> Ingunn Guilhon (Traducteur)
> Alain-Pierre Guilhon (Traducteur)

ISBN : 2847201599
Éditeur : Gaïa (2010)


Note moyenne : 3.77/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
"Avez-vous déjà, ne fût-ce qu'une fois, vu un homme épouser celle qu'il aurait dû ?"

Elle est la fille du châtelain ; il est le fils du meunier. Ils s'aiment et tout les sépare, leur famille comme leur statut social. Dans une Norvège petite-bourgeoise et ... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par Piling, le 15 février 2010

    Piling
    Décidément, je dois vraiment aimer Knut Hamsun. Car il y a, dans ce roman, toutes les ficelles et les ingrédients de l'intrigue amoureuse romantique comme on en a écrit à la pelle au XIXº siècle et qui, d'habitude, me font bailler d'ennui. Tous les clichés y sont, il faut avouer : amour d'enfance qui perdure à vie, barrière sociale, rivalité d'un pauvre et d'un riche soupirants, fierté mal placée, quiproquo, on se rate d'un cheveux, et au moment où tout est possible, on meurt... Bref, tout y est, en vrac : des bouts de Hauts de Hurlevent, Niels Lyhne, Werther, la Nouvelle Héloïse, même la tuberculose est au rendez-vous !
    Et pourtant il n'y a rien de niais chez Hamsun, déjà parce que l'amour, chez lui, est à cent lieues des suavités fadasses de l'amour chaste entre deux ingénus rougissant. Quand ça se passe bien, chez lui, la passion amoureuse, c'est l'enfant de Bohème comme dans le couple de vieux amoureux de Et la vie continue : "Une folie effrontée, une folie de premier ordre, tous les deux, mais non sans éclat, non sans amour ni rêverie. Une confiance sauvage, une bonté à la bohémienne l'un pour l'autre, qui ne craignait rien et qui, en d'autres circonstances, aurait été appelée de jolis noms. Ils auraient pu garder leurs distances l'un envers l'autre et être restés, avec avantage, chacun de son côté, mais c'est ce qu'ils ne faisaient pas, leur passion était authentique comme un premier amour. Mais elle était risquée et pleine de tribulations."
    Quand ça se passe mal, c'est "Victoria", donc. Entre deux êtres jeunes, mais plus dégourdis que les héroïnes toujours à demi-pâmées des romantiques français. On s'embrasse, on se donne rendez-vous, on se cingle, on s'avoue tout, on se moque, on pleure... Ce n'est pas la pudeur qui paralyse les amoureux, c'est l'orgueil, qui ne les mène pas jusqu'aux fureurs heathcliffiennes mais qui pousse au silence. L'amour est pour Hamsun la sève du monde, mais sa brûlure aussi, et ses roses sont plus proches de celle de Hafez que de Goethe... L'amour n'est ni moral, ni immoral, il est comme la pulsion vitale du monde à laquelle croyait tant Hamsun, et entre les chapitres où Victoria et Johannes se retrouvent et se perdent au fil des années est intercalée la question cruciale pour l'écrivain, qu'il adresse directement au lecteur, et lui donnant sa réponse, dans une forme de magnifique poème en prose : "L'amour fut la première parole de Dieu et la première pensée qui traversa son esprit. Lorsqu'il commanda "Que la lumière soit !", l'amour fut. Toute sa création fut réussie, et il ne voulut rien y changer. Et l'amour, qui avait été à l'origine du monde, en fut aussi le maître. Mais ses chemins sont parsemés de fleurs et de sang. De fleurs et de sang..."
    C'est évidemment le fait que la langue de Hamsun est superbe, surtout dans ses descriptions du monde, de la nature, son grand thème, qui donne aux paysages plus de présence et de profondeurs qu'aux protagonistes humains, finalement assez convenus et rapidement esquissés. Mais cela n'est pas vrai pour tous les personnages. Ce sont, curieusement, les héros, jeunes et vieux, du drame qui sont le plus hâtivement brossés, sans même souvent, de réelle description physique. Mais la plume de Hamsun fait se poser parfois le regard de Johannes sur des figures anonymes, misérables, croisées au hasard des rues, qui sont comme autant de reflets de ses propres malheurs ou bonheurs, d'états d'âme aussi rapides à changer qu'un ciel d'automne ou de printemps :
    "Peu après, il aperçut un groupe d'enfants qui jouaient près d'une porte. Assis tranquillement dans un coin, un garçon de dix ans les observait ; ses yeux bleus étaient ceux d'un vieillard. Il avait les joues creuses, le menton carré et portait une casquette de toile, ou plus exactement la doublure d'une casquette pour cacher sa perruque. Une maladie du cuir chevelu avait à jamais marqué son crâne. Qui sait si son âme n'était pas déjà brisée, fanée elle aussi."
    Une averse et un sommeil plus tard :
    "Chassés par la pluie, les autres enfants étaient peut-être rentrés dans la cour pour y poursuivre leurs jeux de quille ou de marelle. Et le vieillard de dix ans défiguré les regardait, sans rien dire. Qui sait, peut-être avait-il dans sa chambre au fond de la cour une joie secrète, une poupée, un pantin ou une toupie. Peut-être n'avait-il pas tout perdu dans la vie, peut-être l'espoir n'était-il pas encore mort dans son esprit fané."
    D'autres histoires entrelacent l'amour de Johannes et Victoria, tirées des propres livres de Johannes : ce couple âgé et infirme, et toujours amoureux fou, ce mari trompé, cette mère en deuil, ces sœurs rivales... Là encore ce sont de petites scénettes, comme des poèmes en prose, ou des contes courts, qui sont autant de clefs pour comprendre le sens du roman, un peu comme Saadi dans "La Roseraie", ou 'Attar dans "La Conférence des oiseaux", toujours sur le même ton doux-amer, presque attendri, serein, qui donnent aussi une des clefs du roman :
    "Quelqu'un demande ce qu'est l'amour. On répond : "L'amour c'est un vent qui murmure dans les rosiers avant de tomber. Mais il peut être aussi un sceau inviolable jusqu'à la mort. Dieu a créé plusieurs types d'amour : ceux qui durent et ceux qui s'évanouissent."
    Mais l'ultime clef est donné par le vieux précepteur qui, résigné, voit soudain dans une union tardive et prosaïque ce qui est un des principes de Hamsun : toujours, la vie continue.
    "Naturellement, on ne peut pas avoir celle que l'on aime. Mais si par hasard, ou par justice ou l'obtient, elle meurt aussitôt après. Il y a toujours un hic. Et l'homme est obligé de chercher un autre amour, aussi bon que possible, sans en mourir pour autant ; je vous dis que la nature a bien fait les choses. Vous n'avez qu'à me regarder."
    L'histoire se clôt avec l'élégance discrète d'une lettre écrite en agonie, comme un au revoir. Et c'est tout. Comme les nouvelles d'Adalbert Stifter, ni l'extrême simplicité de l'intrigue, ni la presque invraisemblance des situations et des héros ne peuvent expliquer pourquoi ces histoires ont du charme. La seule explication que j'y vois, c'est que les deux ont en commun une plume magnifique et que oui, Hamsun est un terrible écrivain.
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    • Livres 4.00/5
    Par lolo71, le 25 février 2010

