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ISBN : 226613437X
Éditeur : Pocket (2003)


Note moyenne : 4.34/5 (sur 630 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Les manuscrits ne brûlent pas", dit le diable... Phrase prémonitoire pour un auteur découvert puis adulé dans son pays comme à l'étranger près d'un quart de siècle après sa mort. Le Maître et Marguerite fit l'effet d'un coup de tonnerre dans le monde littéraire russe d... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 janvier 2009

    Woland
    Titre original : Мастер и Маргарита
    Traduction : Claude Ligny
    "Le Maître et Marguerite", que Mikhaïl Boulgakov commença à rédiger en 1928, sous le titre de "Le Sabot de l'Ingénieur", ne devait être publié pour la première fois qu'en 1966. Pourtant, cette oeuvre, achevée le 13 février 1940, un peu plus de trois semaines avant le décès de son auteur, est assurément l'un des "romans-phares" de la littérature russe du XXème siècle et c'est elle qui contient, entre autres phrases inoubliables, le fameux "Les manuscrits ne brûlent pas !" que l'on peut considérer comme un symbole de la victoire de la liberté de penser face à l'acharnement totalitaire.
    Résumer l'intrigue de ce roman onirique et fiévreux, cynique autant que merveilleux, est chose trop réductrice pour que je m'y essaie. Disons essentiellement qu'il fait alterner deux actions, l'une moderne et qui se déroule dans le Moscou de l'ère stalinienne, l'autre "antique" et ayant pour cadre la Judée pré-chrétienne qu'Hadrien n'a pas encore rebaptisée Palestine.
    La deuxième intrigue est la vision gnostique de la rencontre de Jésus de Nazareth, appelé Yeshoua Ha-Nozri par Boulgakov, avec Ponce Pilate, procurateur romain de la région, et aussi de son supplice - Boulgakov délaisse la crucifixion traditionnelle pour le pilori - sur le Mont Chauve - ou Mont du Crâne-Golgotha. Yeshoua y apparaît comme un illuminé mais au sens bouddhique du terme, un homme paisible et doux, capable de deceler la Bonté dans le coeur du plus cruel des centurions et suivi depuis le début de ses errances par un certain Matthieu Lévy qui, selon Yeshoua lui-même, déforme pour les recopier les propos qu'il tient[/b]. Juda de Kairoth et Caïphe, le Grand Prêtre du Sanhedrin, sont évidemment de la partie avec un Bar-rabbas qui ne fait que croiser bien fugitivement celui qui deviendra le Christ.
    Comme Boulgakov aurait pu éviter d'accepter l'aide que lui fournit Staline pour survivre à l'interdiction de ses oeuvres au début des années 30 , Pilate aurait pu sauver Yeshoua. Mais si l'un n'eut pas le courage d'affronter le goulag ou le procès après tortures si chers au successeur de Lénine, le second, dans un instant de faiblesse, préféra préserver sa carrière en laissant supprimer la vie d'un innocent.
    Pour Boulgakov, le prix à payer sera une existence désormais hantée par la conscience de sa veulerie et l'avortement systématique de tous ses essais de publication. En silence cependant, en cachette aussi, inlassablement, il reprend et remanie ce qu'il nomme son "manuscrit sur le Diable" - on ne comptera pas moins de cinq remaniements en douze ans. Tourmenté par ses angoisses, et aussi par un corps qui, peu à peu, l'abandonne, l'écrivain gribouille dès 1931, au bas d'un extrait que vous pourrez lire dans l'édition POCKET du "Maître et Marguerite", ces mots qui émeuvent encore singulièrement le lecteur par delà les années : "Seigneur, aide-moi à terminer mon roman."
    Pour le Pilate qu'il recrée, Boulgakov façonne un châtiment qui perdure au-dela les siècles, une espèce de Purgatoire hors du temps où le puissant fonctionnaire romain, "qu'il fasse sombre ou que luise la lune", ne peut connaître la paix bien qu'il soit mort depuis près de deux mille ans. Invariablement, Pilate rêve qu'il annonce au peuple juif sa décision de laisser la vie sauve à Yeshoua. Invariablement, il se réveille et se rend compte que Yeshoua est mort et que lui, Pilate, n'a pas reçu son pardon.
    Et, inlassablement, ce fantôme pose et repose cette question qui dut bien souvent torturer Boulgakov :"La Lâcheté n'est-elle pas le plus grand crime qui soit ?"
    A la fin du roman, bien sûr, Pilate sera enfin libéré et, dans une très belle image onirique, rejoindra Yeshoua sur un rayon de lune et s'en ira avec lui vers l'Eternité.
    Entretemps, l'intrigue moderne aura laissé le champ libre à un Satan là encore plus proche de l'interprétation gnostique que de l'interprétation traditionnelle, et à qui Boulgakov a donné le nom de Woland.
    L'accompagnent et le servent trois démons familiers, l'inénarrable Koroviev, Azazello le courtaud aux vilains crocs jaunes qui nasille sur tous les tons, et le non moins extraordinaire Béhémoth, lequel se présente sous l'aspect d'un énorme chat noir capable de s'habiller comme un homme et de jouer aux échecs.
    Les trois compères s'en donnent à coeur joie dans un Moscou diurne et surtout nocturne, règlent au passage les comptes de l'écrivain Boulgakov avec les critiques stalinistes, causent mille et un accidents, acculent plusieurs malheureux à l'asile psychiatrique, décapitent un homme, en poignardent un autre, tranchent, taillent, tourbillonnent ... démontent en un mot l'implacable machine totalitaire avec une vigueur en effet démoniaque et ce sens de l'humour propre à l'âme slave.
    Au coeur du cyclone diabolique, le Maître, écrivain enfermé parmi les fous après la dénonciation d'un voisin désireux d'accaparer son appartement (les appartements, la convoitise qu'ils inspirent aux pauvres Moscovites obligés de se contenter des "maisons communautaires", les déboires que Boulgakov lui-même connut avec le sien occupent dans le livre une place bien révélatrice du mode de vie imposé à la majorité par le régime bolchevique) et son hégérie, Marguerite, qui quitte tout pour le rejoindre et le suivre au-delà la Mort. Un couple d'amoureux, par conséquent, où la femme prédomine - elle prend l'initiative de suivre les directives de Woland et d'assister au Grand Bal donné par Satan - mais où c'est elle également qui se montre la plus accessible à la pitié.
    Ce livre fascinant, qui n'est pas sans rappeler parfois les meilleurs moments du nonsense d'un Lewis Carroll et qui mêle avec génie le fantastique, la poésie, la religion, l'histoire et la philosophie, est irracontable. Il faut donc le lire et ne pas hésiter à le placer bien haut dans votre Panthéon livresque car, né de la souffrance et de la révolte d'un homme qui désespérait d'écrire, il nous prouve avec panache que, quelque sombres que puissent être les tourmentes de l'Histoire, le Génie survit toujours à leurs ténèbres.
    Lisez Boulgakov ! Jamais vous ne regretterez d'avoir fait sa connaissance ... ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 05 juillet 2012

