> Sabine Porte (Traducteur)
> Barry Moser (Illustrateur)

ISBN : 2742762868
Éditeur : Actes Sud (2006)


Note moyenne : 3.43/5 (sur 14 notes) Ajouter à mes livres

Pour une raison qui demeure obscure à Josie, sa mère a précipitamment abandonné le domicile conjugal et l'a emmenée vivre dans la maison de sa grand-tante. C'est là qu'elle fait la connaissance de Jared, un cousin nettement plus âgé qu'elle. Tout auréolé du pres... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 04 avril 2012

    LiliGalipette
    Josie a onze ans quand sa mère l'entraîne loin de son père. Elles s'installent chez la grand-tante de l'enfant. C'est là que Josie rencontre Jared, lointain cousin bien plus âgé qu'elle, qui étudie au séminaire et se destine à la prêtrise. Entre l'enfant et le jeune homme se noue une relation trouble et inquiétante. « Désormais chacun portera l'autre en lui comme un secret. » (p. 44) Josie ne dit rien à sa mère de ce que Jared lui fait endurer : par amour pour ce cousin si étrange, elle se tait et porte dans sa chair les traces d'une immonde affection.
    Pour Josie, Jared est comme le serpent noir qui se faufile dans le marais derrière la maison, effrayant et fascinant. La fillette vit sous la menace insidieuse des représailles du jeune homme. Surtout ne pas lui déplaire, ne pas le trahir. « Équilibre précaire entre ce que Jared veut et ce que Jared ne veut pas. Tu vis dans la terreur de confondre l'un et l'autre, de provoquer son authentique colère. » (p. 64) de Josie ou de Jared, on ne sait qui est le plus perturbé, qui a le plus besoin de cette relation teintée d'horreur silencieuse. On sent en Jared une violence plus ou moins contenue : « Je n'ai pas fait ce qu'il était en mon pouvoir de faire. » (p. 67) Mais rien ne dit si Josie ne souhaite pas subir tout le pouvoir de son cousin.
    Le sous-titre du roman est un conte gothique. Les sombres images qui illustrent le texte le justifient pleinement. Et il y a cette ambiance diffuse de terreur, cette angoisse permanente. Jamais l'enfant n'est en repos, toujours tendue vers un mystère étrange et odieux. le lecteur voit l'enfant pénétrer dans le marais, en dehors de toute surveillance ou amour maternel. La petite chose est en danger et personne ne la retient. La voix narrative qui s'adresse à l'enfant est à la fois la conscience de la fillette, mais aussi un avertissement venu d'ailleurs, une mise en garde aux allures malignes. « Il est bon d'avoir peur, il est normal d'avoir peur. La peur te sauvera la vie. » (p. 9) La peur peut aussi marquer pour toujours l'esprit encore fragile de l'enfant. Quelque chose dans le récit dit que Josie n'oubliera jamais. Et c'est bien le plus terrible.
    Joyce Carol Oates propose un court texte très oppressant et troublant. le malaise s'épanouit dès les premières phrases : le lecteur assiste à la course désordonnée d'une enfant soumise aux yeux froids d'un prédateur pervers. Mais comme une souris prise au piège, il semble que Josie se délecte du danger et que sa course folle est un autre plaisir. Pour une fois, je suis ravie qu'un texte soit si bref, je n'en aurais pas supporté davantage. Mais je l'ai supporté avec un plaisir étrange, coupable, comme une autre fascination devant l'horreur et le danger.
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    Critique de qualité ? (17 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par chocobogirl, le 05 avril 2011

