> Yasmin Hoffmann (Traducteur)
> Maryvonne Litaize (Traducteur)

ISBN : 2020508729
Éditeur : Editions du Seuil (2002)


Note moyenne : 3.59/5 (sur 27 notes) Ajouter à mes livres
Quatrième de couverture
Elle ne boit pas, ne fume pas, couche encore à 36 ans dans le lit maternel et aime bien rester chez elle. Chaque fois que ses horaires de professeur de piano au conservatoire de Vienne le lui permettent, elle se plaît à fréquenter les ciné... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 08 octobre 2008

    Woland
    Die Klavierspielerin
    Traduction : Y. Hoffmann & M. Litaize
    Livre sulfureux, hérissé de tessons de bouteilles et de lames de rasoir que l'héroïne verse, pilés, dans la poche d'une rivale ou utilise pour s'auto-mutiler, « La Pianiste » est un roman d'une noirceur rare que je recommande personnellement d'offrir à tout parent castrateur, qu'il soit de sexe féminin ou masculin. L'idéal serait bien sûr de les contraindre à le lire jusqu'au bout ...

    L'argument de base est le suivant : une mère castratrice, que Jelinek ne désigne jamais autrement que sous le terme générique de « la mère," vampirise sa fille depuis sa naissance. Elle lui a volé sa jeunesse, lui a imposé ses ambitions personnelles qui rêvaient d'un rejeton virtuose et, après l'échec d'Erika dans une carrière de pianiste internationale, l'a orientée vers le professorat. Avec cette redoutable mère, pas de promiscuité déplacée avec les autres enfants et, l'âge venu, pas d'amourettes non plus - encore moins de rapports sexuels ! ... D'ailleurs, tous les soirs, c'est dans l'ancien lit conjugal qu'Erika Kohut monte docilement s'endormir auprès de sa maman …
    A trente-six ans, Erika est une refoulée, une frustrée, une malheureuse aussi qui, sous des dehors d'une pondération et d'une sécheresse remarquables, dissimule une folie croissante – son père est depuis longtemps dans une maison de retraite pour malades mentaux et une ou deux fois, Jelinek sous-entend que son mariage avec la mère n'a pas arrangé les choses.
    Tourmentée par le démon du sexe – car, pour elle, le sexe n'est qu'un démon – elle n'a pour exutoires que les peep-shows viennois ou encore les parcs bien sombres où s'ébattent les prostituées et leurs clients. De temps à autre, pour faire bonne mesure, elle s'enferme chez elle quand la mère dort et se plante des lames de rasoir et des aiguilles dans la peau, voire sur les muqueuses. Et elle attend l'Amour – un amour qui la rouera de coups et l'humiliera, qui l'abandonnera pendant des heures enchaînée et bâillonnée après l'avoir copieusement insultée et humiliée …
    Justement, l'un de ses jeunes élèves, Walter Klemmer, s'est mis en tête de la séduire. Un peu fat comme nombre d'hommes, il pense même, selon la formule consacrée, lui "révéler" l'amour. Mais les événements ne prendront pas hélas ! le tour que souhaite Erika. Naïve et sans expérience, elle s'est trompée d'amant et comme c'était sa dernière chance …
    La prose est rageuse, heurtée, noircie et renoircie à plaisir. Les dialogues sont inexistants. Par ci, par là, surtout sur la fin, Erika et Walter laissent échapper des phrases mais c'est Jelinek, le lecteur l'entend presque, qui parle ainsi à la première personne et non ses personnages. A chaque ligne, la haine et la rancœur explosent. Contre la mère de l'auteur, contre la société autrichienne, contre les faux-semblants viennois. Seule, la musique s'en sort relativement bien – à l'exception de Mozart que ni Erika, ni Walter n'apprécie.
    Sans vouloir être « vieux jeu », je ne pense pas que ce livre soit à mettre entre des mains trop jeunes ou trop inexpérimentées. Il faut en effet avoir atteint un certain degré d'expérience et de libération personnelles pour admettre que les sentiments castrateurs d'un père ou d'une mère trouvent leur source dans la sexualité. Jelinek le proclame sans ambages dans une scène étouffante où Erika, après avoir "trahi" sa mère avec Walter, la rejoint dans le fameux lit et la couvre de baisers dans un corps à corps ambigu. Et Jelinek voit juste même si elle révolte le lecteur moyen, celui qui n'a pas eu de mère ou de père abusifs.
    "La Pianiste" est un texte relativement court (250 pages dans la collection "Points") mais singulièrement dense. J'ajouterai qu'il est rare de voir une femme s'exprimer et écrire aussi brutalement. Ceci dit, l'émotion et l'ironie - une ironie féroce et sanglante - sont loin d'être absentes de cette oeuvre qui contribua à faire attribuer le Prix Nobel de Littérature 2004 à Elfriede Jelinek.
    Un peu plus sur Jelinek :
    http://www.linternaute.com/sortir/auteurs/laureats-prix-litteraires-2004/jelinek.shtml
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par mimipinson, le 12 février 2011

