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> Dominique Fernandez (Autre)
> Sylvie Luneau (Autre)

ISBN : 2070368939
Éditeur : Gallimard (1973)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.92/5 (sur 457 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le jeu brûle tout. Il est la passion. Il est le rêve.
L'enfer et la démesure. Le révélateur des abîmes de l'âme et l'ignoble concentré de la comédie bourgeoise. Il est l'argent !

Autour de ses tapis, le général déchu se fait l'esclave du marquis et... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par peloignon, le 09 janvier 2013

    peloignon
    Pour reprendre la célèbre distinction kantienne, tous les romans de Dostoïevski sont dénués de beauté puisqu'ils sont consacrés au sublime. C'est d'ailleurs particulièrement le cas dans ce roman, où se déploie dans une tension presque insoutenable la facticité humaine la plus médiocre.
    En effet, les personnages sont ici réduis à de creux grains de poussières, vivotants dans l'impression trompeuse d'une appartenance propre en attendant que le hasard provoque leur mouvement : « Par moment, j'ai encore l'impression que je suis pris dans ce tourbillon, que l'orage va se déchaîner, me saisir au passage avec son aile et que, perdant l'équilibre et le sens de la mesure, je vais me mettre à tourner, tourner, tourner… » (p.179)
    La passion règne en maître, elle emporte tout et décide tout, faisant et défaisant l'échelle hiérarchique sans aucune entrave. On y voit un général renvoyer son précepteur pour une peccadille et revenir le jour suivant le supplier de le sauver; des femmes mépriser et admirer un même homme selon l'efficacité avec laquelle il peut leur offrir quelque prestige reconnu; une vielle vivant en réclusion et qu'on aimerait voir morte devenir soudain la reine du bal sitôt qu'elle se présente, etc.. Tout ce tourbillon absurde où chacun s'entre dévore force le lecteur à vivre l'instabilité absolue de l'atmosphère passionnelle qui m'apparaît être le véritable sujet du roman.
    Quant au jeu, l'exposé psychologique en vaut franchement le détour. L'état d'inconscience du joueur en action, frappé de plein fouet par la vitesse inouïe où se déroule l'enchaînement machinal du jeu est rendu de manière très frappante. le cynisme du mécanisme qui se déploie dans les salles de jeu, comme le fait que le pire qui puisse arriver pour faire Le joueur compulsif soit qu'il gagner une forte somme le premier coup, (dans la mesure, évidemment où notre classe sociale nous en fait sentir la valeur (p.37)) et que même les joueurs les plus aguerris savent à quel point il est presque « impossible de s'approcher de la table de jeu sans immédiatement subir la contagion de la superstition »(p.39) font sentir quelque chose comme un vertige devant ce gouffre. Quant à l'état du joueur compulsif, il se montre, dans l'extrait suivant, au cœur de l'horizon clair obscur d'un obsédé, dans un rare instant de semi-conscience: « Je vis dans une angoisse continuelle; je joue très peu à la fois et j'attends, je fais des calculs; je reste des journées entières près de la table de jeu…mais cependant il me semble que je me suis endurci, que je me suis embourbé dans la fange » (p.245). Sitôt qu'elle est prise par la passion, le jeu devient implacable et irrésistible, comme le fer et la poussière de l'existence, une aimant.
    Toutes ces descriptions sentent le vécu et l'auteur, qui s'est sorti d'une vie de joueur, ne pouvait conclure autrement qu'en présentant la possibilité de s'en sortir. Aussi, pour arrêter le jeu, comme pour n'importe quelle autre passion digne de ce nom, Dostoïevski nous indique qu'il « suffirait, une seule fois, d'avoir du caractère et, en une heure, je peux changer toute ma destinée. L'essentiel, c'est le caractère » (p.255). le caractère qui rendrait la vie aux creux grains de poussières, qui pourrait libérer de l'emprise des vents et marées que le hasard voudra bien apporter, tout est là. Mais cette possibilité n'y est qu'évoquée.
    Reste donc à savoir comment le caractère peut devenir effectivement possible...mais est-ce, justement, à savoir?
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    • Livres 5.00/5
    Par fredho, le 27 mars 2013

