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Dominique Fernandez (Autre)Sylvie Luneau (Autre)
ISBN : 2070368939
Éditeur : Gallimard (06/02/1973)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.92/5 (sur 1172 notes)
Résumé :
Le jeu brûle tout. Il est la passion. Il est le rêve.
L'enfer et la démesure. Le révélateur des abîmes de l'âme et l'ignoble concentré de la comédie bourgeoise. Il est l'argent!
Autour de ses tapis, le général déchu se fait l'esclave du marquis et attend le décès de la richissime Baboulinka, sa tante. Hypothèques... Héritages...
Intrigues... Corruption morale sur fond de bonnes manières. Qui donc résistera à ce tourbillon de folie?
Dans c... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (68) Voir plus Ajouter une critique
CorinneCo
20 avril 2016
★★★★★
★★★★★
La petite bille noire roule, roule, fait des petits bonds de cabri avant de s'immobiliser dans une case. Ceux qui sont autour, qui suivent sa farandole, retiennent leur souffle et peut-être ferment-ils les yeux pour ne pas voir. Tous sont soumis à ce « hasard ». Vont-ils perdre ou
gagner ? Pour perdre et gagner à nouveau ou tourner le dos et partir ? Dostoïevski fait dire à un de ses protagonistes qu'il faut du courage pour tourner les talons et s'enfuir de la table de jeu. Alexeï Ivanovich, malgré toutes ses promesses, finit par se retourner, telle la femme de Loth. Frappé d'immobilisme, comme englué à sa condition de joueur il ne peut plus rien pour lui-même. Car la petite bille noire n'est-elle pas la main du Destin frappant au hasard et scellant l'humain à sa condition ? Peut-il l'infléchir ?
Dostoïevski trace une fatalité implacable dans l'âme de ses personnages. Ils sont tous dans le bain du jeu de la vie. Ce sont des pions, des numéros qui ont l'illusion d'avoir un libre arbitre, une volonté farouche de contrôler leur existence. Mais ce n'est que fourvoiement. Dostoïevski pose la question dans ce petit roman :
Pourquoi toute cette agitation ? Pour cette absurdité qu'est la vie ? Pleine de mensonges, de faux-semblants, de peu de gloire ? Comment supporter tout ceci sinon en s'en moquant ? En riant ?
Alexeï Ivanovich rit souvent, de lui-même, des autres. Il est plein d'allant avec une pointe de cynisme. Jeune homme très intelligent et lucide, il se laisse emporter par sa destinée comme un fétu de paille balloté par le vent. Parce qu'il croit toujours se « refaire », comme tous les joueurs. Il a toutefois des doutes sur sa santé mentale. Peut-être qu'en fait, il ne se trouve pas dans cette ville d'eau en Allemagne mais dans un asile de fou et qu'il y écrit ce qu'il croit vivre ?
Voici une petite histoire cocasse et pathétique qui a sa part de cruauté et d'obscurité. Tout va vite, on se croirait parfois dans une bouffonnerie : Un général russe désargenté qui n'attend que la mort de la grand-mère pour faire main basse sur l'héritage. Car c'est un général russe vieillissant, amoureux d'une jeune demi-mondaine parisienne cupide. le décor est planté. le général néglige ses enfants, fait des dettes ; doit de l'argent à un escroc français, Des Grieux, qui se dit de descendance noble. Et la grand-mère que tout le monde avait déjà enterrée, arrive. L'effervescence monte d'un cran.
Alexeï Ivanovich est le précepteur des enfants du général. Il se consume d'une passion violente pour la belle-fille de celui-ci : Polina. Ses supposés rivaux sont Des Grieux et Mr Astley, son ami anglais. Mais le fervent Alexeï est un joueur dans l'âme. Joueur de ses sentiments, de ses envies, de sa vie en général. Avec, quand l'occasion s'en présente, un renoncement presque effrayant. Plutôt un panache désespéré. Dostoïevski fut longtemps un
dépendant du jeu. Quand il dicta « le Joueur » il arpentait encore les tables des casinos ; donc, c'est aussi une confession en creux. Fédor Dostoïevski dit : Alexeï Ivanovich c'est moi. Il porte ma folie, mon amertume, mes splendeurs, ma lucidité, mes contradictions et mes passions dévorantes. Il incarne l'âme russe.