    lolo71
    Dans le cadre de Masse critique, j'ai reçu ce petit roman de Knut Hamsun que les Editions Gaïa viennent de rééditer. D'autres Romans du grand écrivain norvégien doivent bientôt paraître aux mêmes éditions. C'est toujours avec un grand plaisir que je lis cet auteur que j'avais découvert grâce à un autre écrivain, Henry Miller, qui l'admirait.
    L'œuvre de Knut Hamsun tourne sans cesse autour de cette dualité : la société des hommes est corruptrice et cruelle aux âmes pures, la nature est le refuge de ces mêmes âmes, consolatrice et sans faux-semblant. La nature est présente dans « Victoria », comme élément de décor, et n'a pas cette place centrale qu'elle occupe dans d'autres Romans, comme « Pan » par exemple. Hamsun axe son histoire sur cet autre thème récurrent dans son œuvre : l'amour, ce fruit de la nature souvent contrarié par la volonté des hommes.
    “Quelqu'un demande ce qu'est l'amour. On répond : « L'amour, c'est un vent qui murmure dans les rosiers avant de tomber. Mais il peut être aussi un sceau inviolable jusqu'à la mort. Dieu a créé plusieurs types d'amour, ceux qui durent et ceux qui s'évanouissent. » ”. Johannes aime Victoria. Ils se connaissent depuis l'enfance. Il est fils de meunier, elle est fille d'un châtelain désargenté. Johannes part vivre en ville, où il publie des poèmes qui lui apportent une petite célébrité grâce à laquelle il espère gagner le cœur de Victoria. Un jour, il rencontre Victoria de passage pour quelques jours en ville. Il apprend alorsque la jeune fille est fiancée à Otto, riche jeune homme, mais que c'est lui, Johannes, qu'elle aime. Elle le pousse cependant dans les bras de Camilla, une jeune fille de bonne famille qu'il a sauvée de la noyade quelques années auparavant, et amoureuse de son sauveur.
    On est plus proche avec Hamsun de la tragédie antique que de la bluette sentimentale. le chassé-croisé amoureux mènera tout droit au drame. Victoria confesse son amour à Johannes mais, poussée par son devoir envers sa famille, le repousse. D'espoir en rebuffades, Johannes navigue constamment entre exaltation, révolte et résignation. Camilla incarne quant à elle le côté solaire de l'amour, jeune fille portée par ses envies, innocente et insouciante, légère et versatile. L'amour chez Knut Hamsun est loin d'être un chemin pavé de roses.
    Ce qui frappe chez Hamsun est ce style d'une grande pureté, presque élégiaque, tout en retenue comme le sont les personnages alors que s'agitent en eux des sentiments violents et exacerbés. Derrière les attitudes froides et compassées dictées par une société puritaine et socialement figée se dissimulent souvent des désirs contrariés. Les personnages d'Hamsun sont fragiles, au bord de la rupture, désabusés, d'une sensibilité maladive et, pour ne rien arranger, ravagés par l'orgueil. Cette faille existentielle les conduit inexorablement à la révolte, plutôt sous la forme du repli sur soi que de la confrontation avec autrui. Une grande tension sourd entre les lignes, mais également beaucoup d'émotion, à l'image des dernières pages bouleversantes de « Victoria ».
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    • Livres 5.00/5
    Par juliette2a, le 22 avril 2012

