> Michèle Lévy-Bram (Traducteur)

ISBN : 2862609110
Éditeur : Autrement (2004)


Note moyenne : 4.14/5 (sur 463 notes) Ajouter à mes livres
Martin Schulse, Allemand et Max Eisenstein, juif Américain, sont deux galeristes associés, aux Etats-Unis. Ils sont surtout deux amis fervents, deux frères. Malgré l'installation de Martin à Munich, ils poursuivent leur amitié à traver... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Pasdel, le 07 janvier 2012

    Pasdel
    Un peu comme le Dictateur de Chaplin,inconnu à cette adresse est contemporain de cette Allemagne d'Hitler,mais leur point commun s'arrête là.inconnu à cette adresse est une nouvelle épistolaire qui relate les faits qui se déroulent au début des années 30 dans cette Allemagne humiliée et en crise,sans porter de jugement.Durant cette correspondance,le lecteur passera de l'amitié à l'animosité pour Martin,voire même une certaine forme de "compréhension" du personnage inscrit dans cette logique de l'être humilié,blessé par ses vainqueurs.
    Cette nouvelle invite à la réflexion sur la complexité de l'être humain: si fort et si fragile à la fois,si sûr de lui et si influençable.Une nouvelle qui éclaire sur la manipulations des sentiments,un mécanisme simple mais qui hélas malgré les horreurs passées fonctionne et fonctionnera certainnement toujours.
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    Critique de qualité ? (36 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par argali, le 07 novembre 2011

    argali
    Cela fait quelques années que je donne ce livre à mes élèves. Il s'inscrit à la fois dans le cadre du cours de sciences humaines sur la montée du nazisme et dans celui de français sur le roman épistolaire. Chaque année, je suis heureusement surprise de voir à quel point mes élèves accrochent et se lancent dans de longs débats d'idées concernant la fin du livre.
    Ce bref récit tout en finesse a été publié en 1938 pour la première fois. Visionnaire, il était loin d'envisager pourtant tout ce qui allait se passer ensuite.
    Moins de vingt lettres suffisent pour nous raconter comment l'Histoire va s'insinuer entre deux amis d'enfance pour les séparer et changer leur vie à jamais. Se bornant aux événements, Kathrine Kressmann Taylor n'apporte aucune analyse ou commentaire à l'histoire. Elle nous livre des faits bruts et nous laisse le soin de les analyser nous-mêmes, de les comprendre, de les jauger. Les premières lettres sont chaleureuses, passionnées. Puis l'Histoire s'immisce entre Max et Martin et la fracture devient irréversible.
    Fort, dense, machiavélique, ce roman secoue et ne laisse pas indifférent. Distillant quelques notions historiques et sociales à travers les échanges épistolaires des amis, il nous éclaire un peu sur la situation de l'Allemagne dans les années 30 et nous aide à comprendre. Mais comprendre est-ce pardonner ? Et quand la tragédie éclate, nous sommes renvoyés à nous-mêmes, à notre propre humanité. Qu'aurions-nous fait à la place de Martin ? A la place de Max ? Était-ce inéluctable ?
    Pour moi, ce livre est un chef d'œuvre.
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    Critique de qualité ? (21 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par patachinha, le 22 janvier 2012

