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ISBN : 2070327442
Éditeur : Gallimard (1993)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Récits de rêves, opinions, souvenirs, réflexions morales, notes sur la littérature : ce Journal en miettes n'est pas un journal habituel, où seraient consignés, au jour le jour, les événements d'une vie. C'est, en quelque sorte, à une entreprise contraire que se livre ici Eugène Ionesco : raconter, non pas chaque jour ce qui arrive, mais chaque jour ce qui n'arrive pas.
Un homme cherche à surmonter la crise permanente qu'est la pensée de la vie et de la mort,... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
colimasson
colimasson28 septembre 2015
  • Livres 2.00/5
Flaubert, pas trop con, avait écrit : « Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure nous en reste aux doigts ». Il faut parfois écouter les vieux, ils n'ont pas tort. Si j'avais su, je ne me serais pas mise à courir comme une dératée et langue pendante derrière mon idole littéraire de jeunesse, après avoir reçu l'oeuvre théâtrale d'Ionesco comme la révélation d'une obsession partagée de l'absurde et de tous ces trucs qui ne servent à rien, mais qui constituent une vie. Mais non, je me suis procurée son Journal en miettes comme j'aurais braqué la porte d'entrée de son bureau pour fouiller dans son tiroir et en extraire les petits mots dégueulasses qu'il s'écrivait à lui-même. Immense duperie : en fait de journal, une justification baveuse. Ses pages sentent le chiqué passées les trois premières minutes de lecture.

On subit d'entrée de jeu ses souvenirs d'enfance gratinés d'une fausse mélancolie -on les appellerait « Les malheurs d'Eugène ». Suivent ensuite quelques réflexions sur la littérature et des auteurs par-ci par-là, des notes et morceaux retirés sur la pièce « le roi se meurt » (peut-être la meilleure section de ce journal), un genre d'essai sans direction ni profondeur sur Freud, Jung et la psychanalyse en général, et puis beaucoup de rêves, pratiquement plus que de ça vers la fin. Des rêves bruts, sans perspective ni densité. Or, nous savons tous très bien, pour avoir voulu peut-être partager nos rêves avec quelques proches qu'on pensait pourtant passionnés par notre vie intérieure, que ceux-ci ne suscitent l'intérêt de personne d'autre que le rêveur. de toute façon, les rêves décrits par Ionesco semblent étrangement trop précis pour être authentiques. Souhaitait-il donner une version littéraire des toiles de Dali ?

Heureusement, Ionesco sait parfois être plus sincère et se dévoile sans gloriole. On découvre par exemple que son obsession pour l'absurde n'est sans doute pas étrangère à l'orientation qu'a prise sa vie vers la littérature, par un hasard totalement fortuit, suite au succès de petites pièces écrites sans vraiment y penser, comme d'autres font leurs mots croisés ou promènent bébé au parc.

« Je me dis depuis pas mal de temps que je devrais tout de même commencer à écrire mon oeuvre, la vraie. Au fond, le théâtre n'est pas ma vocation véritable. Ayant écrit une pièce de théâtre, après avoir écrit d'autres sortes de choses, j'ai eu envie d'en écrire une seconde, puis ayant réussi à intéresser plusieurs personnes à cette seconde pièce, je me suis mis à en faire une troisième. Par la suite, réussissant à gagner ma vie avec la quatrième ou la cinquième pièce, j'ai continué bien sûr à en faire d'autres, à ne plus faire que cela. »

On découvre également un Ionesco beaucoup moins mature que dans ses pièces de théâtre, travaillé à mort, comme n'importe quel vieux qui réaliserait, mais un peu trop tard, que la vie pose aux vivants des questions essentielles. Doit-nous encaisser notre déception ou supposer qu'Ionesco cachait un fond de schizophrénie ? Lui qui semblait s'être répondu à travers ses pièces ne serait-il en fait qu'un type qui écrit sans se comprendre ? Ce n'est pas gentil mais de toute façon, ce n'est pas moi qui le dis. Ionesco lui-même en a marre de la littérature et de l'apitoiement de l'auto-analyse littéraire.

