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ISBN : 226613437X
Éditeur : Pocket (2003)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 1018 notes)
Résumé :
"Les manuscrits ne brûlent pas", dit le diable... Phrase prémonitoire pour un auteur découvert puis adulé dans son pays comme à l'étranger près d'un quart de siècle après sa mort. Le Maître et Marguerite fit l'effet d'un coup de tonnerre dans le monde littéraire russe des années soixante. Il devait d'une part renouveler le genre fantastique, et offrait d'autre part, à travers cette dimension surnaturelle, une possibilité de satire de son temps en déjouant la censure... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (93) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B08 décembre 2014
  • Livres 4.00/5
Ça vous dirait d'être conviés à un bal avec Staline ? Sans quoi, n'hésitez pas, Mikhaïl Boulgakov a un petit carton d'invitation à vous donner. Cela s'appelle le Maître Et Marguerite. C'est plaisant à lire, tonique, fantasque et dépaysant.
L'auteur, aux prises avec l'atrocité de la dictature stalinienne, persécuté dans sa propre vie, muselé professionnellement et intellectuellement a essayé, via ce roman, à faire passer en fraude un s.o.s., à glisser un message dans une bouteille... Car comment critiquer ce régime de barbarie et de dénonciation sans tomber sous le joug des autorités ?
C'est le tour de force qu'a réalisé Mikhaïl Boulgakov en imaginant une histoire fantastique, pleine de diables loufoques et de suppôts de Satan risibles mais où, à chaque coin de page, on lit en transparence une critique du système qui sévissait à l'époque.
Alternant des situations quasi burlesques, des scènes de simili science-fiction kafkaïennes, des tableaux tragico-fantastiques, des moments pseudo-mystiques et de nombreux appels du pieds à la tradition démoniaque judéo-chrétienne, Boulgakov parvient à s'évader du réel pour embarquer le lecteur dans son univers à la fois déprimant et gorgé d'espoir (quand le présent est désespérant, l'imaginaire et l'espoir surnaturel sont le seul refuge de l'écrivain persécuté).
Vous aurez compris qu'il est difficile de lire ce roman sans rien connaître des éléments biographiques de l'auteur et des conditions de sa gestation et pourtant, pourtant, si l'on choisit de se laisser bercer par les seules forces de l'imaginaire, il y a moyen de trouver également beaucoup de plaisir à sa lecture sans forcément s'encombrer de trop de sens politique ou autobiographique.
L'ouvrage est d'une construction assez bizarre mais fort maîtrisée où rien n'est laissé au hasard et où les destins des différents protagonistes se croisent et s'enchevêtrent pour former une trame insolite où les méchants ne font pas peur et les gentils ne sont pas si gentils que cela. On y rencontre, dans une sorte de mascarade vénitienne, une foule de personnages dont fatalement, le maître, mais aussi un chat, un géant, des êtres avec ou sans tête, Ponce Pilate, — le Diable en personne — et, bien entendu, une certaine Marguerite...
Mais je m'en voudrais de vous en dire beaucoup plus. Laissez-vous embarqué dans ce " pays des merveilles " pour adulte et un tantinet cauchemardesque. Évidemment, comme tout écrit très typé, il ne peut pas plaire à tout le monde. Certains le trouveront génial, d'autres s'y ennuieront et certains encore trouveront que cela n'a ni queue ni tête. Personnellement, j'ai bien aimé sans toutefois adorer, mais, bien entendu, ce n'est là que mon petit diable d'avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
N. B. : Gros bémol concernant l'édition Pocket, que je qualifierais d'assez mauvaise pour trois raisons : 1°) nombreuses coquilles, 2°) notes souvent utiles mais qui dévoilent des pans à venir de l'histoire (notamment au début) en les déflorant fatalement un peu au moment où on les rencontre dans la lecture, 3°) reliure de très mauvaise qualité où les pages prennent rapidement la poudre d'escampette. Donc, si vous avez l'occasion, essayez une autre édition.
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Woland
Woland15 janvier 2009
  • Livres 5.00/5
Titre original : Мастер и Маргарита
Traduction : Claude Ligny
"Le Maître et Marguerite", que Mikhaïl Boulgakov commença à rédiger en 1928, sous le titre de "Le Sabot de l'Ingénieur", ne devait être publié pour la première fois qu'en 1966. Pourtant, cette oeuvre, achevée le 13 février 1940, un peu plus de trois semaines avant le décès de son auteur, est assurément l'un des "romans-phares" de la littérature russe du XXème siècle et c'est elle qui contient, entre autres phrases inoubliables, le fameux "Les manuscrits ne brûlent pas !" que l'on peut considérer comme un symbole de la victoire de la liberté de penser face à l'acharnement totalitaire.
