J'ai acheté ce livre à l'aéroport en juillet dernier, et après en avoir dévoré les 150 premières pages, je l'ai finalement abandonné sans bien savoir pourquoi. Manque de temps certes, mais pas seulement. C'est finalement une LC qui m'a incitée à rouvrir ce roman.
J'ai choisi de recommencer ma lecture en entier, même si je gardais un souvenir assez net des pages déjà lues. Et alors que je trouve de nombreux points positifs à ce roman, ma lecture fut assez laborieuse. J'étais incapable de lire de longs moments d'affilée. L'intrigue m'intéressait, le style me plaisait, mais je n'arrivais pas vraiment à rester concentrée sur cet ouvrage, et je n'étais jamais particulièrement curieuse de découvrir la suite. Ce qui explique sans doute que je l'ai si facilement abandonné cet été. J'ai tout de même beaucoup de mal à m'expliquer cela, parce que je ne vois pour l'instant rien de particulier à reprocher à ce roman. Peut-être que le rédaction de ce billet m'aidera à y voir plus clair.
J'ai tout d'abord particulièrement aimé le cadre de l'histoire. Si de nombreux ouvrages ont été publiés sur la seconde guerre mondiale, il est rare qu'ils nous présentent la vie quotidienne du peuple allemand. J'ai aimé découvrir ces habitants ni super-héros, ni monstres sans pitié. Ce sont tout simplement des hommes et des femmes, pris dans quelque chose qui les dépasse, qu'ils ne maîtrisent ni ne comprennent vraiment. Pour eux la guerre est quelque chose d'assez abstrait dont parlent les journaux. le quotidien, c'est grandir, aimer, trouver à manger malgré le rationnement, obéir au parti, ne pas faire de vagues pour rester en vie et protéger sa famille. Vivre, tout simplement Ils obéissent pour rester dans le cadre et parce qu'ils n'ont pas le choix. Chaque décision personnelle, même anodine, prend soudain des proportions dramatiques et si l'on admire les choix de certains, on n'arrive pour autant pas à vraiment détester les autres. Ils sont humains et veulent vivre, c'est tout ! Qu'aurions nous fait à leur place ? C'est facile de s'imaginer en héros, en « mec bien », mais est-ce vraiment réaliste ? Les circonstances, le passé de chacun ont un rôle important à jouer sur ce point.
Markus Zusak, réussit très bien à rendre l'absurdité de la situation, l'ignorance du peuple et les contraintes qu'il subit. On découvre une population allemande touchante et souffrant de la guerre, les parents voyant leurs enfants mourir au combat. L'antisémitisme est bien là, présent, insidieux, au détour d'une petite remarque, mais finalement pas plus qu'ailleurs à la même époque.
Markus Zusak nous offre une vision de la guerre d'autant plus sombre qu'on est loin du manichéisme habituel lorsqu'il s'agit de traiter de ce sujet.
Au niveau de la forme, j'ai aimé la mise en page mettant en scène les diverses notes, remarques et digressions de la Mort, ainsi que les diverses créations des personnages. Cela donne un certain rythme, renforcé par un style fluide, des phrases parfois minimalistes et des paragraphes aux tonalités se répondant. Les mots allemands parsemés au fil du texte résonnent bien. Au final, l'ensemble coule presque comme de la musique. le narrateur se permet des traits d'un cynisme qui tout en nous faisant sourire, lui permettent d'asséner des vérités terribles, plus marquantes que si elles étaient énoncées sur un ton neutre. On sent le ton doucereux et le sourire jaune derrière chaque tournure.
Quant à la question du narrateur, je suis assez indécise, j'ai trouvé cet aspect très irrégulier. Par moment, j'oubliais totalement son identité ; une espèce de « on me voit/on me voit plus », qui ne m'a pas particulièrement convaincue. le jeu sur les couleurs apparait bien trop rarement, alors qu'il est sensé être une des caractéristiques principales du regard que pose le narrateur sur le monde. de même, son caractère omniscient n'apparait que de trop rares fois à mon goût. Au final, je ressors plutôt mitigé, avec l'impression amère que c'était plus un argument vendeur qu'autre chose.
Enfin, j'ai trouvé très étrange et plutôt maladroit cette façon d'énoncer de but en blanc les événements à venir en début de chaque partie ou chapitre, pour les développer par la suite. Cela casse le rythme de l'intrigue et l'effet de surprise ; c'est d'ailleurs justement ce que souhaite le narrateur lui-même, comme il nous l'explique. Ce procédé intéressant au début m'a vite lassée, et c'est peut-être bien là, l'élément qui a fait que je ne reste pas scotchée à mon beaucoup et que je réussisse à l'abandonner sans scrupule pendant six mois. Il ne se passe pas déjà grand-chose au cours de ces 500 pages et chaque événement est énoncé d'avance, de sorte que j'ai eu une sensation de longueurs, de répétitions et que je me suis parfois profondément ennuyée. Alors certes, certains passages sont bouleversants, mais la plupart du temps je suis restée de marbre face au sort des personnages. Là encore, j'ai la sensation d'une grande inégalité et si cela n'avait tenu qu'à moi, le texte aurait subi de nombreuses coupes avant sa publication.
Bref, un ouvrage qui malgré de nombreux aspects positifs n'a pas su me convaincre entièrement et j'ai vécu la fin de ma lecture comme un véritable soulagement, même si les dernières pages sont particulièrement poignantes.
Lien : http://leboudoirdemeloe.wordpress.com/2011/02/19/zusak-markus-the-bo..