Éditeur : Interférences (2008)

Note moyenne : 5/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres

Publié en 1926, ce petit livre de Pilniak, fondé sur des faits réels, met en scène un célèbre commandant de l'armée Rouge mort dans des circonstances obscures. Qualifié de " contre-révolutionnaire " et de " calomni... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(1)

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par Bunee, le 03 janvier 2011

    Bunee

    Excellent et curieux ouvrage que celui-ci, à mi-chemin entre "le procès" et "le zéro et l'infini", d'une plume froide et acérée, qui aborde l'époque de la liquidation des liquidateurs, sur la base de faits réels. A noter également: l'ouvrage a été primé lauréat du prix Russophonie 2010 - meilleure traduction du russe vers le Français. Et en effet, la traduction nous offre un texte absolument époustouflant, tant dans le rythme de la narration que dans les images et la lumière apportée à l'histoire. Ville machine palpitant dans le brouillard, sous l'oeil de la lune blafarde qui regarde, tranquille et glacée, l'espèce humaine soumise à la fortune.
    Le Commandant Gavrilov est une des figures les plus légendaires de la guerre civile, un des bras armés de la révolution. Une des vérités de la révolution bolchevique peut-être celle-ci: qui a vécu par l'épée périra par l'épée. Qui a broyé, tué au nom de la Révolution, sera tué et broyé par la Révolution.
    Gavrilov, derrière la légende, est un homme ordinaire. Avec ses faiblesses d'homme ordinaire. Dont un ulcère, pour lequel il est envoyé en Ukraine pour se soigner. Curieusement, malgré un léger rétablissement du Commandant, les pontes du régime insistent lourdement en vue de lui faire subir une opération. Qui s'avère loin d'être indispensable.
    Lucide, Gavrilov pressent ce qui l'attend, et s'apprête à mourir. Alors qu'il aurait pu échapper au destin que lui réservait la révolution qu'il avait servi, il se soumet à sa logique impitoyable.
    Cet ouvrage a une histoire vraiment particulière. L'éditeur précise:
    "Publié en 1926 dans la célèbre revue littéraire Novy Mir, ce petit texte d'une grande originalité stylistique a été immédiatement perçu comme un brûlot. Il raconte, dans un style cinématographique et saccadé, l'histoire d'un commandant de l'armée Rouge que les autorités obligent à se faire opérer d'un ulcère, et qui meurt sur la table d'opération. Bien que l'auteur se fût à l'époque défendu d'avoir tiré son sujet de la réalité, tout le monde reconnut dans le personnage principal Frounzé, héros de la guerre civile et commissaire du peuple, mort dans les mêmes conditions, et dans le personnage sans nom qui l'oblige à cette opération funeste (NDLR: l'Homme au dos raide), Staline qui était alors en train de s'emparer du pouvoir. Ce récit qualifié de « contre-révolutionnaire et calomnieux à l'encontre du Comité central et du Parti » et immédiatement censuré (tous les numéros de la revue déjà en circulation furent confisqués et détruits) est l'un des premiers textes littéraires à décrire de l'intérieur la machine infernale de la révolution broyant peu à peu ses enfants, et à réfléchir sur la fuite en avant que provoque le déchaînement de forces incontrôlables."
    A ce sujet, le récit était devenu quasiment mythique, puisque presque radié de la surface de la terre. Quelques écrits sont restés. L'auteur fera amende honorable et gagnera ainsi dix années. Ce qui ne l'empêchera tout de même pas de mourir fusillé en 1938, et de voir son oeuvre retirée de toutes les bibliothèques du régime et bannie durant des décennies.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)

> voir toutes (1)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par Bunee, le 03 janvier 2011

    C'était un homme dont le nom évoquait l'esprit héroïque de toute la guerre civile, les milliers, les dizaines et les centaines de milliers d'hommes qui se tenaient derrière lui - un nom qui évoquait des centaines, des dizaines et des centaines de milliers de morts, de souffrances, de mutilations, le froid, la faim, les marches dans les frimas et la chaleur torride, un nom qui évoquait le fracas des canons, le sifflement des balles et des vents nocturnes, les feux de camp dans la nuit, les campagnes, les victoires et les déroutes, et - encore et toujours - la Mort. C'était un homme qui commandait à des armées, à des milliers de gens, un homme qui commandait aux victoires, à la mort - à la poudre, à la fumée, aux os brisés, aux chairs déchiquetées, à ces victoires dont on faisait si grand bruit à l'arrière avec des drapeaux rouges par centaines et des foules innombrables, ces victoires dont la radio inondait le monde et après lesquelles - sur les plaines sablonneuses de Russie - on creusait pour les cadavres des fosses profondes, des fosses dans lesquelles s'entassaient pêle-mêle des milliers de corps humains. C'était un homme dont le nom était chargé de légendes - sur la guerre, sur des vertus de stratège, sur une bravoure, une intrépidité et une fermeté sans bornes. C'était un homme qui avait le droit et le bon vouloir d'envoyer des êtres humains tuer leurs semblables - et mourir. Un homme venait d'entrer dans le salon, pas très grand, à la large carrure, avec un visage débonnaire et un peu fatigué de séminariste. Il marchait d'un pas vif, et sa démarche trahissait à la fois le cavalier et le civil, sans rien de militaire. Les trois officiers d'état-major se mirent au garde-à-vous devant lui: pour eux, il était l'homme qui se trouvait au gouvernail de l'énorme machine qu'on appelle l'armée, l'homme qui commandait à leur vie, surtout à leur vie, leurs réussites, à leur carrière, à leurs échecs, à leur vie, mais pas à leur mort. Le commandant s'arrêta devant eux, il ne leur tendit pas la main, il fit le geste qui les autorisait à se mettre au repos.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (1)

Video de Boris Pilniak

>Ajouter une vidéo

Boris Pilniak : le pays d'outre passe
Dans une pièce de la Cité internationale universitaire de Paris dans le 14ème arrondissement, Olivier BARROT reçoit Anne COLDEFY FAUCARD pour parler du livre de l'écrivain russe Boris PILNIAK "Le pays d'outre passe".








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Le conte de la lune non éteinte par :

  • Mail
  • Blog

Autres livres de Boris
Pilniak(2) > voir plus

> voir plus

Lecteurs (6)

> voir plus

Quiz