AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
Citations de Abdourahman A. Waberi (173)


A présent je sais Béa qu'en me mettant à noircir des papiers je cherchais le terrain où poser la maison de mes rêves. J'élaborais des récits pour me rendre riche de tout ce dont on ne peut se passer. Tout ce dont j'étais déjà orphelin. J'avais quitté un pays et des proches. J'avais rompu surtout avec mon enfance. La nuit, a mon Insu, mes larmes coulaient à la seule pensée des bruissements de mon quartier du château d'eau.
p 226
Commenter  J’apprécie          10
Personne n'en parlait en ces temps-là, soulignait ma grand-mère, mais le canal de Suez ne consistait pas en un progrès comme les journaux de Paris le proclamaient. Quel est ce progrès qui avait emporté des centaines de milliers de paysans égyptiens transformés en maçons et en terrassiers ? Quel était le progrès qui avait arraché à la mer des tonnes de sable ? Quel était ce progrès qui avait amené des maladies nouvelles comme la dysenterie et le choléra ? Personne n'était content parmi nos ancêtres. Personne. Pis, à peine le premier bateau avait-il emprunté le tout nouveau canal que les Anglais et les Français ont gâché les festivités avec leur rivalité. Les troupes britanniques ont chassé les Ottomans et occupés l'Égypte. Puis, avant la fin de la première guerre mondiale, a laquelle participèrent des cousins directs de ma grand-mère Cochise, les Anglais et les Français se sont mis d 'accord pour se partager toute la région.
p 218 et 219
Commenter  J’apprécie          10
Aujourd'hui encore, les mots sont des jouets merveilleux. Les noms de certaines personnes, de certaines plantes, de certains lieux où certains animaux nous font voyager. Certains mots te mettent en fureur, d'autres en joie.
p179
Commenter  J’apprécie          10
Et pourtant, j'angoisse Mariam, la femme ordinaire d'un pays sans fantaisie tout entier occupé à mâcher les maigres restes d'un repas entamé ailleurs et acheminé grâce à l'admirable énergie des receleurs de la charité.
Commenter  J’apprécie          10
Certes, il ne faut pas parler à l'identique mais doit-on pour autant multiplier les langages à l'infini ? Le pays s'est déjà doté de quatre langues : deux officielles parce qu'étrangères (le français pour la notoriété et l'arabe pour les sous du Golfe) et deux nationales parce qu'autochtones.
Commenter  J’apprécie          10
Corps étuvés ; ce que la nature nous donne à voir plaisamment : ce sont des fleurs d'agaves dans l'ivresse de l'étreinte arborescente.

