> Pierre Leyris (Traducteur)

ISBN : 2070401405
Éditeur : Gallimard (1996)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.11/5 (sur 150 notes) Ajouter à mes livres
“Je préférerais ne pas” : telle est la réponse, invariable et d’une douceur irrévocable qu’oppose Bartleby, modeste commis aux écritures dans un cabinet de Wall Street, à toute demande qui lui est faite. Cette résistance absolue, incompréhensible pour les autres, le con... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Missbouquin, le 20 avril 2012

    Missbouquin
    Un notaire engage un jour un nouveau scribe (chargé de copier des pièces juridiques) dans son étude, Bartleby. Celui-ci se montre d'abord très zélé, ne s'arrêtant presque jamais. Mais un jour, il cesse toute activité et à toutes les questions et les demandes d'explication qu'on lui exhorte de faire, il répond : “
    I would prefer not to”. Je ne préférerais pas.
    Ce que j'en ai pensé
    “Je renonce aux biographies de tous les autres scribes pour quelques passages de la vie de Bartleby, scribe lui-même et le plus étrange qu'il m'ait été donné de voir ou dont j'ai jamais ouï parler. Alors que je me fais fort d'écrire la vie entière d'autres copistes, pour Bartleby on ne saurait rien faire de tel. Je crois qu'il n'existe pas de matériaux qui permettraient d'établir une biographie complète et satisfaite de cet homme. C'est une perte irréparable pour la littérature.”
    Voici comment s'ouvre cette étrange nouvelle que j'ai lu sans difficultés dans sa version originale. Intrigué lui-même, le notaire nous plonge immédiatement au cœur du mystère qu'est l'homme Bartleby, dont on ne saura pourtant rien de plus.
    Précurseur de l'absurde, il l'est certainement, lui qui cesse de travailler du jour au lendemain, qui cesse juste de tout faire jusqu'à cesser de vivre. Et la montée en puissance de cette courte nouvelle n'en est que plus terrible à chaque mesure qu'est forcé de prendre le notaire pour le faire bouger, puis s'en débarrasser.
    Au-delà donc de cette histoire qui peut paraître bizarre et frustrante, c'est toute l'absurdité de la condition humaine qui est illustrée ici. Pourquoi vivre ? pourquoi s'agiter ? Finalement on en viendra à comprendre que c'est un trop-plein d'humanité qui a mis Bartleby dans cet état : il était en poste dans l'administration, chargé de brûler les lettres au rebut, celles qui n'arrivent jamais à destination. Combien de vies brisées, de rêves perdus, de regrets causés par la disparition de ces lettres ? Comment un homme seul peut-il porter tout ce poids ?
    Ce trop-plein vide le monde de son sens : il n'y a pas de justice, il n'y a que du hasard; il n'y a pas de liberté, il n'y a que du hasard. On comprend aisément le désespoir d'un homme impuissant, face à ce déferlement de sentiments, d'humanité.
    “Imaginez un homme condamné par la nature et l'infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l'accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ?”
    Bartleby est la figure du résistant, désobéissant passivement et contre lequel le monde entier ne peut rien, la raison ne peut rien, les sentiments ne peuvent rien : le notaire aura beau raisonner, supplier, payer Bartleby, rien ne le fera bouger. C'est la raison humaine elle-même qui se heurte à ce roc. Un roc qui détruirait toute la société si son exemple était connu. Mieux vaut donc user de violence, l'éloigner, l'enfermer. Ce qui sera fait avec Bartleby, par peur et incompréhension des habitants de la ville. Bartleby est donc aussi et surtout la figure de la solitude.
    Sa phrase, I would prefer not to, clôt tous les débats : elle ferme toutes les portes, pour Bartleby et pour son interlocuteur qui la reçoit comme un défi, une insulte et une humiliation, elle le réduit au silence. Elle devient, au fil du récit, de plus en plus insoutenable. Une formule polie, mais radicale. “He was more a man of preferences than assumptions.” C'était un homme de préférences plutôt que de présupposés.”
    On a donc ici, d'après moi, la base de toutes les réflexions du XXe siècle autour de l'absurde de la condition humaine, de Camus, de Ionesco, alors qu'ils faisaient face à une autre violence, un autre incompréhensible acte humain : les guerres.
    Un texte incontournable.

