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Christine Barbaste (Traducteur)
ISBN : 2264050837
Éditeur : 10-18 (2010)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 276 notes)
Résumé :
« Que fait-on lorsqu’on pense qu’on a gâché quinze ans de sa vie ? »

C’est la question gênante que se posent tous les personnages du nouveau roman de Nick Hornby. Il y a Annie et Duncan, la quarantaine sonnante, dont le couple de quinze ans d’âge montre d’inquiétantes fissures. Rien d’étonnant, car à y regarder de près, on ne sait plus très bien pourquoi ils sont ensemble.

Annie travaille au petit musée local de Gooleness, un job peu ho... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
fabienne2909
fabienne290910 février 2013
  • Livres 4.00/5
Est-il possible de rattraper les années de sa vie que l'on a gaspillées ? Et si l'on souhaite essayer, comment faire ?
Telle est la question que se posent les personnages principaux de "Juliet, naked" : Annie, lors de la fin de sa relation avec Duncan après 15 ans de bons et loyaux services, et surtout après avoir supporté pendant toutes ces années la passion dévorante que celui-ci éprouvait pour la musique et le mythe que représente Tucker Crowe, un musicien moyennement connu qui a décidé du jour au lendemain d'interrompre sa carrière ; Duncan suscité, qui, s'il ne réfléchit pas beaucoup sur sa vie et se laisse mener par les évènements, se prend pour un tel "crowologue" qu'il ne laisse personne le contredire sur les analyses de la vie et de l'oeuvre de son idole, se demande un jour s'il n'est pas passé à côté de la juste analyse de la musique qu'il aime tant ; Tucker, qui a "bousillé" toutes ses relations avec ses ex tant il était soûl et refusait d'être un tant soit peu acteur de sa vie à partir du moment où il a arrêté la musique (on apprendra pourquoi au cours de la deuxième moitié du roman).
Ainsi, cette question, essentielle mais difficile à regarder en face, Annie décide d'y apporter une réponse en reprenant sa vie en main, aidée par une pichenette du destin : après avoir écrit une critique incendiaire du dernier album de Tucker Crowe (le brouillon de son chef d'oeuvre "Juliet"), elle est contactée par ce dernier et noue alors une relation épistolaire avec lui, qui va ensuite être transposée dans la réalité. Une relation qui va être bouleversante pour Tucker comme pour elle... et qui découvriront tous les deux que si l'on ne pet rattraper le temps perdu, au moins peut-on tenter de donner à sa vie un nouvel aspect, un nouveau ressort, en vivant plus intensément.
"Juliet, naked" met ainsi en scène des personnages un peu paumés, plein de doutes, profondément humains, qui tentent, de plein gré ou entraînés par les évènements, de rebondir dans leur vie, et qui deviennent ainsi, au fur et à mesure que le livre avance, plus matures.
Ecrit avec beaucoup de finesse et d'humour, empreint de mélancolie et de douce-amertume, l'ouvrage répond ainsi à des questions que l'on peut se poser sur le sens de la vie et ce que l'on peut faire de la sienne si elle ne convient plus (notamment les thèmes du célibat, de la peur de l'avenir, de la question des enfants - en avoir ou pas ? -, ces questions qu'Annie redécouvre soudain, même si celle des enfants était présente auparavant, sont très justement analysées), ou encore sur les relations que l'on peut (souhaiter) avoir, ou non, avec ses enfants et avec les autres de manière générale.
L'ouvrage pose également des questions sur l'art, à travers le motif de la passion de Duncan pour un artiste, mais aussi des propres interrogations de cet artiste : qu'est-ce que l'art ? Travestir la réalité est-il bafouer l'art ? Est-on de ce fait un imposteur ? En étant aussi fan de quelqu'un, en le possédant en analysant (le plus souvent à tort) les moindres aspects, aime-t-on vraiment un artiste, ou bien l'image que l'on s'en fait ?