Dostoïevski même s'il encense « l'esprit russe », est féroce avec ses contemporains et avec lui-même. L'abîme… toujours l'abîme…
Il dicta ce roman très rapidement, ne prenant pas la peine de l'écrire. Je ne peux que remercier le traducteur de l'avoir livré tel quel, sans chercher à corriger pour « faire de la belle littérature » ; c'est de toute façon étincelant. La langue vibrionne, moderne, brute, accrochée à la pensée d'Alexeï Ivanovich, le narrateur ; nous sommes suspendus à ses lèvres. C'est un
tourbillon, un mouvement de roulette fou. Phrases inachevées, répétitions, ping-pong verbal, pensées déroulées d'un seul jet. Comme jetées sur une table de jeu. Un récit qui se clôt brusquement comme si tout avait été misé.
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peloignon
09 janvier 2013
★★★★★
★★★★★
Pour reprendre la célèbre distinction kantienne, tous les romans de Dostoïevski sont dénués de beauté puisqu'ils sont consacrés au sublime. C'est d'ailleurs particulièrement le cas dans ce roman, où se déploie dans une tension presque insoutenable la facticité humaine la plus médiocre.
En effet, les personnages sont ici réduis à de creux grains de poussières, vivotants dans l'impression trompeuse d'une appartenance propre en attendant que le hasard provoque leur mouvement : « Par moment, j'ai encore l'impression que je suis pris dans ce tourbillon, que l'orage va se déchaîner, me saisir au passage avec son aile et que, perdant l'équilibre et le sens de la mesure, je vais me mettre à tourner, tourner, tourner… » (p.179)
La passion règne en maître, elle emporte tout et décide tout, faisant et défaisant l'échelle hiérarchique sans aucune entrave. On y voit un général renvoyer son précepteur pour une peccadille et revenir le jour suivant le supplier de le sauver; des femmes mépriser et admirer un même homme selon l'efficacité avec laquelle il peut leur offrir quelque prestige reconnu; une vielle vivant en réclusion et qu'on aimerait voir morte devenir soudain la reine du bal sitôt qu'elle se présente, etc.. Tout ce tourbillon absurde où chacun s'entre dévore force le lecteur à vivre l'instabilité absolue de l'atmosphère passionnelle qui m'apparaît être le véritable sujet du roman.
Quant au jeu, l'exposé psychologique en vaut franchement le détour. L'état d'inconscience du joueur en action, frappé de plein fouet par la vitesse inouïe où se déroule l'enchaînement machinal du jeu est rendu de manière très frappante. le cynisme du mécanisme qui se déploie dans les salles de jeu, comme le fait que le pire qui puisse arriver pour faire le joueur compulsif soit qu'il gagner une forte somme le premier coup, (dans la mesure, évidemment où notre classe sociale nous en fait sentir la valeur (p.37)) et que même les joueurs les plus aguerris savent à quel point il est presque « impossible de s'approcher de la table de jeu sans immédiatement subir la contagion de la superstition »(p.39) font sentir quelque chose comme un vertige devant ce gouffre. Quant à l'état du joueur compulsif, il se montre, dans l'extrait suivant, au coeur de l'horizon clair obscur d'un obsédé, dans un rare instant de semi-conscience: « Je vis dans une angoisse continuelle; je joue très peu à la fois et j'attends, je fais des calculs; je reste des journées entières près de la table de jeu…mais cependant il me semble que je me suis endurci, que je me suis embourbé dans la fange » (p.245). Sitôt qu'elle est prise par la passion, le jeu devient implacable et irrésistible, comme le fer et la poussière de l'existence, une aimant.
Toutes ces descriptions sentent le vécu et l'auteur, qui s'est sorti d'une vie de joueur, ne pouvait conclure autrement qu'en présentant la possibilité de s'en sortir. Aussi, pour arrêter le jeu, comme pour n'importe quelle autre passion digne de ce nom, Dostoïevski nous indique qu'il « suffirait, une seule fois, d'avoir du caractère et, en une heure, je peux changer toute ma destinée. L'essentiel, c'est le caractère » (p.255). le caractère qui rendrait la vie aux creux grains de poussières, qui pourrait libérer de l'emprise des vents et marées que le hasard voudra bien apporter, tout est là. Mais cette possibilité n'y est qu'évoquée.
Reste donc à savoir comment le caractère peut devenir effectivement possible...mais est-ce, justement, à savoir?
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PhilippeCastellain
13 mars 2017
★★★★★
★★★★★
Le Joueur' a la réputation d'être le texte le plus abordable de Dostoïevski. C'est vrai, mais il a de mon point de vue un deuxième intérêt : il illustre parfaitement le curieux rapport de l'auteur aux femmes.
