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ISBN : 2221197232
Éditeur : Robert Laffont (03/11/2016)

Note moyenne : 4.29/5 (sur 1082 notes)
Résumé :
"Les manuscrits ne brûlent pas", dit le diable... Phrase prémonitoire pour un auteur découvert puis adulé dans son pays comme à l'étranger près d'un quart de siècle après sa mort. Le Maître et Marguerite fit l'effet d'un coup de tonnerre dans le monde littéraire russe des années soixante. Il devait d'une part renouveler le genre fantastique, et offrait d'autre part, à travers cette dimension surnaturelle, une possibilité de satire de son temps en déjouant la censure... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (97) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
08 décembre 2014
  • 4/ 5
Ça vous dirait d'être conviés à un bal avec Staline ? Sans quoi, n'hésitez pas, Mikhaïl Boulgakov a un petit carton d'invitation à vous donner. Cela s'appelle le Maître Et Marguerite. C'est plaisant à lire, tonique, fantasque et dépaysant.
L'auteur, aux prises avec l'atrocité de la dictature stalinienne, persécuté dans sa propre vie, muselé professionnellement et intellectuellement a essayé, via ce roman, à faire passer en fraude un s.o.s., à glisser un message dans une bouteille... Car comment critiquer ce régime de barbarie et de dénonciation sans tomber sous le joug des autorités ?
C'est le tour de force qu'a réalisé Mikhaïl Boulgakov en imaginant une histoire fantastique, pleine de diables loufoques et de suppôts de Satan risibles mais où, à chaque coin de page, on lit en transparence une critique du système qui sévissait à l'époque.
Alternant des situations quasi burlesques, des scènes de simili science-fiction kafkaïennes, des tableaux tragico-fantastiques, des moments pseudo-mystiques et de nombreux appels du pieds à la tradition démoniaque judéo-chrétienne, Boulgakov parvient à s'évader du réel pour embarquer le lecteur dans son univers à la fois déprimant et gorgé d'espoir (quand le présent est désespérant, l'imaginaire et l'espoir surnaturel sont le seul refuge de l'écrivain persécuté).
Vous aurez compris qu'il est difficile de lire ce roman sans rien connaître des éléments biographiques de l'auteur et des conditions de sa gestation et pourtant, pourtant, si l'on choisit de se laisser bercer par les seules forces de l'imaginaire, il y a moyen de trouver également beaucoup de plaisir à sa lecture sans forcément s'encombrer de trop de sens politique ou autobiographique.
L'ouvrage est d'une construction assez bizarre mais fort maîtrisée où rien n'est laissé au hasard et où les destins des différents protagonistes se croisent et s'enchevêtrent pour former une trame insolite où les méchants ne font pas peur et les gentils ne sont pas si gentils que cela. On y rencontre, dans une sorte de mascarade vénitienne, une foule de personnages dont fatalement, le maître, mais aussi un chat, un géant, des êtres avec ou sans tête, Ponce Pilate, — le Diable en personne — et, bien entendu, une certaine Marguerite...
Mais je m'en voudrais de vous en dire beaucoup plus. Laissez-vous embarqué dans ce " pays des merveilles " pour adulte et un tantinet cauchemardesque. Évidemment, comme tout écrit très typé, il ne peut pas plaire à tout le monde. Certains le trouveront génial, d'autres s'y ennuieront et certains encore trouveront que cela n'a ni queue ni tête. Personnellement, j'ai bien aimé sans toutefois adorer, mais, bien entendu, ce n'est là que mon petit diable d'avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
N. B. : Gros bémol concernant l'édition Pocket, que je qualifierais d'assez mauvaise pour trois raisons : 1°) nombreuses coquilles, 2°) notes souvent utiles mais qui dévoilent des pans à venir de l'histoire (notamment au début) en les déflorant fatalement un peu au moment où on les rencontre dans la lecture, 3°) reliure de très mauvaise qualité où les pages prennent rapidement la poudre d'escampette. Donc, si vous avez l'occasion, essayez une autre édition.
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Woland
15 janvier 2009
  • 5/ 5
Titre original : Мастер и Маргарита
Traduction : Claude Ligny
"Le Maître et Marguerite", que Mikhaïl Boulgakov commença à rédiger en 1928, sous le titre de "Le Sabot de l'Ingénieur", ne devait être publié pour la première fois qu'en 1966. Pourtant, cette oeuvre, achevée le 13 février 1940, un peu plus de trois semaines avant le décès de son auteur, est assurément l'un des "romans-phares" de la littérature russe du XXème siècle et c'est elle qui contient, entre autres phrases inoubliables, le fameux "Les manuscrits ne brûlent pas !" que l'on peut considérer comme un symbole de la victoire de la liberté de penser face à l'acharnement totalitaire.
