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Marc Gibot (Autre)
ISBN : 2264005785
Éditeur : 10-18 (2004)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 337 notes)
Résumé :
Où l'on découvre qu'il y a plusieurs formes de littératures coup de poing chez Selby. Ceux qui ont adoré Last Exit To Brooklyn y retrouveront un Selby mordant, noir, cynique et provocateur. Ceux qui reprochent à Last Exit sa brutalité y découvriront une écriture tout en tension sous-jacente et en subtilité, mais non moins audacieuse et efficace. Quant à ceux qui approcheront Selby pour la première fois, ils seront sans doute désorientés par cette chronique du quoti... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
jeranjou
jeranjou14 septembre 2013
  • Livres 4.00/5
Gentleman au grand jour, Démon sitôt dans l'obscurité…
En juillet dernier, j'avais désespérément cherché « le Démon » d‘ Hubert Selby, Jr. dans ma médiathèque et, sans conviction, j'avais griffonné le titre de ce roman sur la liste des suggestions.
Début septembre, un Pelecanos à la main pour l'emprunter, je suis averti à la dernière minute que « le Démon » aux éditions 10/18 était réservé à mon nom. Divine surprise ! Brandissant comme un trophée ce roman tout neuf, encore chaud comme une bonne baguette de pain, je me dis que Pelecanos attendra bien quelques jours…
Rentré à la maison, discipliné comme un élève de 6ième, je mets à jour ma liste Babélio et reste interloqué sur la page du Démon. Les étiquettes de ce roman mettent en avant les mots « Sexe » et « sexualité » à coté du « roman » de « Littérature américaine ». Ciel ! On m'aurait menti. On m'avait « vendu » un polar culte et voila que je me retrouve avec un « Cinquante nuances de grey » des années 70.
Si voulez, c'est un peu comme si je commandais un fraisier dans ma boulangerie et que la vendeuse me rapporte, avec le sourire, un gâteau au chocolat en m'expliquant que faute de fraise, elle pensait que ce délice au chocolat ferait l'affaire. Franchement, le pâtissier aurait pu au moins ajouter des framboises en remplacement. (1)
Bref ! Vous comprenez mon désarroi comme l'élève Torless a pu l'être durant son premier rendez-vous avec une prostituée. Et contrairement aux grands critiques de lectures érotiques, je ne suis pas le dieu de la vigne, du vin et de ses excès pour me lancer dans de telles lectures ! (2)
Prenant mon courage à deux mains, je m'attaque donc au Démon paru en 1976 et écrit par l'auteur américain Hubert Selby, Jr.
Le héros du livre, Harry White, est un jeune cadre dynamique dans une société new-yorkaise en pleine expansion. Harry partage sa vie entre son travail et ses conquêtes d'un jour. En effet, son besoin de coucher avec des femmes, de préférence mariées pour éviter de s'attacher à elles, s'avère de plus en plus addictif et altère même sa concentration au bureau. Plus grave encore, Harry doit sans cesse consulter sa montre pour arriver au travail à l'heure ou après sa pause déjeuner. Une pause déjeuner souvent les jambes en l'air si vous voyez ce que veux dire…
Passant de moments d'euphorie intense à des périodes de déprime maladive, Harry réussit tout de même à cacher les apparences dans son entreprise et se laisse même séduire par Linda, une jeune secrétaire au bord d'une piscine lors d'une journée détente organisée par sa société pour galvaniser les troupes.
Malgré ses pulsions sexuelles, Harry va-t-il réussir à conquérir la belle Linda ? Pourra t-il poursuivre son ascension fulgurante dans sa société malgré un premier rappel à l'ordre sévère de son chef Wentworth ? Pourra t-il accéder au luxe d'une belle maison, d'une belle voiture, des plus grands restaurants ou de la carte du Country Club de golf réservé aux élites?
En somme, deviendra t-il quelqu'un d'important et de respecté comme il en rêvé toute sa vie malgré ses travers de plus en plus difficiles à dissimuler ?
Pour avoir réponse à toutes ces questions, je vous invite à découvrir ce roman pour le moins déconcertant, déversant des paroles crues et immondes en alternance avec de longues tirades superbement écrites. Stressé par l'heure qui tournait lors des pauses déjeuner d'Harry, j'ai vécu cette lecture comme une véritable épreuve exhortant Harry à cesser de franchir la ligne jaune à tout bout de champ. En vain, malheureusement…
Si je compare « le démon » à des ouvrages cultes de Jim Thompson, le roman de Selby laisse moins de place à la violence physique que dans « le démon dans la peau » (ou sa nouvelle traduction « L'assassin qui est moi ») et se rapprocherait plus de « Rage noire » pour le langage cru et la pulsion intérieure destructrice du héros du livre incapable de la maîtriser. Malgré tout, le Démon n'atteint pas du tout, selon moi, le génie des deux chefs d'oeuvre de Thompson.
Si je devais énoncer une faiblesse, je déplorerais le milieu du roman trop long et répétitif contrastant avec une première partie tellement intense et lumineuse. Heureusement, la dernière partie est enlevée et se révèle à la hauteur d'un bon roman à la frontière du polar et sur la folie des hommes.
Et comme le dit si bien un proverbe indien, méfiez-vous : "L'homme est son propre démon."
Ps : J'oubliai la conclusion de l'histoire. J'ai bien eu un fraisier en fin de compte avec, il est vrai, de grosses pépites de chocolat sur le dessus fondant au bout d'un certain temps et des fraises un trop clairsemées à mon gout. A vous d'en déduire la fin du roman...
(1) Variante à la boulangerie pour les Belges exclusivement :
Si voulez, c'est un peu comme si je commandais une tarte aux pommes dans ma boulangerie et que la vendeuse me rapporte, avec le sourire, une tarte aux poires. Pas très content, je lui annonce qu'elle me prend vraiment pour la reine des pommes. En guise de réponse, elle m'explique que le pâtissier est belge et que faute de pommes, il s'est dit que je serais parfait pour être la reine des poires...
(2) voir la savoureuse critique de Dionysos89 sur les "Cinquante nuances de Grey"
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LydiaB
LydiaB30 juin 2013
  • Livres 5.00/5
Tout souriait à Harry White. Jeune cadre dynamique, il passe pour un modèle aux yeux de ses parents. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'Harry a des pulsions. Des pulsions sexuelles au départ qui le mènent à ne coucher qu'avec des femmes mariées. Il se rassure en se disant que c'est pour la bonne cause, qu'il leur donne un peu de bonheur pendant ces instants éphémères. Mais Harry se rend bien compte qu'il y a quelque chose "qui ne tourne pas rond". Car il est capable de tout abandonner d'un coup, d'arriver en retard à son travail, de remplacer son repas de midi, pour céder à ce désir oppressant. Cela lui vaudra d'ailleurs des réprimandes de son patron qui le met aux pieds du mur en nommant son collègue directeur adjoint alors que cette récompense était, en toute logique, réservée à Harry. Monsieur Wentworth veut quelqu'un d'équilibré.