    juliette2a
    Je viens de terminer "Victoria" de Knut Hamsun, auteur norvégien du XXème siècle. Je ne peux dire que du bien de ce livre absolument magnifique ! C'est l'histoire de Johannes, le fils du meunier et de Victoria, la fille du châtelain qui s'aiment depuis l'enfance...Ces deux êtres - touchants - vont surpasser les épreuves sans jamais cesser de s'aimer.
    Ce roman émouvant nous livre une réflexion sur le temps qui passe et bien évidemment sur l'amour !! Je garde une impression positive de ce livre et, je l'avoue, la fin m'a particulièrement marquée (la lettre de Victoria est sincère et révèle tout ce qu'elle ressent depuis le début...)
    Pour conclure, BRAVO pour ce livre que j'ai adoré et dévoré, un gros coup de coeur ;)
    A lire !
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    • Livres 5.00/5
    Par jmfhcb, le 20 février 2010

    jmfhcb
    L'objet livre en lui-même est très beau comme tous les livres de chez Gaïa, et ce même si les pages ne sont plus roses. On a toujours envie de les ouvrir. Et là c'est encore encore le cas, surtout avec cette magnifique couverture rappelant le printemps.
    Cela donne l'impression que l'on va lire une histoire heureuse, une histoire d'amour entre deux jeunes gens, Victoria et Johannes, que tout aurait dû séparer. Dès le début du roman, on ne peut douter qu'il s'aime et ce depuis leur plus tendre enfance. Ils sont séparés par leurs familles (plutôt sa famille à elle), leur milieu ... Alors quand Johannes parti à la ville pour étudier se fait un nom en tant que poète, il croit qu'il va enfin pouvoir séduire le coeur de sa belle mais ce n'est pas le cas. Elle est promise à un autre qui rétablira financièrement la situation de la famille de Victoria. Johannes aura beau sauver seule une jeune fille de la noyade devant les yeux de Victoria, elle ne cillera pas. Après moult péripéties, dont le suicide de son père et la mort du fiancé, Victoria avoue son amour à Johannes mais celui-ci qui l'avait attendu jusqu'à présent vient de se fiancer le matin même avec la fille qu'il a sauvé de la noyade. La fin qui voit la mort de Victoria est jjuste bouleversante, vous ne pouvez retenir une larme, voire plusieurs.
    Si vous êtes accros aux histoires d'amour qui se finissent bien, ne lisez pas ce livre. L'écriture de Knut Hamsun est évocatrice et poétique. Vous sentez au fur et à mesure que le livre avance qu'il va se passer quelque chose d'horrible. Knut Hamsun fait alors des petits intermèdes qui donne un tout autre souffle au livre, juste pour se reposer de l'histoire.
    J'ai trois livres de Knut Hamsun dans ma Pile À Lire. Pourquoi je ne les ai pas lu avant, je ne sais pas mais ce sera rapidement réparé !

