Gary Snyder (prix Pulitzer 1975) est un poète emblématique de la beat generation. Bouddhiste zen ayant vécu plus de dix ans au Japon, fondateur d’une communauté rurale toujours active dans la Sierra Nevada et militant de l’écologie radicale, Gary Snyder a placé la natur... > voir plus
Un superbe aperçu de la conversation sur le site des éditions Wildproject, au sommaire du onzième numéro de leur revue, consacré à "L'Orient de l'écologie" :
Etre poète, pour Snyder, ce n'est pas regarder le monde d'un point de vue contemplatif ou méditatif, mais essayer (et l'expérience poétique rejoint ici le zen) de se déployer tout entier dans le grand tout, sans souci de hiérarchie. Ne pas raconter l'histoire d'un arbre, mais écrire un poème pour s'entretenir avec lui. Jim Harrison a cette très belle formule qui pose le risque et la beauté d'une telle aventure : "Un poème est l'exemple d'une sorte de chaos pondéré. "
As for poets
The Earth Poets
Who write small poems,
Need help from no man.
The Air Poets
Play out the swifest gales
And sometimes loll in the eddies.
Poem after poem,
Curling back on the same thrust.
At fifty below
Fuel oil won't flow
And propane stays in the tank.
Fire Poets
Burn at absolute zero
Fossil love pumped back up.
The first
Water Poet
Stayed down six years.
He was covered with seaweed.
The life in his poem
Left millions of tiny
Different tracks
Criss-crossing through the mud.
With the Sun and Moon
In his belly,
The Space Poet
Sleeps.
No end to the sky -
But his poems,
Like wild geese,
Fly off the edge.
A Mind Poet
Stays in the house.
The house is empty
And it has no walls.
The poem
is seen from all sides,
Everywhere,
At once.
QUANT AUX POETES
Quant aux poètes,
Les Poètes de la Terre
Qui écrivent de petites poèmes,
Ils n'ont besoin de personne.
Les Poètes de l'Air
Déclenchent les plus fortes bourrasques
Et parfois se prélassent dans les tourbillons.
Poème après poème,
Ils se replient sur la même lancée.
A cinquante sous zéro
Le pétrole brut gèle
Et le propane reste dans le réservoir.
Les Poètes du Feu
Brûlent au zéro absolu
Résurgences d'amour fossile.
Le premier Poète de l'Eau
Passa six ans au fond.
Il était couvert d'algues.
La vie dans son poème
Laissa des millions de
Minuscules traces différentes
Enchevêtrées dans la boue.
Portant le Soleil et la Lune
Dans son ventre,
Le Poète de l'Espace
Dort.
Le ciel est sans limite -
Mais ses poèmes,
Comme les oies sauvages,
S'envolent au-delà.
Un Poète de l'Esprit
Reste à la maison.
La maison est vide
Et n'a pas de murs.
Le poème est vu de tous côtés,
Partout,
En même temps.
Pour ceux qui parviendraient à percevoir directement l'essence de la nature, l'idée du sacré et illusion et obstruction : elle nous détourne de l'observation de ce qui est devant nos yeux : les choses telles qu'elles sont dans leur simplicité. Racines, tiges ou branches sont tout autant valables. Ni hiérarchie ni égalité. Rien d'occulte, rien d'ésotérique, pas de surdoués ni de retardés. Pas de sauvage ou de domestiqué, pas de naturel ou d'artificiel. Chacun est son propre soi fragile perçu dans la totalité. Et cela même si tout est relié à tout - et même parce que justement tout est lié.
Gary Snyder, La Pratique sauvage, "La marche continue des montagnes bleues"
Gary Snyder : (...) Dōgen disait : "Est-ce que tu vas essayer de t'améliorer toi-même ou est-ce que tu vas laisser l'Univers t'améliorer ?
Jim Harrison : Oui, parce que d'une certaine façon, c'est sans effort que tu ouvres ton coeur à ce territoire. Quand on est arrivés au bout de la montée, hier, c'était irrésistible. Tu vois ce que je veux dire ? Impossible d'empêcher l'ouverture de la cage thoracique. C'était là, dans le paysage.
On ne pouvait pas être là aujourd'hui sans penser à ce que Dōgen dit des montagnes et des rivières, et j'ai songé à cette idée qu'étudier le moi c'est oublier le moi, et qu'oublier le moi, c'est ne faire plus qu'un avec les dix mille choses – ces dix mille choses ne font plus qu'un avec toi.
Gary Snyder : "Les gens pensent souvent que l'art est la production humaine la plus hautement cultivée, disciplinée, organisée; or, s'il exige une longue préparation, l'art n'advient que si on laisse le sauvage y entrer.
Je me souviens de ce que Robert Duncan disait : "Pour que ce soit de la poésie, il faut à la fois de la musique et de la magie." Et la magie donne accès au sauvage. Il faut éteindre l'esprit calculateur!"
Je suis poète. Mes maîtres sont d'autres poètes, des Indiens d'Amérique, et quelques prêtres bouddhistes du Japon. Je représente ici ma propre circonscription électorale, le monde sauvage. Je veux être le porte-parole d'un royaume qui d'habitude n'a de délégué ni dans les salons intellectuels ni dans les assemblées gouvernementales.
(...) Hélas, il n'y a pas de sénateur pour 'tout ça'. Et je pense à de nouvelles définitions de l'humanisme et de la démocratie qui incluraient le non-humain, accorderaient des représentants à 'tout ça'. Voilà, selon moi, ce que nous voulons dire quand nous parlons de conscience écologique.