    Nastasia-B
    Voulez-vous être conviés à un bal avec Staline ?
    Voici un livre qu'on prend plaisir à lire, tonique, fantasque, dépaysant. L'auteur aux prises avec l'atrocité de la dictature de Staline est persécuté dans sa propre vie. Comment critiquer ce régime de barbarie et de dénonciation sans tomber sous le joug des autorités? C'est le tour de force qu'a réalisé Mikhaïl Boulgakov en imaginant une histoire fantastique mais où à chaque coin de page on lit en transparence une critique du système qui sévissait à l'époque. Alternant des situations quasi burlesques, de science-fiction kafkaïennes, tragico-fantastiques, pseudo-mystiques, de nombreux appels du pieds à la tradition démoniaque judéo-chrétienne pour embarquer le lecteur dans son univers à la fois déprimant et gorgé d'espoir (quand le présent est désespérant, l'imaginaire et l'espoir surnaturel sont le seul refuge de l'écrivain persécuté).
    Outre les éléments mentionnés dans les autres commentaires, il faut souligner la remarquable construction de l'ouvrage ou rien n'est laissé au hasard et où les destins des différents protagonistes se croisent et s'enchevêtrent pour former une trame insolite où les méchants ne font pas peur et les gentils ne sont pas si gentils que cela.
    Petit bémol concernant cette édition Pocket, que je qualifierai d'assez mauvaise pour trois raisons: 1°) nombreuses coquilles, 2°) notes souvent utiles mais qui dévoilent des pans à venir de l'histoire (notamment au début) en les déflorant fatalement un peu au moment où on les rencontre dans la lecture, 3°) reliure de très mauvaise qualité où les pages prennent rapidement la poudre d'escampette. Donc, si vous avez l'occasion, essayez une autre édition, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 31 mars 2012