    chocobogirl
    Josie et sa mère ont quitté le foyer familial pour aller habiter chez la grand tante Esther. Aucune explication n'est donné à la petite fille de 11 ans qui doit s'accommoder de ce nouveau lieu à l'atmosphère froide et pesante. Sa mère se désinteresse d'elle pour mieux aller courir auprès d'amours éphémères et Josie se retrouve bien souvent seule. La seule personne qui lui porte un peu d'intérêt distant est son cousin Jared, jeune séminariste en vacances. Jared, plus agé que Josie (environ 25 ans), fascine la demoiselle. Attirée par ce jeune homme mystérieux, constamment retranché dans sa chambre où il se dévoue à Dieu, parmi les livres et les images pieuses, elle accepte de le suivre dans les marais, à l'occasion d'une rencontre innopinée. Josie a-t'elle croisé sur son chemin le serpent noir qui la hante et la dévorera ?
    Ce court roman est à l'image des autres textes de l'auteur : extrêmement dérangeant.
    Car ce que nous allons découvrir ici est que cette attirance que Josie a pour son cousin va se révéler d'autant plus malsaine que celui-ci va en jouer pour que la petite fille devienne l'objet de ses fantasmes érotiques.
    Jared, prisonnier de son extrémisme religieux, est abruti d'images du Christ extatique souffrant sur la croix et instaure une relation sadique avec la petite fille, se plaisant à la faire souffrir.
    Josie, elle, oscillant entre souffrance et amour, découvre à travers cette transgression une certaine liberté et aborde aux rivages de l'adolescence qui vont peu à peu l'éloigner de la figure maternelle.
    " Autrefois, du temps de ma petite enfance, nous étions quasiment des égales, Mère et moi (car le pouvoir réside dans l'égocentrisme impitoyable, inconteté) ; avec le temps, à mesure que je grandissais, que j'émergeais chaque jour davantage de l'enfance, j'avais perdu mon pouvoir au profit de ma mère. Car elle était elle-même une enfant, une trompeuse et fascinante enfant prête à user de toutes les séductions afin qu'on l'aime et souhaite -ô si ardemment ! - être aimé d'elle. Ce qui était à jamais impossible, du moins selon ton désir. "
    Le lien qui les unit va demeurer secret et l'ascendant que Jared va avoir sur Josie sera tel que la petite fille considerea leur relation comme de l'amour.
    " Tu ne voulais pas appeler cela de l'amour, tu l'appelerais autrement, d'un autre mot, d'un autre nom. Fermant les yeux au point d'en être parfois étourdie, d'en avoir le vertige. Au point d'en éprouver une excitation, un effroi aux limites du supportable. Et je le revois, mon cousin Jared Jr. Tant d'années plus tard. Je vois une flamme verticale, une silhouette. Pas une personne. Si je m'efforce de me remémorer son visage, le son de sa voix et, au creux de mon ventre, cette sensation d'une clef tournant dans une serrure sitôt qu'il me touchait, je perds tout."
    Et puis il y a la mère qui ne voit rien, toujours absente, qui considère sa fille à la fois comme une adulte et comme une petite fille.
    " Les doigts de Mère, véritables serres, avaient agrippé mes épaules osseuses. Ses yeux accusateurs sondaient les miens, ses yeux gris pâle teintés de bleu, parsemés de paillettes de mica quasi invisibles, comme certaines des pierres disséminées sur les berges de la Cassadaga.
    "Tu ne peux rien me dissimuler ! Tu ne peux pas avoir de secret pour moi !"
    Car il doit bien y avoir un jour - une heure, une minute ! - où pour la première fois, un bébé tente de leurrer sa mère : un moment où pour la première fois de sa vie, il exerce ce que l'on appelle sa volonté : le geste de tromperie instinctif, improvisé, le subterfuge qui deviendra partie intégrante de sa vie mentale. Si les parents sont en mesure de déceler un tel moment, il se peut qu'ils l'étouffent de telle sorte que l'intrigue ourdie par le bébé soit à jamais déjouée. "
    Pourtant si le sujet parait plutôt glauque, Oates réussit haut la main à utiliser une langue pudique où rien ne transparait. Tout est dans le non-dit et les évocations subtiles que le lecteur saura intelligemment interpréter. Pas d'horribles descriptions de sévices, la métaphore et le symbilisme sont souvent présents ici. On pense d'ailleurs à ce fameux serpent noir, évoqué de façon récurrente par Josie, qui peut aussi évoquer le serpent du péché dans la Bible.
    La religion, fort présente, est décrite par Oates comme un réservoir à frustrations et à fantasmes pervertis.
    La relation mère-fille ne semble pas beaucoup plus équilibrante avec une mère tantôt absente, tantôt étouffante et offre, en place de tendresse, de grandes sentances sur la vie.
    "Premier amour" est un roman troublant et fascinant. Décrivant à mots couverts, une relation obsène et malsaine où l'amour se dispute à la souffrance, il fait le portrait édifiant d'une jeune fille qui, dans ses premiers émois érotiques, se trouve pas tout de suite la force de se libérer d'une emprise qui la submerge.
    J'ai pour ma part fort apprécié ce petit roman. Lu il y a 2-3 semaines, j'ai peut-être pu m'éloigner de l'aspect dérangeant que l'on ressent au prime abord et constate, en écrivant ce billet avec recul, toute la subtilité de ce texte !
    Un roman qui ne plaira pas à tout le monde, c'est certain... mais qui est pourtant à découvrir !