L'auteur répond d'ailleurs par l'humour et l'ironie à cette dernière question, puisqu'au final, c'est la personne la moins investie dans "Tucker Crowe", Annie, qui le connaîtra le mieux, faisant ainsi apparaître Duncan ridicule.
"Juliet, naked" est assurément un bel ouvrage, que je vous conseille vivement !
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Philippe67
Philippe6710 juin 2012
  • Livres 3.00/5
Inutile de vous re re re raconter le pitch d'autres l'ont fait avant moi.
Ce livre est un agréable moment avec des personnages bien travaillés et crédibles, je les ai accompagné avec plaisir.
Très anglais, beaucoup d'humour et de dérision.
Je n'ai mis que 3* car il m'a manqué un je ne sais quoi qui m'aurait emporté, mais je suis resté comme un spectateur.
Cela dit je vous le recommande pour vous faire votre propre opinion.
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LiliGalipette
LiliGalipette29 avril 2010
  • Livres 5.00/5
Roman (épreuve non corrigée) de Nick Hornby. À paraître le 6 mai 2010.
Gooleness, au nord de Londres. Annie et Duncan partagent une passion pour Tucker Crowe, "obscur musicien des années 80" (p. 64) qui n'a rien produit depuis vingt ans. Si Annie présente un intérêt raisonnable pour l'oeuvre de l'artiste, Duncan est un "crowologue" "tuckercentrique" (p. 22 et 14) Après avoir reçu les maquettes d'un album paru en 1986, Juliet - maquettes rassemblées sous le titre de Juliet, Naked - Duncan s'empare de la nouveauté. Mais son avis et celui d'Annie divergent, tout comme leurs chemins. Après quinze ans d'une relation stérile, Annie végète et se morfond dans un inassouvi désir d'enfant. de l'autre côté de l'Atlantique, Tucker Crowe est bien loin des fantasmes que ses fans nourrissent. Père trop vieux d'un enfant inquiet, aux côtés d'une énième épouse qu'il sait ne pas rendre heureuse, il regarde avec ironie les théories qui fleurissent sur sa reclusion et son silence.
Entrecoupé de faux articles prétendument tirés de Wikipédia et qui introduisent de nouveaux sujets ou de nouveaux personnages, le récit est bourré d'un humour féroce à l'encontre des dérives de l'Internet. S'il permet de trouver à peu près tout et n'importe quoi, il rassemble surtout des illusions, des mensonges et des théories farfelues nourries par des pseudo spécialistes. "Tout le monde a son site Web. [...] Plus personne ne tombe dans l'oubli." (p. 55) Et pourtant, Tucker Crowe aimerait bien qu'on l'oublie, qu'on "[arrête] de gloser à perte de vue sur un truc qui se serait passé dans des chiottes à Minneapolis." (p. 75)
Le récit pose des questions finement traitées sur le rapport entre la vie d'un personnage public et ceux qui la décortiquent comme une patte de crabe. Entre ce qu'un fan croit savoir de son idole, ce qu'il érige en vérité, les supputations dont il ne démord pas et la réalité de l'existence d'un artiste et sa vie privée, il y a des différences notoires. Et quelle ironie quand le fan dénie à l'artiste le droit de détenir la vérité sur sa propre vie! Peut-être parce que "la vérité au sujet de qui que ce soit est décevante." (p. 89)
Beaucoup de questions sur l'art se bousculent au fil des pages. Qui est qualifié pour parler d'une oeuvre? le néophyte, simple amateur d'une expression artistique, ou le spécialiste, traqueur du moindre détail, prêt à sacrifier sa vie au profit de la compréhension d'une création qui ne dépend pas de lui? Faut-il parler d'art en terme de ressenti ou en terme de science? Plus poussée même, une autre question: le public est-il à même de parler d'une oeuvre d'art, d'en comprendre l'origine et la portée? N'y a-t-il que son créateur pour savoir en parler et délivrer son sens? Sans que l'on sache en fin de roman qui a le plus de droit et de légitimité pour parler de l'oeuvre, tout le monde a pu y aller de son commentaire. "C'est ce qui est génial avec le grand art, non? [...] Ca peut vouloir dire des tas de choses" (p. 244) "à moins de reconnaître que toute opinion est valide." (p. 260)
