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Critiques sur L'homme qui s'envola (49)
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cardabelle
  11 septembre 2017
Un titre bien aérien, léger pour un roman profond et dense.
Quelle histoire !

Pendant quelques années, le lecteur est invité à partager le parcours idyllique de Walker,éminent chef d'entreprise qui a fondé une famille modèle en épousant la fille du patron ,une femme de caractère, intelligente, belle , aimante.
Une belle maison au Nouveau-Mexique , une vie sociale très riche . En apparence , rien ne manque dans la recette du bonheur et pourtant Walker va remettre en cause cette harmonie apparente.
Alors , si on pensait se détendre en survolant pour le plaisir une saga ou un roman d'amour, c'est raté ! Ici, tout est matière à réflexion, à analyse.

Le roman n'est pas très long mais concis. Chaque mot a son importance , autant de clefs qui progressivement vont permettre de suivre le cheminement de la pensée de Walker , des autres personnages et l' évolution au coeur du quotidien .

Les qualités premières de cet ouvrage se révèlent par une analyse très fouillée de chaque thème abordé : vie professionnelle qui vise l'excellence mais aussi vie de famille succombant à l'hyper-parentalité et, au-dessus plane l'ombre menaçante du burn out .
Ce roman est surtout un traité sur la liberté individuelle , au coeur de la famille et de la société , sur ses limites aussi. Acceptables ou non .
Une question qui peu à peu va tarauder Walker jusqu'à l'obsession , jusqu'aux frontières de l'utopie l'entraînant vers la quête absolue de la seule chose qui lui manque , sa liberté .

C'est un ouvrage où l'on se sent vraiment en communion avec l'auteur, ici tout est subtile ,finement suggéré , et si c'est affirmé , c'est justifié mais c'est une lecture très ouverte qui face à l'inévitable questionnement va apporter des réponses en favorisant la réflexion personnelle.
Plus d'une fois , on bascule dans de jugement .
Difficile de rester imperméable à l'effroi , à l'incompréhension, à l'empathie ,que sais -je encore de la multitude des états d'âme qui emportent le lecteur !
Mais, l'une des richesses de cet ouvrage est certainement la justesse de l'analyse témoignant de la maîtrise d'un sujet on ne peut plus complexe .
Quelle maestria !

Mais ,si intellectuellement cette épopée psychologique n'est pas de tout repos elle l'est encore moins dans les faits car c'est une aventure rocambolesque qui va emporter le héros et son lecteur à un rythme trépident hors des sentiers battus .
Et, sans rien dévoiler, on peut dire qu'on va assister à un combat de titans . Mais, je ne dirai rien de leurs armes même si là encore on reste pantois !

Une lecture aussi agréable qu'éprouvante .Marquante.
Un thriller psychologique de grande envergure !

Antoine Bello , un auteur que je viens de découvrir par
ce roman va se hisser au rang des meilleurs dans ma bibliothèque !
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jujuramp
  23 mai 2017
Je ne connaissais pas du tout Antoine Bello.

Je remercie d'autant plus Babelio et Gallimard pour l'envoi de cet ouvrage.

Quelle découverte! J'ai dévoré cette aventure!

Un homme qui a tout décide de tout laisser tomber pour pour pouvoir rester libre. Femme, enfants,travail. Il fuit et fait croire à sa mort. Sera t'il rattrapé? Suspense ...

Ils sont trois, l'homme, sa femme et le détective lancé à la poursuite du fuyard, et chaque point de vue est l'occasion de voir une même situation sous un autre angle.

On ne s'ennuie pas une seconde et de belles réflexions sur la liberté et les choix d'une vie nous poussent parfois à poser le livre et à s'interroger sur notre propre existence.

Je vais lire vos autres ouvrages Monsieur Bello!
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nameless
  16 septembre 2017
Walker est un pur produit sans aucune faiblesse du capitalisme américain. Après de brillantes études, il entame une fulgurante carrière dans une société spécialisée dans le transport express du courrier de clients soucieux de réduire leur dépendance à l'égard de la poste américaine, notoirement peu fiable selon l'auteur. Sa situation s'améliore encore lorsque grâce à Cupidon, il épouse Sarah, la fille de son patron, lequel a le bon goût de mourir rapidement, laissant à Walker les coudées franches pour exprimer tout son talent expansionniste au sein de l'entreprise. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes pour ce couple et leurs trois enfants. Ils sont intelligents, heureux et riches. Walker est en outre un patron humain et aimé, qui offre des lunes de miel à ses employés lorsqu'ils se marient, crée de généreuses fondations.


