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Alzir Hella (Traducteur)Olivier Bournac (Traducteur)
ISBN : 2253060224
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.08/5 (sur 2282 notes)
Résumé :
La compréhension des autres atteint chez vous la perfection... Je conclus à l’existence d'une grande modestie intérieure chez vous, qualité rare chez un artiste. Salutations cordiales. Freud, Lettre à Zweig, le 1er mai 1928 Tout ce que j'écris est marqué par votre influence et vous sentez peut-être que le courage de dire la vérité, qui est probablement l'essentiel de mes livres, vient de vous. Zweig, Lettre à Freud, le 21 octobre 1932 ______________ Scandale dans un... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (231) Voir plus Ajouter une critique
Sando
Sando27 juillet 2015
  • Livres 4.00/5
1904. Un scandale vient perturber le calme tranquille d'une petite pension bourgeoise du sud de la France. Une femme « bien comme il faut » vient de s'enfuir avec un homme plus jeune, rencontré un jour plus tôt, abandonnant mari et enfants sans se retourner. Très vite, l'indignation remplace l'incompréhension et la conversation s'envenime autour du comportement de cette femme infidèle.
Seul le narrateur tente, tant bien que mal, de comprendre et de défendre ce comportement irraisonné. Mais alors que le ton monte entre les pensionnaires, une aristocrate anglaise intervient et semble prendre le parti du narrateur, faisant cesser le débat. C'est alors le prétexte pour la vieille femme de se confier à cet interlocuteur pour le moins ouvert et de lui raconter la journée qui a bouleversé sa vie il y a de ça de nombreuses années et qui a failli la faire, elle aussi, dévier du droit chemin…

Dans un style toujours aussi précis et lumineux, Stefan Zweig nous offre une magnifique confession de femme sur un moment furtif et néanmoins extrêmement précis de sa vie. A travers l'évocation d'une journée particulière, il dépeint la naissance d'une passion amoureuse fulgurante, irraisonnée et irrésistible d'une dame d'une quarantaine d'années pour un jeune homme de vingt ans son cadet… Mais cet amour enflammé et déraisonnable va se heurter au démon du jeu qui s'est emparé du jeune flambeur…
Sentiments exacerbés, folie, destruction sont au coeur de ce court roman porté par l'intensité d'une écriture puissante et évocatrice, qui nous plonge dans les tourments d'une passion dévorante. Des souvenirs d'autant plus vivaces qu'ils ont été refoulés pendant des années par honte et par peur du regard impitoyable d'une société policée, tout en retenue et en hypocrisie. Un roman qui touche et bouleverse par sa sincérité et donne envie de découvrir toute l'oeuvre de Stefan Zweig !

Challenge variétés : Un livre dont le titre contient un nombre
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Nastasia-B
Nastasia-B17 octobre 2012
  • Livres 4.00/5
Voici un petit roman (une nouvelle pour certains, voir le P. S.) rondement mené, écrit avec délicatesse, une façon de "Sur la route de Madison" à la Stefan Zweig.
Celui-ci nous sert les confessions d'une vieille dame sur un épisode fugitif, mais marquant, (je l'écris de manière froide et tempérée, un "l'indicible confusion d'un fulgurant éclair d'amour dans la vie calme et bien réglée d'une femme" serait sûrement mieux) de sa vie où deux passions se croisent : la passion du jeu et la passion amoureuse, pour en aboutir à une troisième, un peu comme celle "selon Saint Mathieu".
Arrivée à une âge respectable, une femme de la haute société en villégiature sur la Côte d'Azur voit se dérouler sous ses yeux un épisode qui fait écho à quelque chose qu'elle a éprouvé, elle, un jour dans sa vie. Un amour ancien, fugace, une seconde de sa vie, un total abandon pour un homme dévoré par le démon du jeu (un peu à la façon du Joueur de Dostoïevski).
La description des mains du joueur (et puisque j'ai déjà commencé par une comparaison cinématographique) pourrait faire penser aux fameux cadrages serrés si chers et si caractéristiques des films de Sergio Leone et demeure selon moi le sublime morceau de ce livre.
