Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'une Banshee a omis de se pencher sur le berceau du petit Franck Mc Court.
Dans ce roman autobiographique, l'auteur pose un regard réaliste sur son enfance et la raconte avec beaucoup de justesse.
Sans jamais tomber dans le pathos, Mc Court décrit cette Irlande qui fut sienne et ne l'a point épargné. Vous vous en doutez,
les cendres d'angela ne fleurent pas le irish stew et ne rappellent pas les mélodies entraînantes des Pogues. La saveur laissée par cette lecture est comparable à l'âpreté des pintes, que Malachy, le père du petit Franck, descend dans les pubs jusqu'à plus soif au risque de laisser les siens mourir de faim. le lecteur ,témoin impuissant, est happé par ce récit et espère fébrilement, au fil des pages, une accalmie, un moment heureux dans cette sordide chronique familiale.
L'écriture de Mc Court est saisissante. La misère, la faim et les drames sont décrits de façon très concrète mais aucune rancœur n'est perceptible dans le roman. L'auteur laisse, en effet, la part belle à l'humour. Il a le recul suffisant pour ne pas porter un jugement trop amer sur sa jeunesse et réussit à évoquer cette période de sa vie avec les yeux espiègles de l'enfant qui demeure à jamais en lui. Preuve en est cette volonté de ponctuer le récit d'anecdotes amusantes qui soulagent, d'une certaine façon, le poids d'une pauvreté perpétuelle.
Frankie est à sa façon semblable au héros Cuchulainn raconté par son père. Ce guerrier et champion d'Ulster qui, mourant, décide de s'attacher à un rocher afin de rester debout et de combattre jusqu'à son dernier souffle. Son opiniâtreté lui permet, en effet , de dépasser l'indigence qui semble s'acharner sur les siens.
les cendres d'angela est un roman majeur et poignant dans la lignée des Ritals de Cavanna ou de Pareil à des enfants de Bernard (hélas méconnu!). Une lecture que je conseille vivement...