    patachinha
    C' est une nouvelle qui se lit extrêmement vite, aussitôt commencée aussitôt terminée. Pourtant elle dégage quelque chose de très fort, aussi bien par les mots à découvert que ce qu' ils laissent suggérer... On assiste à la dégradation constante de la relation de ces deux individus, qui avaient une amitié exemplaire, et que la distance géographique n' aurait jamais laissé soupçonné une pareil dénouement... C' est évident hélas, que Martin l' allemand, s' est laissé engrainer dans un mouvement qui le dépassait et le subjuguait. C' est évident aussi que le Max n' était plus qu' un caillou dans la botte de son ami, et c' est pourquoi le mépris pour son origine est sans cesse suggéré et même parfois revendiqué! Un mouvement sans précédents s' agite autour de lui, et il considère que sa place doit être parmi ce mouvement. Malgré ses réserves, ses doutes, Martin, considère que " ses escouades en chemises brunes sont issues de la populace. Elles pillent, et elles ont commencé à persécuter les juifs. Mais il ne s' agit peut- être que d' incidents mineurs : la petite écume trouble qui se forme en surface quand bout le chaudron d' un grand mouvement".
    Les mots sont très durs, assez écoeurants au final, mais renferment une puissance incroyable, sur ce que nous , observateurs du passé et de l' Histoire considèront comme l' une des plus grandes catastrophes humaines de tous les temps... Alors à lire les propos de Martin on peut avoir une idée sur l' engrenage de grandes masses allemandes conquises par la rhétorique d' Hitler, jusqu' au point pour son propre cas, de donner le nom d' Adolph à son petit dernier! La fin est absolument jubilatoire à mon sens, Max aura un culot incroyable, et répondra à la juste mesure à tout le mépris dont il fut victime lui et sa soeur Griselle.
    Je voudrais vous faire part d' une des lettres, la plus importante selon moi, car elle marque un réel tournant dans le récit, pesez les mots c' est très intense et écoeurant!
    "Le 9 juillet 1933
    Cher Max,
    Comme tu pourras le constater, je t' écris sur le papier à lettres de ma banque. C 'est nécessaire, car j' ai une requête à t' adresser et souhaite éviter la nouvelle censure, qui est des plus strictes. Nous devons présentement cesser de nous écrire. Il devient impossible pour moi de correspondre avec un juif; et ce le serait même si je n' avais pas une position officielle à défendre. Si tu as quelque chose d' essentiel à me dire, tu dois le faire par le biais de la banque, au dos de la traite que tu m' envoies, et ne plus m' écrire chez moi.
    En ce qui concerne les mesures sévères qui t' affligent tellement, je dois dire que, au début, elles ne me plaisaient pas non plus; mais j' en suis arrivé à admettre leur douloureuse nécessité. La race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. Je n' ai jamais hai les juifs en tant qu' individus - toi par exemple, je t' ai toujours considéré comme mon ami-, mais sache que je parle en toute honnêteté quand j' ajoute que je t' ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle.
    Le juif est le bouc émissaire universel. Il doit bien y avoir une raison à cela, et ce n' est pas la superstition ancestrale consistant à les désigner comme les " assassins du Christ" qui éveille une telle méfiance à leur égard. Quant aux ennemis juifs actuels, ils ne sont qu' accessoires. Quelque chose de plus important se prépare.
    Si seulement je pouvais te montrer -non, t' obliger à constater- la renaissance de l' Allemagne sous l' égide de son vénéré Chef... Un si grand peuple ne pouvait pas rester éternellement sous le joug du reste du monde. Après la défaite, nous avons plié l' échine pendant quatorze ans. Pendant quatorze ans, nous avons mangé le pain amer de la honte et bu le brouet clair de la pauvreté. mais maintenant, nous sommes des hommes libres. Nous nous redressons, conscients de notre pouvoir; nous relevons la tête face aux autres nations. Nous purgeons notre sang de ses éléments impurs. C' est en chantant que nous parcourons nos vallées, nos muscles durs vibrent, impatients de s' atteler à un nouveau labeur; et nos montagnes résonnent des voix de Wotan et de Thor, les anciens dieux de la race germanique.
    Mais non... Tout en t' écrivant, et en me laissant aller à l' enthousiasme suscité par ces visions si neuves, je me dis que tu ne comprendrais pas à quel point tout cela est nécessaire pour l' Allemagne. Tu ne t' attacheras, je le sais, qu' aux ennuis de ton propre peuple. Tu refuseras de concevoir que quelques-uns doivent souffrir pour que des millions soient sauvés. Tu seras avant tout un Juif qui pleurniche sur son peuple. Cela, je l' admets. C 'est conforme au caractère sémite. Vous vous lamentez mais vous n' êtes pas assez courageux pour vous battre en retour. C' est pourquoi il y a des pogroms.
    Hélas, Max, tout cela va te blesser, je le sais, mais tu dois accepter la vérité. Parfois, un mouvement est plus important que les hommes qui l' initient. Pour ma part, j' y adhère corps et âme. Heinrich est officier dans un corps de jeunesse, sous les ordres du baron von Freische. le nom de ce dernier réhausse encore notre maison car il rend souvent visite à Heinrich et à Elsa, qu' il admire beaucoup. Quant à moi, je suis débordé de travail. Elsa ne s' intéresse guère à la politique; elle se contente d' adorer notre noble Chef. Elle se fatigue vite, ce dernier mois. Cela peut signifier que le bébé arrivera plus tôt que prévu. Ce sera mieux pour elle quand le dernier de nos enfants sera né.
    Je regrette qu' on doive mettre ainsi fin à notre correspondance, Max. Il n' est pas exclu que nous nous retrouvions un jour, sur un terrain où nous pourrons développer une meilleure compréhension mutuelle.
    Cordialement. Martin Schulse.