Stefan Zweig aborde la passion amoureuse sous l'angle du refoulé et du qu'en dira-t-on. L'opprobre ordinaire du jugement des autres est aussi abordé. Il nous conte avec un certain brio, l'histoire d'un fugitif éclair dans la noire monotonie de la vie d'une femme de la haute société d'il y a cent ans environ, le palpitement de ces chairs qui n'ont pas toujours été calmes et sages.
On ne prend pas grand risque à lire ce roman, c'est rapide, c'est bien fait et, au pire, cela laisse indifférent mais je ne pense pas que l'on puisse le détester. Donc je le recommande bien volontiers et j'en garde un très bon souvenir sans toutefois le placer au niveau stratosphérique de la Confusion Des Sentiments qui m'a tant ravie. Mais cette considération hautement subjective n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
P. S. : Pour répondre à mon ami Lecassin, les gens de chez Stock ont probablement raison de dénommer cet écrit "roman" et non "nouvelle". La taille n'a pas grand chose à voir là-dedans, c'est simplement que la narration se déroule sur deux moments distincts, et il y a même deux narrateurs, ce qui, par définition, sert à distinguer une nouvelle d'un roman. Donc, oui, je pense que l'on doit appeler ce livre un roman et non une nouvelle, mais dans l'absolu, cela n'a pas beaucoup d'importance.
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paroles
paroles23 avril 2014
  • Livres 5.00/5
Comment en si peu de pages, en si peu de mots, faire passer autant d'émotions au lecteur ? Monsieur Zweig seriez-vous magicien ? Un magicien des mots ?
J'ai brûlé de curiosité à la lecture de cette nouvelle. Je voulais connaître le secret qui rongeait cette vieille dame. La passion d'un jour et la désillusion de tant d'années... Quelle douleur ! Mais quelle sublime douleur... C'est plutôt paradoxal comme phénomène, non ? Mais, il faut bien admettre que Stefan Zweig est un conteur hors pair et qu'il vous mène tranquillement là où il en a décidé : dans l'univers de la passion (ou des passions) et des décisions urgentes et insensées que génère celle-ci.
Zweig possède le don d'entrer dans l'intimité des sentiments de ses héros, de façon intense et pudique tout à la fois, de tenir en haleine son lecteur et c'est tout simplement sublime !
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juliette2a
juliette2a19 juillet 2012
  • Livres 5.00/5
Ce court roman de Stefan Zweig est vraiment passionnant ! Début du XXème siècle, alors qu'une jeune femme, Mme Henriette s'enfuit avec un homme qu'elle connait à peine, les pensionnaires d'un hôtel du Sud de la France se questionnent sur le coup de foudre et ses conséquences ; c'est alors qu'une vieille femme commence à apprécier le narrateur et lui raconte alors l'histoire qui a bouleversée sa vie : plus de vingt ans auparavant, Mrs. C..., veuve depuis peu de temps, se ballade à Monte-Carlo et rentre dans un Casino de la ville. Là, en observant les mains des nombreux joueurs, elle tombe par hasard sur celles d'un jeune homme passionné qui va fasciner la jeune femme, ainsi, elle comprend que cet homme d'à peine vingt ans veut se donner la mort et fera tout pour l'en empêcher...Nous vivons alors vingt quatre heures intenses, où le désespoir, la peur, le doute, la gentillesse, la bienveillance, l'amour fou et la déception vont se côtoyer et vont bouleverser à jamais cette femme.
Je me suis entièrement mise à la place du narrateur, écoutant attentivement la confession de cette femme touchante et sincère, qui, au fil des pages, prend confiance en elle et parvient à achever son histoire si singulière...Bref, j'ai beaucoup aimé ce roman de Stefan Zweig, auteur qui a une particularité bien à lui, c'est de passionner son lecteur ; d'ailleurs, ce dernier n'a comme solution que de dévorer ce livre si délicieux.
A lire absolument !!