Résumer l'intrigue de ce roman onirique et fiévreux, cynique autant que merveilleux, est chose trop réductrice pour que je m'y essaie. Disons essentiellement qu'il fait alterner deux actions, l'une moderne et qui se déroule dans le Moscou de l'ère stalinienne, l'autre "antique" et ayant pour cadre la Judée pré-chrétienne qu'Hadrien n'a pas encore rebaptisée Palestine.
La deuxième intrigue est la vision gnostique de la rencontre de Jésus de Nazareth, appelé Yeshoua Ha-Nozri par Boulgakov, avec Ponce Pilate, procurateur romain de la région, et aussi de son supplice - Boulgakov délaisse la crucifixion traditionnelle pour le pilori - sur le Mont Chauve - ou Mont du Crâne-Golgotha. Yeshoua y apparaît comme un illuminé mais au sens bouddhique du terme, un homme paisible et doux, capable de deceler la Bonté dans le coeur du plus cruel des centurions et suivi depuis le début de ses errances par un certain Matthieu Lévy qui, selon Yeshoua lui-même, déforme pour les recopier les propos qu'il tient[/b]. Juda de Kairoth et Caïphe, le Grand Prêtre du Sanhedrin, sont évidemment de la partie avec un Bar-rabbas qui ne fait que croiser bien fugitivement celui qui deviendra le Christ.
Comme Boulgakov aurait pu éviter d'accepter l'aide que lui fournit Staline pour survivre à l'interdiction de ses oeuvres au début des années 30 , Pilate aurait pu sauver Yeshoua. Mais si l'un n'eut pas le courage d'affronter le goulag ou le procès après tortures si chers au successeur de Lénine, le second, dans un instant de faiblesse, préféra préserver sa carrière en laissant supprimer la vie d'un innocent.
Pour Boulgakov, le prix à payer sera une existence désormais hantée par la conscience de sa veulerie et l'avortement systématique de tous ses essais de publication. En silence cependant, en cachette aussi, inlassablement, il reprend et remanie ce qu'il nomme son "manuscrit sur le Diable" - on ne comptera pas moins de cinq remaniements en douze ans. Tourmenté par ses angoisses, et aussi par un corps qui, peu à peu, l'abandonne, l'écrivain gribouille dès 1931, au bas d'un extrait que vous pourrez lire dans l'édition POCKET du "Maître et Marguerite", ces mots qui émeuvent encore singulièrement le lecteur par delà les années : "Seigneur, aide-moi à terminer mon roman."
Pour le Pilate qu'il recrée, Boulgakov façonne un châtiment qui perdure au-dela les siècles, une espèce de Purgatoire hors du temps où le puissant fonctionnaire romain, "qu'il fasse sombre ou que luise la lune", ne peut connaître la paix bien qu'il soit mort depuis près de deux mille ans. Invariablement, Pilate rêve qu'il annonce au peuple juif sa décision de laisser la vie sauve à Yeshoua. Invariablement, il se réveille et se rend compte que Yeshoua est mort et que lui, Pilate, n'a pas reçu son pardon.
Et, inlassablement, ce fantôme pose et repose cette question qui dut bien souvent torturer Boulgakov :"La Lâcheté n'est-elle pas le plus grand crime qui soit ?"
A la fin du roman, bien sûr, Pilate sera enfin libéré et, dans une très belle image onirique, rejoindra Yeshoua sur un rayon de lune et s'en ira avec lui vers l'Eternité.
Entretemps, l'intrigue moderne aura laissé le champ libre à un Satan là encore plus proche de l'interprétation gnostique que de l'interprétation traditionnelle, et à qui Boulgakov a donné le nom de Woland.
L'accompagnent et le servent trois démons familiers, l'inénarrable Koroviev, Azazello le courtaud aux vilains crocs jaunes qui nasille sur tous les tons, et le non moins extraordinaire Béhémoth, lequel se présente sous l'aspect d'un énorme chat noir capable de s'habiller comme un homme et de jouer aux échecs.
Les trois compères s'en donnent à coeur joie dans un Moscou diurne et surtout nocturne, règlent au passage les comptes de l'écrivain Boulgakov avec les critiques stalinistes, causent mille et un accidents, acculent plusieurs malheureux à l'asile psychiatrique, décapitent un homme, en poignardent un autre, tranchent, taillent, tourbillonnent ... démontent en un mot l'implacable machine totalitaire avec une vigueur en effet démoniaque et ce sens de l'humour propre à l'âme slave.