Il chuchote des mots quasi inaudibles. Elle soupire profondément. Froissement d'étoffe — prélude d'une furia tendre. Un genou nu sort de dessous le drap. Râles dans le lit et béance dans la nuit. Un quartier de lune monte la garde.
Commenter  J’apprécie          20
Dans un monde à la dérive, les hommes s'agrippent à la chose la plus fragile qui soit : les brindilles d'un arbuste éthiopien. Cette plante les aguerrit en retour. Le khat, c'est le poison et son antidote, autrement dit l'incarcération perpétuelle.
Commenter  J’apprécie          20
Si je me suis remémoré mon passé, si je me suis remis à sillonner une dernière fois les ruelles de mon enfance, c'était pour partager avec toi mon hier et son lot d'interrogations et d'angoisses.
Commenter  J’apprécie          20
Ecrire était une obligation, une manière quasi biologique de respirer, de vivre par procuration, ce que je m'imaginais se dérouler à Rouen comme là-bas à Djibouti.
Commenter  J’apprécie          10
Ma mère voulait un bel enfant, vigoureux et sain, peu importe le sexe.
Papa la Tige voulait un garçon formidable pour ouvrir le bal de la lignée. Je n'ai assouvi ni le désir de l'un , ni le voeu de l'autre.J'étais une énigme, pas l'aîné bien portant voué à un avenir prometteur dont ils rêvaient tant.
Commenter  J’apprécie          10
C'est important les mots. Aussi important que l'eau, la nourriture ou l'air que tu respire, Béa. Notre vie en dépend.
Commenter  J’apprécie          10
Je vous livre mon récit de chair et de sang, le testament tourmenté de ma vie que d'autres ont disséqué avant moi; les versions se suivent et se ressemblent un peu. Moi Ahmet, le neveu révolté, le soldat hailloneux riche seulement d'espoir et de crasse, je vous parle du royaume pourri et de la famille disloquée.
Commenter  J’apprécie          00
Quand une dent est pourrie il faut savoir l’arracher à temps avant qu’elle ne contamine toute la bouche.
Commenter  J’apprécie          00
Ils savaient exactement où était leur place,car on ne peut pas se vouloir à la fois la paume et le dos de la main.
Commenter  J’apprécie          00
À mi-chemin de notre trajet, un ballet de gros camions bâchés, remplis de légionnaires français, est arrivé dans le sens inverse. J’avais le sentiment qu’il nous dévisageaient. Mon cœur battait la chamade mais ma tante ne donnait pas l’impression de ralentir sa course, ni de se soucier du trafic. Essoufflé, je me suis arrêté. Ma tante a fait de même, pas contente du tout.
- Avance, nous n’allons pas rester au milieu du trottoir.
J’ai eu la bonne idée de lui poser une question juste pour reprendre mon souffle. C’était toujours comme ça, je devais compter sur mon cerveau quand mes jambes me faisaient défaut.
-Pourquoi sont-ils chez nous ?
-Comment ça ?
-Mais pourquoi sont-ils arrivés chez nous ? – Parce qu’ils sont nos colonisateurs.
- Nos co.… ?
- Parce qu’ils sont plus fort que nous.
Commenter  J’apprécie          10
Pas de doute, Ladane était innocente. Elle venait de la brousse, ses parents ne pouvaient plus la garder auprès d’eux parce qu’ils étaient pauvres ou morts. Je ne comprenais pas comment des adultes pouvaient faire des dizaines d’enfants et après les laisser partir où les déposer ici ou là comme s’ils étaient une valise encombrante. J’étais enragé par des adultes et j’imaginais que plus jeunes, les parents de Ladane était de l’espèce terroriste de Johnny et sa bande qui ne semaient que la violence sur leur chemin. Dès que j’évoquais ses parents, la bonne Ladane me regardait avec des yeux de chiot apeuré . Pourtant elle n’était plus une gamine. C’était une jeune femme désirable qui allait sur ses dix-sept ans. Enfin c’est ce qu’elle disait à tout le monde car elle venait de la brousse et là-bas, dans les djebels, personne ne connaissait sa vraie date de naissance. Personne n’avait poussé de chanson le jour de sa naissance. Personne n’avait préparé un gâteau comme Madame Annick pour ses enfants. Personne n’avait prévenu l’imam ou l’officier de l’état-civil. Mais où est-ce que j’avais la tête Béa, il n’y avait pas de mosquée dans le djebel. Les ouailles devaient se débrouiller toutes seules dans les gourbis, c’est-à-dire dans des trous dans la montagne qui n’avait ni électricité ni vaisselle. Elles ne profitaient pas de la science religieuse pour les aider à grandir. Je savais par grand-mère Cochise que ces gens-là avaient tous les yeux un peu rapprochés, les sourcil en accent circonflexe. Ils avaient l’air idiot car toutes les