> Michel Butor (Préfacier, etc.)
> Pierre Albouy (Éditeur scientifique)

ISBN : 207042085X
Éditeur : Gallimard (2002)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.94/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres
Le jeune homme insolent et grandiose qui avait signé Lautréamont en 1868, Isidore Ducasse, écrivit en 1870 sous le titre Les Poésies la réfutation la plus radicale du romantisme du malheur, de ses propres chants, la condamnation de ce qui devint le baudelairisme. Pour l... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par gigi55, le 07 novembre 2010

    gigi55
    Le poème du jardin des plantes
    I.
    Le comte de Buffon fut bonhomme, il créa
    Ce jardin imité d'Évandre et de Rhéa
    Et plein d'ours plus savants que ceux de la Sorbonne,
    Afin que Jeanne y puisse aller avec sa bonne ;
    Buffon avait prévu Jeanne, et je lui sais gré
    De s'être dit qu'un jour Paris un peu tigré,
    Complétant ses bourgeois par une variante,
    La bête, enchanterait cette âme souriante ;
    Les enfants ont des yeux si profonds, que parfois
    Ils cherchent vaguement la vision des bois ;
    Et Buffon paternel, c'est ainsi qu'il rachète
    Sa phrase sur laquelle a traîné sa manchette,
    Pour les marmots, de qui les anges sont jaloux,
    A fait ce paradis suave, orné de loups.
    J'approuve ce Buffon. Les enfants, purs visages,
    Regardent l'invisible, et songent, et les sages
    Tâchent toujours de plaire à quelqu'un de rêveur.
    L'été dans ce jardin montre de la ferveur ;
    C'est un éden où juin rayonne, où les fleurs luisent,
    Où l'ours bougonne, et Jeanne et Georges m'y conduisent.
    C'est du vaste univers un raccourci complet.
    Je vais dans ce jardin parce que cela plaît
    À Jeanne, et que je suis contre elle sans défense.
    J'y vais étudier deux gouffres, Dieu, l'enfance,
    Le tremblant nouveau-né, le créateur flagrant,
    L'infiniment charmant et l'infiniment grand,
    La même chose au fond ; car c'est la même flamme
    Qui sort de l'astre immense et de la petite âme.
    Je contemple, au milieu des arbres de Buffon,
    Le bison trop bourru, le babouin trop bouffon,
    Des bosses, des laideurs, des formes peu choisies,
    Et j'apprends à passer à Dieu ses fantaisies.
    Dieu, n'en déplaise au prêtre, au bonze, au caloyer,
    Est capable de tout, lui qui fait balayer
    Le bon goût, ce ruisseau, par Nisard, ce concierge,
    Livre au singe excessif la forêt, cette vierge,
    Et permet à Dupin de ressembler aux chiens.
    (Pauvres chiens !) — Selon l'Inde et les manichéens,
    Dieu doublé du démon expliquerait l'énigme ;
    Le paradis ayant l'enfer pour borborygme,
    La Providence un peu servante d'Anankè,
    L'infini mal rempli par l'univers manqué,
    Le mal faisant toujours au bien quelque rature,
    Telle serait la loi de l'aveugle nature ;
    De là les contresens de la création.
    Dieu, certe, a des écarts d'imagination ;
    Il ne sait pas garder la mesure ; il abuse
    De son esprit jusqu'à faire l'oie et la buse ;
    Il ignore, auteur fauve et sans frein ni cordeau,
    Ce point juste où Laharpe arrête Colardeau ;
    Il se croit tout permis. Malheur à qui l'imite !
    Il n'a pas de frontière, il n'a pas de limite ;
    Et fait pousser l'ivraie au beau milieu du blé,
    Sous prétexte qu'il est l'immense et l'étoilé ;
    Il a d'affreux vautours qui nous tombent des nues ;
    Il nous impose un tas d'inventions cornues,
    Le bouc, l'auroch, l'isard et le colimaçon ;
    Il blesse le bon sens, il choque la raison ;
    Il nous raille ; il nous fait avaler la couleuvre !
    Au moment où, contents, examinant son œuvre,
    Rendant pleine justice à tant de qualités,
    Nous admirons l'œil d'or des tigres tachetés,
    Le cygne, l'antilope à la prunelle bleue,
    La constellation qu'un paon a dans sa queue,
    D'une cage insensée il tire le verrou,
    Et voilà qu'il nous jette au nez le kangourou !
    Dieu défait et refait, ride, éborgne, essorille,
    Exagère le nègre, hélas, jusqu'au gorille,
    Fait des taupes et fait des lynx, se contredit,
    Mêle dans les halliers l'histrion au bandit,
    Le mandrille au jaguar, le perroquet à l'aigle,
    Lie à la parodie insolente et sans règle
    L'épopée, et les laisse errer toutes les deux
    Sous l'âpre clair-obscur des branchages hideux ;
    Si bien qu'on ne sait plus s'il faut trembler ou rire,
    Et qu'on croit voir rôder, dans l'ombre que déchire
    Tantôt le rayon d'or, tantôt l'éclair d'acier,
    Un spectre qui parfois avorte en grimacier.
    Moi, je n'exige pas que Dieu toujours s'observe,
    Il faut bien tolérer quelques excès de verve
    Chez un si grand poète, et ne point se fâcher
    Si celui qui nuance une fleur de pêcher
    Et courbe l'arc-en-ciel sur l'Océan qu'il dompte,
    Après un colibri nous donne un mastodonte !
    C'est son humeur à lui d'être de mauvais goût,
    D'ajouter l'hydre au gouffre et le ver à l'égout,
    D'avoir en toute chose une stature étrange,
    Et d'être un Rabelais d'où sort un Michel-Ange.
    C'est Dieu ; moi je l'accepte.
    Et quant aux nouveau-nés,
    De même. Les enfants ne nous sont pas donnés
    Pour avoir en naissant les façons du grand monde ;
    Les petits en maillot, chez qui la sève abonde,
    Poussent l'impolitesse assez loin quelquefois ;
    J'en conviens. Et parmi les cris, les pas, les voix,
    Les ours et leurs cornacs, les marmots et leurs mères,
    Dans ces réalités semblables aux chimères,
    Ébahi par le monstre et le mioche, assourdi
    Comme par la rumeur d'une ruche à midi,
    Sentant qu'à force d'être aïeul on est apôtre,
    Questionné par l'un, escaladé par l'autre,
    Pardonnant aux bambins le bruit, la fiente aux nids,
    Et le rugissement aux bêtes, je finis
    Par ne plus être, au fond du grand jardin sonore,
    Qu'un bonhomme attendri par l'enfance et l'aurore,
    Aimant ce double feu, s'y plaisant, s'y chauffant,
    Et pas moins indulgent pour Dieu que pour l'enfant.
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    • Livres 4.00/5
    Par gigi55, le 07 novembre 2010

