ISBN : 2021019268
Éditeur : Editions du Seuil
(2010)
Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
D'une Allemagne à l'autre : Journal de l'année 19901Ajouter à mes livres
Le 1er janvier 1990, Günter Grass entreprend de tenir un journal, ce qu'il n'a pas fait depuis longtemps, et il le poursuit pendant treize mois : ceux au cours desquels s'opère la réunification des deux Allemagnes, qui est son principal souci, ... > voir plus
Se succèdent au fil des jours le jardin portugais, les cactées, les poissons dessinés et cuisinés, le dessin et ses techniques, et puis la politique allemande, la colère et l'engagement devant la façon dont se déroule l'unification "imposée", la littérature, les réunions, les visites, les enfants et leurs mères, la famille cachoube, l'écriture bloquée du livre en cours, les projets de textes - et le tout m'a passionnée.
Mais cela ne fait que souligner, parce que rien n'est là pour enjoliver, à quel point est détruite la région côtière de Faro à Lagos. Non seulement le secteur est gâché par les constructions, mais déjà la décrépitude commence : ordures et ferrailles bordent la grand-route.
Les journées débordent l'une dans l'autre ; seule la récolte des mûres sur les haies de ronciers demande un déroulement chronologique. Quand avons-nous vu, là où la lande touche au Sund, dans le secteur de la fortification datant du blocus continental et envahie de végétation, ces sept ramoneurs - apprentis adolescents et compagnons - fêtant à la bière leur excursion d'entreprise ?
Si je voulais me servir de ce journal comme base d'un livre à publier, il faudrait que, dans la période allant de novembre 1989 (dimanche des morts), donc avant l'ouverture du Mur, jusqu'aux élections dans toute l'Allemagne, je développe le projet de "L'appel du crapaud" par paquets, petits éclats, réflexions ; pourraient y trouver place aussi les textes écrits pendant cette période, depuis le discours au congrès du SPD en passant par "Bref discours d'un individu sans patrie" et "Quelques perspectives depuis la place des Couillonnés", jusqu'à un discours qui reste encore à écrire.
On commence à déclarer coupable la population de la RDA. La façon dont des Allemands traitent des Allemands. Cette brutalité mercantile trahit dès aujourd'hui le nouveau ton dominateur employé envers les Polonais et les Russes du fait que perdure leur faiblesse économique.
Je mange au «Terrier de Renard», presque en face. Avec la serveuse affable est arrivée la bière de l'Ouest Hacker-Pschorr, de Bavière. Ils n'ont plus le droit de servir de la bière de RDA. Il n'y a plus que le potage soljanka et, comme plat principal, ma «viande bulgare au risotto» qui soient restés du temps du bloc de l'Est. Le patron se montre optimiste : «Vous savez, les gens ici boivent beaucoup. Les affaires marcheront, même après le 1er.