Pour moi, le plus grand dramaturge français du 20ème siècle est sans aucun doute
Ionesco. Ce Roumain d'origine qui adopta la langue française et inventa en 1950, avec
La Cantatrice chauve, le théâtre de l'absurde nous a donné une oeuvre aussi abondante qu'intelligente où brillent au moins une demi-douzaine de "classiques". Ses deux pièces les plus remarquables sont sûrement
Les Chaises et
Rhinocéros, mais personnellement c'est celle-ci que je préfère.
Le concept en est d'une rare simplicité, puisqu'on assiste tout bonnement à l'agonie d'un homme, lequel, tout roi qu'il est, symbolise évidemment chacun d'entre nous. Au fur et à mesure que la pièce se déroule, l'issue fatale se rapproche et l'on voit le mourant passer par toutes sortes d'émotions contradictoires, de la surprise à la peur en passant par l'indignation.
Le plus paradoxal, dans cette oeuvre, c'est qu'elle traite le thème le plus tragique qu'on puisse concevoir sans jamais virer à la tragédie. Ce n'est pas une farce non plus, bien sûr. Non, c'est une tragi-comédie, à l'image de la vie, moitié rires, moitié larmes. Un jour, tôt ou tard, il faut mourir, nous dit
Ionesco, c'est inévitable, inéluctable, et pourtant, jusqu'au dernier moment, vainement, puérilement, nous essayons de refuser l'évidence, d'échapper à la sentence. Ainsi va la nature humaine!
Cette pièce, en définitive, comme toutes les grandes pièces, est un miroir qui nous met face à nous-mêmes, qui nous confronte à nos angoisses les plus profondes, à nos interrogations les plus intimes. Rarement le théâtre a été aussi proche de la philosophie!