Au coeur du cyclone diabolique, le Maître, écrivain enfermé parmi les fous après la dénonciation d'un voisin désireux d'accaparer son appartement (les appartements, la convoitise qu'ils inspirent aux pauvres Moscovites obligés de se contenter des "maisons communautaires", les déboires que Boulgakov lui-même connut avec le sien occupent dans le livre une place bien révélatrice du mode de vie imposé à la majorité par le régime bolchevique) et son hégérie, Marguerite, qui quitte tout pour le rejoindre et le suivre au-delà la Mort. Un couple d'amoureux, par conséquent, où la femme prédomine - elle prend l'initiative de suivre les directives de Woland et d'assister au Grand Bal donné par Satan - mais où c'est elle également qui se montre la plus accessible à la pitié.
Ce livre fascinant, qui n'est pas sans rappeler parfois les meilleurs moments du nonsense d'un Lewis Carroll et qui mêle avec génie le fantastique, la poésie, la religion, l'histoire et la philosophie, est irracontable. Il faut donc le lire et ne pas hésiter à le placer bien haut dans votre Panthéon livresque car, né de la souffrance et de la révolte d'un homme qui désespérait d'écrire, il nous prouve avec panache que, quelque sombres que puissent être les tourmentes de l'Histoire, le Génie survit toujours à leurs ténèbres.
Lisez Boulgakov ! Jamais vous ne regretterez d'avoir fait sa connaissance ... ;o)
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Aline1102
31 mars 2012
  • 5/ 5
Dans un jardin public de Moscou, un écrivain et un poète discutent religion: Jésus a-t-il réellement existé? Alors que l'écrivain tente d'imposer sa vision des choses au poète, un troisième personnage apparaît subitement, comme issu d'un mouvement de l'air. Il se mêle à la conversation des deux hommes, dit être un professeur de magie noire en visite à Moscou pour une série de consultations et commence à raconter une étrange histoire sur Ponce Pilate.
Cet inconnu, c'est en fait le Diable. Il prédit la mort de l'écrivain et le séjour en hôpital psychiatrique du poète. Or, en sortant du jardin public, Berlioz, l'écrivain, meurt justement de la manière qu'a décrite le Diable...

Commencé en 1928 par Boulgakov, "Le Maître et Marguerite" ne fût terminé qu'en 1940, peu de temps avant la mort de l'auteur. Et il faudra encore attendre 1966 pour qu'il soit enfin publié en URSS, amputé de près de 80 pages par la censure...
Ce magnifique roman n'a donc pas été tout de suite reconnu à sa juste valeur. Et pourtant, quel chef d'oeuvre! Une profusion de décors et de personnages, des intrigues différentes d'un chapitre à l'autre, mais toujours mêlées les unes aux autres en font une magnifique fresque à la fois haute en couleurs et toujours en mouvement, un peu comme un carrousel en folie, lancé dans des tours sans fin et de plus en plus rapides.
Autour du personnage du Diable, qui, chez Boulgakov, se nomme Woland, s'organisent en réalité trois récits distincts. Tout d'abord, on assiste au drame dans lequel l'arrivée du Diable et de sa troupe plonge Moscou. Et quel drame! La milice moscovite donne l'impression de courir dans tous les sens afin de lutter contre les étranges événements qui se manifestent aux quatre coins de la ville: disparitions étranges, vol de certains morceaux de cadavres, détournement de fonds, femmes se baladant toutes nues (alors que Woland vient de leur offrir des robes de grands couturiers), fausse monnaie... Peu à peu, la ville entière est plongée dans la perplexité devant les phénomènes quasiment surnaturels qui se produisent à Moscou, habituellement si tranquille.
Ensuite, nous faisons la connaissance du Maître et de son histoire, qui forme le second récit à l'intérieur du "Maître et Marguerite". C'est par le biais du malheureux Ivan, le poète devenu fou et enfermé dans un établissement psychiatrique, que nous rencontrons ce fameux Maître. Lui aussi est pensionnaire de cet hôpital et raconte à Ivan les événements qui l'ont rendu fou. Ce Maître est, bien entendu, amoureux de Marguerite, une belle jeune femme qui l'a encouragé à poursuivre le roman qu'il écrivait lorsqu'ils se sont rencontrés (car le Maître est écrivain) et qui traite de Ponce Pilate.