Résumer l'intrigue de ce roman onirique et fiévreux, cynique autant que merveilleux, est chose trop réductrice pour que je m'y essaie. Disons essentiellement qu'il fait alterner deux actions, l'une moderne et qui se déroule dans le Moscou de l'ère stalinienne, l'autre "antique" et ayant pour cadre la Judée pré-chrétienne qu'Hadrien n'a pas encore rebaptisée Palestine.
La deuxième intrigue est la vision gnostique de la rencontre de Jésus de Nazareth, appelé Yeshoua Ha-Nozri par Boulgakov, avec Ponce Pilate, procurateur romain de la région, et aussi de son supplice - Boulgakov délaisse la crucifixion traditionnelle pour le pilori - sur le Mont Chauve - ou Mont du Crâne-Golgotha. Yeshoua y apparaît comme un illuminé mais au sens bouddhique du terme, un homme paisible et doux, capable de deceler la Bonté dans le coeur du plus cruel des centurions et suivi depuis le début de ses errances par un certain Matthieu Lévy qui, selon Yeshoua lui-même, déforme pour les recopier les propos qu'il tient[/b]. Juda de Kairoth et Caïphe, le Grand Prêtre du Sanhedrin, sont évidemment de la partie avec un Bar-rabbas qui ne fait que croiser bien fugitivement celui qui deviendra le Christ.
Comme Boulgakov aurait pu éviter d'accepter l'aide que lui fournit Staline pour survivre à l'interdiction de ses oeuvres au début des années 30 , Pilate aurait pu sauver Yeshoua. Mais si l'un n'eut pas le courage d'affronter le goulag ou le procès après tortures si chers au successeur de Lénine, le second, dans un instant de faiblesse, préféra préserver sa carrière en laissant supprimer la vie d'un innocent.
Pour Boulgakov, le prix à payer sera une existence désormais hantée par la conscience de sa veulerie et l'avortement systématique de tous ses essais de publication. En silence cependant, en cachette aussi, inlassablement, il reprend et remanie ce qu'il nomme son "manuscrit sur le Diable" - on ne comptera pas moins de cinq remaniements en douze ans. Tourmenté par ses angoisses, et aussi par un corps qui, peu à peu, l'abandonne, l'écrivain gribouille dès 1931, au bas d'un extrait que vous pourrez lire dans l'édition POCKET du "Maître et Marguerite", ces mots qui émeuvent encore singulièrement le lecteur par delà les années : "Seigneur, aide-moi à terminer mon roman."
Pour le Pilate qu'il recrée, Boulgakov façonne un châtiment qui perdure au-dela les siècles, une espèce de Purgatoire hors du temps où le puissant fonctionnaire romain, "qu'il fasse sombre ou que luise la lune", ne peut connaître la paix bien qu'il soit mort depuis près de deux mille ans. Invariablement, Pilate rêve qu'il annonce au peuple juif sa décision de laisser la vie sauve à Yeshoua. Invariablement, il se réveille et se rend compte que Yeshoua est mort et que lui, Pilate, n'a pas reçu son pardon.
Et, inlassablement, ce fantôme pose et repose cette question qui dut bien souvent torturer Boulgakov :"La Lâcheté n'est-elle pas le plus grand crime qui soit ?"
A la fin du roman, bien sûr, Pilate sera enfin libéré et, dans une très belle image onirique, rejoindra Yeshoua sur un rayon de lune et s'en ira avec lui vers l'Eternité.
Entretemps, l'intrigue moderne aura laissé le champ libre à un Satan là encore plus proche de l'interprétation gnostique que de l'interprétation traditionnelle, et à qui Boulgakov a donné le nom de Woland.
L'accompagnent et le servent trois démons familiers, l'inénarrable Koroviev, Azazello le courtaud aux vilains crocs jaunes qui nasille sur tous les tons, et le non moins extraordinaire Béhémoth, lequel se présente sous l'aspect d'un énorme chat noir capable de s'habiller comme un homme et de jouer aux échecs.
Les trois compères s'en donnent à coeur joie dans un Moscou diurne et surtout nocturne, règlent au passage les comptes de l'écrivain Boulgakov avec les critiques stalinistes, causent mille et un accidents, acculent plusieurs malheureux à l'asile psychiatrique, décapitent un homme, en poignardent un autre, tranchent, taillent, tourbillonnent ... démontent en un mot l'implacable machine totalitaire avec une vigueur en effet démoniaque et ce sens de l'humour propre à l'âme slave.
Au coeur du cyclone diabolique, le Maître, écrivain enfermé parmi les fous après la dénonciation d'un voisin désireux d'accaparer son appartement (les appartements, la convoitise qu'ils inspirent aux pauvres Moscovites obligés de se contenter des "maisons communautaires", les déboires que Boulgakov lui-même connut avec le sien occupent dans le livre une place bien révélatrice du mode de vie imposé à la majorité par le régime bolchevique) et son hégérie, Marguerite, qui quitte tout pour le rejoindre et le suivre au-delà la Mort. Un couple d'amoureux, par conséquent, où la femme prédomine - elle prend l'initiative de suivre les directives de Woland et d'assister au Grand Bal donné par Satan - mais où c'est elle également qui se montre la plus accessible à la pitié.