« le verbe est devenu du verbiage. Tout le monde a son mot à dire.
Le mot ne montre plus. le mot bavarde. le mot est littéraire. le mot est une fuite. le mot empêche le silence de parler. le mot assourdit. Au lieu d'être action, il vous console comme il peut de ne pas agir. »

C'est pour cela qu'il parle tout le temps de psychanalyse, devinant que cette discipline, à l'opposé de la littérature, permet une exploration décisive du coeur pour s'instruire de sa voie personnelle, alors que la littérature explore le coeur et ne crache que des rebuts stériles, conduit à la torture de soi-même et au désespoir. Mais, et c'est là où je voulais en venir, Eugène Ionesco m'agace : il nous balance son Journal en miettes comme une trituration personnelle, dédiée à soi et pour soi, alors qu'elle apparaît comme un genre de travail d'écolier qui attend une bonne note. Et de nous citer tel grand mec de la psychanalyse, telle philosophie orientale, tel Absolu supersonique, alors qu'il reste éperdument empaffé de ses malheurs, trop ravi d'avoir de la littérature à faire plutôt que rien. Et pourtant, il déteste cette littérature ! Mais parce qu'il ne sait rien faire d'autre et qu'il sait pourtant qu'autre chose l'attend, pris au piège de son théâtre, englué là-dedans à mort, il n'arrive à rien de plus. Et mieux il le constate, plus il s'empâte. J'ai touché à l'idole et il n'en reste plus grand-chose. Honte à moi mais si je me permets de critiquer Ionesco aussi injustement, c'est parce que j'ai vénéré ses textes dramatiques. Ici, il se présente comme une sous-merde décevante, n'arrivant pas à cracher une phrase qui arriverait à la hauteur de la réplique la plus minable de la Cantatrice Chauve. Sachant cela, je relirais peut-être ses pièces avec un émerveillement renouvelé, ne croyant pas exagérer lorsque je ponctuerais chaque scène par le balbutiement du miracle.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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Sofi
Sofi19 novembre 2010
  • Livres 4.00/5
On connaît surtout Ionesco pour sa Cantatrice chauve et ses Rhinocéros. Si ce Journal en miettes vaut d'être lu, c'est tout simplement parce qu'il offre une vision tout à fait différente de celle que l'on possède du dramaturge de l'absurde.
Le Journal en miettes est un journal sans dates : première entorse au genre, dont on comprend assez vite le sens. Ionesco se présente, et de façon cruellement sincère, comme un homme en proie aux pires angoisses. Une peur de la mort constante agite ses pages, et prend vite le pas sur ces quelques miettes de souvenirs qui ouvrent son texte.
Rapidement, c'est un journal de rêves qui se met en place, tout de suite analysé par "Z." le psychanalyste omniprésent, mais qui, in fine, ne résout rien, ou simplement n'apaise pas le doute.
Parfois, comme des bouffées d'air dans cette introspection innervée par le désespoir, un petit texte, en italique, intervient : une scénette où l'absurde reprend ses droits, et où la littérature figure comme une ponctuation saine (un point et virgule ?) dans ce journal obsédé par le point final.
Il y a bien quelques réflexions sur l'écriture du théâtre, un beau réquisitoire contre Sartre, et quelques notes sur l'obsession du "collectif" dans l'Histoire du XXème siècle, mais tout cela est avant tout un journal de mort : les souvenirs d'enfance sont précisément ceux où Ionesco n'avait pas encore conscience de sa finitude, et tous les rêves décrits sont des rêves de réparation (où les morts revivent et s'agitent dans ces situations absurdes dans lesquelles le sommeil sait si bien nous déposer).
Toutes les autres notes, enfin, sont tournées du côté du "sens" à donner à la vie, du côté de la recherche des "clés" de l'énigme universelle, dans une lutte constante de l'écrivain contre la défaite intellectuelle, présentée comme telle, du "à quoi bon ?"