Le démon qui est en Harry s'apaise alors pour atteindre cette place tant convoitée. Il va presque devenir "normal" en passant ses journées à travailler et en fondant une famille. Mais pour combien de temps ? Trouvera-t-il un moyen d'assouvir ses pulsions par autre chose que le sexe ?

Ce roman m'a coupé le souffle ! Il est d'une intensité ! Alors attention quand même, car c'est cru, parfois glauque. Ceci dit, ce n'est pas gratuit et c'est justement ce qui aide à comprendre qu'Harry réagit à des pulsions. Il est malade. Une force intérieure le pousse à agir ainsi, à avoir des montées d'adrénaline, comme si sa vie en dépendait. C'est puissant, très puissant ! Et la narration y est aussi pour quelque chose car on entre souvent dans les pensées du personnage, d'où l'absence, pouvant déstabiliser au premier abord, de certains signes de ponctuation. Mais quoi de mieux, pour adhérer pleinement à l'histoire, que d'être nous aussi bousculés ?
Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9ratur..
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nameless
nameless10 octobre 2015
  • Livres 4.00/5
L'histoire d'Harry White happe immédiatement, créant une attraction trouble pour cet homme banal qui a tout pour réussir, et qui pourtant va s'auto-détruire au terme d'un inexorable processus de lente désintégration. Fils unique de parents aimants appartenant à la classe moyenne, brillant, Harry occupe un poste important et prometteur, qui lui procure l'aisance matérielle, a du succès auprès des filles. Pour citer une Panglossade, tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, si Harry n'hébergeait pas en lui un démon, aussi irrésistible qu'inexplicable, séducteur et manipulateur.

