ISBN : 2070368688
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 3.93/5 (sur 56 notes) Ajouter à mes livres
Qu'est-ce que tu m'as fait ? Tu colle à moi comme mes dents à mes gencives. Je te vois partout, je vois ton ventre, ton sale ventre de chienne, je sens ta chaleur, dans mes mains, j'ai ton odeur dans les narines. J'ai couru jusqu'ici, je ne savais pas si c'était pour te... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 21 novembre 2010

    LiliGalipette
    Pièces de Jean-Paul Sartre.
    La P... respectueuse - Lizzie Mac Cay est une prostituée qui a subi des violences de la part du neveu d'un sénateur et de ses amis. Un Nègre en cavale lui demande sa protection. Il est poursuivi pour le crime qu'a subi Lizzie et il lui demande de rétablir la vérité quand la police et la famille du sénateur Clarke l'interrogeront. Mais ces derniers tentent d'arracher à Lizzie une fausse déposition. Pour eux, une prostituée voire une femme vaut à peine mieux qu'un noir et la seule façon qu'elle a de gagner un peu d'estime est de vendre un être plus pitoyable qu'elle. La brusquerie et la vulgarité dont tous font preuve à l'égard de Lizzie et du Nègre finissent par avoir raison des résolutions de la prostituée, qui finit par accepter que soient achetés son mensonge et son silence. Fred, le neveu du sénateur, ne peut se défaire de l'attirance qu'il éprouve pour elle même s'il la déteste de l'avoir ainsi attaché : "Qu'est-ce que tu m'as fait ? Tu colles à moi comme mes dents à mes gencives. Je te vois partout, je vois ton ventre, ton sale ventre de chienne, je sens ta chaleur dans mes mains, j'ai ton odeur dans les narines. J'ai couru jusqu'ici, je ne savais pas si c'était pour te tuer ou pour te prendre de force. Maintenant, je sais. (Il la lâche brusquement.) Je ne peux pourtant pas me damner pour une putain."
    Jean-Paul Sartre a écrit cette pièce très peu de temps après la Seconde Guerre Mondiale. La haine raciale est alors une composante affligeante de la société américaine. La puissance du langage et les annotations scéniques font de cette pièce un concentré de haine et de violence, mais aussi d'émotion et de révolte. le dégoût qu'éprouve Fred au sujet des Noirs et de la prostitution s'exprime par un dégoût des odeurs: ça pue le nègre et ça pue le vice.
    J'ai toujours été interloquée par le titre et les points qui remplacent le mot complet. Censure de la part de l'éditeur peut-être, mais il me semble que c'est aussi une façon de montrer que la personne au-delà du mot qui la désigne est innommable. La juxtaposition du mot "putain", lourd d'opprobe et de sous-entendus négatifs, avec le qualitatif "respectueuse" est un des plus bels oxymores de la littérature. Inutile d'en dire davantage, le titre se vend tout seul et les trois points en disent beaucoup.
    Morts sans sépulture - Lucie, Henri, François, Sorbier, Canoris ont été arrêtés par la milice en raison de leurs activités au sein de la Résistance. Ils attendent qu'on vienne les chercher, terrifiés par les séances de torture à venir, les séances où on leur demandera où est leur chef, Jean. Mais Jean est pris à son tour. Ils sont alors six à se regarder dans ce grenier, à se dire des vérités. Pire que les souffrances infligées par leurs geoliers, la présence des autres devient insupportable pour chacun.
    Terrible confrontation! Les bourreaux ne sont pas les miliciens qui ne sont que de falots personnages. Ce sont les alliés qui se détruisent les uns les autres. Déchirés par le poids de leur secret, ils tentent de défendre leurs idéaux jusqu'au bout, jusqu'à l'agonie. Chacun résiste différemment à la torture :du plus vieux qui ne crie pas au plus jeune qui sait qu'il craquera en passant par la femme qui ressort souillée, les victimes deviennent coupables et assassines.
    Loin des images héroïques des résistants, Jean-Paul Sartre sert des personnages torturés au plus profond de leur être, des êtres faibles et faillibles, des hommes en somme, des hommes à qui l'impossible ne peut pas être demandé, des hommes qui, très humainement, tentent de sauver la vie encore un peu avant de renoncer.
    Je n'aime Sartre qu'en dramaturge, ses romans ne me touchent pas. Mais ses pièces! Je n'ai jamais eu la chance de voir ces pièces sur scène, mais je ne doute pas que les représentations doivent être à la limite du soutenable.