    mimipinson
    A sa sortie, j'avais vu le film ; je l'avais trouvé dérangeant, dur, mais joué à la perfection.
    Je ressors de cette lecture un peu groggy. En effet, tout est dense et implacable dans cet ouvrage. Voici un roman, composé de deux parties à peine identifiées, sans aucun chapitre, et dont le contenu de chaque partie est à peine aéré. La densité du texte rend le contenu encore plus lourd. Je ressens comme un essoufflement à la lecture, car on ne sait pas où s'arrêter, bien qu'il faille s'arrêter, tellement c'est difficile. Ce livre ne se lit pas d'une traite, il nécessite que l'on prenne son temps.
    Bien que la trame de l'histoire ne se situe pas en huis clos, l'impression qui se dégage est celle d'un enfermement, un enferment psychologique des personnages, et notamment les deux protagonistes féminins.
    Erika est professeur de piano au conservatoire de musique de Vienne. Elle a 36 ans, et vit (encore) chez sa mère….et dès les premières lignes, on imagine quel sera le psychisme de l'enfant, comme se plait à l'appeler sa mère. Cette mère qui est tyrannique, culpabilisante, infantilisante, abaissante, jalouse de sa fille, qui n'a jamais fait de place au père, et qui formera avec Erika un couple assez glauque.
    Erika, en effet, partage avec sa mère le lit conjugale, et est installée dans une relation de dépendance à sa mère, qui lui rappelle constamment les sacrifices consentis pour elle, afin qu'elle se consacre à son art : la musique.
    « le métier d'Erika, la passion d'Erika ne font qu'un : c'est la musique, puissance céleste. »
    « Souvent la mère est prise d'inquiétude, car tout possédant doit apprendre d'abord, et il l'apprend dans la douleur, que la confiance c'est bien, mais le contrôle c'est mieux. »
    «Chez Erika, tout ce qui peut être fermé est fermé. »
    Erika a reçu une éducation rigide, autoritaire, dénuée de toute image et repères masculins, l'homme ayant été diabolisé par la mère. Et, c'est là son drame. Il y a un fossé abyssal entre l'image policée, rigide, cassante, et lisse qu'elle donne lorsqu'elle enseigne « Madame le professeur », et celle dépravée, dévergondée, et névrosée lorsqu'elle sort du conservatoire pour aller dans les peepshow, et jouer les voyeuses dans les parcs un peu chauds de la ville de Vienne.
    « Mais Erika ne veut pas passer à l'acte, elle veut simplement regarder. »
    De cette absence de repère masculin, Erika sera incapable d'aimer, elle qui de par l'éducation maternelle est incapable de s'aimer. Sa relation aux hommes parait bien compromise.
    « Erika ne sent rien et n'a jamais rien senti. Elle est aussi insensible que du carton goudronné sous la pluie. »
    Alors quand un élève, plus jeune qu'elle s'en éprendra, la relation qu'ils entretiendront ne pourra qu'être esclavagiste, perverse et violente.
    Bien que l'histoire soit nettement portée sur la sexualité é et ses déviances, et que l'auteur soit claire à ce sujet, la sémantique reste dans l'ordre de l'acceptable. L'auteur épargne à son lecteur, par un style impeccable, la vulgarité et ne dédaigne pas user ici ou là d'un humour assez caustique.
    Ces deux femmes, pour des raisons qui finalement se rejoignent m'inspirent de la tristesse. Elles sont plus à plaindre qu'à blâmer, même la mère, dont on ne sait explicitement pas grand-chose sur son passé, mais que l'on n'imagine pas très épanouissant.