    Aline1102
    Dans un jardin public de Moscou, un écrivain et un poète discutent religion: Jésus a-t-il réellement existé? Alors que l'écrivain tente d'imposer sa vision des choses au poète, un troisième personnage apparaît subitement, comme issu d'un mouvement de l'air. Il se mêle à la conversation des deux hommes, dit être un professeur de magie noire en visite à Moscou pour une série de consultations et commence à raconter une étrange histoire sur Ponce Pilate.
    Cet inconnu, c'est en fait le Diable. Il prédit la mort de l'écrivain et le séjour en hôpital psychiatrique du poète. Or, en sortant du jardin public, Berlioz, l'écrivain, meurt justement de la manière qu'a décrite le Diable...

    Commencé en 1928 par Boulgakov, "Le Maître et Marguerite" ne fût terminé qu'en 1940, peu de temps avant la mort de l'auteur. Et il faudra encore attendre 1966 pour qu'il soit enfin publié en URSS, amputé de près de 80 pages par la censure...
    Ce magnifique roman n'a donc pas été tout de suite reconnu à sa juste valeur. Et pourtant, quel chef d'oeuvre! Une profusion de décors et de personnages, des intrigues différentes d'un chapitre à l'autre, mais toujours mêlées les unes aux autres en font une magnifique fresque à la fois haute en couleurs et toujours en mouvement, un peu comme un carrousel en folie, lancé dans des tours sans fin et de plus en plus rapides.
    Autour du personnage du Diable, qui, chez Boulgakov, se nomme Woland, s'organisent en réalité trois récits distincts. Tout d'abord, on assiste au drame dans lequel l'arrivée du Diable et de sa troupe plonge Moscou. Et quel drame! La milice moscovite donne l'impression de courir dans tous les sens afin de lutter contre les étranges événements qui se manifestent aux quatre coins de la ville: disparitions étranges, vol de certains morceaux de cadavres, détournement de fonds, femmes se baladant toutes nues (alors que Woland vient de leur offrir des robes de grands couturiers), fausse monnaie... Peu à peu, la ville entière est plongée dans la perplexité devant les phénomènes quasiment surnaturels qui se produisent à Moscou, habituellement si tranquille.
    Ensuite, nous faisons la connaissance du Maître et de son histoire, qui forme le second récit à l'intérieur du "Maître et Marguerite". C'est par le biais du malheureux Ivan, le poète devenu fou et enfermé dans un établissement psychiatrique, que nous rencontrons ce fameux Maître. Lui aussi est pensionnaire de cet hôpital et raconte à Ivan les événements qui l'ont rendu fou. Ce Maître est, bien entendu, amoureux de Marguerite, une belle jeune femme qui l'a encouragé à poursuivre le roman qu'il écrivait lorsqu'ils se sont rencontrés (car le Maître est écrivain) et qui traite de Ponce Pilate.
    Et ce célèbre personnage historique, procurateur de Judée au temps de la crucifixion de Jésus forme le troisième récit du roman. Nous suivons ainsi les pas de Pilate depuis le moment où il rencontre Jésus, tout d'abord grâce au récit de Woland, qui parle de ce moment historique à Berlioz et Ivan, et ensuite grâce au manuscrit du Maître.
    Ces trois romans en un sont remplis de références et d'anecdotes en lien avec l'URSS de l'époque de Boulgakov. Et l'auteur n'est pas vraiment tendre avec son pays: il se lance plus d'une fois dans des scènes très cocasses qui donnent l'impression qu'il tente de ridiculiser l'ordre établi. Et heureusement pour nous, puisque c'est justement cet humour assez cruel de Boulgakov qui, mêlé aux nombreux tours et détours du récit, font du Maître et Marguerite un véritable délice!
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    • Livres 4.00/5
    Par jcnb68, le 15 septembre 2011