Harry souffre d'une addiction au sexe, et s'il jette d'abord son dévolu sur des femmes mariées, c'est pour le délicieux frisson qu'il ressent à l'idée d'être surpris par leur mari. Harry aime se faire peur, et pour avoir de plus en plus peur, il lui faut prendre de plus en plus de risques. Comme pour toutes les addictions, celle au sexe oblige celui qui en est atteint, à trouver des doses de plus en plus fréquentes et massives pour un effet identique. Les périodes de calme apparent sont de plus en plus rares et courtes, laissant Harry en proie aux symptômes du manque : migraines, nausées, vertiges, tremblements.

Harry lutte contre ses pulsions, avec les moyens à sa disposition : il s'investit corps et âme dans sa carrière, décrochant un poste prestigieux, il épouse Linda et devient le papa de deux beaux enfants, qu'il installe dans une luxueuse maison : “La réussite ! Il avait vraiment réussi. Alors, comment les choses auraient-elles pu aller mal ? C'était impossible, manifestement impossible” (p. 208). Et, pourtant tout va mal, sa descente aux enfers se poursuit au même rythme que son ascension sociale. Linda, femme aimante, “assistait en spectatrice silencieuse à la destruction de son mari par un mal invisible. Elle était comme hypnotisée par le changement lent et régulier qui s'opérait en lui” (p.313).

