Nous sommes en Haïti ; le livre s'ouvre sur le personnage de Mathurin D. Saint-Fort, jeune avocat de trente ans, ambitieux, cynique, lucide. Inquiet aussi, sans doute, de trouver sa place, puis de garder sa place.
Cette place c'est celle qu'il s'est faite, dans le monde des riches et des puissants, à raison d'un oubli, d'un reniement complet de ce qu'il fut, du lieu où il a grandi, des ses racines, de son nom.
La vie de Mathurin va pourtant basculer à l'arrivée du second personnage : Charlie. Un jeune gosse paumé, venu du même village que Mathurin, et qui, au nom des valeurs ancestrales, au nom de la fidélité à des amitiés communes va exiger de Mathurin qu'il l'héberge et surtout qu'il l'écoute.
Mathurin repart en arrière, retrouve ce qu'il a voulu ensevelir ; paie son tribut au passé.
"Se tenait debout devant moi un garçon sale que je voyais pour la première fois, une curiosité venue d'un autre monde, et j'entendais ses silences. J'entrais dans sa tête et je disais ses mots. Je me suis mis à transpirer malgré la climatisation. Pris d'effroi. Comme là-bas, au village, il y a longtemps, quand j'ai rencontré la mort pour la première fois et que j'ai passé trois nuits à attendre qu'elle vienne me chercher. Là-bas, le village, mon père, les vieux joueurs de bésigue, Anne, le petit cimetière. Ce crétin de Charlie, avec sa vie de chien et son histoire de fou, était venu ouvrir la porte du retour."
Le livre est construit à partir de quatre voix successives, qui viennent dire la même histoire : celle de gosses perdus, coincés dans ce pays embourbé, obligés de grandir trop vite, et de payer trop cher leur impossibilité de vivre.
J'ai particulièrement aimé ce livre. Pour ce qu'il dit de la jeunesse haïtienne, pour les envolées poétiques qui émaillent le récit, pour l'humanité que Trouillot revendique.
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