AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 9782844854452
112 pages
Allia (08/03/2012)
3.9/5   5 notes
Résumé :


Comme presque tous les écrits de Nakajima, Le Mal du loup est une histoire de métamorphose. Le narrateur écoute caché derrière un verre de saké un collègue ridicule et repoussant ; une libellule couleur de jade se pose près d’eux et ce monsieur M. apparaît tout à coup, par la force d'une idée et d'une image cryptées dans son discours indistinct, comme l'égal de Montaigne. Dans ce livre vous rencontrerez aussi Mariang, la très grande Paluane qui parle... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
batlamb
  06 janvier 2022
Vous reprendrez bien un peu de Nakajima Atsushi ? Avec ce recueil, nous revenons là où « Histoire du poète qui fut changé en tigre » s'était arrêté : dans les « Atolls » du sud-Pacifique, où un professeur de japonais (très semblable à Atsushi) découvre la vie ensoleillée et les beautés envoutantes de ces îles, parmi lesquelles l'imposante Mariang. Atsushi a bel et bien exploré les archipels micronésiens vers la fin de sa courte existence, mais je ne sais pas s'il rencontra rencontra vraiment cette femme forte et insouciante, dont la vitalité semble inspirer une honte secrète à un narrateur loin de se gargariser d'appartenir au peuple colonisateur de ces îles.
Au contraire, il s'avère tiraillé entre ses ruminations abstraites et le lâcher-prise dans « la torpeur des mers du Sud ». Atsushi hésite entre la satisfaction de cette vie et la crainte de ne pas pouvoir en profiter pleinement, déjà trop déformé par sa vie antérieure et son imagination. La moindre pensée dégénère chez lui en réflexions abstraites, aux accents angoissés (il nous cite un extrait du Terrier de Kafka). Mais il tient à ces pensées plus qu'au reste du monde. Là réside le « Mal du loup », nommé ainsi d'après Mencius : « celui pour qui un seul doigt est plus précieux que tout et qui ne voit pas qu'il perd l'épaule ou le dos, on dit de lui qu'il a le mal du loup. »
Ce secret douloureux fait languir ses personnages, dont les dérives paranoïaques rejoignent les peurs les plus distantes, comme le fait de craindre le moment où le soleil sera éteint et où notre planète ne sera plus qu'un cailloux froid et mort. Lunaire voire lunatique, le loup ronge en lui ces abstractions qui le maintiennent à distance de ses semblables, mais lui permettent paradoxalement de voir en eux une grande constellation humaine, où chacun à sa place.
Le voyage se poursuit en Corée dans « Paysage avec agent de police », nouvelle plus ancienne. Elle est inspirée par la jeunesse d'Atsushi au sein de ce pays, qui fut brutalement occupé par le Japon pendant la première moitié du XXème siècle (d'où une inimitié tenace entre les deux civilisations). le titre annonce la visée contemplative du texte. Il se parcourt comme un tableau observé sous deux angles différents, entre lesquels on alterne de chapitre en chapitre. L'ouverture d'esprit d'Atsushi y rejaillit en anamorphoses, lui qui se met dans la peau des autres, les coréens, et endosse leur appréhension face au regard des occupants. On retrouve la même démarche empathique que dans le reste du recueil.
D'où l'opposition polie mais ferme de l'auteur face à la « littérature » japonaise propagandiste de la seconde guerre mondiale. L'essai « Sous les arbres pieuvres » exprime ce point de vue en conclusion du recueil. Ce texte fut le tout dernier d'Atsushi, rédigé peu après son retour du Pacifique dans la métropole tokyoïte, où son organisme ne supporta pas longtemps le changement d'environnement. Son sort évoque celui d'Urashima Taro, personnage d'un célèbre conte japonais, qui déchante en s'éloignant de son monde marin de rêve.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          164
kuroineko
  02 février 2013
Sur les cinq nouvelles présentées dans ce recueil, je n'ai vraiment accroché que sur la première "Atolls".
Celle-ci contient beaucoup d'éléments autobiographiques. Entre 1941 et 1942, il part enseigner le japonais dans les territoires occupés, aux îles Palaos. Asthmatique chronique, il dut quitter cet archipel du Pacifique en 1942.
Dans la première partie du récit, il dresse le portrait de Mariang, une autochtone. Instruite et acculturée par des études à Tôkyô, celle-ci se rapproche du professeur japonais et de son ami ethnographe pour absorber leur savoir. Nakajima insiste sur la situation délicate de Mariang: trop îlienne pour les occupants nippons et trop japonisée pour ses compatriotes.
Dans la seconde partie de la nouvelle, nulle action amis une description de sensations et de réflexions. Réveillé après une sieste sur la plage, l'écrivain ressent une douce plénitude. Mais rapidement, elle est gâchée par sa conscience qui lui rappelle l'aspect factice de ce sentiment. Que ce soit sous les tropiques ou dans le froid de Tôkyô, Nakajima reste la même personne.
Pourtant il aspire à recouvrir tout d'un voile amnésiant et apaisant tiré de ce climat tropical.
La question de la personnalité est au coeur de ce récit. Nakajima est partagé entre le monde classique chinois, la littérature et la philosophie européenne (référence à Voltaire et à Homère notamment) et l'indolence primitive des îles tropicales (même si sa conscience lui assène que primitivisme ne signifie pas pour autant santé = à mettre en parallèle avec sa santé fragile).
A noter que la question des territoires occupés par l'armée japonaise est récurrente dans son oeuvre puisqu'une autre nouvelle du recueil, "Paysage avec agent de police", son personnage principal est un policier coréen. l'histoire se passe en 1923. Nakajima se sert des yeux de ce personnage coréen soumis à l'autorité d'occupation japonaise pour montrer le quotidien de la Corée: L Histoire japonaise enseignée de façon obligatoire aux petits Coréens, des allusions à des hommes coréens mystérieusement décédés après le grand séisme du Kantô en 1923 au Japon (cette tragédie naturelle s'était alors ensuivie de vagues de représailles envers les immigrés coréens), ...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          131