Et ce célèbre personnage historique, procurateur de Judée au temps de la crucifixion de Jésus forme le troisième récit du roman. Nous suivons ainsi les pas de Pilate depuis le moment où il rencontre Jésus, tout d'abord grâce au récit de Woland, qui parle de ce moment historique à Berlioz et Ivan, et ensuite grâce au manuscrit du Maître.
Ces trois romans en un sont remplis de références et d'anecdotes en lien avec l'URSS de l'époque de Boulgakov. Et l'auteur n'est pas vraiment tendre avec son pays: il se lance plus d'une fois dans des scènes très cocasses qui donnent l'impression qu'il tente de ridiculiser l'ordre établi. Et heureusement pour nous, puisque c'est justement cet humour assez cruel de Boulgakov qui, mêlé aux nombreux tours et détours du récit, font du Maître et Marguerite un véritable délice!
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Krout
12 novembre 2016
  • 5/ 5
Avec sa tignasse flamboyante, sous sa très large casquette aux énormes carreaux, il était probablement le plus grand. Oleg Popov, surnommé le clown soleil, s'est éclipsé ce jeudi à 86 ans en cette nuit du 3 novembre,
Une fois le spectacle achevé
Finalement arrêté
Le tic-tac de son coeur
A Rostov-sur-le-Don
Et toi mon cher Raymond *
Tu ne chanteras plus le clown se meurt
Popov et son imaginaire
N'ont pas passé l'hiver
Ces clowns qui par leur poésie
Transmutaient la vie
En scintillante comédie
C'est quoi ce cirque ? Une 96ème critique ? Totalement absurde [96^^] !!! ;)

Viens, viens voir sous le manteau, le grand chapiteau qu'a monté Mikhaïl Boulgakov. le spectacle est permanent, véritable piste aux étoiles. Cinq au moins. Difficile de tout suivre en même temps. Là de la magie, là de la bonimenterie, ici du tir de précision, et là des numéros aériens, des voltigeurs, au centre toute une ménagerie des tigres, des perroquets, des ... et bien sûr en Russie ...des ours ^^ ! Attention de ne pas perdre la tête !!! C'est si vite arrivé. Pouf ! le temps et l'espace prennent une autre dimension. Merveilleux. Magique. Fantasmagorique. [Une vraie jouissance^^] Et puis que de ripailles, que de festins dans cette société où l'on trouve de tout, [sauf des avocats par définition pour un vrai régime... totalitaire]

Boulgakov écrivit surtout du théâtre et de l'opéra, je l'ai bien ressenti dans ce roman. Claquements de porte, paires de claques, cours et jardins, rebondissements en tout genre, qui pro quos et ... en avant la musique dans la grande scène du bal. Mais sous le nez rouge, sous le maquillage, bref sous le manteau ah, ah, ah que se déroule t-il sous le tapis... rouge en Russie ???
Boulgakov c'est un imaginaire foisonnant qui pique dans la vie quotidienne des petits riens, des situations pour en faire apparaître par magie, tout le burlesque. Boulgakov, c'est un grand esprit : la preuve il a fait un séjour dans un hôpital psychiatrique ! Déclarons fou tout esprit bien plus grand que le nôtre.
Et d'abord ce titre sur lequel un bel esprit joueur attira mon attention. le Maître et Marguerite. [Evocation d'un univers de soumission et domination ? Est-ce dont cela qui ravi tant toutes ces coquines ? Chuuut, elles n'en parlent pas. Et pourtant il y a des passages d'une suggestion. Mon Dieu ! Oui mais justement, c'est peut-être ce dont on parle le plus qu'on pratique le moins et inversement ou vice-versa^^] Cependant comme tout bon belge à qui l'on lisait Tintin en donnant le sein ou le biberon, il n'y a pour moi qu'une Marguerite : celle que chante la Castafiore

Ah ! je ris me voir
si belle en ce miroir,
Ah! je ris de me voir
si belle en ce miroir,
Est-ce toi, Marguerite, est-ce toi?
Réponds-moi, réponds-moi,
Réponds, réponds, réponds vite!
Non! Non! ce n'est plus toi!