Ce qui est très touchant dans ce roman, c'est le délicat et pudique effeuillage auquel les personnages se livrent. Comme Juliet, Naked, que j'ose traduire par "Juliet, Nue" ou "Juliet, Mise à nue", Annie et Tucker Crowe se dévoilent, d'abord à eux-mêmes dans leurs échecs et leurs regrets, puis à l'autre. Annie tente de reprendre en main sa vie, de rattraper quinze ans qui lui ont échappé sans qu'elle fasse rien pour les retenir. La relation cyber-épistolaire qu'elle entretient secrètement avec Tucker est une vengeance molle à l'encontre de Duncan. En le privant d'une vraie relation avec son idole, elle se réapproprie un peu d'estime d'elle-même et elle réveille la conviction éteinte qu'on peut lui porter de l'intérêt. Tucker ne se fait pas d'illusion sur l'échec de son existence. Gaspillées en beuveries et vaines relations, ses belles années sont loin. Il ne lui reste que l'envie d'être là pour son dernier garçon, le jeune Jackson, et de ne plus s'embarquer dans des histoires qu'il sabotera quoi qu'il arrive. le mythe des années 80 n'est plus là depuis longtemps. La statue est tombée et il ne reste que l'homme, plein de failles et tellement plus accessible.
Parsemé de références à des romans de Charles Dickens, le magasin d'antiquités, Barnaby Rudge ou Nicholas Nickleby, le récit est un hommage aux époques révolues qui suscitent la nostalgie de ceux qui refusent de voir la page se tourner. L'exposition sur les évènements de l'été 1964 dans la petite station balnéaire qu'organise Annie pour le musée de Gooleness est un autre de ces hommages au temps qui passe. Quelques photos jaunies, une affiche de concert, les restes d'un requin échoué sur la plage, et le tout compose une nature morte aux effluves salines.
Je n'ai jamais lu d'autres textes de Nick Hornby, mais après Juliet, Naked, aucun doute que je vais combler mes lacunes. L'auteur m'a prise par la main pour m'entraîner dans un monde d'embruns et de concerts enfumés, et j'en redemande, où qu'il puisse m'emmener.

Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/..
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yaki
yaki01 juillet 2014
  • Livres 3.00/5
Juliet, naked est un roman surprenant qui aborde de nombreux thèmes à travers l'histoire croisée de Annie, Duncan et Tuker.
Annie et Duncan vivent ensemble depuis 15 ans une histoire complètement monotone puisqu'ils se sont mis ensemble on ne sait pas trop pourquoi et qu'ils sont restés ensemble seulement par habitude. La situation qui ne semble pas gêner Duncan ennuie par contre Annie, d'autant plus qu'elle a sacrifié à cette histoire son désir d'enfant. A l'aube de la quarantaine ce sacrifice pèse terriblement à Annie. La seule chose qu'ils semblent partager (et encore !) c'est la passion de Duncan pour Tucker Crowe. Quand Annie et Duncan partent aux Etats-Unis découvrir les lieux qui ont fait la légende de Tucker c'est le début de la fin pour le couple... La fin de leur histoire est ensuite précipitée par l'arrivée du « nouvel » album de Tucker et les divergences d'opinion entre Annie et Duncan, ce dernier étant trop fan pour s'apercevoir que l'album est vraiment pitoyable comparé aux précédents ! Leur divergence d'idées, dans un premier temps, puis la séparation physique entre Duncan et Annie est extrêmement bien décrite avec beaucoup de finesse et d'analyse des sentiments humains. Nick Hornby réussit également à décrire comment les liens entre le couple mettent du temps à se défaire... En effet, malgré le fait que cet homme et cette femme n'aient jamais réellement éprouvé d'amour l'un pour l'autre, on ressent (surtout vers la fin du roman) toute la tendresse qui les lie après ces années passées ensemble.