    gigi55
    Ces poèmes sont à la fois pleins de fraicheur et de profondeur.
    Un par jour pendant six mois, et çà vous tient en forme.
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    • Livres 3.00/5
    Par gusber, le 17 juin 2011

    gusber
    Là aussi, Hugo est génial!

    Lien : http://dbmail.com
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Citations et extraits

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  • Par Orphea, le 20 mars 2012

    Je rêve l'équité, la vérité profonde,
    L'amour qui veut, l'espoir qui luit, la foi qui fonde,
    Et le peuple éclairé plutôt que châtié.
    Je rêve la douceur, la bonté, la pitié,
    Et le vaste pardon. De là ma solitude.
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  • Par Orphea, le 20 juin 2010

    Les enfants pauvres

    Prenez garde à ce petit être ;
    Il est bien grand, il contient Dieu.
    Les enfants sont, avant de naître,
    Des lumières dans le ciel bleu.

    Dieu nous les offre en sa largesse ;
    Ils viennent ; Dieu nous en fait don ;
    Dans leur rire il met sa sagesse
    Et dans leur baiser son pardon.

    Leur douce clarté nous effleure.
    Hélas, le bonheur est leur droit.
    S'ils ont faim, le paradis pleure.
    Et le ciel tremble, s'ils ont froid.

    La misère de l'innocence
    Accuse l'homme vicieux.
    L'homme tient l'ange en sa puissance.
    Oh ! quel tonnerre au fond des cieux,

    Quand Dieu, cherchant ces êtres frêles
    Que dans l'ombre où nous sommeillons
    Il nous envoie avec des ailes,
    Les retrouve avec des haillons !

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  • Par Orphea, le 20 mars 2012


    Qu'est-ce que cette terre ? Une tempête d'âmes.
    Dans cette ombre, où, nochers errants, nous n'abordâmes
    Jamais qu'à des écueils, les prenant pour des ports ;
    Dans l'orage des cris, des désirs, des transports,
    Des amours, des douleurs, des veux, tas de nuées ;
    Dans les fuyants baisers de ces prostituées
    Que nous nommons fortune, ambition, succès ;
    Devant Job qui, souffrant, dit : Qu'est-ce que je sais ?
    Et Pascal qui, tremblant, dit : Qu'est-ce que je pense ?
    Dans cette monstrueuse et féroce dépense
    De papes, de césars, de rois, que fait Satan ;
    En présence du sort tournant son cabestan
    Par qui toujours — de là l'effroi des philosophes —
    Sortent des mêmes flots les mêmes catastrophes ;
    Dans ce néant qui mord, dans ce chaos qui ment,
    Ce que l'homme finit par voir distinctement,
    C'est, par-dessus nos deuils, nos chutes, nos descentes,
    La souveraineté des choses innocentes.
    Étant donnés le cœur humain, l'esprit humain,
    Notre hier ténébreux, notre obscur lendemain,
    Toutes les guerres, tous les chocs, toutes les haines,
    Notre progrès coupé d'un traînement de chaînes,
    Partout quelque remords, même chez les meilleurs,
    Et par les vents soufflant du fond des cieux en pleurs
    La foule des vivants sans fin bouleversée,
    Certes, il est salutaire et bon pour la pensée,
    Sous l'entre-croisement de tant de noirs rameaux,
    De contempler parfois, à travers tous nos maux
    Qui sont entre le ciel et nous comme des voiles,
    Une profonde paix toute faite d'étoiles ;
    C'est à cela que Dieu songeait quand il a mis
    Les poètes auprès des berceaux endormis.
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  • Par ArnaudP, le 06 octobre 2010

    Ne la réveillez pas. Cela dort, une rose.
    Jeanne au fond du sommeil médite et se compose
    Je ne sais quoi de plus céleste que le ciel.
    De lys en lys, de rêve en rêve, on fait son miel,
    Et l'âme de l'enfant travaille, humble et vermeille,
    Dans les songes ainsi dans les fleurs l'abeille
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  • Par ArnaudP, le 05 octobre 2010

    Tout pardonner, c'est trop ; tout donner, c'est beaucoup !
    Eh bien, je donne tout et je pardonne tout
    Aux petit ; et votre œil sévère me contemple.
    Toute cette clémence est de mauvais exemple.
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Hugh Jackman et Anne Hathaway sur le plateau de l'adaptation cinématographique des Misérables de Victor Hugo par Tom Hooper (Discours d'un roi).








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