ISBN : 2226159673
Éditeur : Albin Michel (2005)


Note moyenne : 3.64/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Dans la salle d'un tribunal, se tient le procès d'une femme. Elle n'est plus très jeune, mais a été très belle. Les témoins défilent à la barre, l'avocat et le procureur s'affrontent. Assise dans le box des accusés, elle subit par bribes le récit de sa propre vie : l'en... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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  • Par michelayala, le 20 mai 2012

    michelayala
    Me voici, encore, solidement «sanglé» dans le fauteuil de la littérature, celui des beaux ouvrages et des caractères appliqués, propulsé à quelques décennies de là.
    Cette fois-ci, je promets, je jure, je ne commenterai pas la Révolution dans l'Histoire, mais bien celle des mots, des beaux écrits, phare scintillant dans le Paris des années 1930.
    La France littéraire, aurait-elle par le biais de la Révolution d'Octobre, enfanté d'une écrivaine hors pair, progéniture de l'exil aussi?
    «Jézabel» a été publié en 1936. C'est l'histoire d'un procès retentissant, celui de Gladys EYSENACH, femme cinquantenaire, à la beauté remarquable, fréquentant les milieux mondains de la haute bourgeoisie parisienne; elle est accusée d'assassinat sur son jeune amant.
    Seulement, ce procès n'est pas commun, il laisse dubitatifs bon nombre d'auditeurs: l'accusée fascine par le mystère et la grâce qu'elle dégage. Elle est abattue, effondrée aussi.
    Mais, elle avoue tout, sans rien négliger du détail matériel. Et chose curieuse, elle reste belle, très belle, digne surtout. Mais pourquoi a-t-elle tué son amant? Car c'est bien le mobile qui nous importe. L'histoire l'explique-t'elle vraiment à travers une subtilité en filagramme laissée par l'auteure? A vous d'en conclure.
    Une chose est certaine, plus les pages de ce roman se tournent, plus la découverte de l'abyme est béante, synonyme d'une noirceur singulière pour cette femme jugée en huit clos.
    L'écriture d'Irène NÉMIROVSKY, décédée en juillet 1942 à Auschwitz, est exceptionnelle de finesse et de fluidité.
    Certains se souviendront peut-être de ces quelques notes émanant d'elle, mince bagage d'espoir face au péril certain qui se dessinait en temps de guerre :
    «Pour soulever un poids si lourd,
    Sisyphe, il faudrait ton courage.
    Je ne manque pas de cœur à l'ouvrage
    Mais le but est long et le temps est court».
    Y croyait-elle vraiment, ou était-ce que pure illusion?
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
  • Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    InColdBlog
    Qui est cette femme plus très jeune, mais que l'on devine avoir été très belle, pour laquelle le public se bouscule et s'échauffe dans la salle du tribunal ? Prostrée dans le box des accusés, Gladys Eysenach est inculpée pour le meurtre d'un jeune homme qu'elle a abattu d'un coup de revolver.
    Probablement, malgré leur différence d'âge, l'un de ses (nombreux) amants.
    Comment cette femme riche, gâtée par la vie, figure incontournable des soirées mondaines de l'entre-deux-guerres, en est-elle arrivée là ?
    Après avoir fait défiler à la barre les témoins, amis et relations de l'accusée, Irène Némirovsky va entreprendre le récit de la vie de Gladys, Jézabel moderne.
    Paru en 1936, Jézabel est un roman fichtrement moderne. Si son style accuse parfois quelques rides, son thème est toujours, malheureusement, d'actualité : l'obsession de la jeunesse, rester jeune à tout prix, plaire quel qu'en soit le prix…
    Succession de fêtes, bals et soirées, la vie de Gladys Eysenach ressemble à une coupe de champagne, faite de bulles légères, insouciantes et aériennes, dégustées avec désinvolture dans des lieux plus sélects les uns que les autres. Comme le breuvage doré, Gladys s'amuse à faire tourner les têtes des hommes et à faire battre plus fort leurs cœurs. le jeu de la séduction a sur elle aussi les effets de l'alcool, et elle en abuse jusqu'à l'ivresse, jusqu'au vertige.
    Narcissique et égocentrique, Gladys ne vit que par et pour la séduction. Elle jouit pour y parvenir d'un atout essentiel, sa beauté qui subjugue les hommes et suscite la jalousie des femmes. Mais la beauté possède son versant noir : la peur incommensurable de vieillir et de se voir délaisser.
    Pour échapper à l'outrage du temps, Gladys se montrera prête à tout : du plus grotesque (trafiquer ses papiers d'identité pour rajeunir officiellement de dix ans) au plus tragique (tuer un homme). Tout, n'importe quoi, plutôt que vieillir.
    Obsédée par la peur de vieillir, Gladys entretiendra des relations pour le moins tendues avec sa propre fille, Marie-Thérèse, à qui elle reproche de lui rappeler en permanence, par sa simple existence, son âge véritable. Pour gagner quelques années aux yeux du monde, elle n'aura de cesse de la faire passer pour une enfant bien plus jeune qu'elle ne l'est en réalité, finissant même par se persuader de ses mensonges.
    Ce thème de la haine maternelle, tout comme le personnage de cette femme refusant à sa fille le droit de lui voler la vedette, m'ont fortement rappelé Le bal, nouvelle qui a valu le succès à l'auteur.
    Dans Jézabel, Irène Némirovsky fait le portrait sans concession, mais sans jugement, de cette femme dont l'égoïsme infini trouve ses racines dans une histoire personnelle difficile, marquée notamment par une mère froide et frivole et un père aimant mais trop souvent absent.
    Fine psychologue, elle ne s'arrête pas aux apparences, va chercher la réalité qui se cache derrière, et s'attache à souligner les complexités et les ambivalences de son personnage, réussissant à la rendre tout à tour pathétique, ignoble, cruelle ou émouvante.
    Marqué du sceau de la mort, ce roman qui conduit le lecteur inéluctablement vers son dénouement fatal (même si l'on devine un peu trop rapidement la nature du lien qui unit Gladys et sa victime), nous rappelle à toutes fins utiles que, quoi qu'on fasse, on n'échappe pas à la vieillesse… quoi que les publicitaires et autres vendeurs de tissu essaient de nous faire croire.