    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-premier-amour-65005227..
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    • Livres 4.00/5
    Par le_Bison, le 06 mars 2012

    le_Bison
    Ce n'est pas mon premier Joyce Carol Oates, ni même mon dernier. Joyce Carol Oates ne fait jamais dans la demi-mesure. Soit le roman est un long et gros pavé qu'il est difficile de tenir dans une main (son poids équivaudrait une caisse de bière, unité de mesure certifiée et universelle du Bison), soit il est si succinct qu'il ne pèse pas plus qu'une cannette de bière à demi entamée (la cannette de bière est une sous-division de la caisse de bière dans l'unité de mesure décrite précédemment). « Premier amour – un conte gothique » fait partie de cette seconde catégorie de romans de l'écrivaine.
    Plus qu'inquiétant, immoral ou onirique, ce livre est surtout dérangeant et ne peut laisser indifférent. Josie, une petite fille solitaire de 11-12 ans, face à Jared Jr., 25 ans, un séminariste ambigu. L'histoire d'une relation sexuelle d'une pré-adolescente avec un soi-disant homme de Dieu, voilà de quoi faire bondir toutes les âmes saintes ; Présentée de cette façon, le roman pour être un pamphlet sur la pédophilie et l'idée n'est pas si éloignée mais à mon sens l'auteure n'a pas fait de ce thème sulfureux le sujet principal du roman. Car, ce que j'ai ressenti avant tout, ce n'est pas le sexe entre les deux personnages, mais la fascination que ce séminariste aux chemises amidonnées d'une blancheur immaculée entraîne sur cette petite ouaille. Fascination qui se transforme en dévouement totale et abandon de son Corps pour des jeux pervers et masochistes. Je vous avais prévenu, sans être provoquant, ce livre peut être choquant et inquiétant...
    Un livre l'un des plus érotiques qui soit ? Je demande à voir (ou à lire). Je dirai plutôt un livre sur la fascination sexuelle d'une jeune fille qui (cette fascination extrême fausse peut-être son consentement) s'abandonne, se soumet aux désirs sadiques d'un « respectable » séminariste. L'attraction magnétique du séminariste atteint son apogée lorsque ce dernier se sert de la misérable Josie pour remplir son escarcelle d'autres victimes. Je vous avais prévenu !

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/
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    • Livres 4.00/5
    Par Zazette97, le 17 janvier 2011

    Zazette97
    Publié en 1996 et traduit en français en 1998, "Premier amour" est un court roman de Joyce Carol Oates, auteure américaine prolifique (à qui l'on doit notamment "Blonde" et "délicieuses pourritures") également connue sous les pseudonymes de Rosamond Smith et Lauren Kelly.
    Pour une raison qui lui est inconnue, la petite Josie quitte sa ville natale avec sa mère pour s'installer chez sa grand-tante Esther qui occupe la Maison du Révérend à Ramsonville.
    L'atmosphère n'est pas des plus réjouissantes chez les Burkhardt. le cousin de Josie, Jared Jr, jeune séminariste, est de passage pour l'été et fait l'objet de toutes les attentions de la part de sa grand-mère.
    A peine tolérées dans la maison, Josie et sa mère sont priées de se tenir à l'écart du jeune homme. Mais un jour, alors que sa mère se fait de plus en plus absente, Josie croise cet étrange cousin au bord de la rivière...
    A peine arrivée dans son nouveau lieu de vie, Josie fait la rencontre effrayante d'un serpent noir, épisode assez évocateur pour la suite de l'histoire.
    Josie pose des questions à sa mère sur l'histoire de la famille mais les réponses se veulent toujours évasives.
    Livrée à elle-même, la petite fille souffre d'une solitude alimentée par le silence qui règne dans la demeure ainsi que par l'absence et les non-dits de sa mère. Cette solitude se voit rompue par sa rencontre avec son cousin Jared Jr, un jeune homme de 14 ans son aîné qui tire profit de sa naïveté et de la fascination qu'il exerce sur sa petite cousine tout en lui faisant croire qu'elle est consentante.
    Terrifiée à l'idée qu'il lui fasse de mal, Josie se résout à rester sage et à garder le secret qui l'unit à Jared Jr.
    C'est la seconde fois que je lisais l'auteure et que je me retrouvais à éprouver une sensation de malaise frisant le dégoût.
    Et pourtant quelque chose me poussait bien à tourner les pages, allant jusqu'à me faire douter de ma propre santé mentale...
    Nul doute qu'à l'image de "délicieuses pourritures", "Premier amour" évoque le même thème sombre de la rencontre entre le bien et le mal, de l'enfance pervertie et comme hypnotisée par l'ascendance malsaine de l'adulte.
    Si le récit nous est livré par Josie, il arrive que celle-ci semble se parler à elle-même par l'intermédiaire du tu - évoquant ces moments de peur qui auraient du lui faire tourner les talons - ou que les propos de Jared se rappellent à son souvenir.
    Le recours aux adjectifs et aux symboles fortement connotés rend compte d'une atmosphère malsaine renforcée par les agissements de Jared Jr.
    La religion tient une grande place dans le récit. Seule figure d'autorité masculine parmi les femmes, le professeur pervers de "délicieuses pourritures" a cédé la place à l'homme de dieu, un jeune séminariste immoral et sans scrupules qui prend un malin plaisir à juger les autres et à infliger les pires châtiments, toujours prompt à évoquer l'expiation par des moyens pas très catholiques si je puis dire.
    Si le résumé évoque un livre érotique, je parlerais plutôt de pédophilie tant il apparaît que ce "Premier amour"(un énième titre ambigu dont l'auteure a le secret) est loin d'être idyllique...
    J'ignore si le fait d'avoir aimé cette histoire fait du coup de moi quelqu'un de peu fréquentable mais il est certain que Joyce Carol Oates possède une finesse psychologique appuyée par un style percutant qui lui permettent d'installer une ambiance qui fait froid dans le dos, allant jusqu'à poursuivre le lecteur jusqu'à la dernière ligne.