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vincentf
vincentf01 juillet 2010
  • Livres 4.00/5
Récits de rêves, angoisses, pensée de la mort, obsédante, tentative de la dépasser, Ionesco cherche à y comprendre quelque chose. Tentations bouddhiques, psychanalytiques, judaïques, apaisement esquissé, mais rien n'y fait. Il ne rêve pas le rêve absolu, qui éclairerait la réalité et il continue à vivre, à aimer vivre dans l'angoisse, la pire des peurs parce qu'elle ne sait pas de quoi elle a peur. Comprend-on mieux l'oeuvre d'Ionesco en lisant son journal ? Oui, on retrouve, expliquées, ses obsessions, le langage qui ne dit rien dans La Cantatrice chauve, la mort dans le roi se meurt, etc, mais, il le dit lui-même, tout ça, c'est du contexte qui entoure l'oeuvre, qui dit tout ce qui permet l'oeuvre, mais ne dit rien, fondamentalement rien sur l'oeuvre, qui est oeuvre justement parce qu'elle résiste.
Bien souvent, les pensées exprimées par Ionesco sont banales, la mort inéluctable, le mystère du « je », l'inutilité de la littérature, etc. Ce qui est intéressant, c'est que cette banalité est assumée. Les questions que se pose Eugène Ionesco, tout le monde se les pose et invente des réponses. Lui ne ment pas. Il n'a pas de réponse, cherche, échoue, son oeuvre demeure absurde. Ses rêves n'ont pas d'explications. L'angoisse reste.
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Citations & extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson26 octobre 2015
Cet acharnement à me connaître et à connaître, j’aurais dû l’avoir plus tôt. Si je m’y étais pris à temps, peut-être serais-je arrivé à quelque chose. Au lieu de faire de la littérature. Quel temps perdu, quel gaspillage, je croyais que j’avais tout mon temps.
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cathcorcathcor22 février 2012
Si on parle tellement du langage, c'est que l'on est obsédé par ce qui vous manque. Du temps de la tour de Babel on devait aussi beaucoup parler du langage. Presque autant qu'aujourd'hui. Le verbe est devenu du verbiage. Tout le monde a son mot à dire.
Le mot ne montre plus. Le mot bavarde. Le mot est littéraire. Le mot est une fuite. Le mot empêche le silence de parler. Le mot assourdit. Au lieu d'être action, il vous console comme il peut de ne pas agir .Le mot use la pensée. Il la détériore Le silence est d'or. La garantie du mot doit être le silence Hélas! c'est l'inflation! Ceci est encore un mot. Quelle civilisation!
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colimassoncolimasson16 octobre 2015
Je préfère Jung à Freud. Jung ne vous défend pas la religion. On sait qu’il affirme qu’elle est un besoin psychologique et que, puisqu’elle est un besoin, elle répond à une vérité.
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colimassoncolimasson06 octobre 2015
La psychanalyse éclaire, elle ne juge pas. La psychanalyse explique aussi pourquoi l’on juge, elle ne juge pas le jugement non plus.
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cathcorcathcor22 février 2012
Chaque visage nouveau me met en panique: quel est l'enfer, quelle sorte d'enfer s'abrite sous cette façade?
Ce que l'on connaît de chacun, c'est tout d'abord sa politesse, sa retenue. Il ne faut pas aller plus loin, nous tomberions dans l'abîme. Qui as-tu tué, au moins en esprit, toi qui es vêtu en habit du dimanche? Et toi, ma jolie, combien d'êtres as-tu voulu tuer, qui voudrais-tu tuer encore, voudrais-tu que je me mette à ta disposition pour détruire les vies qui te gênent?...
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Video de Eugène Ionesco (93) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eugène Ionesco
Entretien avec Ionesco. Il parle de son enfance, de ses études, de son besoin de solitude
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