Car enfin, c'est son texte le plus autobiographique ! le démon du jeu, il connait, il en a tâté. Des nuits entières à suivre des yeux la bille de la roulette, des fortunes gagnées et aussitôt perdues, il en a connu. L'oubli de toute préoccupation extérieure, à n'en pas savoir si l'Europe est en guerre ou en paix mais que le rouge est sorti quinze fois de suite la semaine précédente, il en est passé par là aussi. Et qui le tirera de tout cela ?
Une femme ! Une certaine Anna Grigorievna Snitkina… Qu'il avait embauché pour relire le manuscrit du Joueur. Et dont il perdit pas mal d'argent au cours de rechutes. Et certes il ne la connaissait pas encore, mais on n'en constate pas moins que ses personnages féminins sont curieusement stéréotypés.
Il y a d'abord et avant tout la femme détruite, devenue elle-même destructrice. Ici c'est Pauline, dont le narrateur est amoureux, qui elle aussi l'aime, et qui pourtant, après une nuit d'entente parfaite le rejette brutalement et l'abandonne à Mademoiselle Blanche et au jeu. C'est Nastasia Philipovna dans l'Idiot, c'est Grouchenka et Liza dans ‘Les frères Karamazov', c'est Katerina Marmeladova dans ‘Crime et Châtiment'…
La deuxième catégorie, c'est la femme plus âgée, qui joue un rôle stabilisateur et n'en cultive pas moins une excentricité. C'est ici la grand-mère, que tout le monde espère voir mourir et qui surgit brutalement, jaillissant comme un coup de tonnerre avec sa suite et ses domestiques, écrasant tout par sa présence, remettant chacun à sa juste place… Et in fine perdant une fortune au casino. A rapprocher de la mère de Raskolnikov, de la tante du prince Michkine…
Mademoiselle Blanche n'est, je pense, pas tant à voir comme un personnage féminin que comme l'incarnation du vice français pour Dostoïevski. Corruptrice, comme l'élégance de la pensée française ayant séduit la cours des tsars au XVIIIème, et in fine dévoreuse comme la Grande Armée. Seule la Baboulinka, incarnation de l'âme russe, peut résister à son pouvoir de corruption.
Des archétypes dont les modèles sont à chercher dans le passé de l'écrivain. Heureusement pour lui, c'est une femme d'un tout autre acabit qu'il embaucha pour coucher sur le papier ce manuscrit… Et il y a grand à parier que c'est elle qui l'empêcha de finir comme son héros !
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viou1108
02 décembre 2015
★★★★★
★★★★★
Oserais-je l'avouer, il m'aura fallu 38 ans avant de lire mon premier Dostoïevski. Pas très courageuse, l'ampleur de son oeuvre m'a toujours effrayée. Et puis là, au (jeu de) hasard d'une brocante, j'ai parié quelques centimes sur ce « Joueur ». Sait-on jamais, me disais-je, il ne suffit parfois que d'une faible mise pour décrocher la timbale. Mystère (oui je sais, il faudrait dire « science ») des probabilités. Eh bien non, pas de « bingo » en l'occurrence, ce n'est pas grâce à ce court roman que je vais devenir « Dosto-aholic ». Pourtant en général j'apprécie les analyses psychologiques des personnages, mais cette fois je les ai trouvés excessifs, pour ne pas dire grotesques, et par conséquent pas attachants pour un sou. Et j'ai beaucoup de mal à comprendre comment une addiction peut dépouiller un être humain de tout libre-arbitre. Oui je sais, je suis trop raisonnable.
Toujours est-il que le récit se déroule à Roulettenbourg, ville d'eaux prussienne courue par la haute société de la vieille Europe. S'y trouvent un général russe et sa suite, parmi laquelle Alexis, précepteur des jeunes enfants de la famille, et narrateur de l'histoire. Le général, fauché comme les blés, tente de se refaire au casino, quand tout à coup surgit l'espoir de l'héritage d'une grand-mère richissime et agonisante. Supputation de pactole qui fait voleter les prétendants autour de Pauline, fille aînée du général, et de vulgaires « coureuses de dot » autour de celui-ci, veuf pour le plus grand bonheur potentiel de celles-là. Imaginez donc le désastre quand la grand-mère arrive, bien vivante, à Roulettenbourg, et se prend elle-même au jeu de la roulette. Voilà l'héritage en bien mauvaise posture. Pour ne rien arranger, Alexis, qui vit un compliqué « je-t'aime-moi-non-plus », épuisant et difficilement compréhensible pour le lecteur, avec Pauline, se voit chargé de surveiller, voire conseiller la grand-mère au casino, mais est à son tour atteint de la frénésie des tables de jeu.