Ce livre fascinant, qui n'est pas sans rappeler parfois les meilleurs moments du nonsense d'un Lewis Carroll et qui mêle avec génie le fantastique, la poésie, la religion, l'histoire et la philosophie, est irracontable. Il faut donc le lire et ne pas hésiter à le placer bien haut dans votre Panthéon livresque car, né de la souffrance et de la révolte d'un homme qui désespérait d'écrire, il nous prouve avec panache que, quelque sombres que puissent être les tourmentes de l'Histoire, le Génie survit toujours à leurs ténèbres.
Lisez Boulgakov ! Jamais vous ne regretterez d'avoir fait sa connaissance ... ;o)
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ninamarijo
ninamarijo27 septembre 2015
  • Livres 4.00/5
J'ai failli "zapper" la critique car il n'est pas aisé d'écrire sur une telle oeuvre. cependant je m'y risque et vous livre mes réflexions.
Pas d'unité de temps pour ce roman qui se déroule à Moscou mais aussi en Judée sous Ponce Pilate par le biais d'un écrit du Maître.
Dans ce récit Boulgakov nous entraine dans une ambiance surréaliste, loufoque et diablement rocambolesque, la lecture est facile, vivante, fluide, le ton est enjoué, plaisantin et farceur. Boulgakov nous bouscule et sait nous accrocher, nous intéresser dans ce fatras farfelu, il nous divertit avec son humour décalé, mais pas seulement, Boulgakov nous happe dans sa diabolique aventure, on est fascinée et éblouit, car, dans ces récits déjantés, il fait passer mille messages, religieux, politiques littéraires… L'action se passe à Moscou sous les terribles années Staliniennes, c'est sans nulle doute une satire de la toute puissance de l'état despotique et tyrannique qu'il dénonce. Il dénonce aussi, les bassesses, les mesquineries, la lâcheté, la cupidité par le truchement de scènes extravagantes mais toujours cohérentes. Ce récit fantaisiste, tous ces « amusements sadiques » cachent une cruelle réalité. Boulgakov éveille les consciences et assène des vérités : il hait lâcheté, la cupidité et les faux-semblants.
le personnage de Marguerite est étonnant, sa conduite crédule parfois naïve est dominée par son amour passion pour le Maître. le récit devient alors touchant et émouvant : l'amante veut sauver l'écrivain et son oeuvre ! Etonnant « ce diable » qui nous assène cette belle phrase : « Les manuscrits ne brulent pas » ! Dans ce récit rocambolesque Dieu et Satan se croisent et interagissent, seraient-ils si proches ?
Au final le feu de l'enfer se déchaine, c'est la rage de l'impuissance qui entraine Boulgakov à une destruction « de tout ce qui doit l'être », la maison du critique, la maison de l'écrivain, et par l'orage toute la ville de Moscou, les palais, les ponts… si jamais une telle ville a existé !
Cependant Marguerite et le Maître seront sauvés par Yeshoua qui envoie Matthieu Levi en messager vers Woland « l'esprit du mal, le seigneur des ombres ». La scène est ici magnifique, Levi demande à Woland de prendre le Maître et Marguerite avec lui et de leur accorder le repos car ils n'ont pas mérité la lumière ? Marguerite et le Maître sont réunis et bien sûr, dit le Maître « quand des gens, comme toi et moi, sont dépouillés de tout, quand on leur a tout pris, ils cherchent leur salut auprès des forces de l'au-delà ! » Ainsi donc le bien triomphe du mal ou alors peut-on sauver avec les forces du mal ?
Dans ce fou récit Boulgakov nous fait souvent festoyer, au menu, esturgeon, caviar, saumon, les plats défilent succulents ! Nous buvons du vin de l'ancienne Rome, le « Cécube » et le « falerne », nous sirotons du Cognac qui « fait bourdonner les oreilles ». Des choeurs chantent, des voix alto, baryton, graves, aigus scandent ce récit hallucinant. On est entrainé dans une lecture criblée de références littéraires et musicales (les notes aident) le tout est assez gouleyant !
Un autre élément, la lune a une présence obsédante, élément de poésie ainsi « Les rennes de rayon de lune tressés en chaînes » elle participe aussi à la beauté des paysages, au décor de mise en scène qu'elle révèle et met en valeur. Pleine, la lune devient inquiétante, elle orchestre le bal de Satan, où rodent des fantômes coupables. Mais aussi elle est ce chemin qui mène à Ha-Nozri, ce symbole du passage des ténèbres à la lumière. Ce chemin que Ponce Pilate emprunte libéré par le Maître qui lui crie : « Tu es libre ! Libre ! Il t'attend ! »
N'en doutons pas, cette oeuvre est un monument, non seulement par le temps qu'il a fallu à Boulgakov pour l'écrire mais aussi par le foisonnement d'images, de symboles, de références d'interrogations qu'elle nous livre et l'effervescence intellectuelle qu'elle fait jaillir en nous.