Sur le thème de l'abjection envers soi-même, de l'obsession et de l'addiction sexuelle, Hubert Selby Jr, écrivain écorché vif, a écrit un roman abrupt, noir, violent qui ne peut laisser indifférent. La palette des ressentis lors de cette lecture est immense, car Harry est à la fois monstrueux et terriblement humain.
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orhal
orhal29 août 2007
  • Livres 4.00/5
Ce démon là n'a rien de fantastique, au sens imaginaire ou mystique du terme. C'est une peste, une folie croissante et vicieuse. le héros, Harry White, jeune cadre brillant, doit s'affronter dans un combat, un combat en solo de plus en plus pervers. Au début du roman, on le pense emporté par une "simple" frénésie sexuelle. Mais le développement psychologique de Harry et la descente violente dans son univers torturé, nous font vite prendre conscience de l'étendue de sa déviance.
D'un point de vue littéraire, le Démon est écrit avec brio. La tension croissante est suspendue par des plages faussement sereines, qui incitent le lecteur à ne pas lâcher le bouquin jusqu'à la prochaine rechute du héros. On note de longues pages avec pour seules ponctuations des virgules, qui rythment l'Enfer d'Harry, nous projetant dans le climat suffocant et incontrôlable du protagoniste. Certains passages sont criblés d'un humour cynique délicieux, gravant un sourire amer sur notre visage presque pétrifié, tant cette folie masquée pourrait être la notre. Une version plus glauque et dramatique d'American Psycho de Bret Easton Ellis.
Il n'y a pas à dire, Selby qui nous endeuillait il y a peu, doit être lu. Toute personne "normalement constituée" résidant dans une grande ville décryptera sans mal (et c'est là que c'est inquiétant) l'état d'esprit chaotique du bourreau et tout à la fois victime qui porte cet ouvrage. Et vous verrez.... Vous serez certainement moins sereins en prenant le métro. le Démon est fortement déconseillé aux personnes souffrant de paranoïa. Elles risqueraient de ne plus sortir de chez elles!
On ne se défait pas de ce roman, jusqu'au dernier souffle. A lire et à savourer, si toutefois votre coeur et votre santé mentale sont bien accrochés.
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KrisPy
KrisPy05 juillet 2014
  • Livres 5.00/5
Le démon, c'est l'histoire d'un homme qui est mauvais. Tellement mauvais, qu'il ne peut l'accepter lui-même, et qui, le jour où il trouve quelqu'un de bon et de pur qui l'aime, il l'épouse, trop heureux de retrouver un peu d'humanité.
Mais son démon intérieur ne le laissera pas aimer et vivre simplement. Il va se salir de plus en plus, tentant aussi de salir la pureté de l'amour que lui porte sa femme. Car si sa femme l'aime, lui, aussi pourri, c'est qu'elle aussi a quelque chose de pourri... non ? Et pourquoi ne voit-elle rien ? S'aveugle-t-elle volontairement, devenant ainsi complice de cette ignominie ?
Mais tout cela, bien entendu, n'est pas exprimé aussi clairement, c'est impuissant, comme le "héros", qu'on assiste à la lente délitation de cet être humain, se pensant victime d'une maladie alors qu'il n'est juste que vil, ignoble et obsédé. Obsédé par l'abîme sans fin qui l'habite. Obsédé par ce qu'il y a de plus mauvais en lui, et dans les autres.
Un livre à part dans la bibliographie d'Hubert Selby Jr.
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Citations & extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB30 juin 2013
Il passa un après-midi atroce. Il sentait les muscles de ses jambes se contracter et sa peau semblait le démanger en permanence. A dix reprises, peut-être plus, il prit le téléphone pour appeler Linda et lui dire qu'il ne rentrerait pas ce soir-là, et, à chaque fois, il renonça au dernier instant. Et il lutta, là, et, à chaque fois, il renonça au dernier instant. Et il lutta, et lutta encore, et il avait l'impression que ce combat l'usait à petit feu, au point qu'il ne resterait plus rien en lui le soir venu. Et le conflit continuait à faire rage, et une fois encore il saisissait le téléphone, puis se forçait à raccrocher. Il fallait qu'il rentre ce soir-là. Il le fallait absolument. Il avait le sentiment que c'était une question de vie ou de mort. Cette fois au moins, il ne devait pas céder. Il ne pouvait pas céder.
Il ne réalisa à quel point il était tendu qu'au moment où ses muscles commencèrent à se relâcher quand le train quitta la gare. Une fois sorti du tunnel, celui-ci commença son long périple à travers la banlieue et Harry sentit son corps se liquéfier littéralement et il eut subitement peur de s'endormir.
Au cours du dîner ce soir-là, ses yeux furent constamment attirés par un dieffenbachia complètement fané dont les feuilles avaient la même couleur que la terre desséchée dans laquelle il était planté. Tandis qu'il mangeait, son esprit fut de plus en plus accaparé par cette saloperie de plante, et ses mains se mirent à trembler légèrement chaque fois qu'il regardait ce putain de bordel de végétal, et son estomac se nouait et il se sentait des envies de mordre ; il se mit à lacérer sa viande jusqu'au moment où, incapable de supporter plus longtemps la vue de cette saloperie de dieffenbachia, il se leva de table et le tailla en pièces avec son couteau !!! Et il s'escrima contre lui encore, et encore, et encore, et il le tordit dans ses mains jusqu'à ce que cette saloperie jaunie fût réduite à une tige qui sortait du pot et alors il poignarda la terre à plusieurs reprises jusqu'au moment où, la gorge en feu, il se laissa tomber sur une chaise et resta là immobile, les yeux fixés, le menton sur la poitrine.
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jeranjoujeranjou15 septembre 2013
Ils n'avaient pas beaucoup de temps devant eux (encore moins qu'elle ne l'imaginait), et, quand le premier round fut terminé, ils ne s'attardèrent pas à fumer une cigarette et à badiner, voulant tirer le maximum de ces quelques instants (Tirer le maximum, hahaha, elle est excellente celle-là, un vrai bon mot)

1 ) "bon mot" en français dans le texte
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jeranjoujeranjou14 septembre 2013
Soudain, Harry se souvint de Rappelez-moi-son-nom, qui l’attendait sur un banc de central park – Mary, voila, c’est ça -, et il partit dans un éclat de rire, le visage enfoui dans les nichons d’Irma. La main gauche de celle-ci était plongée dans les cheveux d’Harry tira légèrement. Eh bien, merci quand même.

Harry White ne sachant plus à quels seins se vouer…
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namelessnameless08 octobre 2015
J'ai aperçu cet écriteau soldes là-bas, (...) et je crois bien que je me suis mise à foncer comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Si tous les éléphants vous ressemblaient, je m'ferais volontiers cornac.

Page 71 - 10/18 Domaine étranger
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namelessnameless09 octobre 2015
En réalité, il n'arrivait pas à définir exactement ce qu'il ressentait, mais il savait fort bien ce qu'il ne ressentait pas. Il avait conscience d'un manque, mais ce manque ne lui manquait pas.

Page 150 - 10/18 Domaine étranger
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Vidéo de  Hubert Selby Jr
Bande-annonce (en VO) du film Last exit to Brooklyn (1989), réalisé par Uli Edel et tiré de l’œuvre d'Hubert Selby Jr
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