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le_Bison
le_Bison05 octobre 2015
  • Livres 3.00/5
Ce matin-là, après un rapide petit-déjeuner, petit café, petite tartine, même pas le temps pour une petite branlette, je dus prendre le train pour une destination inconnue, vers un quai de gare froid balayé par un vent à faire voler les pétales de roses d'un bouquet imaginaire. Il doit être 10h02, la précision se doit d'être importante parce qu'une partie de ma vie sera bousculer ce jour-là. « Je vous ai déjà dit que je voudrais vous raconter un seul jour de ma vie : le reste me semble sans importance, et ennuyeux pour tout autre que moi jusqu'à mes quarante-deux ans, il ne m'arriva rien que de tout à fait ordinaire. » Mais je n'en dis pas plus, il faut garder le mystère de ces instants. Certains ont une passion pour les mains, reconnaissables parmi mille surtout sur le tapis vert d'une table de casino, maniant les cartes avec préciosité comme certaines manieraient des aiguilles à tricoter. Mais moi, c'est surtout les jambes, longues et fines. Bien sûr, sur un quai de gare, cela ne saute pas immédiatement aux yeux, à moins que le vent soit complice de ma lubricité, faisant doucement voler les pans de sa jupe. J'ai une imagination fertile, et je les caresse de mes mains, à la vue de tous, c'est ça qui est si bon dans mon imagination c'est que je me permets tout, ni tabou ni retenue. Mais avant de voir ses jambes et de parcourir de mes dix doigts ses cuisses et son intérieur, un sourire m'éblouit, à m'en faire cligner les yeux tellement il est lumineux. « Tout me paraissait sans éclat, terne et effacé, tout me semblait obscur en comparaison du feu jaillissant de ce visage. […] Une lumière brutale étincela dans ses yeux. » Que j'aimerais plonger dans ce regard, sonder cette âme au moment où je la pénètre lentement y découvrir le feu de la passion. Alors pour le moment, je me contente de fermer les yeux, aveuglé par ce drôle de sentiment qui embrasse la passion chaude et déroutante insufflée par ce vent du Sud. « Déjà pendant toute la soirée, le vent avait rassemblé au-dessus de la mer de lourds nuages printaniers chargés de vapeur : on sentait, avec ses poumons et avec son coeur, que le ciel était lourd, oppressant. » le rythme battait à l'intérieur de ma cage thoracique. Les tambours du Bronx en version furieuse. Tout se déchainait à l'intérieur, l'estomac serré comme si un vieux loup de mer s'était exercé aux différents noeuds marins, l'afflux sanguin crépitant de ses millions d'hématies, les jambes qui flagellent, les aisselles qui coulent. Bref, les prémices d'une passion. « Et combien je brûlais de m'abandonner, de m'abandonner toute, je ne le sentis que lorsque je fus seule avec moi-même, lorsque la passion qui, un instant auparavant, exaltait encore son visage illuminé et presque séraphique, fut retombée obscurément dans mon être et se mit à palpiter dans le vide d'une poitrine délaissée. » M'abandonner comme je le ferai face à une bière, blonde brune ou rousse, ou devant un champ d'Edelweiss que je n'ose cueillir. S'asseoir à la terrasse d'un café, oublier le café viennois ou les viennoiseries autrichiennes, danser une valse ou chalouper sur un air de Krautrock. Plonger mon regard dans la mousse ou dans son décolleté, décoller les yeux de cette mousse pour fixer son regard dans le mien et ne pas en perdre une miette de ce croissant viennois et de cet instant intense où deux êtres se découvrent pour la première fois et se laissent envelopper par cette passion qui n'a de déraisonnable que son envie de bonheur. « Une sorte d'ivresse ravie et enthousiaste tourbillonnait dans mon sang ». Je titube de nouveau sur le quai de gare, le vent souffle toujours s'engouffrant entre les rails et faisant s'envoler les fleurs d'edelweiss sorties de ma bière blanche. L'heure de reprendre le train.