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/11/21/19661326.html
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  • Par J-line, le 05 janvier 2012

    J-line
    Relations à autrui, enlisement de chacun en un rôle reçu en extériorité, intériorisation du jugement de "l'autre"... Avec cette pression du social, et du regard, qui l'un et l'autre assignent, et figent, et aliènent (rendent étranger à soi)...
    Elle est 'Put'.
    Il est 'Nègre' (- avec la majuscule des archétypes).
    Accusé de viol, innocent, il doit cependant mourir : si un 'Monsieur' s'est laissé aller à tuer un noir, il faut qu'il ait eu raison - nécessairement, le noir "a dû" violer une blanche....
    ("Quand des blancs qui ne se connaissent pas se mettent à parler entre eux, il y a un nègre qui va mourir", in La P. R, pge 71).
    Elle, Lizzie, sera témoin à charge, cherchant à atteindre, et par tous les moyens, un peu de respectabilité....
    Attention, nous sommes tous et chacun le nègre d'un autre. Et tous et chacun la putain du social. de victimes prisonnières d'un jugement porté en toute altérité et peu à peu intériorisé.
    Avec, en seconde ou première donne, un sujet toujours d'actualité (repris, entre autres, par Girard): la société "bien ordonnée" ne se base-t-elle pas sur ses exclus pour fonctionner...? Ne lui faut-il pas un expiatoire à la violence, une aire de défoulement pour "les gens biens"....? Une zone grisée où s'expérimentent et se dévident les passions... ? Un stade d'athlétisme ou de foot....? Des banlieues....? Mais, un jour ou l'autre, la violence déborde...
    A lire donc, pour réfléchir à ces notions, problèmes et statuts identitaires ou relationnels toujours pris au fil de nos situations.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par quenlore, le 05 novembre 2011

    quenlore
    Deux noirs sont dans un compartiment de train avec Lizzie et ne prêtent pas attention à elle ; quatre blancs montent dans le train et l'importunent, manifestement saouls. Ils font des remarques injurieuses sur les noirs présents et tentent de les jeter par la portière. Les noirs se défendent, et quand l'un deux donne un coup de poing à un des blancs, celui-ci tire son révolver et tire ? L'autre noir parvient à s'échapper.
    C'est le point de départ d'une chasse à l'homme des blancs de la ville envers ce noir, qui ira demander refuge à Lizzie.
    Comment peut-on être à la fois dans le respect de soi-même et des autres, et en même temps, une fille qui vend son corps ? Cette opposition se retrouve dans la position de Lizzie qu'on oblige à signer : en dépit de sa condition de fille de joie, elle n'en reste pas moins une femme digne et humaine. Elle condamne le crime raciste. On peut la rapprocher en cela de Boule de Suif, la prostituée « patriote »…
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Citations et extraits

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  • Par canel, le 09 février 2012

    LE SENATEUR
    - Lizzie, ce nègre que tu protèges, à quoi sert-il ? Il est né au hasard, Dieu sait où. Je l'ai nourri et lui, que fait-il pour moi en retour ? Rien du tout, il traîne, il chaparde, il chante, il s'achète des complets rose et vert. C'est mon fils et je l'aime à l'égal de mes autres fils. Mais je te le demande : est-ce qu'il mène une vie d'homme ? Je ne m'apercevrai même pas de sa mort.
    LIZZIE
    - Ce que vous parlez bien.
    LE SENATEUR
    - L'autre au contraire, ce Thomas, il a tué un noir, c'est très mal. Mais j'ai besoin de lui. C'est un Américain cent pour cent, le descendant d'une de nos plus vieilles familles, il a fait ses études à Harvard, il est officier - il me faut des officiers - il emploie deux mille ouvriers dans son usine - deux mille chômeurs s'il venait à mourir - c'est un chef, un solide rempart contre le communisme, le syndicalisme et les Juifs. Il a le devoir de vivre et toi tu as le devoir de lui conserver la vie. C'est tout. A présent, choisis. (p. 55)
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Vertiges du désir - Ollivier Pourriol .
Par l?auteur de Cinéphilo, les noces du cinéma et de la philosophie sur un thème ô combien désirable : le désir.Fidèle à sa méthode consistant à faire dialoguer philosophie et cinéma, Ollivier Pourriol dévoile les grandes théories du désir à l??uvre dans des films aussi variés que le Mépris, Kingdom of Heaven, Heat, Beau Travail, Casino, Eyes wide shut, Eros, THX 1138, Blow Up ou Toy Story.Fruit des conférences Studiophilo - où la philosophie est expliquée par le cinéma, et le cinéma par la philosophie - ce livre nous fait comprendre ce qu?est le désir, tout en nous ouvrant les yeux sur certaines scènes célèbres du cinéma : Sartre nous éclaire sur les fesses de Brigitte Bardot dans le Mépris, Hegel sur la lutte à mort entre al Pacino et Robert de Niro dans Heat, Girard sur le désir mimétique dont sont victimes les jouets de Toy Story, Deleuze sur l?électricité sexuelle de Sharon Stone dans Casino, Platon sur les vertiges de l?amour dans Les ailes du désir.Un livre précis, ludique et accessible qui unit cinéma et philosophie dans leur désir commun : désirer toujours plus, et toujours mieux.











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