> Suzanne V. Mayoux (Traducteur)

ISBN : 2259211410
Éditeur : Plon (2010)


Note moyenne : 4.3/5 (sur 53 notes) Ajouter à mes livres
Au coeur d'une période de désordre politique et religieux, dans l'Ecosse des massacres et des rois rivaux du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille maudite accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Le révérend Charles Leslie a fait le voyage depuis l'Irlande pour venir l'int... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 15 septembre 2010

    LiliGalipette
    Roman de Susan Fletcher.
    "Dans un cachot, enchaînée" (p. 20), une femme se raconte. Quelle est sa faute? C'est d'être une sorcière. Corrag la sorcière. Sa peine? le bûcher. Il attend sous la neige que l'hiver laisse place au printemps. En cet hiver 1692, Corrag raconte son histoire à Charles Leslie, un homme de Dieu qui sert la cause jacobite dans une Écosse sous la coupe de Guillaume d'Orange, "le protestant à la perruque toute noire." (p. 73) Corrag n'est pas une sorcière. Instruite par sa mère, la sauvage et sagace Cora, elle connaît les plantes et leurs vertus. Toute petite femme mais robuste, fille de l'hiver, Corrag ne craint pas le froid de la nature mais redoute la haine qui se niche dans le coeur des hommes. Après la mort de sa mère, elle sait qu'elle doit se cacher, mener une vie discrète et quitter les terres anglaises qui ne lui ont apporté que du malheur. "Qu'y a-t-il de plus solitaire que celle qu'on traite de sorcière?" (p. 22) La vindicte populaire la pousse vers le nord-ouest du pays, vers les Highlands où les hommes sont restés fidèles à Jacques Stuart. À Glencoe, dans le clan des MacDonald, on l'accueille pour ce qu'elle est: une petite femme qui sait le pouvoir des plantes. le récit de Corrag peut aider la cause jacobite: à Charles Leslie, elle doit relater le massacre des MacDonald, sacrifiés au nom du respect de l'ordre royal. "Qui le croirait? Un homme d'Église et une sorcière capturée, s'entraider de cette manière? Mais c'est ainsi. le monde a ses merveilles et je tiens à vous en parler." (p. 48)
    Le récit de Corrag est un long monologue que n'interrompent que les lettres que Charles Leslie envoie à Jane, son épouse restée en Irlande. Corrag parle comme on se libère: vite et beaucoup. "Je vais assembler tout ça comme si je cousais." (p. 76) La jeune femme fait de son récit une couverture sous laquelle se protéger. Dire lui permet d'échapper à l'inéluctable, à gagner quelques instants de vie en se racontant pour que subsiste une part d'elle après le bûcher.
    Séparé de son épouse, Charles libère lui aussi son coeur en écrivant des épîtres tendres et nostalgiques. Époux aimant voire passionné, père indulgent mais ferme, il se désole d'être loin des siens. Mais la cause qu'il défend lui est si chère qu'il ne peut manquer aucune opportunité de la voir triompher.
    Les monologues de Corrag et les lettres de Charles répondent aux questions que chacun pose à l'autre. À aucun moment, Charles et Corrag n'échangent un vrai dialogue ou ne se répondent immédiatement. Mais inexorablement, un lien se crée entre ces deux êtres isolés.
    Les chapitres s'ouvrent sur des définitions de plantes, tirées de l'Herbier complet de Culpepper, qui sonnent comme des énigmes. Charles Leslie se laisse d'abord abuser par l'aspect repoussant de Corrag, par ses discours illuminés et précipités, par sa foi dans la nature et son refus d'un roi ou d'un dieu. " Il faut se garder du commerce des plantes et leurs prétendues vertus." (p. 81) Profondément convaincu que Corrag est un suppot du diable, il ne la côtoie initialement qu'avec répugnance. Mais le récit de la jeune femme le touche et ses paroles douces, sensées et pacifiques trouvent peu à peu un écho dans les pensées qui animent Jane, la femme du révérend. Corrag cesse la sorcière pour devenir la victime injuste de la politique, pour n'être qu'une femme d'une grande sagesse et d'une grande bonté.
    Les gens ont besoin d'un ennemi. "Une femme sans entrave est cause de grands désordres." (p. 81) Voilà ce qu'on reproche à Corrag: sa liberté d'aller et venir dans les montagnes, de se promener la nuit, de n'appartenir à personne d'autre qu'elle-même. le mot sorcière recouvre toutes les craintes des hommes. Cora lui a enseigné que l'amour est mauvais, qu'il affaiblit. Si elle promet du bout des lèvres de ne jamais aimer, Corrag ne peut s'empêcher de s'attacher à sa jument grise et au cerf majestueux des Highlands qui vient brouter devant sa cabane. Et elle ne peut s'empêcher de s'attacher à Alasdair MacDonald, un homme qu'elle ne peut avoir.
    Ce roman est une perle dans la rentrée littéraire 2010, à ne pas manquer! le récit de Corrag est envoûtant, émouvant, révoltant, poignant. Je n'ose en dire plus de peur de déflorer l'histoire, si belle, si belle!