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jcnb68
jcnb6815 septembre 2011
  • Livres 4.00/5
C'est une bien bizarre chose que la façon dont les livres vous tombent entre les mains.
Pas tous évidemment !
Mais il y a livres et livres.
Je sors de la lecture de ce dernier décontenancé, pour le moins.
Sonné, en tous les cas.
Et dire qu'il y a une semaine je ne connaissais rien de l'existence de l'auteur.
Heureusement que l'ignorance ne tue pas !
Ce serait même plutôt le contraire, à mon humble avis.
Qu'est ce que ce récit ?
Une bouffonnerie diabolique ?
Un plaidoyer de l'absurde ?
Une critique amère et désespérée de la tartufferie bolchevik, et de toute machinerie de la gouvernance en général ?

Tout à la fois, et bien plus encore, serai-je tenté d'écrire.
Galimatias !
C'est un mot qui revient souvent dans le récit.
En tous les cas, moi, je suis au regret de vous dire que je n'ai rien capito.
Et ce malgré les innombrables annotations au bas de page qui dans bien des cas en occupaient la moitié.
Cela ne m'a pas empêché de jouir comme un nain tout au long de ma lecture.
Le style est précieux et quelque peu désuet, théâtral, mais c'est voulu.
Burlesque, ironique, précis et tranchant comme la lame d'un sabre japonais.
À travers les tribulations du diable descendu sur Moscou, histoire de prendre un peu l'air, accompagné d'une bande de 4 acolytes, rivalisant de bouffonnerie et de cruauté, Boulgakov nous prophétise une Russie qui n'a rien de drôle. L'histoire se chargera de lui donner raison.
Mais Dieu que cet homme a du souffrir et s'ingénier pour créer un tel récit dans lequel les écrivains, les dirigeants politique et administratifs, Pilate, Jésus et le diable lui-même, s'entrecroisent entre réalité et 5ème dimension et dans lequel Woland, le démon, nous est décrit presque comme un être cool, sympa, droit, triste, solitaire, sage et même, si j'ose : juste.
Jésus est faible, un peu abruti, craintif tout en faisant preuve d'une témérité candide et innocente.
Entre deux, Pilate, le coupable. Se trouvant là où il n'aurait jamais voulu être. Prenant des décisions injustes bien malgré lui et avec très peu de capacités pour les assumer. Un peu comme tous ces membres de l'intelligentsia russe, vaquant à leurs responsabilités de façon machinale sans se soucier des conséquences de leurs décisions.
C'est un livre qu'il faut relire car sous ses atours burlesques, une profonde réflexion sur la société ainsi que sur les forces occultes qui la gouvernent y est décrétée.
Pour l'instant, je reste encore sous le choc, et il n'est pas impossible que je revienne sur ma critique après une lecture renouvelée car s'il est un bouquin qui mérite d'être lu et relu, c'est bien celui-là.
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sylvaine
sylvaine13 octobre 2015
  • Livres 4.00/5
Comment oser poster une critique sur ce monument de la littérature soviétique du début du XXème siècle? Tâche à mes yeux quasi insurmontable!
Il ne reste pour lire ce roman foisonnant, alternativement burlesque, loufoque, caricatural, dénonciateur, philosophique et j'en passe qu'à avoir en mémoire que Boulgakov a commencé la rédaction de ce roman en 1930 pour ne l'achever qu'en 1940 quelques petites semaines avant sa mort.Staline régnait en tyran sur cet état communiste, bureaucratique à souhait où la délation était quotidienne, l'envie de l'appartement du voisin inéluctable...
Deux grands univers se côtoient : Moscou,la nuit au clair de lune envahie par le diable Woland et ses acolytes Koroviev, Azazello et le bon gros chat noir Behemot.
C'est le lieu de la magie, de la sorcellerie du loufoque, des courses poursuites, c'est souvent hilarant même si tout le drame quotidien de la vie de Boulgakov est presque à chaque ligne sous-jacent.
Jérusalem , les Pâques juives ce quatorzième jour du mois de Nizan jour de l'exécution de trois bandits et d'un doux illuminé Yeshoua.Ponce Pilate, le procurateur va sceller sa mort,s'en repentir. Par opposition à l'univers de Woland sur Jérusalem, il fait très beau, la lumière est omniprésente...
Et puis il y a ce couple intemporel le Maître et Marguerite.Que ne donnerait elle pas pour être à ses côtés? Que ne donnerait il pas pour l'éloigner afin qu'elle ne partage pas sa vie de misère?
Au final un texte magistral, que je vous conseille de découvrir très vite si vous ne l'avez pas déjà fait et un grand merci à tous et à toutes pour vos différents ressentis qui sont venus éclairer positivement ma lecture, j'avoue que j'ai eu parfois besoin d'une lanterne pour guider mes pas mais quelle récompense la dernière page tournée!
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WolandWoland17 septembre 2014
[...] ... A peine l'économiste-planificateur [= l'oncle de Berlioz] avait-il ôté son doigt de la sonnette que la porte s'ouvrait, et Maximilien Andréievitch entra dans le vestibule à demi obscur. Tout de suite, une circonstance l'étonna quelque peu : il ne comprenait pas qui avait pu lui ouvrir la porte, car dans le vestibule, il n'y avait personne, hormis un énorme chat noir [= Béhémoth], assis sur une chaise.