Bref, je t'avais prévenu dès le début, la vie d'un bison n'est pas passionnante, surtout dans ses quarante-deux premières années. « Vieillir n'est, au fond, pas autre chose que n'avoir plus peur de son passé. » Une fois compris, je peux m'abandonner à la passion sans me retourner. Tu vois, 24 heures de la vie d'un bison n'a rien d'excitant hormis pour soi-même. Tu préféras certainement suivre les 24 heures de la vie de Jack Bauer ou les 24 heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig.
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Les critiques presse (1)
Lexpress12 juillet 2013
Un petit bijou, sur la violence du désir féminin et des brasiers qu'il attise.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (216) Voir plus Ajouter une citation
LprieurLprieur31 décembre 2015
J’ai déjà tenté à plusieurs reprises de vous décrire l’expressivité exceptionnelle de sa physionomie et de tous ses gestes ; mais celui-là, je ne puis le dépeindre, car c’était une béatitude si extatique et si surnaturelle qu’on n’en voit presque jamais de pareille dans une figure humaine ; elle n’était comparable qu’à cette ombre blanche qu’on croit apercevoir au sortir d’un rêve lorsqu’on s’imagine avoir devant soi la face d’un ange qui disparaît.
Pourquoi le dissimuler ? Je ne résistai pas à ce regard. La gratitude rend heureux parce qu’on en fait si rarement l’expérience tangible ; la délicatesse fait du bien, et, pour moi, personne froide et mesurée, une telle exaltation était quelque chose de nouveau, de bienfaisant et de délicieux. Et tout comme cet homme ébranlé et brisé, le paysage aussi, après la pluie de la veille, s’était magiquement épanoui.
Lorsque nous sortîmes du restaurant, la mer tout à fait apaisée brillait magnifiquement, bleue jusqu’aux hauteurs du ciel, et seulement piquée de blanc là où planaient des mouettes dans un autre azur, au-dessus. Vous connaissez le paysage de la Riviera, n’est-ce pas ? Il produit toujours une impression de beauté, mais un peu fade, comme une carte postale illustrée, il présente mollement à l’œil ses couleurs toujours intenses, à la manière d’une belle, somnolente et paresseuse, qui laisse passer sur elle avec indifférence tous les regards, presque orientale dans son abandon éternellement prodigue.
Cependant parfois, très rarement, il y a des jours où cette beauté s’exalte, où elle s’impose, où elle fait crier avec énergie ses couleurs vives, fanatiquement étincelantes, où elle vous lance à la tête victorieusement la richesse bariolée de ses fleurs, où elle éclate et brûle de sensualité. C’était un pareil jour d’enthousiasme qui alors avait succédé au chaos déchaîné de la nuit d’orage ; la rue lavée de frais était toute brillante, le ciel était de turquoise et partout dans la verdure saturée de sève s’allumaient des bouquets, des flambeaux de couleurs. Les montagnes paraissaient soudain plus claires et plus rapprochées dans l’atmosphère calmée et baignée de soleil : elles se groupaient curieuses le plus près possible de la petite ville scintillante et astiquée à plaisir ; dans chaque regard on sentait l’invitation provocante et les encouragements de la nature, qui vous saisissait le cœur malgré vous :
« Prenons une voiture, dis-je, et faisons le tour de la Corniche. »
Il acquiesça, enthousiaste : pour la première fois depuis son arrivée, ce jeune homme paraissait voir et remarquer le paysage. Jusqu’à présent il n’avait connu que la salle étouffante du Casino, avec ses parfums lourds imprégnés de sueur, le tumulte de ses humains hideux et grimaçants, et une mer morose, grise et tapageuse. Mais maintenant l’immense éventail du littoral inondé de soleil était déployé devant nous, et l’œil allait avec bonheur d’un horizon à l’autre. Dans la voiture nous parcourûmes lentement (l’automobile n’existait pas encore) ce magnifique chemin, en passant devant de nombreuses villas et de nombreuses personnes ; cent fois, devant chaque maison, devant chaque villa ombragée dans la verdure des pins parasols, on éprouvait ce secret désir : ici, qu’il ferait bon vivre, calme, content, retiré du monde !
Ai-je jamais été plus heureuse dans ma vie qu’à cette heure-là ? Je ne sais pas.
