors, un sombre endroit ? Pour le moment. Mais Glencoe brillera toujours.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 6         Page de la citation

  • Par claracambry, le 29 octobre 2010

    Quand même j'ai un réconfort. Il est petit, mais je l'ai, ce réconfort, je me le chuchote au creux de mes mains. Des gens sont en vie grâce à moi. C'est vrai. Il sont en vie parce que je les ai sauvés, parce que j'ai écouté la voix de mon âme, la chanson de mes os, les paroles de la terre.J'ai écouté mes entrailles, mon ventre, ma poitrine. Mon instinct.

    Commenter     J’apprécie          0 9         Page de la citation

  • Par Marsup, le 15 octobre 2010

    « On estime que durant les trois siècles précédents, ce sont plus de cent mille femmes – pour la plupart instruites, indépendantes, âgées ou ayant leur franc-parler – qui furent traduites en justice, accusées de sorcellerie. La torture était couramment pratiquée pour obtenir des aveux. En Europe, le nombre de ces meurtres se monte à quarante mille. »

    Commenter     J’apprécie          0 9         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
21,38 € (neuf)
12,38 € (occasion)

   

Faire découvrir Un bûcher sous la neige par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (242)

  • Ils veulent l'échanger (1)

> voir plus

Quiz