Maximilien Andréievitch toussota, et frappa légèrement le plancher du pied ; immédiatement, la porte du cabinet de travail s'ouvrit, et Koroviev parut. Maximilien Andréievitch s'inclina poliment, quoique avec dignité, et dit :

- "Mon nom est Poplavski. Je suis l'oncle ..."

Sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Koroviev tira brusquement de sa poche un mouchoir sale, y enfouit son visage et se mit à pleurer.

- " ... du défunt Berlioz, et ...

- Oh oui ! oh oui !" coupa Koroviev en ôtant le mouchoir de sa figure. "Rien qu'en vous voyant, j'ai deviné que c'était vous !" (Un sanglot le secoua et il se mit à crier) : "Ha, quel malheur, hein ? Qu'est-ce qu'on ne voit pas, de nos jours, hein ?

- Il a été écrasé par un tramway, n'est-ce pas ?" dit à mi-voix Poplavski.

- "Ecrabouillé !" cria Koroviev, et un flot de larmes jaillit sous son lorgnon. "Ecrabouillé ! J'étais là, j'ai tout vu. Croyez-vous - d'abord la tête - bing ! - en l'air ! Puis la jambe droite - crac ! - en deux ! Et la gauche - crac ! - en deux aussi ! Voilà à quoi ça mène, ces tramways !" (Et, apparemment incapable de se contenir, Koroviev piqua du nez dans la glace qui ornait le mur, à côté de lui, et demeura là, tout secoué de sanglots.)

L'oncle de Berlioz fut sincèrement touché par l'attitude de l'inconnu. "Et on dit qu'à notre époque, il n'y a plus d'amis véritables !" pensa-t-il, en ressentant lui-même un léger picotement dans les yeux. Mais en même temps, un petit nuage désagréable traversa son esprit - une petite pensée fugitive, mais venimeuse : cet ami véritable se serait-il déjà fait enregistrer dans l'appartement du défunt ? La vie n'était pas avare d'exemples de ce genre.