    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2012/04/20/bartleby-the-scrivene..
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    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 22 mai 2012

    JeanLouisBOIS
    Critique de Bartleby:
    Bartleby est une longue nouvelle publiée en 1853. C'est la première d'Herman Melville. Sa lecture ne présente aucune difficulté particulière. C'est en effet un récit linéaire où le narrateur est choisi parmi les personnages de l'intrigue. On a l'impression de parcourir un court roman philosophique de Balzac du type de La Recherche de l'absolu ou de Jésus Christ en Flandres. Pourtant, très vite, on s'aperçoit qu'on a affaire à une sorte de narration moderne dans le sens où l'essentiel se situe entre les mots, dans ce qui n'est pas dit ou dans ce qui est subrepticement suggéré, à tel point qu'on est jamais totalement sûr de la portée ou de la signification du récit. le personnage de Bartleby nous apparaît en fin de compte comme une sorte de diamant noir qui ne se laisse pas percer et qui vous renvoie (pour nous aider peut-être?) son affirmation simple, tranquille, suggestive et finalement sibylline: "J'aimerai mieux pas" (I would prefer not to). Il est évident que l'on reste sur sa faim et qu'il faut aller chercher plus loin une hypothétique solution à l'énigme du récit. En ce qui me concerne, Bartleby apparaît, entre autres, comme l'incarnation radicale d'une idée philosophique: "la résistance passive"(p.25), résistance passive au monde tel qu'il est, résistance qui se traduit par une sorte de nihilisme paralysant que le narrateur (et probablement Melville derrière lui) semble à la fois admirer intellectuellement et craindre socialement.
    Ce livre fait certainement partie de ceux qu'il faut relire pour en tirer toute la "substantifique moelle" et qui malgré tout résiste à toute analyse définitive comme le montre d'ailleurs la postface de Gilles Deleuze. Je demeure persuadé que c'est la marque des grands chefs-d'œuvre de la littérature que de rester à la fois si proches de nos préoccupations fondamentales et si insaisissables. Les grands livres, eux-aussi, nous résistent!
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 22 mai 2012

    JeanLouisBOIS
    Cette petite nouvelle de 70 pages est assurément l'œuvre la plus connue de Melville avec Moby Dick. Elle n'en finit pas d'intriguer et a été notamment commentée par Gilles Deleuze. Elle est célèbre pour la réplique répétitive et énigmatique de Bartleby "I would prefer not to" (je ne préférerais pas).
    L'histoire nous est racontée par un notaire, un conseiller de la cour des comptes qui engage un nouveau scribe pour copier les actes. C'est le dénommé Bartleby. Celui-ci apparaît comme un travailleur infatigable qui ne prend même pas de pause pour manger. Mais tout se gâte lorsque le narrateur, son chef, lui demande avec ses deux autres scribes de comparer les copies aux originaux. C'est à ce moment là qu'il déclare "Je ne préférerais pas". le narrateur, abasourdi, ne proteste pas malgré sa surprise et les remarques de ses collègues. A part copier, il se refuse à toute autre action : manger, se promener, faire une course...
    Quelle attitude adoptée face à ce phénomène ? le narrateur est partagé entre l'énervement (qu'il ne veut pas montrer) et la charité, la pitié : car il découvre un jour que Bartleby a véritablement élu domicile dans son bureau. Il s'y incruste alors que son patron lui a donné de l'argent pour qu'il parte. En vain bien sûr....Jusqu'au jour où Bartleby se refuse à écrire et passe ses journées à méditer devant la fenêtre.
    Le patron, bravé par son employé, mais n'osant pas appeler la police ni le faire quitter de force le bureau pour le brusquer (est-il vagabond ? On ne connait rien de son passé), préfère déguerpir et changer de bureau ! Mais il sera malheureusement rattrapé par ce mystérieux personnage....
    L'intérêt de cette nouvelle réside surtout sur la dialectique éternelle du maître et de l'esclave. le notaire est abasourdi devant les refus de Bartleby, son employé. Mais ce dernier est si vertueux, si appliqué qu'il ne peut laisser libre cours à sa colère. Il est plutôt tenté par la charité, tout en étant profondément déstabilisé et en étant obligé de changer ses habitudes.
    Alors que l'auteur ne dit rien sur le mystérieux Bartleby, ses motivations, son passé, il décrit avec maestria les hésitations, les remords, les décisions du notaire. Que faire face à l'absurde ?
    Cette nouvelle, d'abord plutôt comique (le notaire fait au début le portrait de deux autres scribes qui frisent la caricature) évolue vers le drame de l'humanité : je vous laisse découvrir les dernières lignes qui donnent un semblant de solution à l'attitude de Bartleby. Et si tout n'était que vanité ?