    jcnb68
    C'est une bien bizarre chose que la façon dont les livres vous tombent entre les mains.
    Pas tous évidemment !
    Mais il y a livres et livres.
    Je sors de la lecture de ce dernier décontenancé, pour le moins.
    Sonné, en tous les cas.
    Et dire qu'il y a une semaine je ne connaissais rien de l'existence de l'auteur.
    Heureusement que l'ignorance ne tue pas !
    Ce serait même plutôt le contraire, à mon humble avis.
    Qu'est ce que ce récit ?
    Une bouffonnerie diabolique ?
    Un plaidoyer de l'absurde ?
    Une critique amère et désespérée de la tartufferie bolchevik, et de toute machinerie de la gouvernance en général ?

    Tout à la fois, et bien plus encore, serai-je tenté d'écrire.
    Galimatias !
    C'est un mot qui revient souvent dans le récit.
    En tous les cas, moi, je suis au regret de vous dire que je n'ai rien capito.
    Et ce malgré les innombrables annotations au bas de page qui dans bien des cas en occupaient la moitié.
    Cela ne m'a pas empêché de jouir comme un nain tout au long de ma lecture.
    Le style est précieux et quelque peu désuet, théâtral, mais c'est voulu.
    Burlesque, ironique, précis et tranchant comme la lame d'un sabre japonais.
    À travers les tribulations du diable descendu sur Moscou, histoire de prendre un peu l'air, accompagné d'une bande de 4 acolytes, rivalisant de bouffonnerie et de cruauté, Boulgakov nous prophétise une Russie qui n'a rien de drôle. L'histoire se chargera de lui donner raison.
    Mais Dieu que cet homme a du souffrir et s'ingénier pour créer un tel récit dans lequel les écrivains, les dirigeants politique et administratifs, Pilate, Jésus et le diable lui-même, s'entrecroisent entre réalité et 5ème dimension et dans lequel Woland, le démon, nous est décrit presque comme un être cool, sympa, droit, triste, solitaire, sage et même, si j'ose : juste.
    Jésus est faible, un peu abruti, craintif tout en faisant preuve d'une témérité candide et innocente.
    Entre deux, Pilate, le coupable. Se trouvant là où il n'aurait jamais voulu être. Prenant des décisions injustes bien malgré lui et avec très peu de capacités pour les assumer. Un peu comme tous ces membres de l'intelligentsia russe, vaquant à leurs responsabilités de façon machinale sans se soucier des conséquences de leurs décisions.
    C'est un livre qu'il faut relire car sous ses atours burlesques, une profonde réflexion sur la société ainsi que sur les forces occultes qui la gouvernent y est décrétée.
    Pour l'instant, je reste encore sous le choc, et il n'est pas impossible que je revienne sur ma critique après une lecture renouvelée car s'il est un bouquin qui mérite d'être lu et relu, c'est bien celui-là.
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    • Livres 5.00/5
    Par fanfan50, le 14 août 2014