- "Je vous demande pardon : vous étiez un ami de mon pauvre Micha ?" demanda-t-il en essuyant du revers de sa manche son oeil gauche, d'ailleurs parfaitement sec, et en examinant de l'oeil droit Koroviev bouleversé par le chagrin. Mais celui-ci sanglotait avec un tel débordement qu'on ne pouvait rien comprendre à ce qu'il disait, sauf ces mots sans cesse répétés : "Crac ! En deux !" Quand il eut pleuré tout son soûl, Koroviev se décolla enfin du mur et hoqueta :

- "Non, je n'en peux plus ! Je vais aller prendre trois-cents gouttes de valériane à l'éther ... (Et, tournant vers Poplavski un visage ravagé par les larmes, il ajouta) : "Voilà ce que c'est, le tramway !

- Excusez-moi, c'est vous qui m'avez envoyé le télégramme ?" dit Maximilien Andréievitch, en se demandant avec une inquiétude croissante, qui pouvait bien être ce pleurard.

- "C'est lui," répondit Koroviev en montrant du doigt le chat noir.

Poplavski écarquilla les yeux, croyant avoir mal entendu.

- "Non, je n'en peux plus, je suis à bout ..." reprit Koroviev en reniflant, "quand j'y repense : la roue sur sa jambe ... une seule roue pèse dix pouds ... Crac ! ... Je vais m'allonger, essayer d'oublier en dormant ..."

Et il quitta le vestibule.

Alors, le chat bougea. Il sauta à bas de sa chaise, se dressa sur ses pattes de derrière, mit ses pattes de devant sur ses hanches, ouvrit la gueule et dit :

- "Oui, c'est moi qui ai envoyé le télégramme. Et après ?" ... [...]
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KrisPyKrisPy16 juin 2014
[Marguerite fut alors saisie par l'idée qu'au fond, elle avait tort de presser son balai avec tant d'ardeur, qu'elle se privait ainsi de la possibilité de voir les choses comme il convenait, de jouir pleinement de son voyage aérien. Quelque chose lui suggérait que, là où elle allait, on l'attendrait de toute façon, et qu'elle n'avait donc aucune raison de se maintenir à cette hauteur et à cette vitesse, où elle s'ennuyait.
Elle abaissa la brosse de son balai, dont le manche se releva par-derrière, et, ralentissant considérablement son allure, elle descendit vers la terre. Cette glissade - comme sur un wagonnet de montagnes russes - lui procura le plus intense plaisir. Le sol, jusqu'alors obscur et confus, montait vers elle, et elle découvrait les beautés secrètes de la terre au clair de lune. La terre s'approcha encore, et Marguerite reçut par bouffées la senteur des forêts verdissantes. Plus bas, elle survola les traînées de brouillard qui s'étalaient sur un pré humide de rosée, puis elle passa au-dessus d'un étang. A ses pieds, les grenouilles chantaient en choeur. Elle perçut au loin, avec une bizarre émotion, le grondement d'un train. Bientôt, elle put le voir. Il s'étirait lentement, semblable à une chenille, et projetait en l'air des étincelles. Marguerite le dépassa, survola encore un plan d'eau miroitant où flottait une seconde lune, descendit plus bas encore et continua de voler, effleurant des pieds la cime des pins gigantesques.]
A ce moment, un affreux bruissement d'air déchiré, qui se rapprochait rapidement, se fit entendre derrière Marguerite. Peu à peu, à ce sifflement d'obus, se joignît - déjà perceptible à des kilomètres de distance - un rire de femme. Marguerite tourna la tête et vit un objet sombre, de forme compliquée, qui la rattrapait. A mesure qu'il gagnait du terrain, l'objet se dessinait avec plus de netteté, et bientôt Marguerite put voir que c'était quelque chose qui volait, chevauchant une monture. Enfin, l'objet ralentit sa course en arrivant à la hauteur de Marguerite, et celle-ci reconnut Natacha.
Elle était nue, complètement échevelée, et elle avait pour monture un gros pourceau qui serrait entre ses sabots de devant un porte-documents, tandis que ses pattes de derrière battaient l'air avec acharnement. De temps à autre, un pince-nez qui avait glissé de son groin et qui volait à côté de lui au bout de son cordon, jetait des reflets de lune, tandis qu'un chapeau tressautait sur sa tête et glissait parfois sur ses yeux; En l'examinant plus soigneusement, Marguerite reconnut dans ce pourceau Nikolaï Ivanovitch, et son rire sonore retentit au-dessus de la forêt, se mêlant au rire de Natacha.
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PchabannesPchabannes15 janvier 2009
Chapitre XXIV du Maître et Marguerite (je cite in extenso) :

A l'instant même, quelqu'un tomba du plafond et s'écroula à terre, un citoyen tout décontenancé, dans un état proche du délire, sans rien sur lui que ses sous-vêtements, mais ayant, chose curieuse, une valise dans les bras et une casquette. Cet homme grelottait de peur et n'arrivait pas à se mettre debout.