Le roman aborde également, avec justesse, un thème très intéressant à savoir les liens entre les stars ou ex-stars et leurs fans. On voit la différence qu'il peut y avoir entre ce que ressent un fan à travers une oeuvre musicale et ce que ressent celui qui l'a créée, et dans le roman la différence est grande ! Duncan éprouve une réelle admiration pour l'album Juliet, Annie ressent une grande émotion à l'écoute des chansons, chacun d'eux s'imaginent des choses sur les sentiments de Tucker lorsqu'il a fait cet album et finalement c'est à cent lieux de ce que pensait le chanteur puisqu'on découvre que son soi-disant amour pour la muse de l'album, Julie, n'était pas réel. On touche du doigt une vraie réflexion sur l'art ! D'ailleurs la discussion entre Duncan et Tucker à la fin du roman est un moment clé de l'histoire et une vraie réflexion sur l'art en général.
J'ai été aussi très touchée par le personnage de Jackson, le fils de Tucker, et par leur amour inconditionnel, un bel hommage aux relations père/fils.
Par contre, l'histoire d'amour ou de début d'amour entre Annie et Tucker me semble trop classique, voire surfaite, et je trouve que finalement ça n'apporte pas grand chose au roman.
De plus, j'ai trouvé certaines longueurs dans le livre, mais le style fluide m'a quand même permis de le terminer. C'est donc un roman que j'ai lu avec plaisir et je ne regrette pas ma découverte d'un auteur que je ne connaissais jusqu'à présent que de nom...
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SagnesSy
SagnesSy05 novembre 2015
  • Livres 5.00/5
"Peut-être que Duncan et Linda devraient se mettre ensemble, songea Annie. Ils pourraient discuter entre gente compagnie et rester pantois l'un devant l'autre."
Annie et Duncan sont en couple par défaut. Ils ont uni leur solitude voilà déjà quinze ans, éléments déracinés venus s'échouer à Gooleness, petite station balnéaire britannique; du vent, de la pluie, des stands décrépis, des vieux (mmm ça me rappelle quelque chose, ça...). Pas d'amour entre eux deux, mais une connivence intellectuelle, un fragile statu quo basé sur des affinités communes et un certain désespoir.
Duncan est un abruti. Il n'a cessé de s'enfoncer à mes yeux, un exemple parmi cent autres : "Elle se comportait bizarrement, depuis quelques jours. Duncan n'aurait pas du tout été surpris qu'elle ait rencontré quelqu'un, elle aussi. N'aurait-ce pas été parfait ? Cela dit, il n'aurait pas aimé qu'elle parte avant qu'il ne s'assure que cette histoire avec Gina avait du potentiel, et ça, il était trop tôt pour le dire, vu qu'ils n'avaient pas encore de rencard." Il n'est pas complètement pourri non plus*, juste profondément inadapté. Il entretient une passion démesurée et fort mal canalisée pour un ancien chanteur américain obscur, dans la mémoire d'une poignée de losers à travers le monde, Tucker Crowe.
Ce dernier va réagir à un billet écrit par Annie sur lui sur le net (tout un contexte) et entamer une relation, dans un premier temps virtuelle, avec elle. Tucker m'a beaucoup plu, du début à la fin. Il écrit bien, il est profondément rock & roll, c'est un vrai lecteur, il aime Dickens**. Il choisit d'ailleurs Alfred Mantalini comme pseudo d'adresse mail et Dieu sait que ce personnage est hypocrite et peu fiable, mais souvenez-vous, sa femme ne peut s'empêcher d'y revenir sans cesse, elle l'aime envers et malgré et les évidences. C'est un choix très significatif.
Annie, enfin, est une femme pour laquelle j'ai ressenti beaucoup d'affection. "Elle n'aurait pas la possibilité d'utiliser quelques-unes des pierres angulaires de son lexique - des mots comme Atwood, Austen et Ayckbourn. Et ça, c'était juste pour la lettre A." Quand elle doit apporter des livres à Tucker, elle passe la nuit à dresser des listes dans sa tête. Elle a un humour froid et très anglais, aucune rancoeur, une vraie curiosité intellectuelle, aucun à priori sur les gens.