    Lien : http://www.paperblog.fr/243533/bartleby-d-herman-melville/
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 13 février 2009

    chartel
    Cette longue nouvelle du grand Herman Melville est une perle littéraire. Non seulement parce qu'elle traite de l'écriture, puisqu'il s'agit d'un scribe, d'un copiste, le fameux Bartleby, déréglant la vie d'une étude, puis de tout le quartier de Wall Street dans laquelle elle se situait, mais aussi parce qu'elle traite indirectement de l'illusion de la fiction.
    Soyons plus précis : Elle traite de l'écriture. L'obsession de l'écrivain est ainsi mise en scène à travers l'activité principale de l'étude qui est la copie. Comme dans la nouvelle de Nicolas Gogol, "Le Manteau", le personnage occupe ses journées à copier interminablement des documents administratifs et juridiques, telle une mécanique bien huilée (il serait d'ailleurs intéressant de savoir si Melville a eu connaissance de la nouvelle de l'auteur ukrainien au préalable, les similitudes thématiques entre les deux œuvres étant très fortes.)
    Elle traite ensuite de l'illusion de la fiction à plusieurs niveaux. Premièrement, le narrateur, protagoniste de l'histoire en tant que directeur de l'étude, donne l'illusion de vérité propre au témoignage. Un témoignage forcément incomplet et partiel car subjectif (ce procédé narratif étant, encore une fois, l'une des grandes richesses de l'art littéraire de Nicolas Gogol.) Deuxièmement, le mystère qui entoure Bartleby imprime le doute chez le lecteur, à tel point qu'il ne sait plus ce qui relève du réel et ce qui relève de l'illusion.
    Enfin, cette virtuosité narrative se termine en apothéose dans un étonnant épilogue.
    Inoubliable !
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    • Livres 5.00/5
    Par itzamna, le 06 mai 2012

    itzamna
    Une belle découverte que cette nouvelle de Herman Melville.
    J'ai entendu, ou lu, parler de cette nouvelle en naviguant sur les blogs des uns et des autres. Ce qui m'a plu avec ce livre dont je n'avais jamais entendu parler, c'est le titre d'abord, qui m'a intrigué. Et la couverture ensuite : tous ces livres m'ont forcément tapé dans l'oeil.
    Quant à l'histoire, elle m'a laissée perplexe... Après coup, je me demande de quoi a bien voulu parler l'auteur. Et pourtant, j'ai été happée par l'atmosphère de cette nouvelle. Dès le début, j'ai aimé les descriptions de Melville. Les caractères y sont subtilement dépeints. Ceux de Dindon, Lagrinche ou encore Gingembre. Puis entre en scène le fameux Bartleby ! Un personnage qu'il n'est pas possible de cerner. Au fil des pages, on émet des hypothèses, on fait des propositions en se disant que ce serait trop simple, décevant... Et bien non, c'est plus compliqué... Et cela reste obscur, jusqu'au dénouement. Là, je suis un peu restée sur ma faim, hésitant sur le sens des dernières lignes. Mais finalement, les quelques 80 pages de cette surprenant histoire me laisse un sentiment agréable. Surprise mais enthousiasmée par la forme et le contenu. La langue employée donne de la force au sujet.
    C'est une nouvelle qui ne s'oublie pas une fois les dernières lignes englouties : elle laisse des traces, ne serait-ce qu'à travers les interrogations restées en suspens sur le sens de son dénouement.
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Citations et extraits