"Mogarytch ?" demanda Azazello à l'individu tombé du ciel.

"Aloysius Mogarytch", répondit l'autre tout tremblant.

"C'est bien vous qui, après avoir lu l'article de Latounski sur le roman de cet homme, avez porté plainte contre lui en déclarant qu'il détenait des écrits subversifs ?"

Le citoyen fraîchement débarqué bleuit et fondit en larmes de repentir.

"Vous vouliez vous installer dans son deux-pièces ?" nasilla Azazello aussi cordialement qu'il le put.

Un feulement de chat enragé se fit entendre dans la pièce et Marguerite, hurlant à pleine gorge :"Hou, gare à la sorcière, hou !", se jeta, toutes griffes dehors, sur la figure d'Aloysius Mogarytch. Dans le remue-ménage qui s'ensuivit, la voix du maître s'éleva, pathétique :

"Que fais-tu ? Margot, ne te déshonore pas !

-Je proteste, il n'y a pas déshonneur !" brailla le chat.

Koroviev tira Marguerite en arrière. "J'ai installé une baignoire..." criait Mogarytch, claquant des dents, le visage en sang ; et dans sa terreur, il se mit à débiter des idioties : "rien que de refaire la peinture... au sulfate de chaux...

-Bonne idée, ça, d'avoir installé une baignoire, approuva Azazello, il lui faut des bains...". Puis il cria : "Hors d'ici !" Alors une force invisible retourna Mogarytch les pieds en l'air et l'expulsa de la chambre de Woland par la fenêtre ouverte. L'incident se conclut à la page suivante. "De toute façon, à la clinique, ils vont s'apercevoir de mon absence", ajouta-t-il [le maître] timidement à l'adresse de Woland. "Allons donc, comment voulez-vous qu'ils s'en apercoive
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ninamarijoninamarijo08 septembre 2015
Jetant autour de lui des regards affolés, le directeur financier recula vers la fenêtre qui donnait sur le jardin et qu’inondait la clarté de la lune. Mais en se retournant il vit, collé contre la vitre, le visage d’une jeune fille nue et son bras nu qui, passé par le vasistas, essayait d’ouvrir l’espagnolette inférieure. Celle du haut était déjà ouverte.
Rimski eut l’impression que la lampe du bureau s’éteignait soudain et que le bureau lui-même se mettait à tanguer. Une vague glacée le submergea, mais – heureusement pour lui – il parvint à se dominer, et ne tomba pas. Il rassembla ce qui lui restait de forces pour crier, mais ce ne fut qu’un murmure :
– Au secours…
Devant la porte qu’il gardait, Varienoukha sautait d’un pied sur l’autre, et à chaque saut il demeurait un moment suspendu en l’air, animé d’un léger balancement. Les bras tendus vers Rimski, il agitait ses doigts crochus, sifflait et clappait, tout en lançant des clins d’œil à la jeune fille de la fenêtre.
Aussitôt celle-ci, pour aller plus vite, passa sa tête rousse par le vasistas et tendit le bras autant qu’elle le put ; ses ongles griffèrent la crémone inférieure, et elle essaya d’ébranler le châssis. À ce moment, son bras se mit à s’allonger, comme s’il était en caoutchouc, en prenant une teinte verdâtre, cadavérique. Enfin, les doigts verts de la morte se refermèrent sur la poignée de l’espagnolette ; celle-ci tourna, et la croisée s’ouvrit, Rimski poussa un faible cri et se colla contre le mur en tenant sa serviette devant lui comme un bouclier. Il se rendait compte que sa dernière heure était venue.
La croisée s’ouvrit largement, laissant entrer non la fraîcheur de la nuit et le parfum des tilleuls, mais une funèbre odeur de caveau. La morte franchit l’appui de la fenêtre, et Rimski vit distinctement, sur sa poitrine, les taches hideuses de la décomposition.
À ce moment précis – de la construction basse située au cœur du jardin, derrière le stand de tir, où logeaient les oiseaux qui participaient à certains programmes –, juste à ce moment monta le cri joyeux d’un coq. Un coq braillard et bien dressé qui annonçait ainsi aux habitants de Moscou, en claironnant, que là-bas, à l’Orient, naissait l’aurore.