Non...non, ce n'est plus ton visage;
Faust^^ de Charles Gounod 3ème acte : l'air des bijoux (**)
Il n'est donc pas si étonnant que face à la sainte trinité de l'église catholique, Boulgakov invente, lui, en surenchère, le satanique quartet ! Et dans la foulée revisite entièrement la scène de la crucifixion pour donner une autre version basée sur le point de vue du procurateur Ponce Pilate. Est-ce absurde pour autant ? [Pas plus, à mon avis, que quand l'on me répond qu'on a entendu une trop grande queue pour aller voir Hergé au grand palais. Ce à quoi je rétorque : ça m'étonnerait tu vois pourtant bien que Tintin a un petit nez ! Et placer une citation "Natacha ! Vous n'avez pas honte ? Vous, une jeune fille instruite et intelligente... dans les queues, les gens inventent le diable sait quelles sottises, et vous allez le répéter !" p.308 Je voudrais tant m'étendre sur le sujet...^^]
J'aurais aimé souligner le fait pas anodin que Satan sauve le roman (dans le roman) que brûla son auteur sous les pressions de la censure. Il y a tant dans ce roman d'initiation et d'affranchissement ; mais comme il est écrit : "Moins on en raconte, mieux cela vaut !" p.150 Ce serait donc pure mauvaise langue que reprocher quelques longueurs. LOL
(*) Raymond Devos
(**) Voir ma citation si vous aviez encore un doute
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ninamarijo
27 septembre 2015
  • 4/ 5
J'ai failli "zapper" la critique car il n'est pas aisé d'écrire sur une telle oeuvre. cependant je m'y risque et vous livre mes réflexions.
Pas d'unité de temps pour ce roman qui se déroule à Moscou mais aussi en Judée sous Ponce Pilate par le biais d'un écrit du Maître.
Dans ce récit Boulgakov nous entraine dans une ambiance surréaliste, loufoque et diablement rocambolesque, la lecture est facile, vivante, fluide, le ton est enjoué, plaisantin et farceur. Boulgakov nous bouscule et sait nous accrocher, nous intéresser dans ce fatras farfelu, il nous divertit avec son humour décalé, mais pas seulement, Boulgakov nous happe dans sa diabolique aventure, on est fascinée et éblouit, car, dans ces récits déjantés, il fait passer mille messages, religieux, politiques littéraires… L'action se passe à Moscou sous les terribles années Staliniennes, c'est sans nulle doute une satire de la toute puissance de l'état despotique et tyrannique qu'il dénonce. Il dénonce aussi, les bassesses, les mesquineries, la lâcheté, la cupidité par le truchement de scènes extravagantes mais toujours cohérentes. Ce récit fantaisiste, tous ces « amusements sadiques » cachent une cruelle réalité. Boulgakov éveille les consciences et assène des vérités : il hait lâcheté, la cupidité et les faux-semblants.
le personnage de Marguerite est étonnant, sa conduite crédule parfois naïve est dominée par son amour passion pour le Maître. le récit devient alors touchant et émouvant : l'amante veut sauver l'écrivain et son oeuvre ! Etonnant « ce diable » qui nous assène cette belle phrase : « Les manuscrits ne brulent pas » ! Dans ce récit rocambolesque Dieu et Satan se croisent et interagissent, seraient-ils si proches ?
Au final le feu de l'enfer se déchaine, c'est la rage de l'impuissance qui entraine Boulgakov à une destruction « de tout ce qui doit l'être », la maison du critique, la maison de l'écrivain, et par l'orage toute la ville de Moscou, les palais, les ponts… si jamais une telle ville a existé !
Cependant Marguerite et le Maître seront sauvés par Yeshoua qui envoie Matthieu Levi en messager vers Woland « l'esprit du mal, le seigneur des ombres ». La scène est ici magnifique, Levi demande à Woland de prendre le Maître et Marguerite avec lui et de leur accorder le repos car ils n'ont pas mérité la lumière ? Marguerite et le Maître sont réunis et bien sûr, dit le Maître « quand des gens, comme toi et moi, sont dépouillés de tout, quand on leur a tout pris, ils cherchent leur salut auprès des forces de l'au-delà ! » Ainsi donc le bien triomphe du mal ou alors peut-on sauver avec les forces du mal ?
Dans ce fou récit Boulgakov nous fait souvent festoyer, au menu, esturgeon, caviar, saumon, les plats défilent succulents ! Nous buvons du vin de l'ancienne Rome, le « Cécube » et le « falerne », nous sirotons du Cognac qui « fait bourdonner les oreilles ». Des choeurs chantent, des voix alto, baryton, graves, aigus scandent ce récit hallucinant. On est entrainé dans une lecture criblée de références littéraires et musicales (les notes aident) le tout est assez gouleyant !