    A lire et à relire!!! Un chef d' oeuvre!


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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par lola2lalune, le 15 janvier 2009

    lola2lalune
    Il s'agit de l'histoire de deux amis : Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain. Voilà des années qu'ils sont associés à San Francisco dans une affaire prospère de commerce de tableaux, "La galerie Schulse-Eisenstein", quand Martin, au début des années 30, décide de retourner dans son pays. La correspondance entre les deux amis commence le 12 novembre 1932 et s'achèvera le 3 mars 1934.
    Moins de vingt lettres qui nous racontent à leur manière comment l'Histoire peut s'introduire dans les destins particuliers et les emporter. Mais pas de commentaires, pas d'analyse. Aucune digression de cet ordre dans un roman qui se lit comme un journal intime à deux voix. L'Histoire y certes présente ; elle ne ménage pas ses effets, pas plus que ce livre dont on n'oublie pas une chute qui, pour être attendue, n'en reste pas moins surprenante dans sa forme. De ces effets, l'auteur choisit cependant de ne retenir que ceux qu'elle entraîne sur l'amitié de deux hommes séparés d'abord par la distance et désormais par leurs origines respectives.
    "Qui est cet Adolf Hitler qui semble en voie d'accéder au pouvoir en Allemagne? Ce que je lis sur son compte m'inquiète beaucoup." écrit Max peu après le départ de Martin. A quoi ce dernier répond : "Franchement, Max, je crois qu'à nombre d'égards Hitler est bon pour l'Allemagne, mais je n'en suis pas sûr (…). L'homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d'un fanatique. Mais je m'interroge : est-il complètement sain d'esprit ?" Comment Max, qui lit ces lignes, pourrait-il venir à penser que l'amitié qui les lie, lui et Martin, et dont la force tient davantage de la fraternité que de l'amitié mondaine, n'ait été jusqu'alors qu'un mirage de jeunesse ? "Je sais que ton esprit libéral et ton cœur chaleureux ne pourraient tolérer la brutalité, et que tu me diras la vérité." La vérité ? Elle apparaîtra sans fioritures au Juif Eisenstein dès le 9 juillet 1933 : "Nous devons présentement cesser de nous écrire, lui répond son ami allemand. Il devient impossible pour moi de correspondre avec un Juif ; et ce le serait même si je n'avais pas une position officielle à défendre (…). La race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. Je n'ai jamais haï les Juifs en tant qu'individus –toi, par exemple, je t'ai toujours considéré comme mon ami-, mais sache que je parle en toute honnêteté quand j'ajoute que je t'ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle.".
    On sait que le tragique, comme le burlesque, tient au manque de proportion entre la situation et l'homme. En nous replaçant devant cette évidence avec une économie extrême, sans complaisance, sans littérature, ces pages abruptes et frémissantes atteignent à la grandeur des œuvres qui ne nous parlent de rien d'autre que de vérité humaine.
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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 09 juin 2011