    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/02/la-pianiste.html
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par dandoune, le 25 novembre 2011

    dandoune
    À trente six ans, Erika vit toujours avec sa mère, une mère autoritaire, possessive et manipulatrice. Erika est professeure de piano à Vienne et elle est devenue pianiste non pas par vocation mais pour satisfaire le désir de sa mère. Cette dernière a toujours voulu qu'Erika devienne une star internationale et lui a imposé un rythme et mode de vie qui tournent autour de cette ambition. Enfant, Erika devait s'entraîner à la place de jouer avec ses petits camarades. Adolescente, elle était contrainte de passer la majeure partie de son temps à pratiquer. Adulte, Erika vit une vie routinière sans relief. Sa mère et elle forment un vieux couple: elles dorment dans le même lit, regardent les séries télévisés le soir ensemble, etc. Et bien évidement, la mère veille à ce que sa fille n'ait aucun contact avec le genre masculin. Cela transforme Erika en une jeune femme frustrée. Elle rode dans les rues de Vienne à la recherche de spectacles sexuels. Peu à peu, Erika se forge une image violente de l'amour, image choquante pour Walter Klemmer, le seule jeune homme qui l'ait vraiment aimé.
    Ce qui rend cette histoire si dure à lire et si essoufflante et par ce fait même unique, c'est l'écriture. J'ai rarement lu un livre aussi dense avec un style aussi direct. La plume de Jelinek, par son ironie grinçante, n'épargne ni ses personnages, ni le monde de la musique viennois ni la société viennoise en général.
    La sexualité dans le livre est très explicite sans pour autant être gratuite. On a des descriptions de peep-shows de Vienne, de scènes entre les prostituées et leurs clients et des fantasmes d'Erika.
    Le livre regorge de haine mais aussi et surtout de tristesse. J'ai été incapable de ne pas sympathiser avec Erika. Même le personnage de la mère –pourtant si haïssable– m'a inspirée la pitié.
    Je dois avouer qu'à la fin, lors des scènes interminables de tête à tête entre Walter et Erika, j'ai un peu décroché. Je n'arrivais plus à « adhérer au protocole de lecture » car les événements et les réactions des personnages ne me semblaient plus crédibles.

    Lien : http://www.litteratureworld.net/?p=1039
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par vegalia, le 24 septembre 2010

    vegalia
    C'est une histoire bien écrite d'une femme à la sexualité refoulée, incapable d'aimer autrement que dans la souffrance. C'est beau.
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par orchidee, le 07 octobre 2008

    orchidee
    un livre dérangeant, mais d'une force incroyable

    Lien : http://missorchidee.over-blog.com/article-23292076.html
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par mimipinson, le 12 février 2011

    « Souvent la mère est prise d’inquiétude, car tout possédant doit apprendre d’abord, et il l’apprend dans la douleur, que la confiance c’est bien, mais le contrôle c’est mieux. »
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par dandoune, le 14 novembre 2011

    Avant l'examen, elle prêche souvent qu'il est moins grave de faire une fausse note que de ne pas respecter l'esprit général de l’œuvre et donc de le trahir ; mais elle prêche à des sourds, la peur leur bouche les oreilles. Car pour nombre de ses élèves, la musique représente une ascension : des bas-fonds de la classe ouvrière aux sommets aseptisés de l'art.
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par mimipinson, le 12 février 2011

    « Erika ne sent rien et n’a jamais rien senti. Elle est aussi insensible que du carton goudronné sous la pluie. »
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par mimipinson, le 12 février 2011

    « Le métier d’Erika, la passion d’Erika ne font qu’un : c’est la musique, puissance céleste. »
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)









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