    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/J%C3%A9zabel
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    • Livres 4.00/5
    Par canel, le 04 février 2012

    canel
    Gladys, riche et belle femme d'âge mûr, est accusée d'avoir tué un jeune homme de vingt ans - son amant ? Tandis que les témoins se succèdent à la barre, elle refuse de s'expliquer. Ce n'est que dans un second temps, lorsque l'auteur revient sur la vie entière de cette femme, que le lecteur perçoit finalement le personnage tout autrement et saisit peu à peu ce qui a provoqué ce geste.

    Avec une grande finesse d'analyse, Irène Némirovsky décortique ici la terreur de vieillir, de voir sa beauté se fâner, sa vie perdre toute saveur, chez une femme qui n'a vécu jusqu'alors que pour plaire, susciter l'envie, le désir, l'admiration, la jalousie chez autrui, hommes ou femmes... Ce roman écrit en 1934 garde une portée universelle - tout au moins dans les sociétés où jeunesse et beauté sont encensées.

    Un roman délicieux à lire, qui m'a rappelé Maupassant, Zweig, mais aussi Sagan dans son recueil de nouvelles 'Des yeux de soie' qui évoque les craintes féminines de la quarantaine.
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    • Livres 4.00/5
    Par Apikrus, le 05 janvier 2012

    Apikrus
    Au milieu des années 1930, une femme, belle et riche, est jugée pour avoir tué d'un coup de revolver un homme de vingt ans qu'elle avait rencontré quelques semaines plus tôt. le crime passionnel ne semble faire aucun doute.
    J'ai été scandalisé par la manière dont le président mène les débats : en moralisateur plus qu'en homme de loi cherchant à connaître et à comprendre la vérité. L'accusée ne nie pas les faits qui lui sont reprochés mais elle refuse d'en expliquer les raisons. Les cinquante premières pages correspondantes, merveilleusement écrites, sont passionnantes, malgré l'absence d'explication à ce stade du livre sur les causes du crime.
    C'est ensuite par le récit de la vie de cette femme, et surtout par son portrait psychologique, que l'auteur expliquera finalement les raisons de son geste.
    Si le début de ce livre m'a fait songer à André Gide (avec 'Témoignage d'une Cour d'Assise'), la suite m'a rappelé Stefan Zweig, pour la qualité de l'écriture et la subtilité de l'analyse psychologique.
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    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 18 mai 2010