    fredho
    Au xixè à Roulettenbourg en Allemagne, dans une petite ville thermale à l'apparence paisible se déchaîne la passion pour le jeu dans un casino fréquenté par la haute société.
    Un jeune précepteur russe Alexis Ivanovitch est au service d'un général retraité et de sa famille composée de deux enfants et de sa belle fille Paulina Alexandrowna dont Alexis est follement épris.
    Autour de cette famille russe, vient se greffer des personnages tels que Blanche jeune et belle française opportuniste convoitée par le vieux général, Astley jeune et riche anglais amoureux de Paulina, et le marquis Des Grieux un français homme d'affaires sans scrupules aimé de Paulina qui possède l'hypothèque des biens du général ruiné.
    Paulina qui est liée à une dette, traite cruellement le précepteur, Alexis fou d'amour s'avilit tel un esclave aux exigences de la jeune femme, au point de se risquer à tous les dangers quitte à mourir pour elle. Celle-ci lui demandera de jouer à la roulette afin de résorber sa dette.
    Dans l'attente de l'héritage escompté de sa vieille tante qui doit prochainement mourir, le général espère épouser Blanche et rembourser le marquis, un marquis impatient de saisir des opportunités sur ce fameux héritage.
    Mais un beau jour la vieille tante « La Baboulinka » débarque à la surprise de tout ce petit monde, la vieille dame acariâtre qui n'a pas de leçons à recevoir, se risque au jeu de la roulette au grand désespoir du général, de Blanche et du marquis angoissés à l'idée que sa fortune se dilapide.
    Mais la chance du débutant ne dure pas, et la passion du jeu prend le dessus sur la raison !
    Alexis est également emporté par la fièvre du jeu, conscient que lui seul pourrait changer sa destinée « renaître et ressusciter », il aimerait redevenir un homme capable de tenir bon et de ne pas rechuter afin que l'amour ressorte vainqueur et que la passion du jeu se perde.
    Mais Alexis est un esclave du jeu mais surtout esclave de lui-même !
    Un livre sur les passions de l'amour et du jeu, « Le joueur » roman autobiographique vous entraîne dans une tension diabolique, on vit le jeu de la roulette avec frénésie, comme Le joueur nos jambes tremblent, nos mains sont moites, nos fronts ruissellent, la peur nous saisit en attendant les annonces du croupier.
    En parallèle Dostoïevski dépeint la noblesse russe, la positionne sur un piédestal face à une Europe qu'il a tendance à dénigrer : « je vis ce vilain, ce faux sourire français que je déteste » mais qu'on lui pardonne ce roman est (à mes yeux) un petit chef d'œuvre.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ellen-R, le 07 décembre 2012