Un autre élément, la lune a une présence obsédante, élément de poésie ainsi « Les rennes de rayon de lune tressés en chaînes » elle participe aussi à la beauté des paysages, au décor de mise en scène qu'elle révèle et met en valeur. Pleine, la lune devient inquiétante, elle orchestre le bal de Satan, où rodent des fantômes coupables. Mais aussi elle est ce chemin qui mène à Ha-Nozri, ce symbole du passage des ténèbres à la lumière. Ce chemin que Ponce Pilate emprunte libéré par le Maître qui lui crie : « Tu es libre ! Libre ! Il t'attend ! »
N'en doutons pas, cette oeuvre est un monument, non seulement par le temps qu'il a fallu à Boulgakov pour l'écrire mais aussi par le foisonnement d'images, de symboles, de références d'interrogations qu'elle nous livre et l'effervescence intellectuelle qu'elle fait jaillir en nous.


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Citations & extraits (99) Voir plus Ajouter une citation
AdeleHeuAdeleHeu13 janvier 2017
- je viens te voir, esprit du mal et seigneur des ombres, dit l'homme en jetant un regard hostile à Woland.
- Si tu viens me voir, pourquoi ne me souhaites-tu pas le bonjour, ex-percepteur d'impôts? dit Woland d'un ton sévère.
- Parce que je ne veux rien te souhaiter de bon! répliqua l'autre avec audace.
- Mais il y a une chose dont il faut que tu prennes ton parti, répondit Woland dont la bouche dessina un sourire ironique. A peine es-tu apparu sur ce toit que tu as déjà commis une bourde, et je vais te dire en quoi : elle est dans tes intonations. Tu as prononcé tes paroles comme si tu refusais les ombres, ainsi que le mal. Aies donc la bonté de réfléchir à cette question : à quoi servirait ton bien, si le mal n'existait pas, et à quoi ressemblerait la terre, si on en effaçait les ombres? Les ombres ne sont-elles pas produites par les objets, et par les hommes? Voici l'ombre de mon épée. Mais il y a aussi les ombres des arbres et des êtres vivants. Veux-tu donc dépouiller tout le Globe terrestre, balayer de sa surface tous les arbres et tout ce qui vit, à cause de cette lubie que tu as de vouloir te délecter de pure lumière? Tu es bête.
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fragolettefragolette09 janvier 2017
L'amour surgit devant nous comme surgit de terre l'assassin au coin d'une ruelle obscure et nous frappa tous deux d'un coup. Ainsi frappe la foudre, ainsi frappe le poignard ! Elle affirma d'ailleurs par la suite que les choses ne s'étaient pas passées ainsi, puisque nous nous aimions, évidemment, depuis très longtemps, depuis toujours, sans nous connaître, sans nous être jamais vus (...).
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fragolettefragolette09 janvier 2017
Le chat fut détaché et rendu à sa maîtresse, après avoir bu, il est vrai, cette coupe amère : apprendre par expérience ce que sont l'erreur et la calomnie.
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fragolettefragolette09 janvier 2017
Le citoyen en question surprit ce chat au moment où l'animal, d'un air fourbe (hé, que peut-on y faire, si les chats ont cet air-là ? Il ne leur vient pas de ce qu'ils sont vicieux, mais de ce qu'ils craignent toujours qu'un être plus puissant qu'eux - chien ou homme - ne leur fasse quelque dommage ou ne leur fasse quelque injure. L'un, comme l'autre, est très facile, mais il n'y a aucun honneur à cela, je l'affirme, aucun, aucun !), d'un air fourbe, donc, allait se glisser derrière une touffe de bardane.
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fragolettefragolette09 janvier 2017
C'est moi, confirma le chat, flatté et il ajouta : je suis heureux de vous entendre vous adresser si poliment à un chat. J'ignore pourquoi, habituellement, on tutoie les chats, bien qu'aucun chat n'ait jamais trinqué avec personne.
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Videos de Mikhaïl Boulgakov (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mikhaïl Boulgakov
Version contemporaine du mythe de Faust, transposé à Moscou dans les années 1930, le Maître et Marguerite est aussi une des histoires d'amour les plus émouvantes jamais écrites. Mikhaïl Boulgakov a travaillé à son roman durant douze ans, en pleine dictature stalinienne, conscient qu'il n'aurait aucune chance de le voir paraître de son vivant. Écrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme, cet objet d'admiration universelle fut publié un quart de siècle après la mort de celui qui est aujourd'hui considéré comme l'égal de Dostoïevski, de Gogol et de Tchekhov réunis.
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