Mais Walker déteste sa vie, dans laquelle il étouffe. C'est ainsi qu'il décide d'organiser sa propre disparition. Aussitôt, Shepherd, skip tracer, est lancé aux trousses du fuyard par la compagnie d'assurances auprès de laquelle a été contracté un contrat homme-clé d'un montant de 30 millions. Pendant ce temps, Sarah, Wasp pur jus, femme d'affaires, épouse et mère modèles, prend sans difficulté les rênes de la boutique tout en assénant quelques truismes bien sentis : « Plus question de craquer ou de tomber malade. Ces luxes me sont désormais interdits » (p. 148), « Je ne serai pas une de ces femmes au foyer dépressives qui se bourrent de cachets et paressent au lit en tétant du whisky » (p. 115). Les femmes et les malades, tous des feignasses se vautrant dans le luxe apprécieront ces allégations au lyrisme macronien.


Si l'idée d'Antoine Bello est originale, d'autres détails m'ont empêchée d'apprécier totalement son roman qui se lit vite et facilement. J'avoue ne pas m'être sentie en phase avec le personnage principal sans défaut apparent, qui comme tous ceux qui en possèdent beaucoup, n'attache aucune importance à l'argent. Son envie légitime de liberté et d'évasion de ce qu'il considère comme un carcan familial et professionnel ne m'a pas davantage émue que les soucis des actionnaires attristés. Gagner une heure sur la concurrence pour distribuer le courrier avant que les plannings quotidiens des entreprises soient établis est un enjeu qui me laisse perplexe. Les nombreuses explications techniques données sur tous les logiciels qui rendent intraçable la navigation sur le ouèbe, la difficulté rencontrée pour créer un compte offshore pour échapper à tout contrôle m'ont laissée de marbre.


Mais ce qui m'a le plus dérangée, c'est qu'en dehors de l'organisation méticuleuse de sa disparition programmée, Walker ne parle jamais de ses projets à long terme. Le lecteur, sauf erreur de ma part, ignore s'il veut se reconvertir dans l'élevage de chèvres sur le Larzac, réaliser une vocation d'artiste ou devenir plombier. Rien n'est dit. Tout s'arrête au terme d'une traque dans laquelle le chasseur et le chassé rivalisent d'intelligence et de roublardise, sur un épilogue rapide et gentillet qui n'égratigne personne.


Dommage, car l'idée est vraiment originale, je me répète, mais les personnages sont antipathiques et l'intrigue manque de souffle, d'ambition, de précision. Peut-être l'auteur n'a-t-il pas beaucoup de temps à consacrer à l'écriture.
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Annette55
  20 octobre 2017
Voici un roman extrêmement plaisant, l'histoire de Walker, 43 ans, chef d'entreprise florissant, qui vit au Nouveau- Mexique et son épouse Sarah, magnifique, aimante , qui lui a donné trois beaux enfants.
Il a une vie de carte postale!
Pourtant, il ne la supporte plus. Il vit dans l'anticipation, dans une quête de temps universelle , avec l'impression que la société attend beaucoup de lui, sans cesse. C'en est trop, vraiment: entre les contraintes de toutes sortes, il étouffe, son "temps "lui échappe,il en souffre terriblement , il essaie d'y échapper....sans succès.

Il va mettre en scène sa disparition de façon à ne pas peiner inutilement les siens.
Las! Un certain Nick Shepherd, détective redoutable, spécialisé dans les disparitions , s'empare de l'affaire et forge sa conviction: Walker n'est pas mort....
S'ensuit une fascinante course - poursuite sur le territoire des Etats- Unis....
Cet ouvrage , addictif, tonique, entraînant, parfaitement construit se lit comme un polar, un roman- feuilleton-d'aventures multiples "grandeur nature."...
Nous suivons l'urgence et la lutte psychologique intense entre Walker et Shepherd , angoisse, émoi, désarroi, fuite, incompréhension, recherches pointues, atouts et manques de l'un ou l'autre......détermination farouche....
C'est un roman lu avec fascination, amusement , fraîcheur malgré le sujet , passionnant, solide de bout en bout qui montre avec acuité , intelligence et finesse la fragilité des réussites humaines.
Un ton romanesque indéniable pour notre plus grand plaisir et un souffle incroyable!!.
Je salue la prouesse de l'auteur que je ne connais pas !
Je remercie chaleureusement la personne qui me l'a prêté!
J'ai passé un excellent moment !
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tynn
  04 septembre 2017
Après avoir couru après Ada*, Antoine Bello fait la traque d'un business-fugueur de sa propre vie.