    Ellen-R
    Macao, l'enfer du jeu ? Que nenni ! C'est à Roulottenburg, ville d'eau allemande et à ce titre dotée d'un casino, qu'Alexis, qui gravite dans l'entourage d'un général russe sur le déclin entouré de sa famille, de sa cour, va flamber et perdre son âme, renier la vie, l'amour au profit du jeu.
    Alexis est précepteur au sein de la famille du “Général” (ce qui ne semble pas vouloir dire grand chose par ailleurs). La grande affaire qui occupe ce charmant monde, c'est la mort - que le Général espère imminente – de sa mère – on l'appelle la grand-mère – tyran en jupon comme la Russie sait en produire (sans jupons généralement). le Général envoie télégramme sur télégramme pour s'enquérir de la progression de l'agonie supposée.
    Mais le jeu me direz-vous ? On y vient, on y vient …
    Il y a aussi Pauline, belle-fille du Général, dont Alexis se persuade qu'il en est définitivement amoureux mais aussi définitivement éloigné qu'un ver de terre peut l'être des étoiles. Et cette Pauline aura un comportement mystérieux – et restera mystérieuse somme toute - en bonne partie parce que toute l'affaire nous est contée déformée par Alexis. Elle va inciter ce dernier à jouer pour elle au casino histoire de gagner un argent dont elle aurait besoin. Elle va être littéralement le détonateur de l'affaire. Car Alexis va jouer. Mais pas seulement Alexis. Puisque, contre toute attente, débarque à Roulottenburg la grand-mère que tous veulent voir morte et enterrée. Et excentrique comme peuvent l'être ces vieilles dames, elle va se mettre au jeu aussi, au jeu de la roulette. Et elle n'ira pas de main morte, ruinant d'un coup les espoirs de son général de fils. Une sacrée joueuse.
    Mais le pire restera à venir avec la montée en puissance d'Alexis, qui jouera, jouera, y perdra son âme puis ses gains.
    Tout ceci est écrit dans une langue magnifique, à coups de considérations et de rebondissements généreux. On ne fait pas trop dans l'économie avec Dostoïevski. Issue tragique, comme il se doit pour des caractères russes explosifs qui ne connaissent pas de limites. On a l'impression que Dostoïevski aurait pu étoffer, étayer davantage. La fin est un raccourci brutal d'une période tout à coup compressée, mais il avait sans doutes d'excellentes raisons de mettre au monde cette histoire, lui qui fût concerné par cette passion du jeu. Il l'a peut-être jetée sur le papier comme on exhume des souvenirs dans le fauteuil d'un psychologue pour exorciser ses démons ?
    Dostoïevski m'évoque la personne d'un sabreur qui se jette droit sur l'adversaire dès le coup d'envoi du combat donné. Et les sabreurs ne tergiversent pas !
    Une écriture que je qualifierais de radicale, et un très beau roman, à mon sens le plus 'personnel' de l'auteur.
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    • Livres 5.00/5
    Par Dadafolie, le 29 décembre 2012

    Dadafolie
    Passionnant, envoûtant, troublant ! Tel est ce court roman de Dostoïevski qui présente un jeune russe au statut obscur, amoureux transi et joueur incontrôlable. Loin du cliché de l'homme pris de remords et irréfléchi dans sa maniere de jouer, "Le joueur" décrit un personnage extrêmement précis, tant dans ses sentiments que dans ses transports invétérés pour le jeu. Loin de réprouver l'action que l'on pourrait dire immorale du narrateur, l'on plonge avec lui et l'on tremble en attendant que la bille s'imobilise ; par un coup de maître, Dostoïevski nous fait ressentir jusqu'aux plus infimes sentiments de son joueur, évoluant dans le monde de l'aristocratie russe, ruiné et pourri par le besoin d'argent que l'on s'empresse de perdre.
    Une belle ode a l'absurdite de certaines actions humaines irrépressibles.
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    • Livres 4.00/5
    Par mickbu, le 18 mars 2013

    mickbu
    « le joueur » : Fiodor Dostoïevski :
    Œuvre épurée, voire incomplète pour certains, ou réfraction à atourner un sujet qui pour l'auteur s'apparente à un dissentiment existentiel, chacun sait que Dostoïevski s'est ruiné au jeu, qu'il composât « le joueur » désargenté, pris tout autant dans cet engrenage infernal de la dépendance obsessionnelle compulsive. Aussi faire d'un microcosme sordide - ce lieu de réunion cupide où règne l'âpreté névrosée de la faiblesse capitaliste - un sujet d'étalement littéraire, pourquoi pas ; mais pas chez Dostoïevski !! La concision littéraire s'inscrit chez lui par la réplique alternée de situations existentielles où les personnages conjecturent la condition humaine sans jamais corrompre la culturation identitaire de l'âme russe (d'ailleurs les Français et les Allemands en prennent pour leur grade), et notons, sans s'attarder en physionomie perspectiviste, aucune séquence n'est accordée au panorama, au grand dam de Schopenhauer !?! que ce soit dans « Crime et châtiment », « Les Frères Karamazov » etc... Pour autant, ses personnages nous livrent assidûment la syndérèse justifiée d'un univers sans artifice, sans jamais négliger le noyau communautaire, Dostoïevski nous fait réfléchir sur la condition exsangue de l'existence. Alexeï Ivanovitch, jeune précepteur au service d'une caste familiale gouvernée par un général retraité, revoit Pauline Alexandrovna, belle fille du général, dont il est éperdument amoureux, celle-ci lui demande de jouer au casino pour résorber ses dettes, précisément la roulette, mais la fièvre ne tardera pas à s'emparer du jeune Alexeï Ivanovitch !!
    Plus qu'une nouvelle écrite hâtivement - comme j'ai pu le lire trop souvent - Dostoïevski s'empare de la singularité de ses personnages en décrivant des comportements obsessionnels, à l'exhalaison vécue. Je dois avouer que compte tenu ma petite expérience de la roulette, il a touché au but !
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Citations et extraits