    cicou45
    Une amitié comme très peu de personnes ont l'occasion de connaître dans leur vie, telle était celle qui unissait Martin Schulse et Max Eisenstein. Martin décide de retourner habiter dans son pays et plus précisément à Munich avec sa femme et ses enfants, alors que Max, lui, demeure aux États-Unis. Malgré leur séparation, les deux amis continuent à correspondre et Martin donne régulièrement des nouvelles à Max de sa sœur qui habite elle aussi en Allemagne où elle espère devenir actrice. Mais, l'année 1933 marquera un véritable tournant dans la vie des deux amis puisqu'avec la montée grandissante du nazisme en Allemagne et l'adhésion de Martin pour ce parti, une fissure irréparable s'est produite entre les deux. Martin tente désespérément d'obtenir des nouvelles de sa sœur car la dernière lettre qu'il lui a envoyée lui a été retournée avec la mention «inconnue à cette adresse» et c'est par le biais de celui qu'il croyait être son «ami», qu'il apprend la terrible nouvelle.
    Roman bouleversant et rempli d'émotion. Les personnages sont attachants et l'on a parfois envie de s'indigner contre Martin lorsqu'il renie son ami tout simplement parce qu'il s'est laissé embrigadé dans un état totalitaire et que Max est juif...À lire !
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Citations et extraits

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  • Par KATE92, le 04 février 2012

    L'amitié entre deux hommes (un juif américain et un allemand) peut-elle résister aux affres de la vie ? C'est pour moi tout le sens de ce livre à travers les lettres échangées par les deux "héros" : on s'interroge sur la nature humaine bonne ou mauvaise, ce que l'on aurait pu faire dans une telle situation d'horreur, sur le courage, sur le pardon. Le passé peut-il aider l'avenir à "devenir" meilleur ?
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  • Par Pasdel, le 07 janvier 2012

    Maintenant je dois te demander de ne plus m’écrire. Chaque mot qui arrive dans cette maison est désormais censuré, et je me demande dans combien de temps, à la banque, ils se mettront à ouvrir le courrier. Je ne veux plus rien avoir à faire avec les juifs, mis à part les virements bancaires et leurs reçus.
    C’est déjà bien assez fâcheux pour moi qu’une juive soit venue chercher refuge dans mon domaine. Je ne tolérerai plus d’être associé d’une manière ou d’une autre avec cette race.
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  • Par Pasdel, le 14 janvier 2012

    Franchement, Max, je crois qu’à nombre d’égards Hitler est bon pour l’Allemagne, mais je n’en suis pas sûr. Maintenant, c’est lui qui, de fait, est le chef du gouvernement. Je doute que Hindenburg lui-même puisse le déloger du fait qu’on l’a obligé à le placer au pouvoir. L’homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d’un fanatique. Mais je m’interroge : est-il complètement sain d’esprit ? 
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  • Par Pasdel, le 06 janvier 2012

    Le 12 novembre 1932

    Herrn Martin Schulse
    Schloss Rantzenburg
    Munich, ALLEMAGNE


    Mon cher Martin,

    Te voilà de retour en Allemagne. Comme je t’envie… Je n’ai pas revu ce pays depuis mes années d’étudiant, mais le charme d'Unter den Linden agit encore sur moi, tout comme la largeur de vues, la liberté intellectuelle, les discussions, la musique, la camaraderie enjouée que j’ai connues là-bas. Et voilà que maintenant on en a même fini avec l’esprit hobereau, l’arrogance prussienne et le militarisme. C’est une Allemagne démocratique que tu retrouves, une terre de culture où une magnifique liberté politique est en train de s’instaurer. Il y fera bon vivre.
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  • Par skyso, le 23 février 2010

    Il existe un havre où l'on peut toujours savourer une relation authentique : le coin du feu chez un ami auprès duquel on peut se défaire de ses petites vanités et trouver chaleur et compréhension.
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