Combien d'entre nous rêvent parfois de faire une R.A.Z du quotidien ?
Cela semble si improbable et compliqué, avec les incassables ficelles de la famille, de la profession et des engagements contraints ou volontaires que nous nous imposons.

C'est bien pour cela que ce livre se lit avec amusement et addiction. On le suit fasciné, ce Walker qui veut tout envoyer balader de sa confortable vie plutôt réussie. On espère même qu'il réussisse, pour vivre son choix par procuration.

Ancrant à nouveau son histoire aux États Unis, dans l'univers de l'entreprise, Antoine Bello produit un roman efficace et tonique, aux accents de thriller, dans une société contemporaine bardée de surveillance des individus par nos technologies actuelles. On se croyait parfois dans un épisode de série, si, derrière le rythme soutenu de la chasse à l'homme, ne s'invitait pas une réflexion sur la liberté, l'indépendance, le lâcher prise ( et les corollaires opposés d'engagement, de responsabilités professionnelle et familiale)

Question de société, de mentalité et de culture, qui pourrait s'inspirer de la notion des "évaporés" japonais où le concept de la disparition volontaire est accepté.

Finalement, après tant de suspens, c'est épuisant de vouloir changer de vie ! il faut être diablement volontaire et/ou parfaitement égoïste.

*publié en 2016
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SZRAMOWO
  16 mai 2017
A l'instar de Marc Dugain devenu écrivain après avoir dirigé une compagnie aérienne, Antoine Bello fait partie de ces écrivains qui passés par la case business puisent dans leur propre expérience pour écrire.
Pari réussi par L'homme qui s'envola. le sujet en est simple. Un manager hors pair à qui la vie sourit et réussit, décide d'aller voir ailleurs.
Il y a du Simenon dans la distanciation que Walker, le héros, met entre lui et sa vie. Comme s'il regardait vivre un étranger.
Dans une interview au monde du 16 juin 2011,Antoine Bello se disait «fasciné» par l'auteur de romans policiers et déclarait : « Je suis frappé par sa précocité, sa manière de brûler les étapes. J'aime la cohabitation entre ses aspirations bourgeoises et la facilité avec laquelle il prend des décisions radicales, comme le fait d'aller vivre à l'étranger. Mais le plus étonnant, chez lui, aux yeux d'un écrivain, c'est sa prolixité. L'acte d'écrire a quelque chose d'anodin pour lui, comme si les mots lui sortaient par tous les pores. Je crois qu'il ferait un très bon personnage de roman. J'ai toujours eu envie d'écrire sur un écrivain, je pourrais attribuer son trop-plein de mots à un de mes héros.»

