Faut-il commencer l'année en brûlant votre professeur de philosophie ?
C'est par cette question que commence cet anti-manuel. Chacun des vingt-sept chapitres est introduit par une question vivante et provocante, souvent proche de la vie d'un adolescent : "Pourquoi votre lycée est-il construit comme une prison ?" " Que dites-vous en gravant No future sur vos tables ?" etc.
En quatre ou cinq pages, l'auteur développe ensuite la problématique introduite, dans un style très vivant, clair et direct, souvent même catégorique et péremptoire. Il a un peu tendance à tuer la chèvre et bouffer le chou. On est d'accord ou pas, mais on est rarement indifférent, et ça oblige à réfléchir. Je suppose que c'est le but. Croyants de toutes sortes, notamment, ce livre risque de ne pas vous plaire, puisqu'il tape sur la religion dès qu'il peut. Tant pis pour vous.
Ca change de l'approche très neutre et consensuelle qu'avait eue mon prof, justement, mais c'est plus efficace. En tout cas, qu'on soit d'accord ou non, il interpelle, les sujets sont mis en relief avec le monde actuel, le style est direct et vivant. Et à la fin de son exposé, il a introduit sans même le nommer, un des éléments du programme de terminale (et parfois un qui n'est pas dans le programme) : Platon,
Kant,
Descartes,
Freud, ils y passent tous. C'est à l'envers de mon expérience, où le cours de philo ressemblait plus à un cours d'histoire de la philo qu'à autre chose.
Extrait :
"Dès votre plus jeune âge, l'école vous prend en charge pour vous socialiser, autant dire pour vous faire renoncer à votre liberté sauvage et vous faire préférer la liberté définie par la loi. le corps et l'âme sont façonnés, fabriqués. On inculque une façons de voir le monde, d'envisager le réel, de penser les choses. On norme. L'écolier du primaire, le collégien, le lycéen, l'étudiant des classes préparatoires subissent l'impératif de rentabilité scolaire : les points à accumuler, les notes à obtenir, au-dessus de la moyenne de préférence, les coefficients qui décident de ce qui est important ou non pour bien vous intégrer, les livrets qui constituent autant de fiches de police associées à vos mouvements administratifs, les copies à rédiger selon un code très précis, la discipline à respecter dans le moindre détail, l'objectif du passage dans la classe supérieure, le théâtre du conseil de classe qui examine l'étendue de votre docilité, la distinction des sections en fonction des besoins du système, l'obtention des diplômes comme autant de sésames, même si, en soi, ils ne servent à rien : tout vise moins pour vous une compétence (sinon pourquoi n'être pas bilingue après sept années d'apprentissage d'une langue étrangère ?) qu'une mesure de votre aptitude à l'obéissance, à la docilité, à la soumission aux demandes du corps enseignant, des équipes pédagogiques et de direction."
Voilà. C'est proche des lycéens, c'est direct, ça donne matière à réfléchir, et mine de rien, il vient d'introduire Foucault (non, pas Jean-Pierre).
A la fin de chaque chapitre, une sélection de quelques textes courts, souvent contradictoires, qui complètent le sujet et le mettent en lumière. Chaque texte est précédé par une micro biographie de son auteur. On y trouve les philosophes classiques, aux côtés de nombreux contemporains. Avec ça des illustrations choisies avec humour souvent, avec même quelques planches de bédé.
Pour compléter tout ça, une annexe donne une méthode et des conseils sur l'art de la dissertation.
Au final ? Une excellente surprise. Ouvrage de vulgarisation qu'on peut conseiller à à peu près tout le monde, tout particulièrement à ceux qui ont gardé un mauvais souvenir de cette fameuse année de philo en terminale (sans parler de ceux qui en ont fait deux). Vous pouvez mettre le Monde de Sophie à la poubelle.