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/09/15/19046446.html
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    • Livres 5.00/5
    Par choupynette, le 15 janvier 2011

    choupynette
    Au cœur d'une période de désordre politique et religieux, où Orangistes et papistes s'opposent dans des conflits sanglants, dans l'Ecosse des massacres et des rois rivaux du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. le révérend Charles Leslie a fait le voyage depuis l'Irlande pour venir l'interroger sur le tristement célèbre massacre de Glencoe dont elle a été témoin. Et trouver ainsi des arguments pour sa cause, celle de Jacques, roi exilé d'Ecosse.
    Dans ce cachot humide et froid, Corrag et Charles vont peu à peu s'apprivoiser, se découvrir. Corrag raconte son histoire, ses douleurs, ses bonheurs, et pour finir la tragédie de Glencoe.
    Entremêlant très habilement récit de Corrag et lettres de Charles à son épouse, Fletcher offre un roman d'une grande force, poétique, lyrique parfois. Qui vous prend aux tripes et vous noue la gorge.
    Corrag est un personnage terriblement attachant, une femme qui tente malgré tout de survivre et d'être enfin autre chose que « sorcière » ou « gueuse ». Charles quant à lui, va petit à petit voir son avis changer sur Corrag, dont il ne voyait au début que la représentation typique de la sorcière : petite, sale, au regard si particulier, à la parole si facile qu'elle ne peut être que l'œuvre du démon. A travers les lettres à sa femme Jane, on lira son désarroi devant ce petit bout de femme si fragile et pourtant si résistant, et ses assurances d'homme d'église ne seront bientôt plus que souvenir.
    Avec Corrag, vous vivrez les persécutions, l'hypocrisie, la peur et la fuite. Mais aussi l'ivresse des espaces vierges, de la nature, le plaisir de la brise de printemps, le bonheur d'être enfin acceptée, l'espoir d'une vie meilleure.
    Avec Charles, vous questionnerez vos convictions modernes, et vous demanderez « et moi, quels sont mes préjugés ? », vous verrez un homme qui doute, qui sait finalement se remettre en question, et qui trouve au-delà des dogmes et vérités toutes faites, au-delà de l'étroitesse d'esprit propre à l'époque, une femme dont la bonté n'est ni chrétienne, ni barbare. Juste une belle âme qui ne connait pas la souillure de la politique, de la haine ou de l'envie. Alors qu'à leur première rencontre il se réjouissait à l'idée du bûcher qui attendait Corrag, désormais, il ne supporte plus de la laisser aux mains de bourreaux qui n'ont de chrétien que le nom.
    Un livre magnifique, des personnages étonnants et attachants à la psychologie fouillée. Jamais de clichés, de facilités ici, et une mise en contexte de l'époque qui donne au récit une profondeur et une densité rares. L'intrigue est fort bien tenue, le rythme soutenu.
    Le style de l'auteur est à l'aune de son récit : lyrique, puissant, évocateur, enchanteur même. Un roman que je n'ai pu lâcher une fois entamé.