    Lien : http://cecile.ch-baudry.com/post/Victoria-de-Knut-Hamsun.aspx
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    • Livres 4.00/5
    Par Livrespourvous, le 09 mars 2010

    Livrespourvous
    Victoria est un court roman d'amour.
    Elle est la fille du « châtelain » et lui, le fils du meunier.


    Il s'agit là d'un amour impossible, tant le poids de la société norvégienne de la fin du 19ème siècle est fort, plus fort que les sentiments.


    Prix Nobel de littérature en 1920, Knut Hamsun, ignoré en France, mérite la reconnaissance.
    Il exalte l'âme romantique, les amants impossibles, l'amour irrésolu.


    Victoria est un roman ensorcelant qui s'empare de vous pour mieux respirer en vous.


    Et même si on imagine mal une telle situation de nos jours, il raconte un amour incandescent, pur qui fait encore rêver.

    Lien : http://livrespourvous.centerblog.net
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Citations et extraits

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  • Par myker, le 20 mai 2012

    Une jeune femme mince parut soudain devant lui. Il sursauta, puis s'arrêta. Non, il ne la connaissait pas. Elle avait surgi d'une rue transversale et s'éloignait à grands pas, sans parapluie, malgré la forte averse. Il la suivit, la regarda et s'en alla. Qu'elle était jeune et belle ! Elle allait sans doute se mouiller et s'enrhumer, mais il n'osait l'approcher. Pour qu'elle ne fût pas seule à subir cette épreuve, il ferma son parapluie.
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  • Par juliette2a, le 22 avril 2012

    "-Je t'aime plus que ma propre vie, mon amour, je t'aime comme au premier jour, comme au premier instant, lorsque tu me fis cadeau de la rose. Tu te rappelles ? Cette rose avait ton parfum, et tu rougissais comme elle. J'en fus enivré au plus profond de mon être. Mais aujourd'hui je t'aime encore davantage, tu es plus belle que dans ta jeunesse et mon coeur te remercie et te bénit pour chaque jour que tu m'as consacré.
    [...]
    -Oh, mon bien-aimé mari ! bégaya-t-elle en lui embrassant les mains. Tu es plus beau que n'importe quel homme sur la Terre, ta voix enflamme mon coeur et je t'aimerai jusqu'à ma mort."
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  • Par juliette2a, le 22 avril 2012

    "Je vous aime, dit-elle, très émue. Vous comprenez ? C'est vous que j'aime.
    Elle redescendit les trois ou quatre marches qui les séparaient et lui passa les bras autour du cou avant de l'embrasser. Elle tremblait, serrée tout contre lui.
    -C'est vous que j'aime, répéta-t-elle."
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  • Par litolff, le 23 juin 2010

    Avez-vous déjà, ne fût-ce qu'une seule fois, vu un homme épouser celle qu'il aurait dû ?
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  • Par juliette2a, le 22 avril 2012

    "Mais l'amour, qu'est-ce, au juste ? Un vent qui caresse les rosiers ? Non, c'est une flamme qui coule dans nos veines, une musique infernale, qui fait danser jusqu'au coeur des vieillards. C'est la marguerite qui s'ouvre à l'approche de la nuit, et c'est l'anémone qui se referme au moindre souffle et meurt dès qu'on l'effleure. C'est cela, l'amour."
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