Une fureur sauvage tordit les traits de la jeune fille qui jeta, d’une voix rauque, une bordée de jurons. Devant la porte, Varienoukha, qui flottait en l’air, poussa une plainte aiguë et tomba lourdement sur le plancher.
Au second cri du coq, la jeune fille claqua des dents, et ses cheveux roux se dressèrent sur sa tête. Au troisième cri, elle tourna le dos et s’envola par la fenêtre. À sa suite, Varienoukha, d’une détente de ses jambes, se lança en l’air, prit une position horizontale et, semblable à Cupidon volant, passa lentement au-dessus du bureau, franchit la croisée et s’enfonça dans la nuit. Un vieillard aux cheveux blancs comme la neige, sans un seul fil noir – un vieillard qui, l’instant d’avant, était encore Rimski –, se rua vers la porte, tourna la clef, ouvrit le battant et s’élança dans une course éperdue le long du couloir obscur. Parvenu au coin où s’amorçait la descente de l’escalier, il trouva à tâtons, en gémissant de terreur, le bouton électrique, et l’escalier s’éclaira. Mais le tremblant vieillard, secoué de frissons, manqua une marche et tomba : il avait cru voir, là-haut, Varienoukha plonger sur lui d’un vol lourd et indolent.
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KrisPyKrisPy16 juin 2014
Mais l'étranger ne lui laissa pas le temps d'ouvrir la bouche :
"Certes, l'homme est mortel, dit-il, mais il n'y aurait encore là que demi-mal. Le malheur, c'est que l'homme meurt parfois inopinément. Voilà le hic ! Et d'une manière générale, il est incapable de savoir ce qu'il fera le soir même."
"Quelle façon absurde de présenter les choses !..." pensa Berlioz, qui répondit :
"Là vous exagérez. Pour moi, par exemple, je sais à peu près exactement ce que je vais faire ce soir. Evidemment, si dans la rue Bronnaïa, une tuile me tombe sur la tête...
- Où que ce soit, jamais une tuile ne tombera sur la tête de qui que ce soit, interrompit l'étranger avec un grand sérieux. Vous, en particulier, vous n'avez absolument rien à craindre de ce côté. Vous mourrez autrement.
- Vous savez sans doute exactement comment je mourrai ? s'enquit Berlioz avec une ironie parfaitement naturelle, acceptant de suivre son interlocuteur dans cette conversation décidément absurde. Et vous allez me le dire ?
- Bien volontiers, répondit l'inconnu.
Il jaugea Berlioz du regard, comme s'il voulait lui tailler un costume, marmotta entre ses dents quelque chose comme : "Un, deux... Mercure dans la deuxième maison... la lune est partie... six - un malheur... le soir - sept...", puis, à haute voix; il annonça gaiement :
"On vous coupera la tête !"
Stupéfait par cette impertinence, Biezdomny dévisagea l'étranger avec haine, cependant que Berlioz demandait, avec un sourire oblique :
"Ah bon ? Et qui cela ? L'ennemi ? Les interventionnistes ?
- Non, répondit l'autre. Une femme russe, membre de la Jeunesse communiste.
- Hmm... grogna Berlioz, irrité par cette plaisanterie de mauvais goût, excusez-moi, mais c'est peu vraisemblable.
- Excusez-moi à votre tour, répondit l'étranger, mais c'est la vérité. Ah ! oui, je voulais vous demander ce que vous comptiez faire ce soir, si ce n'est pas un secret.
- Ce n'est pas un secret. Je vais d'abord rentrer chez moi rue Sadovaïa, puis, à dix heures, j'irai présider la réunion du M.A.S.S.O.L.I.T.
- C'est tout à fait impossible, répliqua l'étranger d'un ton ferme.
- Et pourquoi ?"
Clignant des yeux, l'étranger regarda le ciel que des oiseaux noirs, pressentant la fraicheur du soir, zébraient d'un vol rapide, et répondit :
"Parce que Anouchka a déjà acheté l'huile de tournesol. Et non seulement elle l'a achetée, mais elle l'a déjà renversée. De sorte que la réunion n'aura pas lieu."
Le silence se fit sous les tilleuls, comme si tout, désormais, était clair.
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