    fanfan50
    A peine entamé, je ne l'ai plus quitté ! Les aventures fantastiques de l'homme à la tête coupée et du chat démoniaque qui disparaît et réapparaît à plaisir (entre autres) m'ont délassées. Quel brillant conteur que cet auteur russe du siècle dernier ! L'apparition de Marguerite Nikolaievna, l'amante du Maître - 30 ans, belle, intelligente, et mariée - sans enfants - à un très éminent spécialiste au début de la deuxième partie du récit fut très ensorcelante et pour cause, grâce à Azazello et sa petite boite d'onguent, elle retrouve toute sa jeunesse et mieux devient notre Sorcière bien-aîmée, enfourchant un balai pour s'envoler dans les airs pour notre plus grand plaisir ! Toute cette poésie fantastique digne d'un Lewis Caroll (le chat farceur) nous tourne la tête pour que l'on ne s'appesantisse pas sur la thématique la plus profonde qui est dans beaucoup d'ouvrages russe, tchèques ou autres : la pesanteur de leur bureaucratie, leur système répressif (cf le psychiatre Stravinski), les problèmes de logement et de nourriture (voir la maison du DRAMLIT - Maison des dramaturges et des littérateurs),... Dès le début, on voit que l'écrivain n'est pas libre : il doit adhérer au système et intégrer une association littéraire pour avoir une reconnaissance. A Moscou, on la nomme MASSOLIT et son président qui est aussi le rédacteur en chef d'une épaisse revue littéraire aura dès le début un sort tragique ! A cela, on peut voir que Mikhail Boulgakov est contre cet abus de pouvoir et recherche à tout prix plus de liberté dans un pays qui les retient. L'histoire qui court en parallèle de Ponce Pilate, Judas et Jésus-Christ est également très attachante. On voit le procurateur de Judée pris de remord et comme dans le mythe de Sisyphe il sera pour des siècles et des siècles éternellement tourmenté par son acte. Je viens de le lire mais je le relirai encore avec plaisir quelques années plus tard. Un beau livre.
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Citations et extraits

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  • Par PiertyM, le 12 novembre 2014

    – Mais voici la question qui me préoccupe : si Dieu n’existe pas, qui donc gouverne la vie humaine, et, en général, l’ordre des choses sur la terre ?

    – C’est l’homme qui gouverne ! se hâta de répondre le poète courroucé, bien que la question, il faut l’avouer, ne fût pas très claire

    – Pardonnez-moi, dit doucement l’inconnu, mais pour gouverner, encore faut-il être capable de prévoir l’avenir avec plus ou moins de précision, et pour un délai tant soit peu acceptable. Or – permettez-moi de vous le demander –, comment l’homme peut-il gouverner quoi que ce soit, si non seulement il est incapable de la moindre prévision, ne fût-ce que pour un délai aussi ridiculement bref que, disons, un millier d’années, mais si, en outre, il ne peut même pas se porter garant de son propre lendemain ?
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  • Par PiertyM, le 12 novembre 2014

    Aucune force au monde ne peut obliger une foule à se taire tant qu'elle n'a pas exhalé tout ce qui s'est accumulé en elle et qu'elle ne se tait pas d'elle-même.

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  • Par Woland, le 17 septembre 2014

    [...] ... A peine l'économiste-planificateur [= l'oncle de Berlioz] avait-il ôté son doigt de la sonnette que la porte s'ouvrait, et Maximilien Andréievitch entra dans le vestibule à demi obscur. Tout de suite, une circonstance l'étonna quelque peu : il ne comprenait pas qui avait pu lui ouvrir la porte, car dans le vestibule, il n'y avait personne, hormis un énorme chat noir [= Béhémoth], assis sur une chaise.

    Maximilien Andréievitch toussota, et frappa légèrement le plancher du pied ; immédiatement, la porte du cabinet de travail s'ouvrit, et Koroviev parut. Maximilien Andréievitch s'inclina poliment, quoique avec dignité, et dit :

    - "Mon nom est Poplavski. Je suis l'oncle ..."

    Sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Koroviev tira brusquement de sa poche un mouchoir sale, y enfouit son visage et se mit à pleurer.

    - " ... du défunt Berlioz, et ...

    - Oh oui ! oh oui !" coupa Koroviev en ôtant le mouchoir de sa figure. "Rien qu'en vous voyant, j'ai deviné que c'était vous !" (Un sanglot le secoua et il se mit à crier) : "Ha, quel malheur, hein ? Qu'est-ce qu'on ne voit pas, de nos jours, hein ?