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  • Par tamara29, le 02 juin 2013

    Et puis, vous savez quoi ? Il est dangereux pour nous de marcher l'un à côté de l'autre ; j'ai senti plusieurs fois des envies irrépressibles de vous battre, de vous défigurer, de vous tordre le cou. Vous penserez que je n'oserai pas ? Vous finirez par me rendre vraiment malade. C'est du scandale, peut-être, que j'aurai peur ? Ou de votre colère ? Mais, qu'est-ce que j'en ai à faire, de votre colère ? Je vous aime sans espoir, et je sais qu'après ça, je vous aimerai encore mille fois plus. Si je vous tue un jour, il faudra bien que je me tue moi-même ; eh bien, je resterai le plus longtemps possible sans me tuer, pour ressentir le plus longtemps possible cette douleur monstrueuse d'être sans vous. Vous savez le plus incroyable ? Chaque jour, je vous aime un peu plus, et c'est pourtant presque impossible. Après cela, comment ne serais-je pas fataliste ?
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  • Par balrog, le 03 mai 2013

    Oui, il arrive que l'idée la plus folle, la plus invraisemblable, s'affirme dans votre esprit avec une force telle que vous en arrivez à la croire réalisable... Bien plus, si cette idée est conjuguée avec un désir violent, passionné, vous finissez parfois par la prendre pour une chose fatale, nécessaire, prédestinée; cela ne peut pas ne pas être, cela ne peut pas ne pas se produire !

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  • Par emileparte, le 19 juillet 2012

    Je sors de la gare et je retrouve, dans mon gousset, encore un florin. J’ai donc de quoi diner, pensai-je. Et je n’avais pas fait cent pas que je retournais au salon de jeu. Je mis mon florin sur « manque », et vraiment il y a quelque chose de particulier en ceci : un homme seul, loin de son pays natal, loin de ses amis, sans savoir s’il mangera aujourd’hui, risque son dernier florin, le dernier des derniers ! J’ai gagné, et, vingt minutes après, je sortais avec cent soixante-dix florins dans ma poche. C’est un fait ! Voilà mon dernier florin ! Et que serais-je devenu si j’avais manqué de courage ?...
    Demain, demain, tout finira…
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  • Par fredho, le 25 mars 2013

    Que m'importe votre colère! J'aime avec désespoir, et je sais que plus tard je vous aimerai cent fois plus. Si je vous tue un jour, il faudra bien que je me tue aussi. Alors je me tuerai le plus tard possible, afin de ressentir cette souffrance atroce sans vous.

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  • Par andman, le 21 décembre 2012

    - Pourquoi vous obligerais-je à sauter du haut de Schlangenberg ? me dit-elle sèchement et d'un ton particulièrement offensant. C'est parfaitement inutile.
    - Admirable ! m'écriai-je ; vous avez employé cet admirable "inutile" exprès pour m'accabler. je vous perce à jour. Inutile, dites-vous ? Mais le plaisir est toujours utile et un pouvoir absolu, sans limites, fût-ce sur une mouche, est aussi une sorte de jouissance. L'homme est un despote par nature : il aime faire souffrir. Vous aimez cela par-dessus tout.
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