Et donc ces trois-là vont interagir avec le temps et les distances pour nous mener au bout d'une histoire pleine, contemporaine et prenante, pour le plus grand plaisir du lecteur.
* D'ailleurs ce qu'il dit à Tucker à la fin sur l'art et le talent est très joli et très juste. C'est cependant encore très ironique que cela le réhabilite aux yeux de ce dernier. On est tous pareil, certaines louanges nous atteignent d'où qu'elles viennent...)
** "Vous savez, au moins par mon adresse e-mail, que j'ai un faible pour Dickens - en ce moment, je lis sa correspondance. Il y en a douze volumes, de plusieurs centaines de pages chacun. Si Dickens n'avait écrit que des lettres, sa vie aurait déjà été très productive, or il n'a pas écrit que ça. Il y a aussi quatre volumes d'articles de journaux, et des gros. Il dirigea plusieurs publications périodiques. Il trouva le moyen de mener une vie sentimentale qui sortait des sentier battus, et d'entretenir quelques amitiés fertiles. Est-ce que j'oublie quelque chose ? Ah oui : une douzaine de romans parmi les plus grands de la langue anglaise. Alors je commence à me demander si mon engouement pour lui ne découle pas, en partie du moins, du fait qu'il est tout le contraire de moi. Il est pratiquement le seul type dont on peut regarder la vie et se dire : Tiens, en voilà un qui n'a pas perdu son temps. Ça arrive, pas vrai ? Que les contraires s'attirent ? Mais il n'y en a pas beaucoup, des gens comme Charlie."
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Les critiques presse (1)
LeFigaro18 juin 2011
Style nerveux et humour intact, l'auteur britannique traque les désillusions du couple, le spectre du temps qui passe et les écueils de la célébrité.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations & extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
kathelkathel26 juin 2010
Annie ne regrettait pas le voyage. Elle était déjà venue deux fois aux États-Unis, à San Francisco et à New York, mais elle aimait bien la façon dont Tucker les amenait dans des lieux qu'elle n'aurait jamais visités sans ça.
Bozeman, par exemple, se révéla être une jolie petite ville, entourée de chaînes de montagnes aux noms exotiques dont elle n'avait jamais entendu parler : la Big Belt, la Tobacco Root, les Spanish Peaks. Après avoir contemplé la petite maison qui n'avait rien de spécial, ils gagnèrent le centre-ville à pied et sirotèrent un thé glacé au soleil, à la terrasse d'un café bio, tandis qu'au loin un Spanish Peak, ou peut-être le sommet d'une Tobacco Root, menaçait de temps en temps de piquer le ciel bleu et froid. Annie avait connu des matinées pires que celle-là, lors de vacances bien plus prometteuses. À ses yeux, c'était une sorte de tour d'Amérique aléatoire, des épingles plantées dans une carte géographique. Elle en avait marre d'entendre parler de Tucker, certes, et de parler de lui, de l'écouter et d'essayer de démêler les motivations de chacune de ses décisions, tant d'ordre créatif que personnel. Mais elle en avait marre d'entendre parler de lui à la maison aussi, et elle préférait en avoir marre de lui dans le Montana ou dans le Tennessee qu'à Gooleness, la petite station balnéaire anglaise où elle vivait avec Duncan.
Le seul endroit qui ne figurait pas sur leur itinéraire, c'était Tyrone, en Pennsylvanie, où Tucker vivait prétendument, encore que, comme toute orthodoxie, celle-ci avait son lot d'hérétiques : deux ou trois membres de la communauté dédiée à Crowe souscrivaient à la théorie - intéressante mais grotesque, selon Duncan - qu'il vivait en Nouvelle-Zélande depuis le début des années 90. Tyrone n'avait même pas été évoqué comme une destination possible lorsqu'ils avaient planifié leur voyage, et Annie pensait savoir pourquoi. Deux ou trois ans plus tôt, un fan était allé jusqu'à Tyrone, il avait traîné dans le coin et fini par localiser ce qu'il avait cru être la ferme de Tucker Crowe ; il en était revenu avec une photo d'un type épouvantablement grisonnant et qui le menaçait d'une arme. Annie avait vu cette photo, à plusieurs reprises et la trouvait pitoyable.