critiques presse (1)
LeMonde   19 mars 2012
L'auteur, pourtant conscient de son époque, de ses expériences et de la guerre, dit un besoin d'écrire qui répond moins à une exigence de sens qu'à une confusion des sens.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
batlambbatlamb   05 janvier 2022
Tout à coup, il vit devant lui, posée depuis quand sur la soucoupe de porcelaine très blanche, une sauterelle légère couleur du jade le plus éblouissant, qui agitait ses antennes en silence. Ô la splendeur de ces ailes docilement allongées. Sous la dure lumière blanche, même la soucoupe semblait vouloir se teindre en vert. Pendant quelques temps encore, fasciné par ce vert et ce blanc, Sanzô écouta M. discourir sur sa femme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          112
stekasteka   19 octobre 2013
Il éteint la lampe, frotte une allumette. De minces traits de lumière durs et mats jaillissent dans le noir, des aiguilles de pin, des feuilles d'érable s’épanouissent et disparaissent aussitôt. L'odeur de la poudre lui pique au nez; son esprit, après un instant d'inertie, s'émouvait de cette beauté délicate, hors saison.
Une pauvre petite émotion, triste et toute recroquevillée sur elle-même.
Commenter  J’apprécie          40
LucianaMortisolLucianaMortisol   13 février 2014
Une grosse pendule électrique est accrochée au mur blanc du restaurant, la longue aiguille jaune des secondes tourne comme une créature inquiétante, reflétant les lumières. Elle chemine en rond, sans arrêt, avec une froideur qui haché la vie sans pitié.
Commenter  J’apprécie          30
kuroinekokuroineko   20 novembre 2012
Et malgré tout, cette attente passionnée de quelque chose de neuf et de rude avait fini par se dissiper dans la douceur de la brise marine; seules m'entouraient maintenant une indolence et une paresse qui étaient comme un rêve, mélancoliques et joyeuses et sans aucun remords.
Commenter  J’apprécie          20
LucianaMortisolLucianaMortisol   13 février 2014
Les socques en forme de bateau des Coréens. Les sandales étincelantes des demoiselles japonaises. Les bottes des Chinois poilus comme des pattes d'ours. Les cothurnes vertigineux des étudiants japonais. Les souliers briqués des écoliers de la noblesse coréenne. Les bottes rouges à talons hauts des Russes blancs chassés de Wonsan. Et puis les savates percées des portefaix - de ces Coréens qui transportent des cargaisons sur leur dos - d'où les pieds sortaient à moitié.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

autres livres classés : littérature japonaiseVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les mangas adaptés en anime

"Attrapez-les tous", il s'agit du slogan de :

Bleach
Pokemon
One piece

10 questions
659 lecteurs ont répondu
Thèmes : manga , littérature japonaiseCréer un quiz sur ce livre