    Lien : http://ya-dla-joie.over-blog.com/article-un-bucher-sous-la-neige-583..
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    • Livres 5.00/5
    Par mathilde50, le 26 avril 2012

    mathilde50
    Au XVIIème siècle, au coeur de l'Ecosse, Corrag, une frêle jeune femme, croupit au fond d'un cachot en attendant d'être brûlée vive aux premiers jours du printemps.
    Elle est accusée, comme tant d'autres, d'être une sorcière. Mais son véritable crime est d'avoir été le témoin gênant du massacre du clan MacDonald.
    Le révérend Leslie, fervent partisan de Jacques II, roi déchu et exilé, vient interroger Corrag afin de prouver que le massacre a été orchestré par le nouveau souverain Guillaume d'Orange.
    La jeune fille accepte de lui parler à la condition qu'il écoute son histoire.
    D'abord réticent à écouter un allié du diable, le révérend est peu à peu subjuguer par les talents de conteuse de Corrag.
    Susan Fletcher nous entraîne dans les Higlands avec un texte attachant d'une grande poésie. On sent le vent dans nos cheveux, l'odeur de la mousse et on se sent libre comme Corrag. Mais ce livre permet aussi de nous faire découvrir un pan de l'histoire du Royaume-Uni.
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    • Livres 5.00/5
    Par Liligoth, le 29 avril 2011

    Liligoth
    Une très belle surprise, découverte au mois de septembre dans le cadre du prix page.
    Ce roman se passe en Ecosse au XVIIè s et raconte l'histoire de Corrag. Cette jeune fille est guérisseuse, évidemment à l'époque cela était synonyme de "Sorcière". Accusée de sorcellerie et témoin gênant d'un massacre, elle attend dans une geôle crasseuse son exécution qui aura lieu au dégel. Un jour, un homme, le révérend Charles Leslie, lui demande de raconter ce qu'elle a vu lors de la tuerie dont elle fut témoin; elle accepte, à la seule condition qu'il écoute d'abord toute son histoire. D'abord rebuté par la jeune fille qu'il prend réellement pour une sorcière, il se laisse peu à peu envoûter et émouvoir par ses paroles.
    Et en tant que lecteur, l'on fait exactement la même chose! Ce roman est absolument magnifique, les descriptions des Highlands nous transportent vraiment dans les paysages d'Ecosse qu'on a l'impression d'avoir devant nous. Et surtout l'écriture est éminemment poétique et donne au personnage principal une force morale vraiment saisissante. de plus, Corrag m'ait presque apparu comme une figure surnaturelle : elle fait corps avec la nature et semble communiquer avec elle (je pense surtout à un passage où elle se baigne et où des papillons se posent sur sa chevelure). Elle m'a, par son apparence (elle est décrite comme extrêmement frêle et fragile) et son rapport au monde, fait penser à une créature éthérée à l'image d'une fée.
    Une héroïne profondément touchante pour un roman bouleversant qui trotte dans la tête longtemps après sa lecture.
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    • Livres 5.00/5
    Par petitefa, le 01 mars 2012