    - Il a été écrasé par un tramway, n'est-ce pas ?" dit à mi-voix Poplavski.

    - "Ecrabouillé !" cria Koroviev, et un flot de larmes jaillit sous son lorgnon. "Ecrabouillé ! J'étais là, j'ai tout vu. Croyez-vous - d'abord la tête - bing ! - en l'air ! Puis la jambe droite - crac ! - en deux ! Et la gauche - crac ! - en deux aussi ! Voilà à quoi ça mène, ces tramways !" (Et, apparemment incapable de se contenir, Koroviev piqua du nez dans la glace qui ornait le mur, à côté de lui, et demeura là, tout secoué de sanglots.)

    L'oncle de Berlioz fut sincèrement touché par l'attitude de l'inconnu. "Et on dit qu'à notre époque, il n'y a plus d'amis véritables !" pensa-t-il, en ressentant lui-même un léger picotement dans les yeux. Mais en même temps, un petit nuage désagréable traversa son esprit - une petite pensée fugitive, mais venimeuse : cet ami véritable se serait-il déjà fait enregistrer dans l'appartement du défunt ? La vie n'était pas avare d'exemples de ce genre.

    - "Je vous demande pardon : vous étiez un ami de mon pauvre Micha ?" demanda-t-il en essuyant du revers de sa manche son oeil gauche, d'ailleurs parfaitement sec, et en examinant de l'oeil droit Koroviev bouleversé par le chagrin. Mais celui-ci sanglotait avec un tel débordement qu'on ne pouvait rien comprendre à ce qu'il disait, sauf ces mots sans cesse répétés : "Crac ! En deux !" Quand il eut pleuré tout son soûl, Koroviev se décolla enfin du mur et hoqueta :

    - "Non, je n'en peux plus ! Je vais aller prendre trois-cents gouttes de valériane à l'éther ... (Et, tournant vers Poplavski un visage ravagé par les larmes, il ajouta) : "Voilà ce que c'est, le tramway !

    - Excusez-moi, c'est vous qui m'avez envoyé le télégramme ?" dit Maximilien Andréievitch, en se demandant avec une inquiétude croissante, qui pouvait bien être ce pleurard.

    - "C'est lui," répondit Koroviev en montrant du doigt le chat noir.

    Poplavski écarquilla les yeux, croyant avoir mal entendu.

    - "Non, je n'en peux plus, je suis à bout ..." reprit Koroviev en reniflant, "quand j'y repense : la roue sur sa jambe ... une seule roue pèse dix pouds ... Crac ! ... Je vais m'allonger, essayer d'oublier en dormant ..."

    Et il quitta le vestibule.

    Alors, le chat bougea. Il sauta à bas de sa chaise, se dressa sur ses pattes de derrière, mit ses pattes de devant sur ses hanches, ouvrit la gueule et dit :

    - "Oui, c'est moi qui ai envoyé le télégramme. Et après ?" ... [...]
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  • Par Pchabannes, le 15 janvier 2009

    Chapitre XXIV du Maître et Marguerite (je cite in extenso) :

    A l'instant même, quelqu'un tomba du plafond et s'écroula à terre, un citoyen tout décontenancé, dans un état proche du délire, sans rien sur lui que ses sous-vêtements, mais ayant, chose curieuse, une valise dans les bras et une casquette. Cet homme grelottait de peur et n'arrivait pas à se mettre debout.

    "Mogarytch ?" demanda Azazello à l'individu tombé du ciel.

    "Aloysius Mogarytch", répondit l'autre tout tremblant.

    "C'est bien vous qui, après avoir lu l'article de Latounski sur le roman de cet homme, avez porté plainte contre lui en déclarant qu'il détenait des écrits subversifs ?"

    Le citoyen fraîchement débarqué bleuit et fondit en larmes de repentir.

    "Vous vouliez vous installer dans son deux-pièces ?" nasilla Azazello aussi cordialement qu'il le put.