Dostoïevski emmène tout ce petit monde (déjà sur la pente de la décadence) à sa perte, égratignant méchamment les seconds rôles français au passage. Il décrit les affres de l'addiction au jeu et à l'amour, qui embourbent les personnages dans des relations malsaines dès lors qu'inégales et/ou tissées par l'appât du gain.
Il paraît qu'Alexis serait le double littéraire de Dostoïevski, qui aurait largement puisé dans son passé de joueur invétéré pour écrire ce roman. Il paraît aussi que « Le joueur » aurait servi à son auteur à exorciser son démon du jeu. A en lire la préface de Michel Butor (édition du Livre de Poche de 1936), cela n'aura pas suffi. Mais cela n'aura pas empêché Dostoïevski d'écrire par la suite ses romans les plus célèbres...
Lien : http://www.voyagesaufildespa..
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fredho
27 mars 2013
★★★★★
★★★★★
Au xixè à Roulettenbourg en Allemagne, dans une petite ville thermale à l'apparence paisible se déchaîne la passion pour le jeu dans un casino fréquenté par la haute société.
Un jeune précepteur russe Alexis Ivanovitch est au service d'un général retraité et de sa famille composée de deux enfants et de sa belle fille Paulina Alexandrowna dont Alexis est follement épris.
Autour de cette famille russe, vient se greffer des personnages tels que Blanche jeune et belle française opportuniste convoitée par le vieux général, Astley jeune et riche anglais amoureux de Paulina, et le marquis Des Grieux un français homme d'affaires sans scrupules aimé de Paulina qui possède l'hypothèque des biens du général ruiné.
Paulina qui est liée à une dette, traite cruellement le précepteur, Alexis fou d'amour s'avilit tel un esclave aux exigences de la jeune femme, au point de se risquer à tous les dangers quitte à mourir pour elle. Celle-ci lui demandera de jouer à la roulette afin de résorber sa dette.
Dans l'attente de l'héritage escompté de sa vieille tante qui doit prochainement mourir, le général espère épouser Blanche et rembourser le marquis, un marquis impatient de saisir des opportunités sur ce fameux héritage.
Mais un beau jour la vieille tante « La Baboulinka » débarque à la surprise de tout ce petit monde, la vieille dame acariâtre qui n'a pas de leçons à recevoir, se risque au jeu de la roulette au grand désespoir du général, de Blanche et du marquis angoissés à l'idée que sa fortune se dilapide.
Mais la chance du débutant ne dure pas, et la passion du jeu prend le dessus sur la raison !
Alexis est également emporté par la fièvre du jeu, conscient que lui seul pourrait changer sa destinée « renaître et ressusciter », il aimerait redevenir un homme capable de tenir bon et de ne pas rechuter afin que l'amour ressorte vainqueur et que la passion du jeu se perde.
Mais Alexis est un esclave du jeu mais surtout esclave de lui-même !
Un livre sur les passions de l'amour et du jeu, « le joueur » roman autobiographique vous entraîne dans une tension diabolique, on vit le jeu de la roulette avec frénésie, comme le joueur nos jambes tremblent, nos mains sont moites, nos fronts ruissellent, la peur nous saisit en attendant les annonces du croupier.
En parallèle Dostoïevski dépeint la noblesse russe, la positionne sur un piédestal face à une Europe qu'il a tendance à dénigrer : « je vis ce vilain, ce faux sourire français que je déteste » mais qu'on lui pardonne ce roman est (à mes yeux) un petit chef d'oeuvre.
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Citations & extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
Relax67Relax6712 mars 2017
C'est vrai, on aime voir son meilleur ami humilié devant soi ; l'humiliation est à la base de la majeure partie de l'amitié ; c'est là vérité très vieille, que tous les hommes intelligents connaissent.
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Relax67Relax6710 mars 2017
-- On est bien ici, dit la grand-mère en regardant autour d'elle, il fait bon, il y a de beaux arbres. Ça me plaît bien ! Ils sont là, tous ? Et le général ?
-- Oh, à cette heure-ci, je crois qu'ils sont tous là.
-- Ah, parce qu'ils ont des heures ici, et tout le tremblement... Ils jouent les princes. Ils ont un équipage, il paraît, "les seigneurs russes" ! On se retrouve sur la paille, on file à l'étranger !