    litolff
    Irène Nemirovsky décrit à merveille les méandres psychologiques d'une femme égoïste et narcissique dont le seul souci est de rester jeune et désirée par les hommes. Son analyse de la complexité et de l'ambivalence du caractère de Gladys réussit à la rendre tour à tour odieuse, émouvante, pathétique, ignoble ...
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Citations et extraits

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  • Par litolff, le 18 mai 2010

    Les serments, les supplications, les larmes, elle y était accoutumée comme un ivrogne l’est au vin ; elle n’en était pas rassasiée, mais leur doux poison lui était nécessaire comme le seul aliment qui l’eût fait vivre. Elle ne s’en cachait pas. Elle pensait qu’une femme n’est jamais blasée, qu’elle est un petit animal infatigable, qu’un ambitieux peut se lasser des honneurs et un avare de l’or, mas que jamais une femme ne renonce à son métier de femme ; quand elle pensait à la vieillesse, elle lui paraissait si lointaine encore qu’elle la regardait en face sans trembler, s’imaginant que la mort viendrait pour elle avant la fin du plaisir. »
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  • Par litolff, le 18 mai 2010

    « Le jour où elle eut cinquante ans, où elle eut entendu sonner à ses oreilles à toutes les heures : « Tu as cinquante ans… Toi, Gladys, qui hier encore… Tu as cinquante ans, cinquante ans, et jamais tu ne retrouveras ta jeunesse… », ce jour-là, elle alla pour la première fois dans une maison de rendez-vous, et depuis, chaque fois que la mélancolie devenait trop amère, chaque fois qu’elle était torturée par le doute d’elle-même, elle allait passer une heure là.
    Lorsqu’un homme inconnu était plus empressé, plus généreux que de coutume, une sorte de paix divine affluait à son cœur.
    « Si on me reconnaît ? songeait-elle. Je suis libre… Et puis, que dira-t-on ? Vicieuse ?… Ah ! vicieuse, folle, criminelle, mais pas vieille, pas incapable d’inspirer l’amour, pas cette abomination, pas cette horreur !… »
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  • Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    "Elle voulut s’élancer, mais tout à coup elle s’arrêta, songea :
    " - Mon visage…
    " Comme il devait être ravagé après une nuit pareille… Elle n’avait pas le droit de pleurer, de laisser voir sa souffrance. C’était bon pour la jeunesse de laisser couler les larmes sur des joues qu’elles embellissaient comme la pluie sur une fleur… Jeannine pouvait pleurer. Elle n’avait pas trente ans, elle… Ses larmes attendriraient Monti. Elle, Gladys, devait se souvenir que les pleurs faisaient fondre le fard sur les joues."
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  • Par canel, le 27 janvier 2012

    Enfin, la nuit venait et elle se sentait revivre. Elle rentrait à Sans-Souci, s'habillait, s'admirait. Comme elle aimait cela... Qu'y avait-il de meilleur au monde, quelle volupté comparable à celle de plaire ?... Ce désir de plaire, d'être aimée, cette jouissance banale, commune à toutes les femmes, cela devenait pour elle une passion, semblable à celle du pouvoir ou de l'or dans un coeur d'homme, une soif que les années augmentaient et que rien, jamais, n'avait pu étancher complètement. (p. 81)
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  • Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    Gladys avait de sa beauté une conscience profonde qui ne la quittait pas. Elle la ressentait comme une paix intérieure à chaque instant du jour. Sa vie était simple : s’habiller, plaire, retrouver un homme amoureux, se rhabiller, plaire… Parfois, elle songeait : « J’ai quarante ans… » En ce temps-là, avant la guerre, c’était un âge terrible, « l’âge-limite » ; rares étaient les femmes, comme elle, dont la beauté demeurait intacte à quarante ans.
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