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PCoussonPCousson13 juillet 2012
Pendant le plus clair des vingt dernières années, Tucker avait fait de Grace la clé d' un tas de choses. Elle était la raison pour laquelle il avait arreté de tarvailler ; chaque fois que Tucker avait été tenté de jeter un oeil à ce sac de noeuds, il avait dû le refermer au plus vite. Grace était la chambre d' amis qu' on n' époussetait jamais, l' e-mail auquel on ne répondait jamais, le prêt qu' on ne remboursait jamais,le symptôme qu' on ne décrivait jamais au toubib. Sauf qu' évidemment c' était bien pire que tout ça, puisqu' elle était sa fille, et non un e-mail ou une démangeaison.
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mandarine43mandarine4325 octobre 2011
Ils étaient venus d'Angleterre jusqu'à Minneapolis pour visiter des toilettes. La vérité pure de ce fait ne frappa Annie qu'une fois sur place : excepté les graffitis sur les murs, dont certains faisaient allusion à l'importance de ces toilettes dans l'histoire de la musique, l'endroit était froid et humide, chichement éclairé, malodorant et parfaitement banal. Les Américains avaient le don pour tirer le meilleur parti de leur héritage, mais là, il n'y avait pas grand-chose à en tirer.
«Annie, tu as l'appareil photo ? demanda Duncan.
- Oui. Mais tu veux faire une photo de quoi ?
- Eh bien, tu sais...
- Non.
- Eh bien... les toilettes.
- Quoi, les... Comment on appelle ça ?
- Les urinoirs. Ouais.
- Tu veux être sur la photo ?
- Je devrai faire semblant de pisser ?
- Si tu veux.»
Duncan se posta donc devant l'un des trois urinoirs, celui du milieu, plaça les mains de façon convaincante devant lui, et sourit à Annie par-dessus son épaule.
«C'est bon ?
- Je ne sais pas si le flash a marché.
- Prends-en une autre. Ce serait idiot d'avoir fait tout ce chemin et de ne pas en avoir une bonne.»
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SagnesSySagnesSy05 novembre 2015
Vous savez, au moins par mon adresse e-mail, que j'ai un faible pour Dickens - en ce moment, je lis sa correspondance. Il y en a douze volumes, de plusieurs centaines de pages chacun. Si Dickens n'avait écrit que des lettres, sa vie aurait déjà été très productive, or il n'a pas écrit que ça. Il y a aussi quatre volumes d'articles de journaux, et des gros. Il dirigea plusieurs publications périodiques. Il trouva le moyen de mener une vie sentimentale qui sortait des sentier battus, et d'entretenir quelques amitiés fertiles. Est-ce que j'oublie quelque chose ? Ah oui : une douzaine de romans parmi les plus grands de la langue anglaise. Alors je commence à me demander si mon engouement pour lui ne découle pas, en partie du moins, du fait qu'il est tout le contraire de moi. Il est pratiquement le seul type dont on peut regarder la vie et se dire : Tiens, en voilà un qui n'a pas perdu son temps. Ça arrive, pas vrai ? Que les contraires s'attirent ? Mais il n'y en a pas beaucoup, des gens comme Charlie.
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nannou71nannou7104 janvier 2016
Elle avait besoin de penser. Ou, plus exactement, elle avait besoin d'arrêter de penser au truc auquel elle pensait, si elle voulait avoir une chance de penser à quelque chose d'autre ce jour-là ; et ce à quoi elle pensait, plus encore qu'à Tucker Crowe et à sa vie compliquée, c'était comment "Naked" avait empoisonné l'air qu'elle respirait dans sa maison.
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Vidéo de Nick Hornby
Nick Hornby's FUNNY GIRL 'Barbara and Jim' 1963
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