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2011/01/premier-amour-joyce-carol-..
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 26 décembre 2007

    Woland
    First Love - A Gothic Tale
    Traduction : Sabine Porte
    Illustrations intérieures : Barry Moser
    Voici l'un des textes les plus courts de Joyce Carol Oates puisqu'il n'excède pas 90 pages dans l'édition Babel-Actes Sud - avec un détail de la "Vision Rouge" de Leonor Fini en couverture.
    Une vieille maison, nommée "la maison du Révérend", assoupie à Ransomville, Etat de New-York. Une vieille femme, Ellen Burkhardt, veuve d'un ecclésiastique, et son petit-fils, Jared Burkhardt Jr qui, bien évidemment, s'apprête à devenir ... clergyman. Et puis Delia, la petite-nièce de Mrs Burkhardt, qui vient de quitter son mari (pour quelles raisons, on l'ignore), et qui débarque là-dedans avec sa petite fille de onze ans, Josephine, dite Josie. Tout au dessus, l'ombre étouffante de la religiosité presbytérienne.
    Une très étrange relation va se nouer entre Jared Jr - dont on ne sait vraiment pas pourquoi il est là alors qu'il devrait en principe se trouver dans son séminaire presbytérien - et la petite Josie. Une relation sado-masochiste extrêmement trouble, tournant essentiellement autour d'une relation sexuelle qu'il ne tient pas à mener jusqu'au bout mais qui est évidemment pédophile. Au reste, dans sa bibliothèque poussiéreuse et jusque dans ses livres théologiques, Jared Jr amasse des revues et des photographies pédophiles d'un sadisme rare. Très brièvement, le lecteur indécis se dit même que la grand-mère (parfois aussi inquiétante que son petit-fils) est au courant de cette terrible perversion.
    Seulement, à la fin du texte, ce même lecteur indécis se demande si Josie, en fait, n'a pas fantasmé tout cela. Bien que, en y réfléchissant vraiment ...
    Un récit subtil qui apparaîtra peut-être vide et insignifiant à la première lecture mais qui, pourtant, dérange le lecteur d'abord impatienté, puis frustré et enfin perplexe. Si un jour vous le lisez, n'hésitez pas à venir donner votre vision de la chose. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Zazette97, le 17 janvier 2011

    Si tu pénétrais dans le marais, tu livrais ton corps. Tu n'étais plus toi-même, tu avais pour nom toi, elle, petite. Tu étais entourée d'imperceptibles bruits de succion. De grognements de crapauds. Pareils à des grognements d'homme - tu avais entendu des hommes grogner et ahaner, ahaner et grogner, il y a longtemps de cela, alors que tu n'étais pas censée écouter. Tu savais ce que c'était, déjà en ce temps-là : la pulpe animale cherchant à s'extraire de force de son carcan. Suintant, bouillonnant, jaillissant enfin.
    C'est bien. Mais maintenant, il faut te laver. Jared rinçait rapidement tes doigts poisseux dans la rivière, Jared aspergeait d'eau ton visage moite de sueur. Tu avais envie de dire Je t'aime, Jared, mais il t'attrapait par la nuque et te plongeait le visage dans l'eau qui te laissait dans la bouche un goût de métal amer.
    Jusqu'à ce que tu suffoques en battant l'air de tes bras pitoyables, comme une oie en pleine noyade, et qu'il te prenne en pitié. Oh, pour l'amour du ciel ! Personne ne va te tuer, pourquoi veux-tu que quiconque prenne cette peine? p.57
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  • Par Orphea, le 18 février 2011