Antoine Bello nous fait comprendre que Walker n'est pas un manager comme un autre.
« Il était le premier à reconnaître qu'une partie de ses déboires venait de son inaptitude à déléguer. Il préférait s'acquitter de tâches indignes de lui plutôt que de les voir traitées moins bien ou moins vite par ses collaborateurs. A force de faire la travail des autres, il avait accumulé une somme impressionnante de compétences dans les domaines les plus variés.»
Ces phrases pourraient sortir de la bouche d'un cadre soumis au feu roulant des questions d'un consultant mandaté par son employeur pour examiner la structure des tâches «parasites» qu'il effectue et ainsi lui apprendre à mieux travailler en se concentrant sur sa mission.
C'est l'une des forces du roman, sa description réaliste du monde du travail. de la logique morbide de développement des entreprises, de la concurrence qu'elles se livrent, de leur logique absurde et contraire à toute éthique humaine.
Le malaise de Walker est là. « le nombre de sujets requérant son attention suivait la courbe de ses ventes. »
Il prétend continuer à diriger son entreprise en étant partout à la fois et se heurte à une réalité du monde du travail, la spécialisation proportionnelle au volume de l'activité.
De même sa famille, Sarah et leurs trois enfants, Jess Andy et Joey, ses parents âgés...
Et lui dans tout ça ? « Il aurait aimé discuter cinéma, intelligence artificielle ou conquête spatiale, mais c'est à croire que personne ne partageait ses hobbies. »
C'est à mon sens la raison qui le pousse à fuir son monde, à «s'envoler».
«Un indicateur mesurait impitoyablement la progression du mal : son calendrier se remplissait désormais tout seul.» (...) «La nuit, Walker contemplait le plafond en se disant qu'il était booké jusqu'en 2040.»
La première partie du roman décrit le lent processus conduisant à l'enfermement du manager dans sa tour d'ivoire. à mesure que cet enfermement l'isole, son envie de fuir grandit. Grandit aussi son envie de démontrer qu'il n'est pas ce à quoi tout le monde le réduit.
«Walker voulait plus de temps pour lui sans avoir de compte à rendre ; il en faisait une question de principe. (...) Il désirait un espace de liberté, une indépendance que sa vie actuelle ne pouvait plus lui offrir.»
Ce qui est d'abord un rêve...
«Même si Walker n'envisageait pas sérieusement de tout plaquer, y penser lui faisait du bien. C'était un dérivatif, un exutoire dans lequel il se réfugiait chaque fois qu'il sentait l'étau du quotidien se resserrer sur lui.»
...va prendre corps, « Walker profitait de ses trajets en voiture pour dresser la liste de ce dont il aurait besoin.», puis devenir réalité : « Chaque fois qu'il menaçait d'exploser, Walker faisait un pas supplémentaire vers la réalisation de son plan.», lorsque par un concours de circonstance, en l'occurrence le marché de renouvellement de la flotte aérienne de son entreprise, lui fait miroiter les opportunités offertes par le côté obscur des affaires, celui qu'il n'a jamais voulu explorer... « Il avait brûlé ses vaisseaux. Il rêvait jusqu'alors de partir ; il n'avait désormais plus le choix.»

La première partie du roman décrit la réalité exclusivement vue par Walker. Une fois qu'il a quitté cette réalité, Antoine Bello donne la parole à son épouse Sarah, ses enfants ou son assistante Libby.
Dans la deuxième partie, construction, vocabulaire, style d'écriture, tout change. le roman donne désormais alternativement la parole à Sarah et à Walker. Antoine Bello nous montre que Walker est Walker et Sarah est Sarah. Il le fait avec humour, par exemple lorsque Sarah se réfugie dans les détails du quotidien pour cacher son chagrin :
« Mes pneus crissent au démarrage, j'ignorais que c'était possible avec une Prius.»
Le lecteur comprend l'impossibilité de couple peut-être trop heureux, peut-être trop égoïste, peut-être en dehors des réalités, en entendant Sarah dire « qu'il n'y avait pas d'heure pour parler du quotidien avec lui. le matin, c'était trop tôt, le soir c'était trop tard, et entre les deux, il travaillait.»

Dans L'homme qui s'envola, Antoine Bello revisite le thème de Faust. Là où Faust rêve de puissance, Walker rêve d'évasion avec ce que cela comporte de regret et de remords lorsqu'il constate que le retour arrière n'est pas une option.
Chez Walker, comme chez le jeune Faust ou le peintre de la peau de chagrin, on retrouve la même détermination à sacrifier l'essentiel pour faire du rêve une réalité.
«Il préférait vivre avec le remord d'être parti plutôt qu'avec le regret d'être resté.»
Mais une fois passé de l'autre côté du miroir impossible de regarder en arrière et encore moins d'y revenir. « Il inspira un bon coup et s'élança dans l'inconnu.»

Ce roman palpitant, qui se lit d'une seule traite, aux rebondissements multiples, aux surprises nombreuses, nous entraîne vers ce voyage dans l'inconnu, avec tous ses impondérables.

Antoine Bello pose de façon originale et contemporaine, puisant les exemples dans la réalité économique, la question essentielle et existentielle du pourquoi et pour qui vivons-nous ? Question à réponse forcément multiple. A vous de lire L'homme qui s'envola. Vous ne le regretterez pas...