    petitefa
    Rien à dire ou presque pour ce beau voyage écossais dans les pas de la petite sorcière Corrag (Corrag est le titre original), fuyant la persécution et une barbarie assez éprouvantes, vivant sa vie sauvage et connaissant ses plantes sur le bout des doigts (de nombreux passages herboristes, précis et plaisants parce que justes, avec même des extraits du célèbre herbier de Culpepper), plus à l'aise avec les collines et la neige qu'avec ses contemporains, mais découvrant l'humanité tout de même, et promise à un bûcher odieux. Corrag livre le récit de sa vie, du fond de son cachot, à un homme d'Eglise irlandais, bien remonté au départ mais capable de changement. Une écriture très simple, claire, parfois naïve, malgré quelques lourdeurs – et de nombreuses coquilles et bizarreries de traduction dans mon édition, rendant peu service au texte – l'ensemble est prenant et à l'instar de l'irlandais mr Leslie, l'on se prend dans les fils de lumière et de sang du récit de Corrag, très frêle et très forte face à une existence plus que chargée en souffrances.
    Là réside d'ailleurs l'aspect qui m'empêche de porter ce livre au pinacle, une vision indiscutable, un peu manichéenne, limite didactique, et une héroïne incroyable, sans défaut, ne voulant que faire le bien, affrontant le martyre avec courage, un peu christique à sa manière, en fait. Mais cette impression subjective ne doit pas faire oublier la beauté des Highlands, la magie des plantes, l'aberration de la violence humaine, l'amour du vivant, les ciels gardés au cœur comme des souvenirs précieux… Hymne à la nature, chant païen, persévérance à toute épreuve, livre de femmes diront certain-e-s, place conséquente au dialogue avec les bêtes, histoire sur la tolérance… une belle tapisserie au pied des lochs, dont la musique reste au cœur, comme ne pas vouloir quitter un clan, tableau poignant qui finit par emporter mon adhésion sans réserve en réalisant la véracité du massacre de Glencoe, et de la main guérisseuse de la petite Corrag.

    Lien : http://laclefdefa.wordpress.com/2012/03/01/livres-danagantios-fevrier/
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Citations et extraits

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  • Par claracambry, le 29 octobre 2010

    Quand même j'ai un réconfort. Il est petit, mais je l'ai, ce réconfort, je me le chuchote au creux de mes mains. Des gens sont en vie grâce à moi. C'est vrai. Il sont en vie parce que je les ai sauvés, parce que j'ai écouté la voix de mon âme, la chanson de mes os, les paroles de la terre.J'ai écouté mes entrailles, mon ventre, ma poitrine. Mon instinct.
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  • Par Lwenn, le 21 décembre 2010

    Un sombre endroit... Oui, pour un temps. Un temps, c'est ça qu'on en dira, et on secouera la tête. Un temps, les gens n'iront pas là-bas, ou s'ils y vont ils traverseront le glen en hâte et sans lever les yeux vers ses hauteurs à l'air libre. Mais l'ombre ne fait que passer. Avant que l'ombre vienne, il y a de la lumière, et après c'est derechef la lumière, car l'ombre pourrait-elle exister autrement? Si la lumière n'existait pas ?
    Alors, un sombre endroit ? Pour le moment. Mais Glencoe brillera toujours.
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  • Par Nadael, le 12 avril 2011

    La manière de mourir peut nous faire peur. Nous pouvons craindre la douleur, je la crains, tellement fort... Mais le mot mort, c'est comme ailleurs, il parle d'un autre endroit, l'endroit où sont les autres. A dire le moins, monsieur, il y a cette vérité : une vie laisse toujours des traces. Des enfants, des récits, des paroles sorties de la bouche de cette personne. Les noms qu'elle a donnés à des endroits. Les empreintes qu'elle a laissées dans la terre, les marques sur une écorces. Les gens qu'elle a aimés, et à qui elle l'a dit.
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  • Par Marsup, le 17 octobre 2010

    "Tout ce que j'aimais m'entourait, rivières, rochers. Les bêtes. Les bruits du vent. Et je leur en étais reconnaissante. J'étais reconnaissante, car parmi eux je pouvais guérir les blessures en moi, les pertes, le chagrin. Ce que mon âme avait de meurtri, je pouvais le soigner et le nourrir dans ma cabane, ou sur les hauteurs, et qui en fait autant? De nos jours, qui prend le temps de soigner son âme?"
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  • Par Marsup, le 15 octobre 2010

    « On estime que durant les trois siècles précédents, ce sont plus de cent mille femmes – pour la plupart instruites, indépendantes, âgées ou ayant leur franc-parler – qui furent traduites en justice, accusées de sorcellerie. La torture était couramment pratiquée pour obtenir des aveux. En Europe, le nombre de ces meurtres se monte à quarante mille. »
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