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MetaphoreMetaphore24 mars 2013
Car… maintenant je ne m’abuse plus…, si cet homme m’avait alors saisie, s’il m’avait demandé de le suivre, je serais allée avec lui jusqu’au bout du monde ; j’aurais déshonoré mon nom et celui de mes enfants… Indifférente aux discours des gens et à la raison intérieure, je me serais enfuie avec lui, comme cette Mme Henriette avec le jeune Français que, la veille, elle ne connaissait pas encore…Je n’aurais pas demandé ni où j’allais, ni pour combien de temps ; je n’aurais pas jeté un seul regard derrière moi, sur ma vie passée… mon nom, ma fortune, mon honneur… Je serais allé mendier, et probablement il n’y a pas de bassesse au monde à laquelle il ne m’eût amenée à consentir. J’aurais rejeté tout ce que dans la société on nomme pudeur et réserve ; si seulement il s’était avancé vers moi, en disant un parole ou en faisant un seul pas, s’il avait tenté de me prendre, à cette seconde j’étais perdue et liée à lui pour toujours.
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DamepluieDamepluie04 avril 2010
On ne vit pareille heure qu'une seule fois dans sa vie, et cela n'arrive qu'à une personne parmi des millions; moi non plus, je ne me serais jamais doutée, sans ce terrible hasard, avec quelle force du désespoir, avec quelle rage effrénée un homma abandonné, un homme perdu aspire une dernière fois la moindre goutte écarlate de la vie; éloignée pendant vingt ans, comme je l'avais été, de toutes les puissances démoniaques de l'existence, je n'aurais jamais compris la manière grandiose et fantastique dont parfois la nature concentre dans quelques souffles rapides tout ce qu'il y a en elle de chaleur et de glace, de vie et de mort, de ravissement et de désespérance.
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sld09sld0925 août 2015
Elle était debout en face de moi et elle me tendit la main, en manière d’adieu. Sans le vouloir, je regardai son visage, et il me parut singulièrement attendrissant, le visage de cette vieille dame qui était là devant moi, affable et en même temps légèrement gênée. Était-ce le reflet de la passion éteinte ? Était-ce la confusion, qui soudain colorait d’une rougeur inquiète et croissante ses joues jusqu’à la hauteur de ses cheveux blancs ? Toujours est-il qu’elle était là comme une jeune fille, pudiquement troublée par le souvenir et rendue honteuse par son propre aveu. Ému malgré moi, j’éprouvais un vif désir de lui témoigner par une parole ma déférence. Mais mon gosier se serra. Je m’inclinai profondément et baisai avec respect sa main fanée, qui tremblait un peu comme un feuillage d’automne.
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TheWindTheWind26 mars 2014
L'eau coulait et ruisselait par toutes les gouttières ; on entendait du côté de la ville le bruit grondant des voitures ; à droite et à gauche des gens aux manteaux relevés partaient en courant ; tout ce qui était vivant se faisait petit, s'enfuyait craintivement, cherchant un refuge ; partout chez l'homme et chez la bête on sentait la peur de l'élément déchaîné, - seul ce noir peloton humain là sur son banc ne bougeait pas d'un pouce. Je vous ai dit que cet homme possédait le pouvoir magique d'exprimer ses sentiments par le mouvement et par le geste ; mais rien, rien sur terre n'aurait pu rendre ce désespoir, cet abandon absolu de sa personne, cette mort vivante, d'une manière aussi saisissante que cette immobilité, cette façon de rester assis là, inerte et insensible sous la pluie battante, cette lassitude trop grande pour se lever et faire les quelques pas nécessaires afin de se mettre sous un abri quelconque, cette indifférence suprême à l'égard de sa propre existence. Aucun sculpteur, aucun poète, ni Michel-Ange, ni Dante, ne m'a jamais fait comprendre le geste du désespoir suprême, de la misère suprême de la terre d'une façon aussi émouvante et aussi puissante que cet être vivant qui se laissait inonder par l'ouragan, déjà trop indifférent, trop fatigué pour se garantir par un seul mouvement.
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