Fin mai, Babelio et les éditions Gallimard organisent une rencontre avec Antoine Bello, je les en remercie sincèrement ainsi que pour l'envoi du roman L'homme qui s'envola.
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Verdure35
  15 mai 2017

Les romans d'Antoine Bello sont admirablement structurés et l'écriture efficace.
Efficace est aussi ce roman dévoré plutôt que tranquillement lu , et le désosser serait vraiment dommage tant le suspense mérite d'être découvert page après page.
Un minimum tout de même : Walker est un homme jeune , il a repris les rênes de l'entreprise déjà florissante de son beau père, et va la mener toujours plus haut. Il aime profondément son épouse et ses trois enfants, mais c'est un homme pressé qui veut toujours plus, non pas d'argent ou de luxe , non, mais de temps. Il court après le temps et soudain cela devient vertigineux, il lui faut disparaître pour éviter l'avenir tout dessiné qui l'attend.
Pour cela il lui faut organiser sa disparition et intelligemment, ce qu'il fait.
Mais...un nommé Sheperd, vaguement mandaté par une compagnie d'assurances, se met à sa recherche, malgré la mort de Walker actée.
Et là s'ouvre une chasse à l'homme autant physique qu'intellectuelle. Deux hommes extrêmement intelligents s'affrontent, la lecture devient haletante .
Les personnages sont éminemment humains ,aucune caricature, mais surtout ,se mêlent dans ce roman, amour, honneur, courage, et fragilité de tout être humain.
Un excellent roman à lire de toute urgence.
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motspourmots
  22 mai 2017
Je m'aperçois qu'Antoine Bello est entré dans la famille des auteurs dont je me précipite sur la dernière livraison sans même me soucier du sujet abordé. de toute façon, on ne s'ennuie jamais avec lui. On joue, on réfléchit, on se régale et on se sent même plus intelligent à la fin. Et encore, je n'ai pas tout lu. Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet a été mon premier contact avec l'auteur, j'ai adoré son parti-pris et sa façon de mener l'intrigue (quand je pense qu'on a encensé "Avant d'aller dormir"... un navet en comparaison !). Il y a eu ensuite Roman américain, irrésistible portrait de l'Amérique capitaliste et réflexion sur les moyens offerts par la littérature pour en rendre compte. Et bien sûr le jouissif Ada, brillante réflexion sur l'intelligence et la façon dont nous l'exerçons.

L'homme qui s'envola tient toutes ses promesses. Un peu moins ludique que Ada ou moins caustique que Roman américain, il offre néanmoins une belle densité dans le propos alors même que le rythme effréné de l'intrigue en fait un véritable page turner. A partir d'un thème plutôt connu - l'envie de disparaître et de changer de vie - Antoine Bello nous offre une variation tout en questionnement sur le bonheur. Car John Walker, l'homme qui décide de disparaître a toutes les apparences du bonheur. Dans son fief d'Albuquerque (Nouveau Mexique), chef d'entreprise en pleine réussite, figure de l'économie locale et générale, il forme depuis vingt ans avec sa femme Sarah un couple envié et admiré, parent de trois beaux enfants. Il a tout, Walker. Tout sauf ce qui lui est le plus précieux : le temps. Lorsqu'il met en scène sa disparation, la compagnie d'assurances dépêche un enquêteur afin de s'assurer de la réalité du décès d'un homme qui va leur coûter 30 millions de dollars (on les comprend). Shepherd est le meilleur dans son domaine et très vite, il devine que Walker est toujours vivant...

Dans le jeu du chat et de la souris qui nous est alors proposé s'affrontent deux cerveaux que l'on imagine très bien face à face devant un échiquier, au summum de leur art. Calcul, anticipation, feinte, observation... Shepherd est peut-être le meilleur dans son domaine, il a enfin rencontré un adversaire à sa taille, pour le plus grand bonheur du lecteur qui a la chance d'explorer le fonctionnement de chacun de leurs cerveaux. Et si la majeure partie de leurs réflexions concernent tactique et stratégie pour déjouer les plans de l'autre, ils n'oublient pas d'explorer des ressorts plus intimes. D'ailleurs, la partition se joue à trois voix, celle de Sarah se joignant à celles des deux hommes. Trois voix par lesquelles s'expriment les doutes, les conceptions du bonheur, les frustrations et les envies. Où l'on s'aperçoit des différences de conception au sein même d'un couple qui offre toutes les apparences de l'entente parfaite... Où l'on s'aperçoit aussi que la notion de réussite est éminemment subjective.

Le personnage de Walker, toujours en mouvement, pressé, râlant contre ceux qui le retardent est fascinant. Il avance, décide, tranche et avance encore. Il se présente comme un faiseur, quitte à faire lui-même ce que les autres tardent trop à entreprendre, toujours dans un état d'esprit positif... Il avance, vite, mais vers où exactement ?

