Très bon souvenir de lecture.
Il me semble avoir lu également un bouquin de
Lentéric sur le même sujet...
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Algernon est une souris de laboratoire, Charlie Gordon un simplet employé aux médiocres besognes.
Tous deux vont emprunter, grâce à une découverte du docteur Strauss et du professeur Nemur, le chemin vers l'intelligence.
Suivi par la psychologue Alice Kinnian dont il tombe rapidement amoureux, Charlie va faire de grands progrès sur le plan intellectuel. Ainsi, au terme du troisième mois de traitement, il consigne dans son journal, originellement intitulé COMPTE RENDU :
J'ai téléphoné à Landsdoff au New Institute for Advanced Study, au sujet de l'utilisation des paires d'ions produites par effet photo-nucléaire, pour des recherches exploratoires en biophysique. La progression est fulgurante.
Mais le plus dur est à venir, et la découverte du monde qui l'entoure sera sans concession.
Puis soudain le rêve s'effondre, Algernon décline et finit par mourir.
A rapprocher de Quotient intellectuel à vendre de
John Boyd, cette fable émouvante conviendra autant aux jeunes lecteurs avides de découvertes qu'aux amateurs qui seraient passés à côté de ce livre aujourd'hui classique. Il obtint en effet le prix Hugo en 1960 et fut porté à l'écran par Ralph Nelson en 1968 sous le titre de Charly.
La forme littéraire du journal intime était le meilleur choix esthétique possible pour ce roman qui est d'abord le tableau dramatique d'un individu confronté à l'énigme de sa propre double identité.
S'il n'est d'abord qu'un outil de travail médical imposé à Charlie Gordon par les professeurs Nemur et Strauss pour leur permettre de suivre l'évolution de son QI, Charlie finit par se l'approprier totalement et s'en sert de miroir et de confident.
L'évolution intellectuelle de Charlie se manifeste aussi bien dans le contenu de plus en plus élaboré du journal que dans l'évolution même de sa maîtrise orthographique et grammaticale de la langue.
Le lecteur lira les premiers "comptes rendu" de Charlie cousus de fautes et écrits de manière quasiment phonétique et se rendra compte stylistiquement de l'évolution du personnage.
La tournure tragique du récit n'apparaîtra qu'à la fin du roman, lorsque Charlie perdra peu à peu ses facultés mentales et ne pourra par conséquent plus lire et comprendre son propre journal intime, véritable mémoire de son autre Moi devenu à jamais inaccessible.
Le développement du QI de Charlie Gordon a des conséquences évidentes d'un point de vue cognitif.
Charlie assimile rapidement tout ce qu'il lit : il apprend avec une aisance incroyable de nombreuses langues étrangères, il est capable de débattre conceptuellement avec des professeurs d'Université spécialistes dans leurs domaines, se met à composer un concerto pour piano, etc.
Mais
Daniel Keyes étend également les facultés de Charlie dans le sens d'un approfondissement réflexif de la structure psychologique du Moi et dans le décodage psychanalytique des manifestations de l'inconscient :
rêves, souvenirs censurés, actes manqués.
Charlie Gordon va ainsi se servir de ses nouvelles facultés mentales pour explorer la vie antérieure de son double attardé mental afin d'en reconstituer le parcours existentiel et d'en découvrir les traumatismes. L'auteur fera d'ailleurs un usage plus qu'insistant des différents traumatismes psychanalytiques vécus par le petit Charlie Gordon dans sa cellule familiale, entre une mère honteuse d'avoir donné le jour à un dégénéré et un père protecteur mais faible.
L'intelligence est également l'enjeu d'un autre combat pour le nouveau Charlie Gordon : faire comprendre aux deux professeurs Nemur et Strauss que le premier Charlie Gordon, l'attardé mental au QI inférieur à 70, était une "personne" à part entière et non pas un semi-être humain heureusement ramené dans le cercle de l'humanité par les bienfaits de la science.
C'est la prise de conscience du mépris des deux scientifiques pour son ancien Moi dégénéré qui empêche Charlie de leur témoigner toute sa reconnaissance.
Il n'est pas simplement le surhomme de demain, né d'un laboratoire de recherche en neurobiologie, il aspire à la reconnaissance sans aucune restriction de toute forme de vie humaine. De plus on peut constater qu'il y a un rapport évident entre l'incrédulité de Charlie (retardé) qui est comparé à un innocent au sens religieux et "diabolique" en "surhomme".
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Dans son Histoire de la science-fiction moderne,
Jacques Sadoul déclare à propos de ce roman: « C'est là une œuvre d'une poignante beauté, un récit humain et désespéré. »