    Je répétais à Mère, j'ignore au juste pourquoi, "le serpent noir, le serpent noir, si beau, et ces yeux !" d'une petite voix blessée. "Mère , je crois que...j'ai peur" et Mère me regarda d'un air exaspéré, "Ne sois pas ridicule ; la peur n'est qu'un mot," et je balbutiai "...peur de...", et Mère m'interrompit, "La peur n'est qu'un mot, un peu d'air qu'on expire. Ne le prononce pas, pas même en pensée, et elle ne sera plus. "Peeeur"." Elle retroussait les lèvres avec ironie, se moquait de moi. Et elle avait raison de se moquer de moi en me voyant me mettre dans de tels états, me comporter comme une enfant non pas de mon âge mais bien plus jeune, délibérément puérile. Mais soudain, je fondis en larmes en martelant son lit de mes poings, les ressorts avachis grincèrent en signe de protestation et je martelai de plus belle, le bourrai de coups de pieds. Mère m'avait souvent reproché par le passé de me livrer aux simples fantômes sonores que sont les mots et voilà que je m'écriai, "Je te déteste ! A t'entendre, tout n'est que mot ! Tout n'est que son ! Je ne veux pas savoir..."peeeur", j'ai peur...voilà ce que j'ai."
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  • Par Reka, le 06 février 2011

    Les doigts de Mère, véritables serres, avaient agrippé mes épaules osseuses. Ses yeux accusateurs sondaient les miens, ses yeux gris pâle teintés de bleu, parsemés de paillettes de mica quasi invisibles, comme certaines des pierres disséminées sur les berges de la Cassadaga.
    "Tu ne peux rien me dissimuler ! Tu ne peux pas avoir de secret pour moi !"
    Car il doit bien y avoir un jour - une heure, une minute ! - où pour la première fois, un bébé tente de leurrer sa mère : un moment où pour la première fois de sa vie, il exerce ce que l'on appelle sa volonté : le geste de tromperie instinctif, improvisé, le subterfuge qui deviendra partie intégrante de sa vie mentale. Si les parents sont en mesure de déceler un tel moment, il se peut qu'ils l'étouffent de telle sorte que l'intrigue ourdie par le bébé soit à jamais déjouée. En me saisissant ainsi, comme toujours en pareil cas, sachant que je n'oserai pas résister, Mère cherchait à évoquer le temps magique d'avant le temps où elle ne se contentait pas d'être Mère, celle qui m'était maintenant connue sous le nom de Delia S. - mais tout au monde pour moi. (p. 51-52)
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  • Par le_Bison, le 08 mars 2012

    Si tu pénétrais dans le marais, tu livrais ton corps. Tu n’étais plus toi-même, tu avais pour nom, toi, elle petite. Tu étais entourée d’imperceptibles bruits de succion. De grognements de crapauds. Pareils à des grognements d’homme – tu avais entendu des hommes grogner et ahaner, ahaner et grogner, il y avait longtemps de cela alors que tu n’étais pas censée écouter. Tu savais ce que c’était, déjà en ce temps-là : la pulpe animale cherchant à s’extraire de force de son carcan. Suintant, bouillonnant, jaillissant enfin.
    C’est bien. Mais maintenant il faut te laver. Jared rinçait rapidement tes doigts poisseux dans la rivière, Jared aspergeait d’eau ton visage moite de sueur. Tu avais envie de dire Je t’aime, Jared, mais il t’attrapait par la nuque et te plongeait le visage dans l’eau qui te laissait dans la bouche un goût de métal amer. Jusqu’à ce que tu suffoques en battant l’air de tes bras pitoyables, comme une oie en pleine noyade…
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  • Par Orphea, le 18 février 2011

    Lorsque Mère me parlait ainsi, autrement dit souvent, mon angoisse devenait plus aiguë, plus palpable. Je la sentais qui m'envahissait comme un courant électrique à basse tension. Car il y avait toujours cette peur, brandie par Mère telle une menace voilée, que soudain, irrémédiablement, elle n'en dévoile trop. Elle cesserait alors d'être Mère et m'échapperait, me laissant livrée à moi-même, privée d'enfance. Et comment rester enfant sans la présence d'un adulte qui vous définisse ?
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