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Relax67Relax6709 mars 2017
Des Grieux était comme tous les Français, c'est-à-dire aimable et gai, quand il le fallait et que cela lui servait à quelque chose, et incroyablement ennuyeux quand il n'y avait plus besoin d'être aimable et gai. Il est rare qu'un Français soit aimable de nature ; il est toujours aimable comme sur ordre, par calcul.
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Relax67Relax6708 mars 2017
Je me retournai vers le général, et, brusquement, d'une voix claironnante, en lui coupant la parole, je crois bien, je remarquai que, cet été, il était tout à fait impossible pour les Russes de déjeuner aux tables d'hôte des hôtels. Le général m'adressa un regard étonné.
- Si vous avez un tant soit peu d'amour-propre, dis-je, en m'échauffant de plus en plus, vous tomberez toujours sur des insultes et c'est des pieds de nez invraisemblables que vous aurez à supporter. A Paris, sur les bords du Rhin, et même en Suisse, on voit tellement de Polaks à toutes les tables d'hôtes, et puis de petits Français qui compatissent à leurs malheurs qu'il devient impossible d'ouvrir la bouche si l'on est russe.
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PiertyMPiertyM12 octobre 2013
….ce que j’ai vu chez ces gens-là révolte ma nature tartare. Par Dieu ! je ne veux pas de telles vertus ! J’ai eu le temps de faire dans les environs un bout de promenade vertueux. Eh bien, c’est tout à fait comme dans les petits livres de morale, vous savez, ces petits livres allemands, avec des images ? Ils ont dans chaque maison un vater très vertueux et extraordinairement honnête, si honnête et si vertueux qu’on ne l’approche qu’avec effroi ; le soir, on lit en commun des livres de morale. Autour de la maison, on entend le bruit du vent dans les châtaigniers ; le soleil couchant enflamme le toit et tout est extraordinairement poétique et familial... Je me souviens moi-même que feu mon père, sous les tilleuls, dans son jardinet, pendant les beaux soirs, nous lisait aussi, à ma mère et à moi, de pareils livres... Eh bien ! chaque famille ici est réduite par son vater à l’esclavage absolu. Tous travaillent comme des bœufs, tous épargnent comme des Juifs. Le vater a déjà amassé un certain nombre de florins qu’il compte transmettre à son fils aîné avec sa terre ; pour ne rien détourner du magot, il ne donne pas de dot à sa fille, à sa pauvre fille qui vieillit vierge. De plus, le fils cadet est vendu comme domestique ou comme soldat, et c’est autant d’argent qu’on ajoute au capital. Ma parole !... Tout cela se fait par honnêteté, par triple et quadruple honnêteté ; le fils cadet raconte lui-même que c’est par honnêteté qu’on l’a vendu. Quoi de plus beau ? La victime se réjouit d’être menée à l’abattoir ! D’ailleurs, le fils aîné n’est pas plus heureux. Il a quelque part une Amalchen avec laquelle il est uni par le cœur, mais il ne peut pas l’épouser parce qu’il n’a pas assez de florins. Et ils attendent tous deux sincèrement et vertueusement. Ils vont à l’abattoir avec le sourire sur les lèvres ; les joues de l’Amalchen commencent à se creuser ; elle sèche sur pied. Encore un peu de patience ; dans vingt ans la fortune sera faite, les florins seront honnêtement et vertueusement amassés. Alors, le vater bénira son fils, un jeune homme de quarante ans, et l’Amalchen, une jeunesse de trente-cinq, à la poitrine plate et au nez rouge. À ce propos, il pleurera, il lira de la morale et puis... il mourra. L’aîné deviendra à son tour un vater vertueux, et la même histoire recommencera. Dans cinquante ou soixante-dix ans, le petit-fils du premier vater continuera l’œuvre, amassera un gros capital et alors... le transmettra à son fils ; celui-ci au sien, et, après cinq ou six générations, naît enfin le baron de Rothschild, ou Hoppe et Cie, ou le diable sait qui. Quel spectacle grandiose ! Voilà le résultat de deux siècles de patience, d’intelligence, d’honnêteté, de caractère, de fermeté... et la cigogne sur le toit ! Que voulez-vous de plus ? Ces gens vertueux sont dans leur droit quand ils disent : ces scélérats ! en parlant de tous ceux qui n’amassent pas, à leur exemple. Eh bien ! j’aime mieux faire la fête à la russe ; je ne veux pas être Hoppe et Cie dans cinq générations ; j’ai besoin d’argent tout de suite ; je me préfère à mon capital...
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