    Un feulement de chat enragé se fit entendre dans la pièce et Marguerite, hurlant à pleine gorge :"Hou, gare à la sorcière, hou !", se jeta, toutes griffes dehors, sur la figure d'Aloysius Mogarytch. Dans le remue-ménage qui s'ensuivit, la voix du maître s'éleva, pathétique :

    "Que fais-tu ? Margot, ne te déshonore pas !

    -Je proteste, il n'y a pas déshonneur !" brailla le chat.

    Koroviev tira Marguerite en arrière. "J'ai installé une baignoire..." criait Mogarytch, claquant des dents, le visage en sang ; et dans sa terreur, il se mit à débiter des idioties : "rien que de refaire la peinture... au sulfate de chaux...

    -Bonne idée, ça, d'avoir installé une baignoire, approuva Azazello, il lui faut des bains...". Puis il cria : "Hors d'ici !" Alors une force invisible retourna Mogarytch les pieds en l'air et l'expulsa de la chambre de Woland par la fenêtre ouverte. L'incident se conclut à la page suivante. "De toute façon, à la clinique, ils vont s'apercevoir de mon absence", ajouta-t-il [le maître] timidement à l'adresse de Woland. "Allons donc, comment voulez-vous qu'ils s'en apercoive
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  • Par kris334, le 16 juin 2014

    [Marguerite fut alors saisie par l'idée qu'au fond, elle avait tort de presser son balai avec tant d'ardeur, qu'elle se privait ainsi de la possibilité de voir les choses comme il convenait, de jouir pleinement de son voyage aérien. Quelque chose lui suggérait que, là où elle allait, on l'attendrait de toute façon, et qu'elle n'avait donc aucune raison de se maintenir à cette hauteur et à cette vitesse, où elle s'ennuyait.
    Elle abaissa la brosse de son balai, dont le manche se releva par-derrière, et, ralentissant considérablement son allure, elle descendit vers la terre. Cette glissade - comme sur un wagonnet de montagnes russes - lui procura le plus intense plaisir. Le sol, jusqu'alors obscur et confus, montait vers elle, et elle découvrait les beautés secrètes de la terre au clair de lune. La terre s'approcha encore, et Marguerite reçut par bouffées la senteur des forêts verdissantes. Plus bas, elle survola les traînées de brouillard qui s'étalaient sur un pré humide de rosée, puis elle passa au-dessus d'un étang. A ses pieds, les grenouilles chantaient en choeur. Elle perçut au loin, avec une bizarre émotion, le grondement d'un train. Bientôt, elle put le voir. Il s'étirait lentement, semblable à une chenille, et projetait en l'air des étincelles. Marguerite le dépassa, survola encore un plan d'eau miroitant où flottait une seconde lune, descendit plus bas encore et continua de voler, effleurant des pieds la cime des pins gigantesques.]
    A ce moment, un affreux bruissement d'air déchiré, qui se rapprochait rapidement, se fit entendre derrière Marguerite. Peu à peu, à ce sifflement d'obus, se joignît - déjà perceptible à des kilomètres de distance - un rire de femme. Marguerite tourna la tête et vit un objet sombre, de forme compliquée, qui la rattrapait. A mesure qu'il gagnait du terrain, l'objet se dessinait avec plus de netteté, et bientôt Marguerite put voir que c'était quelque chose qui volait, chevauchant une monture. Enfin, l'objet ralentit sa course en arrivant à la hauteur de Marguerite, et celle-ci reconnut Natacha.
    Elle était nue, complètement échevelée, et elle avait pour monture un gros pourceau qui serrait entre ses sabots de devant un porte-documents, tandis que ses pattes de derrière battaient l'air avec acharnement. De temps à autre, un pince-nez qui avait glissé de son groin et qui volait à côté de lui au bout de son cordon, jetait des reflets de lune, tandis qu'un chapeau tressautait sur sa tête et glissait parfois sur ses yeux; En l'examinant plus soigneusement, Marguerite reconnut dans ce pourceau Nikolaï Ivanovitch, et son rire sonore retentit au-dessus de la forêt, se mêlant au rire de Natacha.
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