Voilà. Sachez qu'en disant cela, je ne vous ai rien dévoilé de ce qui se joue au cours de cette course poursuite haletante, ni de ce que chaque protagoniste va apprendre sur lui-même ou les autres. Quant à savoir qui va gagner.... vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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gabb
  24 novembre 2017
Vous gagnez trop d'argent ?
Le ciel trop bleu du Nouveau-Mexique vous tape sur les nerfs ?
Votre entreprise ne cesse de croître et vous croulez sous les louanges de vos clients et de vos employés ?
Votre sublime épouse a encore décidé d'acheter une nouvelle villa somptueuse en bord de mer, où vos trois merveilleux enfants pourront batifoler à leur guise ?

Pas de panique, pour briser cette spirale infernale, John Walker a la solution : simulez donc votre mort en crashant votre avion privé, tirez un trait sur cette vie trop parfaite et repartez à zéro, disparaissez, incognito et solitaire.
Prenez garde toutefois à ce qu'un détective sourdoué, mandaté par une compagnie d'assurance un peu tatillonne, ne se lance pas sur vos traces ! Méfiez-vous tout particulièrement de Nick Shepherd, le plus redoutable des limiers, qui a érigé la chasse à l'homme en véritable sacerdoce et qui maîtrise sur le bout des doigts toutes les techniques d'investigation. Cet homme-là ne lâche jamais sa proie.

Pour lui, le monde se divise en deux catégories : ceux qui fuient et ceux qui traquent, les chasseurs et les chassés.
Il en oublierait presque qu'il y a aussi les autres, les spectateurs impuissants, ceux qui souffrent en pleurant le cher disparu. Sarah, la femme de Walker, ainsi que leurs trois enfants, sont dévastés par ce tragique coup du sort, et l'auteur expose avec finesse toute une palette de réactions différentes face au drame : détresse et affliction, stoïcisme hébété, déni et mutisme...
Sarah commence par refuser la mort de son époux bien-aimé, puis elle se rend à l'évidence ... jusqu'à ce Shepherd sème le doute dans un son esprit et que bientôt les soupçons se muent en certitude : Walker est vivant. Pour faire son deuil, Sarah ne cherche plus un corps, elle cherche des explications.

De son côté, Walker comprend vite que son plan - dont on ne connaît pas vraiment la finalité, ce qui est regrettable - est compromis. Sa fuite en avant est néanmoins palpitante, et malgré l'égoïsme effarant dont il fait preuve en tournant le dos si subitement à sa famille, on est parfois tenté de prendre son parti dans ce grand jeu du chat et de la souris.

Antoine Bello égratigne au passage le monde de l'entreprise, qu'il semble bien connaître, et le diktat du "toujours plus vite". Il nous propose en outre quelques pistes de réflexions intéressantes sur les notions de "servitude" professionnelle et de liberté individuelle.
Son style alerte se prête parfaitement à cette traque rythmée et riche en rebondissements, qui parfois nous rappelle la course poursuite entre Hanks et DiCaprio dans "Arrête-moi si tu peux". Bien vite nous sommes pris dans cette cavale, dont malheureusement l'issue est un peu prévisible.
Peu importe, l'intérêt du roman réside bel et bien dans ce mano à mano plein de suspens, où les nouvelles technologies ont la part belle. Traceurs informatiques, cryptage des données, géolocalisation : on sent que l'auteur maîtrise parfaitement son sujet. Il nous offre un duel à distance très prenant, qui pourrait même aiguiser un peu notre paranoïa !

Si vous aviez prévu de tout plaquer pour disparaître prochainement en sauvegardant votre anonymat, il est encore temps de réviser votre plan d'action !
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NATB
  29 mai 2017
Je remercie babelio et les Editions Gallimard pour l'envoi de ce livre.
L'auteur est franco-américain et vit aux Etats-Unis.
J'avoue avoir mis un peu de temps pour me laisser emporter par l'histoire : un homme d'affaire qui a tout ce qu'il désire et qui décide de disparaître.
Le roman devient palpitant quand un redoutable détective privé se met à traquer le "disparu" : qui sera le plus rusé des deux ?
Le personnage principal est un homme pressé et rationnel qui aime ou a besoin de tout maîtriser, tout contrôler.Il utilise ses capacités au maximum , il est toujours dans l'action : c'est terrifiant.
J'ai beaucoup aimé l'écriture très maîtrisée d'Antoine Bello, c'est un bonheur de le lire. Je suis par contre un peu déçue par la fin un peu convenue, une happy end à l'américaine !
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