[Jess ] [ son incipit ]
J'étais à une fête en bas, dans le squat. Une fête merdique, avec un tas de vieux croûtons assis par terre, qui buvaient du cidre, fumaient des joints géants et écoutaient une sorte de reggae éclaté bizarre. À minuit, l'un d'eux s'est mis à applaudir, sarcastique, deux autres se sont marrés, et voilà tout - bonne année, et merci encore. Vous seriez arrivée à cette soirée la fille la plus heureuse de Londres, à minuit cinq vous auriez quand même eu envie de vous foutre en l'air. De toute façon, je n'étais pas la fille la plus heureuse de Londres. Loin de là.
J'y suis allée juste parce qu'on m'avait dit à la fac que Chas y serait, sauf qu'il n'était pas là. J'ai essayé sur son portable pour la millième fois, mais il l'avait éteint. Quand on s'est séparés, au début, il m'a accusée de le harceler. Le mot est un peu fort, je trouve. Je ne crois pas qu'on puisse dire «harceler» quand il s'agit juste de coups de fil, de lettres, d'e-mails, et de quelques coups frappés à la porte. Et je ne me suis pointée que deux fois à son boulot. Trois si on compte la fête de Noël, mais je ne la compte pas puisqu'il avait dit qu'il m'y emmènerait. Harceler quelqu'un, c'est le suivre dans les magasins, en vacances et tout ça, non ? Moi, je ne me suis jamais approchée d'un magasin. Et puis, quand on me doit une explication, je n'appelle pas cela du harcèlement. Quand on te doit une explication, c'est comme quand on te doit de l'argent, et pas juste un billet de cinq, en plus.
> lire la suite