nuits, les enfants cherchaient la lumière dans leur gourbi plus sombre que le cul de Satan. Même que certains n’essuyaient pas la bave qui leur pendait aux lèvres, on les appelait les crétins du djebel. Ils finissaient bouchers ou assassins. Heureusement que Ladane avait échappé à la sécheresse et à la famine du djebel. Même si chez nous, elle devait travailler du chant du coq au coucher du soleil. Même si elle courait dans le coin de la cour qui servait de cuisine pour faire tinter les casseroles et remettre à maman le plat de haricots blancs ou la soupe de pois chiches que mon paternel adorait. Dès qu’elle entendait le boucan d’enfer de la Solex de mon père, Ladane bondissait comme un fauve. Elle restait en faction jusqu’à la fin du dîner. Ensuite, elle devait laver les ustensiles et ranger la cuisine. Si papa la Tige laissait quelque chose au fond de son assiette, il fallait le remettre à la matrone. Grand-mère rappelait à Ladane qu’il ne fallait pas se gaver de nourriture dans la nuit car ce n’était pas très bon pour la digestion sauf pour les enfants comme Ossobleht qui devaient se goinfrer à toute heure et laisser comme preuves des cacas bien souples et bien malodorants. Grand-mère adorait les humer avec joie et émotion. Elle préférait les cacas verts et jaunes d’Ossobleh qui allait vers ses cinq ans à mes crottes de bique. Ce n’était pas de ma faute si je n’aimais pas manger, si ma jambe me faisait toujours mal, si la visite au médecin n’avait rien donné ou six cette guibole me remplissait de honte. Ce n’était pas de ma faute si Ladane avait atterri chez nous et si j’aimais les yeux châtaigne de cette fille du djebel qui était beaucoup plus âgée que moi. Dans un an ou deux, grand-mère lui trouverait un mari, un boucher du djebel peut-être. Et moi je devais trouver un mur contre lequel j’irai me cacher, sangloter et pousser mais lamentations à l’abri de la matrone.
Commenter  J’apprécie          10
Après un soupir un peu là, d’un œil inquisiteur Maman ausculta mon visage. Elle avait senti que quelque chose ne tournait pas rond mais elle n’en était pas absolument certaine. Je ne fis rien pour l’aider. Persistant dans le mensonge, je me mis à siffloter un petit air de mon invention. Sans le savoir, j’imitais les grandes personnes qui se donnent un air important en traversant la nuit les ruelles de notre quartier du Château-D’eau. Je souriais à maman. Pour une fois. Pour la tromper. Pour garder ma douleur aussi. Ma douleur est une île déserte, pensais-je au plus profond de moi, elle m’appartient. Elle ne saurait se partager. Je ne m’explique pas aujourd’hui Pourquoi j’ai persisté à mentir à maman. Ces mots m’auraient recousu le cœur lorsque Johnny m’avait fait injustement souffrir, encore fallait-il que je lui confie ma peine.
Commenter  J’apprécie          10
Dans les pays chauds, les gens s'habillent de la tête aux pieds.Il n'y a que les occidentaux pour se mettre à poil dès qu'ils sentent le soleil leur chauffer un petit peu la couenne.
Commenter  J’apprécie          222
Je m'appelle Paris. Je ne suis pas juste un chat roux. Je suis le vieux chat du prodige Sammy Kamau-Williams, c'est son histoire que je vais vous conter si toutefois elle n'est pas encore parvenue à vos chastes oreilles. Comme mon maître, je suis fils de la grande route. Nous avons cheminé ensemble de longues années humaines, Sammy et moi, laissant nos empreintes dans la poussière l'été, dans la neige argentée l'hiver et dans l'or des feuilles jaunies l'automne. Notre vie : la plus extraordinaire des traversées en ce bas monde.
Commenter  J’apprécie          20
La Providence m'a doté d'un autre don : la capacité de lire les signes et les songes qui échappent aux hommes occupés par l'incessant et harassant combat pour la survie quotidienne. Ils quittent rarement la caverne de leur corps. Mais une fois le pain et le toit assurés, les humains jettent leurs dernières forces pour satisfaire des besoins d'une fastueuse inutilité : paraître plus riche, plus fort, plus intelligent et plus beau que leur voisin de palier.
Commenter  J’apprécie          00



Acheter les livres de cet auteur sur
Fnac
Amazon
Decitre
Cultura
Rakuten

Lecteurs de Abdourahman A. Waberi (468)Voir plus

Quiz Voir plus

One Piece - Les fruits du démon

Qui a mangé le Gomu Gomu no Mi (fruit du Caoutchoutier)?

Portgas D. Ace
Monkey D. Luffy
Gold D. Roger
Monkey D. Garp

42 questions
175 lecteurs ont répondu
Thème : Eiichirô OdaCréer un quiz sur cet auteur

{* *}