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  • Par JeanLouisBOIS, le 20 mai 2012

    La pensée ou la vue du malheur commande jusqu'à un certain point nos meilleurs sentiments, mais passé ce seuil, en certains cas, elle cesse de les susciter.[...] Ce phénomène procède d'un certain désespoir de ne pouvoir remédier à un mal excessif et organique. (p.33)
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  • Par JeanLouisBOIS, le 20 mai 2012

    Rien n'exaspère autant une personne sérieuse que la résistance passive. Quand l'individu soumis à cette résistance n'est pas dépourvu d'humanité, et quand le résistant est parfaitement inoffensif dans sa passivité, alors, dans ses meilleurs moments, le premier fera de charitables efforts pour comprendre à l'aide de l'imagination ce qui lui est impossible de résoudre par la raison. (p.25).
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  • Par JeanLouisBOIS, le 20 mai 2012

    C'est en effet le matin, au réveil, que l'homme connait l'une de ses heures les plus sages et les plu sensées. (p.40).
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  • Par JeanLouisBOIS, le 20 mai 2012

    Imaginez ma surprise, que dis-je, ma consternation, lorsque sans bouger de sa retraite, Bartleby répliqua d'une voix singulièrement douce et ferme:
    - J'aimerais mieux pas.
    (p.20).
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  • Par brigetoun, le 28 juillet 2011

    Il vivait donc de biscuits au gingembre, je pensais ; ne prenait jamais un repas, à proprement parler. Il devait être végétarien, alors ? Mais non, il ne mangeait même pas de légumes, il ne mangeait rien que des biscuits au gingembre. Je me laissai aller à des rêveries quant à l’effet probable sur la constitution humaine d’une vie entièrement basée sur les biscuits au gingembre. On les appelle ainsi, biscuits au gingembre, parce qu’ils contiennent du gingembre parmi leurs constituants principaux, et que c’est celui qui leur donne leur arôme principal. Mais qu’est-ce que le gingembre ? Une chose forte, et épicée. Est-ce que Bartleby était fort et épicé ? Pas du tout. Le gingembre n’avait aucun effet sur Bartleby. Il préférait même probablement qu’il en soit ainsi.

    Rien de plus exaspérant pour une personne sérieuse, qu’une résistance passive. En tout cas si la personne ainsi mise à l’épreuve n’est pas dépourvue d’humanité, et si celle qui résiste est parfaitement inoffensive dans sa passivité. Alors, dans les meilleurs moments du premier, il permettra charitablement à son imagination d’interpréter ce qu’il lui est impossible de résoudre par le jugement. Même en ce cas, la plupart du temps, je surveillais Bartleby et ses façons. Pauvre type ! pensai-je, il n’y voit pas malice, c’est évident qu’il n’y met pas d’insolence ; son aspect prouve suffisamment que ses excentricités sont involontaires. Il m’est utile. Je peux me débrouiller de lui comme ça. Si je le renvoie, il y a bien des chances qu’il tombe chez un patron moins indulgent, où il sera vite maltraité, et finalement conduit à traîner la misère. Oui. Je pouvais de cette façon m’accorder à peu de prix une délicieuse auto-approbation. Venir en aide à Bartleby, se prêter à son étrange volonté ne me coûtait rien ou si peu, tandis que j’emmagasinais dans mon âme ce qui me resterait sinon en travers de la conscience. Mais cela ne me mettait pas cependant l’esprit au beau fixe. La passivité de Bartleby me poussait régulièrement à la colère. Je me sentais étrangement aiguillonné à le provoquer dans une nouvelle opposition, et susciter au moins une étincelle de réaction qui pourrait enfin revenir de lui à moi. Mais bien sûr j’aurais pu aussi bien essayer d’enflammer un savon de Marseille avec mes allumettes.
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